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Au cours de l’été 2025, mon fil d’actualité sur les réseaux sociaux a été inondé d’images de foules désordonnées se dirigeant vers les ports et les places européennes pour les saccager 1.

Ce sont de véritables vagues barbares qui s’abattent sur les charmants Navigli de Milan, capitale de la mode, en les réduisant à des tas d’ordures. Elles prennent d’assaut les célèbres Ramblas de Barcelone et répandent des déchets dans toute l’Europe, de Liverpool à Berlin en passant par Copenhague.

Rien de tout cela n’est bien sûr « vrai » : il s’agit de vidéos générées par l’intelligence artificielle qui prétendent donner un aperçu de la vie dans les villes européennes en 2050. Ces clips, réalisés selon les règles des formats courts très populaires sur les réseaux sociaux, s’inspirent du genre du voyage dans le temps filmé en POV (point de vue à la première personne). 

Ces contenus reproduisent une grammaire visuelle reconnaissable et facilement reproductible : que l’on se réveille dans la Rome antique dans la peau d’un gladiateur, au sein du Vatican dans les habits du pape ou dans le Paris du futur, ces images invitent à « vivre » l’histoire à la première personne, en tant que participant plutôt qu’en tant que spectateur.

Peu importe que cette histoire soit totalement fictive, tant dans sa version passée que dans celle du futur : il s’agit d’une sorte de fast history produite pour attirer l’attention et récolter des likes plutôt que pour documenter ou informer. 

Les producteurs de ces contenus se défendent en affirmant que leur objectif est de stimuler la curiosité du public et de l’inciter à aller plus loin. Or, c’est précisément dans leur nature spéculative assumée que réside le danger.

Ces vidéos peuvent difficilement être confondues avec des images « réelles ». Sur les plans esthétique et narratif, elles sont ouvertement présentées comme des fictions qui réinventent le passé ou imaginent des scénarios alternatifs, présents ou futurs. Elles ne cherchent donc pas à tromper, à la différence des deep fakes. Elles donnent plutôt une forme visible à des fantasmes et à des possibilités, les rapprochant ainsi de notre horizon perceptif, les rendant familières et, progressivement, concevables.
L’esthétique POV renforce encore davantage le sentiment d’« y être », de vivre un témoignage expérientiel. Qu’il s’agisse de l’Italie de 1922, imaginée avec tous les stéréotypes de la dolce vita : l’épouse attentionnée qui sert le petit-déjeuner au lit, le match de foot entre amis sur une belle place monumentale où l’on sert du café et des glaces, ou de celle de 2050, prise d’assaut par des hordes de migrants qui transforment la beauté italienne en un triomphe de chaos, de détritus, de femmes voilées de noir jusqu’aux yeux et d’hommes barbus en prière de soumission à l’islam, le mécanisme est le même. 

La complexité d’une période historique est réduite à une tonalité émotionnelle, « à l’image de » (in the style of), selon la formule désormais habituelle avec laquelle on prompt l’IA pour générer des images : la nostalgie traduite en esthétique, l’idéalisation visuelle d’une année, 1922, qui coïncide avec la montée du fascisme en Italie et le début de ses conséquences désastreuses que nous connaissons tous grâce à l’histoire factuelle. Mais si le passé historique est reconstruit comme une ambiance esthétique, l’avenir est encore plus inquiétant. Des théories du complot telles que celle du grand remplacement ou des fantasmes sur la future soumission de l’Europe à une domination islamique non mieux précisée — la « dhimmitude » théorisée par Bat Ye’or, pseudonyme de Gisèle Littman, dans des ouvrages comme Eurabia — acquièrent, grâce à l’IA, une forme visuelle immédiate et virale, encore renforcée par des formats immersifs.

« C’est là que se joue la véritable partie : il ne s’agit pas de montrer le monde tel qu’il est, mais d’en rendre visibles certaines configurations possibles, en familiarisant le regard pour rendre leur réalisation, d’une certaine manière, inévitable. »

Comment l’IA fabrique les souvenirs du futur

Lorsque j’ai vu pour la première fois les vidéos documentant les événements survenus à Ceuta les 30 et 31 juillet, avec l’arrivée tragique de plus de 70 000 migrants sur les côtes de l’exclave espagnole, ces images m’ont semblé étrangement familières. J’ai éprouvé une sensation de déjà-vu, comme si j’avais déjà assisté à ces événements, comme si ces scènes avaient déjà défilé sous mes yeux. Puis, je me suis souvenue des vidéos POV de 2025. 

Des hordes de personnes prenant littéralement d’assaut la côte, des déchets éparpillés sur la plage et sur les places de la petite ville : la construction visuelle d’un véritable assaut, d’une prise, accompagnée, dans de nombreux cas, de bandes sonores et d’un langage évoquant explicitement le siège. En regardant et en revoyant ces vidéos factuelles de l’été 2026, j’ai compris ce qui était arrivé à mon regard l’été précédent. Les vidéos subjectives avaient fonctionné comme une sorte d’entraînement visuel. Elles ne m’avaient pas convaincue de leur réalité, mais elles avaient silencieusement refaçonné mon regard, en conditionnant ma compréhension des événements, les rendant familiers et donc reconnaissables lorsqu’ils se sont présentés sous forme d’images factuelles. Comme une prophétie visuelle qui n’attendait que d’être validée par les bribes d’une réalité empirique. C’est « normal », c’est « naturel » que cela finisse ainsi : tôt ou tard, les migrants prendront d’assaut l’Europe.
C’est ce qu’on pourrait appeler la violence spéculative : une forme insidieuse qui se niche dans les replis des images générées par l’IA, précisément celles qui ne prétendent pas être vraies et qui, pour cette raison, peuvent circuler sans entrave sur Internet et les réseaux sociaux. Ce sont des images qui donnent une forme visuelle à des mondes et des concepts problématiques, comme le grand remplacement, la remigration et d’autres imaginaires suprémacistes et xénophobes. Mais une fois traduites dans l’esthétique presque naïve du style de l’IA, elles se propagent sous forme de parodies, de blagues, de railleries et de contenus apparemment inoffensifs. Jusqu’à ce qu’elles deviennent « réelles », c’est-à-dire jusqu’à ce que quelque chose de ce qu’elles ont sans cesse préfiguré fasse irruption dans le réel, validant ainsi l’image et la rendant iconique et prophétique. 

La nouvelle politique du regard, que les droites extrêmes du monde entier semblent avoir appris à maîtriser avec une efficacité particulière, ne s’intéresse pas à la représentation du réel, mais plutôt à la fabrication de son anticipation stratégique. 

C’est là que se joue la véritable partie : il ne s’agit pas de montrer le monde tel qu’il est, mais d’en rendre visibles certaines configurations possibles en les confiant aux formes esthétiques les plus contemporaines et les plus omniprésentes, du photoréalisme synthétique à la slop de l’IA, et en familiarisant le regard pour rendre leur réalisation, d’une certaine manière, inévitable.
La violence spéculative agit précisément dans cet intervalle : elle ne fausse pas nécessairement le présent, mais prépare le regard collectif à reconnaître et accepter un futur possible parmi d’autres. Elle émerge là où l’imagination est mise au service de la préparation d’un projet violent impliquant l’expropriation, la déportation ou l’effacement de populations ou de territoires, et devient ainsi une véritable arme de gouvernement.

« La violence spéculative agit dans cet intervalle : elle ne fausse pas nécessairement le présent, mais prépare le regard collectif à reconnaître et accepter un futur possible parmi d’autres. Elle émerge là où l’imagination est mise au service de la préparation d’un projet violent impliquant l’expropriation, la déportation ou l’effacement de populations ou de territoires, et devient ainsi une véritable arme de gouvernement. »

Le style prophétique

La vidéo générée par l’IA et partagée par Donald Trump en février 2025, qui montrait la bande de Gaza dévastée par la guerre se transformant en une luxueuse station balnéaire, en est un exemple paradigmatique. Dans ces images, on ne voit ni sang, ni décombres, ni destruction explicite. Au contraire, le cadre visuel mobilise le langage séduisant de la prospérité et de la régénération urbaine, présentant un fantasme de paix qui se concrétise à travers des investissements immobiliers. La violence n’apparaît nulle part, et pourtant elle sous-tend silencieusement l’ensemble du scénario. Sous la surface lisse de ces images se cache en effet un fondement tacite de génocide, de nettoyage ethnique et de déportation forcée : cet avenir radieux présuppose l’élimination physique ou géographique de la majeure partie de la population de Gaza, une idée d’ailleurs évoquée à plusieurs reprises par Trump lui-même, et de manière encore plus explicite par Benjamin Netanyahu.

Lorsque la vidéo du projet « Gaza Riviera » a commencé à circuler, suscitant une vague d’indignation généralisée, elle a été qualifiée de satire grotesque, de fantasme orientaliste et d’énième provocation dans le style désormais bien connu de Trump. Pourtant, lorsque le « Plan de paix pour Gaza en 20 points » a été officiellement présenté et approuvé en octobre 2025 par une coalition internationale, rares ont été ceux qui ont relevé les similitudes.

Reformulé dans un langage apparemment plus sobre et bureaucratique, son contenu ne s’écartait pas beaucoup de la vision générée par l’IA : la paix y était présentée comme une opportunité d’investissement immobilier et de profit, privant les Palestiniens de tout droit de regard sur l’avenir de leur terre et de leur propre vie.

Ce qui, peu de temps auparavant, semblait scandaleux avait franchi silencieusement — par la répétition et la normalisation — le seuil qui sépare l’imaginaire spéculatif de la réalité politique. Cela ne signifie toutefois pas que l’IA générative soit la cause du Plan de paix pour Gaza en 20 points, ni que les images se traduisent automatiquement en politiques sur le terrain.

Il en va de même pour Ceuta. Les vidéos POV ne remplissent pas la fonction ouvertement propagandiste des deep fakes, qui falsifient la réalité ou tentent de s’y substituer. Elles l’anticipent plutôt : elles en construisent silencieusement certaines configurations possibles en les présentant comme des visions spéculatives, et donc comme des fictions apparemment inoffensives, qui sont difficiles à classer comme de la propagande. On ne sait pas encore à quels preuves le Premier ministre espagnol Sánchez fait référence lorsqu’il accuse Israël ou la Russie d’avoir contribué à amplifier la crise de Ceuta par le biais de la désinformation. Ce qu’on sait, c’est qu’avec ces images de violence spéculative, nous sommes confrontés à quelque chose de plus subtil et sophistiqué que les fake news, précisément parce que ces images ne s’inscrivent pas immédiatement dans le registre du factuel. Elles n’informent pas que quelque chose s’est produit alors que ce n’est pas le cas ; elles nous montrent ce qui pourrait se produire, en nous habituant à reconnaître cette vision bien avant que cela n’arrive.

S’il est difficile de remonter à l’identité réelle et aux affiliations politiques de leurs auteurs, leur orientation idéologique apparaît claire.

De cet univers d’histoire synthétique émerge la construction d’un ennemi composite, capable de condenser en une seule figure des éléments souvent incompatibles entre eux, comme la défense des droits LGBTQ+ et l’islam ultraconservateur, agrémentés de l’activisme pro-palestinien et de la dictature absolue du véganisme. Dans l’une de ces vidéos consacrées à l’Europe de demain, on peut voir, par exemple, un Moscou privé de Poutine qui se serait tragiquement islamisé, tandis qu’une Ukraine sans Zelensky est imaginée comme un lieu prospère, pacifié et démocratique.

Face à cette menace, les partis censés sauver la « civilisation européenne » semble prendre les traits d’un bloc nationaliste, pro-Poutine et pro-Netanyahou, proche de l’univers MAGA. Ce n’est pas un hasard si les protagonistes de ces vidéos portent souvent des t-shirts arborant le slogan « Make America Great Again », comme pour évoquer, par analogie, une prétendue grandeur européenne perdue : un continent idéalisé, antérieur aux migrations de masse et au multiculturalisme, dont l’intégrité serait aujourd’hui constamment menacée. C’est cette même Europe mythifiée qui refait surface dans l’imaginaire trumpien, d’Elon Musk à Marco Rubio : non pas un lieu historique ayant réellement existé, mais un passé imaginaire de civilisation grandiose en proie à l’islam et aux migrations.

Pour endiguer la barbarisation imminente du continent, il est donc proposé de restaurer de prétendues valeurs européennes, suggérées visuellement à travers l’imaginaire synthétique de l’IA. L’une de ces vidéos, intitulée Tu te réveilles à Belgrade en 2050, résume avec une efficacité particulière la recette pour survivre à la redoutée conquête musulmane, constituant ainsi une sorte de manuel visuel de résistance à l’altérité. On y voit un centre de détention destiné aux migrants et aux demandeurs d’asile, une église, emblème de la persistance de l’identité chrétienne, un homme mangeant un sandwich au porc, et enfin, une place publique impeccablement ordonnée et propre. Dans cette succession apparemment banale d’images, le contrôle des frontières, le christianisme, la consommation de viande de porc et la propreté urbaine sont élevés au rang de piliers d’une civilisation assiégée dont la survie dépendrait de la capacité à défendre ses frontières — territoriales, religieuses, culturelles et même alimentaires — contre une altérité perçue comme une menace constante.

Ce « conservatisme visuel », qui se manifeste dans le POV de Belgrade à travers des symboles explicites, peut prendre des formes bien plus discrètes et apparemment apolitiques. L’année dernière, le quotidien Haaretz a relevé des similitudes esthétiques significatives, et donc sur le plan des valeurs véhiculées, entre certains contenus utilisés pour influencer les élections roumaines de 2024 et ceux destinés aux élections israéliennes d’octobre prochain. Dans les deux cas, le photoréalisme de l’intelligence artificielle est utilisé pour construire des scènes de vie quotidienne idéalisée – anniversaires, nouveau-nés, aliments fraîchement récoltés dans des champs luxuriants – qui semblent n’avoir aucun rapport avec la politique.

Et pourtant, c’est précisément cette innocence apparente qui en constitue la force. Agissant comme de véritables appâts visuels, ces contenus attireraient des utilisateurs peu méfiants dans le dédale des groupes Facebook ou WhatsApp, pour les orienter progressivement vers des réseaux et des récits de nature explicitement politique, rattachables aux agendas de ce que l’article qualifie d’« acteurs étrangers », parmi lesquels figure la Russie. 

Si des opérations de ce type sont encore, au moins en partie, démasquables — comme le montre le cas roumain, où le premier tour des élections présidentielles de 2024 a été annulé, notamment sur la base de preuves d’ingérence étrangère par le biais d’outils numériques —, qu’en sera-t-il, en revanche, des images de violence spéculative ? Dans ces cas-là, il est encore possible d’identifier de faux profils, de reconstituer des réseaux d’influence et, peut-être, d’attribuer des responsabilités.

« Dans une culture contemporaine hypervisuelle et accélérée, où la viralité et la circulation produisent de la visibilité sans nécessairement produire de vérité, ces images fonctionnent comme des projets performatifs, des horizons opérationnels, des armes d’une guerre menée à travers la spéculation visuelle sur l’avenir, tant sur les plans esthétique et sémantique que politique et financier. Elles n’ont pas besoin d’être vraies pour produire des effets dans le réel. »

Les images n’ont pas besoin d’être vraies 

Mais de quoi pourrions-nous accuser les POV sur les invasions barbares de l’Europe ? Ces vidéos sont toujours là, sur les chaînes YouTube, dans les Reels d’Instagram, disséminées sur le Web. Elles ne falsifient pas un événement qui s’est réellement produit, elles n’usurpent pas l’identité de quelqu’un, elles ne prétendent même pas documenter la réalité. Comment alors formuler une accusation précise contre le déjà-vu que ces images peuvent instiller chez celui qui les observe, lorsqu’il se retrouve, des mois ou des années plus tard, face à des images factuelles qui semblent soudainement les confirmer ?
C’est précisément dans cette ambiguïté, dans cet espace liminal où les images se préparent à anticiper l’avenir – et, à travers des formes visuelles contemporaines, captivantes et immédiatement partageables, à le suggérer comme plausible, voire inévitable – que prospère la violence spéculative. C’est précisément parce qu’elles sont difficilement détectables par les dispositifs traditionnels de vérification, de censure ou de modération que ces images peuvent acquérir visibilité et pérennité, s’ancrant dans le paysage numérique et contribuant à remodeler la manière dont la connaissance visuelle et, par extension, la mémoire, sont produites et conservées.

Le régime visuel synthétique inauguré par l’IA générative est un régime dans lequel la plausibilité, la répétition et la viralité peuvent devenir des critères de légitimation plus puissants que la véracité. Mais le point essentiel est précisément celui-ci : les images de violence spéculative n’ont pas besoin de se faire passer pour réelles, car elles ne fonctionnent pas selon la logique binaire qui oppose le vrai et le faux. Elles ne demandent pas à être crues. Elles demandent seulement à être vues, répétées et mémorisées.
Comment oublier des images synthétiques comme celles du Colisée, où les dirigeants de la gauche italienne sont mis à mort par le député européen Vannacci se faisant passer pour un empereur romain ? Nous les avons toutes vues et avons tous contribué à les faire circuler : par dégoût et indignation pour certains, par approbation et applaudissements pour d’autres, et pour montrer l’absurdité à laquelle notre civilisation semble être parvenue pour d’autres encore – en oubliant souvent que ces mêmes images, qui nous arrachent un rire, consomment également de l’eau, de l’énergie et d’autres ressources matérielles nécessaires à leur production. « C’est de la satire irréelle et créée par l’IA », a rétorqué Vannacci avec dédain lorsqu’on lui a demandé de prendre ses distances par rapport à la vidéo, en l’opposant à la « vraie violence » qui, selon lui, serait au contraire le fait de la gauche, en référence aux images des affrontements survenus à Bologne après la manifestation organisée à la suite du décès d’Abderrahim Fakir.

En reléguant les images du Colisée au domaine de l’irréel, Vannacci peut échapper à toute accusation : ce n’est que de la fiction, de la satire, de l’IA. Mais dans l’écosystème visuel et synthétique qui se développe à travers la diffusion massive de l’IA générative, pouvons-nous encore nous fier aux catégories factuel/fictionnel, vrai/faux ? Dans une culture contemporaine hypervisuelle et accélérée, où la viralité et la circulation produisent de la visibilité sans nécessairement produire de vérité, ces images fonctionnent comme des projets performatifs, des horizons opérationnels, des armes d’une guerre menée à travers la spéculation visuelle sur l’avenir, tant sur les plans esthétique et sémantique que politique et financier. Elles n’ont pas besoin d’être vraies pour produire des effets dans le réel.

Sources
  1. Donatella Della Ratta vient de publier Violenza speculativa Come l’IA ci sta abituando all’orrore chez Einaudi.