Premier parti d’opposition au Bundestag avec 20 % des voix obtenues aux dernières élections, l’AfD compte bientôt franchir une nouvelle étape en conquérant deux Länder de l’Est lors des élections régionales de septembre : la Saxe-Anhalt et le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. 

Ce congrès n’a pas donné lieu à de profonds débats ni à la présentation d’un nouveau programme. Au contraire, le parti s’est mis en scène comme une force de gouvernement possible tout en réitérant son programme autoritaire, réactionnaire, xénophobe et pro-russe.

  • De nombreux militants antifascistes et représentants de la société civile venus de Thuringe et d’ailleurs, étaient présents aux abords de la salle du congrès. Certains d’entre eux ont tenté d’empêcher l’accès routier au site aux délégués, qui avaient cependant anticipé les perturbations et ont pu assister largement sans encombre au congrès. 
  • Les contre-manifestations, qui ont rassemblé jusqu’à 10 000 personnes dans la capitale de Thuringe, se sont déroulées largement pacifiquement 1
  • Parmi les actions satiriques des opposants, des hauts-parleurs bluetooth camouflés dans la salle ont diffusé pendant quelques minutes la « Marche impériale » composée par John Williams pour l’Empire contre-attaque, dans une version interprétée à la flûte à bec, déclenchant l’irritation des organisateurs, qui ont peiné à découvrir l’origine de la musique 2

À l’instar d’autres partis allemands (SPD, Die Linke, Die Grünen), l’AfD dispose statutairement d’une direction bicéphale.

  • Les chefs du parti sont officiellement appelés « porte-paroles fédéraux » (Bundessprecher), un terme qui doit souligner une position moins surélevée face aux militants. Cependant, le congrès à Erfurt a confirmé l’ascendant d’Alice Weidel, 47 ans, comme cheffe du parti. Weidel, qui dirige le groupe parlementaire AfD au Bundestag depuis 2017, a été réélue à la tête du parti avec 81 % des voix, un meilleur score que lors du vote en 2024 à Essen. 
  • Son co-président, Tino Chrupalla, 51 ans, député au Bundestag élu en Saxe, a été pour sa part réélu plus difficilement avec 70 %. Cet ancien peintre en bâtiment est moins à l’aise rhétoriquement que son homologue et manque de réseaux d’alliances au sein du parti. 
  • Chrupalla et Weidel ne s’apprécient manifestement guère, mais les deux dirigeants semblent avoir conclu un pacte de non-agression.
  • Cela les différencie de plusieurs duos précédents où les deux co-présidents se vouaient une concurrence acharnée, comme dans le cas du tandem formé de 2013 à 2015 par Bernd Lucke et Frauke Petry puis par cette dernière et Jörg Meuthen de 2015 à 2017. 
  • Cependant, la différence nette entre les scores des deux têtes de file devrait naturellement conduire à une subordination encore plus forte de Chrupalla et à la concentration du pouvoir entre les mains de Weidel. 
  • Au micro de la première chaîne de télévision Phoenix, Alice Weidel s’est montrée détendue et s’est félicitée de la trajectoire du parti, réitérant son ambition de devenir d’ici à 2029 un parti de gouvernement pour « sauver notre pays » 3

Par rapport aux congrès du passé, souvent marqués par de violentes luttes de pouvoir entre les tendances national-libérales et national-populistes, le rassemblement de cette année était effectivement apaisé. 

  • La priorité a été donnée à la mise en scène de l’unité et du professionnalisme du parti avec l’ambition renouvelée pour l’AfD de devenir un nouveau « Volkspartei » et de remplacer l’Union chrétienne-démocrate (CDU/CSU). 
  • Aujourd’hui, le parti d’Alice Weidel est en tête dans les sondages et creuse chaque mois son écart avec la CDU/CSU du chancelier Friedrich Merz.

Cependant, le pouvoir de Weidel sur l’AfD repose sur sa capacité à conclure des alliances. 

  • Ainsi, un des principaux soutiens de la dirigeante réélue ce week-end est Björn Höcke, 54 ans, chef du parti en Thuringe, qui accueillait donc « sur ses terres » ce congrès fédéral. 
  • Höcke, ancien professeur d’histoire, est la figure la plus connue de l’aile national-populiste Der Flügel, qui souhaite réhabiliter l’héritage du national-socialisme et entend lutter contre le « grand remplacement » ou encore l’« américanisation » des mœurs en Allemagne. Le chef du parti en Thuringe, bien que lui-même né à l’Ouest, a ainsi récemment déclaré au journal Suisse Weltwoche que les Allemands de l’ouest ne seraient que des « Américains germanophones », qui auraient abandonné lâchement leur culture au profit de la culture américaine, des propos critiqués au sein même de l’AfD 4.
  • Même si le courant Der Flügel a dû officiellement s’auto-dissoudre en 2020 après sa mise en cause par l’Office fédéral de protection de la constitution, Björn Höcke a depuis dix ans procédé à une élimination systématique des tenants du national-libéralisme eurosceptique des instances dirigeantes du parti. Il exerce de fait un droit de veto sur le destin politique d’Alice Weidel.

Höcke peut se satisfaire du pacte qu’il a réitéré avec la direction fédérale du parti. 

  • Son bras droit, le vice-président de l’AfD en Thuringe, Stefan Möller, 51 ans, a été élu vice-président fédéral ce week-end. Ce juriste de formation sera sans doute chargé de lutter contre l’Office fédéral de protection de la Constitution (Bundesamt für Verfassungsschutz), qui a classé l’ensemble du parti comme de droite extrême. Sven Tritschler, 44 ans, proche d’Alice Weidel, ainsi que la Bavaroise Kathrin Ebner-Steiner, 47 ans, ancienne représentante de l’aile radicale de l’AfD Der Flügel, complètent le nouveau trio des vice-présidents. 
  • Jean-Pascal Hohm, 28 ans, le chef de l’organisation de jeunesse du parti Generation Deutschland, qui entretient des liens étroits avec le mouvement Identitaire (Identitäre Bewegung) du néo-nazi autrichien Martin Sellner, a enfin été élu membre assesseur du comité fédéral de l’AfD. 
  • Enfin, l’élection du trésorier a été légèrement plus serrée, puisque Hannes Gnauck, 34 ans – ancien chef de l’organisation de jeunesse Junge Alternative, entre temps dissoute pour extrémisme de droite, et qui se définit comme « un vrai Prussien » et imaginerait volontiers « une Allemagne plus vaste que la République fédérale actuelle » – a eu besoin de deux tours avant d’être élu.

L’élection de la nouvelle direction confirme donc une forme de triumvirat informel à la tête du parti, qui se partage les postes et place ses fidèles dans une volonté ostensible d’équilibre régional : Alice Weidel, élue dans le Bade-Württemberg, Björn Höcke, qui représente l’aile la plus radicale en Allemagne de l’Est, ainsi que Sebastian Münzenmaier, 36 ans, vice-président du groupe parlementaire au Bundestag et chef de l’AfD en Rhénanie du Nord-Westphalie. 

  • Son influence croissante illustre la montée en puissance des représentants de l’Ouest, où le parti réalise de nouvelles percées, comme lors des élections régionales en Rhénanie-Palatinat en mars 2026, avec 19,5 % des voix.

Le chef de l’AfD en Saxe-Anhalt, Ulrich Siegmund, 35 ans, a été également très mis en avant lors de ce congrès à Erfurt. 

  • Le chef du groupe parlementaire au Landtag était présent lors de la rencontre de Potsdam en 2023 avec différents acteurs de la sphère d’extrême droite européenne autour du thème de la « remigration » des Allemands d’origine étrangère 5. Aux côtés d’Ulrich Siegmund dans la conquête du pouvoir en Saxe-Anhalt, Hans-Thomas Tillschneider, 48 ans, est le principal auteur du « programme de gouvernement » radicalement xénophobe et réactionnaire de l’AfD en Saxe Anhalt dévoilé début 2026. En septembre prochain, si plusieurs partis traditionnels échouent à dépasser la barre des 5 % pour entrer au Landtag,Ulrich Siegmund  pourrait remporter la majorité absolue et former un gouvernement qui appliquerait un programme radicalement hostile à l’immigration. 

Le parti ne semble pas affecté par la multiplication des scandales de népotisme depuis plusieurs mois. De nombreux députés de Saxe-Anhalt, dont Siegmund lui-même, sont ainsi accusés d’avoir pratiqué l’embauche croisée de membres de leurs familles respectives dans des emplois fictifs d’assistants parlementaires 6