Depuis le 28 février, l’administration Trump a entretenu le flou quant aux objectifs de sa guerre contre l’Iran. À partir des déclarations des responsables américains et du président lui-même, on peut toutefois dégager quatre objectifs principaux, en excluant le changement de régime, qui a progressivement disparu des prises de parole de l’administration républicaine au fil des semaines.
1 — La destruction de la capacité de produire et de lancer des missiles
Dès les premiers jours de la guerre, les États-Unis et Israël ont acquis une supériorité aérienne totale en Iran. Washington est désormais en mesure de faire voler des bombardiers B-1 non furtifs au-dessus de l’espace aérien iranien, ainsi que des hélicoptères d’attaque Apache et des avions d’appui aérien rapproché A-10 Warthog.
- Cette supériorité a permis aux deux armées de cibler plusieurs centaines de lanceurs, réserves et sites de production de missiles à travers le pays.
- Selon l’Institute for National Security Studies (INSS), sur les 11 000 frappes américaines en Iran, 450 auraient visé des lanceurs de missiles, et 700 la force balistique iranienne dans son ensemble.
Malgré l’intensité de la campagne aérienne, les Gardiens de la révolution sont toujours en mesure de tirer plusieurs dizaines de missiles par jour : entre 30 et 40, soit un chiffre stable depuis le 7 mars. La semaine dernière, cinq sources américaines ont déclaré que les États-Unis ne pouvaient affirmer avec certitude avoir détruit qu’environ un tiers de l’arsenal de missiles iranien 1.
2 — La destruction de la marine iranienne
Plus de 90 % des grands navires de la flotte iranienne ont été coulés, ce qui aura un impact durable sur les capacités militaires du pays. Des images satellites montrent notamment que d’importantes unités de surface, comme des frégates, ainsi qu’un sous-marin ont été visés par des frappes.
- En plus des bâtiments, plusieurs bases navales clefs — Bandar-Abbas, Konarak et Chabahar notamment, où se trouve le seul port en eau profonde de la République islamique qui donne sur l’océan Indien — ont subi des dégâts importants.
À court terme, l’impact de la destruction de la marine iranienne semble toutefois limité.
- Téhéran exerce toujours le contrôle du détroit d’Ormuz, disposant désormais d’un avantage majeur dont il n’était pas certain avant le début de la guerre.
- La posture navale iranienne repose en effet sur une panoplie de moyens asymétriques — essaims de vedettes rapides, mines, drones de surface explosifs, missiles antinavires… — qui ne peut être détruite sans un contrôle des côtes iraniennes.
3 — Neutralisation des proxys iraniens
Le 2 mars, Trump a déclaré lors d’une cérémonie à la Maison-Blanche que la guerre visait également à « veiller à ce que le régime iranien ne puisse plus armer, financer et diriger des armées terroristes en dehors de ses frontières ». Il faisait notamment référence aux Houthistes au Yémen ainsi qu’au Hezbollah libanais.
- Ces deux groupes, financés et armés par Téhéran, ont adopté une posture différente depuis le début de la guerre : tandis que le Hezbollah a repris sa campagne de frappes contre le territoire israélien dès le 2 mars, les Houthistes sont restés en-dehors du conflit jusqu’au 29 mars quand le groupe terroriste a marqué son entrée dans la guerre en tirant deux roquettes contre Israël.
- Ces frappes, bien que limitées, indiquent que le groupe est toujours en mesure de riposter malgré les frappes israéliennes massives visant ses dirigeants et infrastructures.
Au Liban, le Hezbollah est engagé dans un conflit de haute intensité avec l’armée israélienne qui pourrait déboucher sur une occupation prolongée du Sud-Liban par Tsahal.
- Le chef du gouvernement libanais considère que ce sont les Gardiens de la révolution qui ont demandé au Hezbollah de reprendre sa campagne de frappes contre Israël — suspendue depuis fin 2024 — et de viser Chypre avec des drones 2.
- Après un mois de guerre, le corps des Gardiens semble toujours disposer d’une large influence sur le Hezbollah.
- Depuis 2024, celui-ci aurait par ailleurs contribué à restructurer la chaîne de commandement du groupe, passant d’une organisation verticale à des cellules plus indépendantes, sur son propre modèle.
4 — Garantir que l’Iran ne « dispose jamais » de l’arme nucléaire
La destruction des capacités de Téhéran à se doter d’un programme nucléaire était le principal objectif de la campagne de bombardements de juin 2025, qui avait visé les trois principaux sites du programme nucléaire iranien.
Cet objectif, qui semblait constituer l’argument central justifiant le lancement de la guerre, semble aujourd’hui être passé à l’arrière-plan.
- Avant l’attaque de juin 2025, l’Iran disposait de près de 9 000 kilogrammes d’uranium enrichi, dont 441 kilogrammes enrichis à 60 %, un taux qui pourrait rapidement être porté à 90 %, le seuil nécessaire pour la fabrication d’une bombe.
- Dans un entretien avec CBS publié hier, mardi 31 mars, Trump a minimisé l’importance de ce stock en déclarant : « C’est enfoui si profondément que ce sera très difficile pour quiconque […] C’est enfoui très profondément. Donc… c’est plutôt en sécurité. Mais, vous savez, nous prendrons une décision » 3.
- Si la nouvelle campagne de frappe israélo-américaine a pu endommager davantage le programme nucléaire iranien, l’élimination de la « menace nucléaire » iranienne est toujours irrésolue.
- Selon plusieurs responsables américains, Trump envisagerait une opération sur le sol iranien pour « extraire » l’uranium 4. Une autre option serait de bombarder à répétition les sites d’Ispahan et de Natanz afin d’enfouir suffisamment l’uranium pour le rendre inaccessible.
Ces quatre objectifs apparaissent également dans le plan en 15 points pour la fin des opérations soumis par les États-Unis à Téhéran par l’intermédiaire du Pakistan, dans lequel Washington exige notamment que l’Iran limite son programme de missiles balistiques, renonce à toute capacité nucléaire (y compris l’enrichissement d’uranium et ses installations), accepte une transparence totale avec des inspections et cesse tout soutien à des groupes armés.
Sources
- Phil Stewart, Idrees Ali, Jonathan Landay et Erin Banco, « U.S. can only confirm about a third of Iran’s missile arsenal destroyed, sources say », Reuters, 27 mars 2026.
- Justin Salhani, « Iranian IRGC’s ties to Hezbollah deepen tensions in Lebanese politics », Al Jazeera, 24 mars 2026.
- Weijia Jiang, « Trump says U.S. isn’t withdrawing « quite yet, » but allies must « come in and take care of » Strait of Hormuz », CBS News, 31 mars 2026.
- Alexander Ward, Lara Seligman, Annie Linskey et Michael R. Gordon, « Trump Weighs Military Operation to Extract Iran’s Uranium », The Wall Street Journal, 29 mars 2026.