Antonio Vaya Soler


Centrale nucléaire, affiche du Grand Continent

À peine une semaine avant la fermeture complète de la centrale de Fessenheim, l’Agence internationale de l’énergie rappelait que l’Europe pourrait subir une chute drastique de la production nucléaire (première source d’électricité bas carbone du continent) à l’horizon 2040 avec les politiques actuelles. Avec des engagements en termes de réduction d’émissions renforcées suite au «  Green Deal  » et un parc vieillissant, dans un contexte de perspectives de développement du nouveau nucléaire plus limitées, le prolongement de la durée de vie du parc actuel au-delà de 40 ans pourrait devenir un élément clé pour tenir les engagements climatiques européens.

Le secteur électrique français n’a pas échappé à la crise du Covid-19. Avec une chute en moyenne de la demande d’électricité de 20  % dans certains pays d’après l’AIE, EdF a annoncé une baisse de sa production à l’horizon 2021-2022. De l’autre côté, le nucléaire résiste au choc de la pandémie et demeure une source de flexibilité du réseau. Talon d’Achille ou atout de résilience  ? Quelques éclairages sur le rôle du nucléaire pour la construction d’un mix électrique résilient bas-carbone.

Projections de la demande mondiale d’énergie primaire et des émissions de CO2 liées, par source et par scénario

Considérée par beaucoup comme la «  bible  » de l’énergie, la nouvelle édition du World Energy Outlook (WEO) de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) a été présentée à Paris le 13 novembre 2019. Ce rapport confirme la nécessité d’efforts supplémentaires de la part des Etats pour respecter les engagements climatiques. Efficacité énergétique, renouvelables et «  fuel switching  » sont les leviers principaux pour y parvenir. L’AIE rappelle néanmoins qu’il n’y a pas de solution miracle et que toutes les options doivent rester ouvertes. Le rôle des gouvernements demeure essentiel pour mener une transformation profonde du système énergétique mais aussi de nos modes de consommation.

Jean-Martin Folz a remis lundi 28 Octobre 2019 son rapport sur la construction de l’European Pressurized Reactor (EPR) de Flamanville à la direction d’EDF. L’ancien PDG de PSA y dresse un constat désolant des nombreuses erreurs et imprévus qui ont émaillé la construction de ce nouveau réacteur nucléaire, aboutissant à un coût actuel de 12,4 Mds d’euros pour une mise en service fin 2022, par rapport à 3,3 Mds € et une mise en service en 2012 initialement prévue. Cela contraste avec le chantier de Taishan en Chine dont le deuxième réacteur EPR à été raccordé au réseau en juin dernier malgré avoir débuté 2 ans plus tard. Des nombreuses apprentissages sont donc à tirer pour des futures chantiers d’EPR qui demeurent, pour l’instant, incertains, mais qui pourraient s’avérer nécessaires pour la lutte européenne contre le changement climatique.

Au cours de la Conférence Générale de l’Agence International de l’Énergie Nucléaire (AIEA) qui s’est tenue à Vienne le 17 septembre 2019, le consortium composé par le CEA, EDF, Naval Group et TechnicAtome, a communiqué le nom de ce qui sera le futur Small Modular Reactor (SMR) de conception française  : NuwardTM. Avec quatre SMRs déjà en construction dans le monde et d’autres acteurs privés ou publics comme NuScale qui font des progrès significatifs, la France rejoint ce marché avec un peu de retard. Cependant, grâce à une approche collaborative permettant d’exploiter les compétences présentes dans l’hexagone, mais aussi à l’international, l’industrie nucléaire française espère pouvoir construire les premiers NuwardTM à partir de 2030. Un pas nécessaire vers la compétitivité de cette technologie qui dépendra largement des possibilités de déploiement à grande échelle.

Le 24 Juillet 2019, en raison de fortes chaleurs, EDF annonçait le retrait de 5 GW du réseau français. Cette baisse de puissance se fait principalement pour des raisons environnementales. Les centrales nucléaires ont de fait bien été conçues pour tolérer de forts besoins en refroidissement et des agressions externes comme les épisodes caniculaires. Les centrales nucléaires peuvent être adaptées pour résister à des climats encore plus sévères. Ce fut par exemple le cas pour la centrale de Barakah aux Émirats Arabes Unis, ou même en France avec le projet «  Grands chauds  » créé après les canicules de 2003 et 2006. Comment les fortes chaleurs affectent-elles les centrales nucléaires  ?

La ville de Vancouver au Canada a été l’hôte du Sommet entre le Clean Energy Ministerial (CEM) et la Mission Innovation (MI) du 27 au 29 mai 2019. L’une des particularités du sommet a été la mise en avant de l’énergie nucléaire comme outil de la transition énergétique, ainsi que la présence d’une «  délégation jeunesse  » de 60 étudiants et jeunes professionnels issus de 25 pays et de toutes les régions du Canada.

La Commission allemande sur la croissance, les changements structurels et l’emploi a proposé en ce début d’année de sortir progressivement de l’économie charbonnée d’ici 2038. Dans un pays où le charbon et le nucléaire représentent à eux deux 55  % de la production d’électricité en 2016, cette décision pourrait conduire à un affaiblissement du système de production d’électricité. En ce sens, le ministre allemand de l’Économie Peter Altmaier a ouvert un cycle de discussion avec les ministères de l’énergie de 11 pays voisins afin de renforcer la coopération dans des domaines comme la sécurité de l’approvisionnement et le marché de l’électricité.

Par un nouveau projet de taxonomie de la finance verte, le Parlement européen a décidé de rayer l’énergie nucléaire de la liste des investissements bénéficiant du label européen d’investissement vert. Une fiche d’approfondissement pour expliquer pourquoi cette décision pourrait remettre en question l’efficacité de la politique de décarbonisation de la Commission européenne et rendre la transition énergétique beaucoup plus difficile sur le long terme.