Comptes-rendus


L’affaire du «  cannibale de Rotenburg  », qui défraya la chronique il y a une vingtaine d’années, resurgit aujourd’hui dans le nouveau roman de Senthuran Varatharajah. Rot (Hunger) raconte une «  histoire d’amour  » sans commune mesure et pousse à l’extrême une réflexion sur le désir comme «  faim  » de l’autre, sur la langue du désir comme «  langue cannibale  ».

Monument national de Julia Deck est un livre circulaire dont la fin se referme sur le début. Au fil des pages, l’intrigue qui alternait d’abord les chapitres consacrés d’un côté au château (un «  monument national  » comme son propriétaire) et de l’autre à la vie de banlieue de personnages vivant au Blanc-Mesnil, se resserre jusqu’à ce que les deux univers se croisent – jusqu’à l’explosion.

Dans Dschinns [Djinns] Fatma Aydemir, 26 ans, d’origine turque et née à Karlsruhe, raconte la vie d’une famille d’immigrés kurdes en Allemagne. À travers trois générations, elle décrit comment parents, enfants et petits-enfants portent ce destin en eux et comment ils essaient le plus dignement possible de vivre avec. Un portrait à multiples facettes d’une grande intelligence et finesse psychologique.

Le roman de Mateusz Pakula est un livre sur la douleur physique et la mort dans la Pologne contemporaine. Honnête, intime à l’extrême, grotesque, brutal, triste et terriblement drôle. C’est le journal de la mort d’un père, l’histoire d’une famille dans une situation liminale. C’est aussi un texte sur des institutions de soins défaillantes, une Église qui s’effondre, un service de santé au bord du gouffre. Une histoire de tendresse et d’intimité inondée de colère, d’impuissance, de désespoir et de rage

Dans Peut-on dissocier l’œuvre de l’auteur  ?, essai d’intervention paru au Seuil, la sociologue Gisèle Sapiro entend proposer, à travers l’analyse des arguments mobilisés lors de différentes «  affaires  » touchant à la question des rapports entre morale de l’auteur et morale de l’œuvre, une mise en perspective philosophique et socio-historique des enjeux que celles-ci recouvrent. Nous en avons discuté avec elle.

«  Voilà la véritable énigme du livre  : non pas pourquoi Klaus est comme il est, mais ce que c’est que d’être Klaus, ce que c’est que d’être cette personne qui, en dépit de ses désirs frustrés et de ses rêves torturés (dont un nous sera raconté, vers la fin), a une manière de maîtriser sa vie qui, se dit-on parfois, lui évite d’être malheureux.  »

Grâce à la mémoire de son lieu de naissance (une ville industrielle inesthétique de la Silésie), l’auteur est capable de voir que la beauté d’aujourd’hui abolit un monde qui n’est pas beau, transforme l’ordinaire en laideur et la médiocrité en échec. Annule ce qui semble être important.

Que reste-t-il après une telle leçon de méfiance  ?