D’ici la fin de la décennie, de médicaments des marques, représentant plus de 200 milliards de dollars de ventes pourraient perdre la protection de leurs brevets. Pour renouveler leurs portefeuilles, les grands laboratoires se tournent de plus en plus vers les biotechs chinoises, dont ils acquièrent les licences des futurs médicaments 1.

  • Selon Tim Opler, directeur du Global Healthcare Group de la banque d’investissement Stifel, les médicaments chinois représentent cette année plus de la moitié des sommes engagées par les grands laboratoires dans des accords de licence.
  • Selon PharmCube, la valeur annoncée des accords conclus par des entreprises chinoises avec des partenaires étrangers a atteint environ 136 milliards de dollars l’an dernier, plus du double du montant de 2024.

La taille moyenne des contrats a fortement augmenté depuis 2021, signe d’une montée en gamme des actifs chinois. Ces montants incluent toutefois des paiements conditionnels, versés uniquement si les candidats-médicaments franchissent certaines étapes.

  • La tendance n’en est pas moins nette : selon Locust Walk, les vendeurs chinois ont capté près de la moitié de la valeur des accords de licence pharmaceutiques l’an dernier.
  • La part des actifs d’origine chinoise dans les portefeuilles des grands laboratoires reste limitée (environ 8 % chez les plus exposés), mais cet indicateur ne reflète qu’avec retard l’accélération récente des transactions.

En Chine, le nombre de candidats-médicaments a augmenté de 36 % en un an, portant le total à 7 105. Les États-Unis restent largement en tête, avec 12 800 candidats-médicaments, mais ce chiffre n’a progressé que de 0,6 % l’an dernier.

  • La Chine mène plus d’essais cliniques de phase précoce que n’importe quelle autre région. Selon la Fédération européenne des industries et associations pharmaceutiques, sur les 104 nouvelles substances actives lancées pour la première fois sur le marché mondial l’an dernier, 46 provenaient d’entreprises chinoises, contre 28 d’entreprises américaines et 16 d’entreprises européennes.
  • La Chine offre aux laboratoires une exécution plus rapide et moins coûteuse qu’en Occident, ainsi que la capacité de monter rapidement en puissance..

Cette année, Pékin a classé la biomédecine parmi les « secteurs clefs en développement », et le 15e plan quinquennal (2026-2030) fait de la biofabrication une industrie d’avenir. Plus largement, la Chine a lancé en décembre un fonds national de capital-risque de 100 milliards de yuans (13,3 milliards d’euros), consacré aux technologies de pointe, dont la biofabrication. Il doit à terme mobiliser 1 000 milliards de yuans de financements régionaux et privés.

Au moins 70 % de ces fonds iront à des entreprises en phase d’amorçage ou de démarrage.

  • Les laboratoires occidentaux conservent pour l’heure une avance dans les médicaments dits « first-in-class », mais cet écart pourrait se réduire.
  • Les biotechs chinoises se distinguent surtout par leur production rapide de candidats-médicaments, leur recherche précoce et leurs coûts réduits.
  • De leur côté, les laboratoires occidentaux continueraient de dominer les activités qui concentrent la majeure partie de la valeur, comme le développement clinique avancé, les relations avec les régulateurs et les payeurs, la production mondiale et la commercialisation.

L’essor de la Chine pourrait alors déboucher sur une division du travail profitable aux deux parties.

  • Mais si l’écosystème chinois s’impose comme le lieu le plus efficace pour la recherche rapide, la production de données et la création de nouveaux principes actifs, les grands laboratoires pourraient finir par dépendre de plus en plus d’acteurs chinois, même s’ils gardent le contrôle de la commercialisation.
  • La Chine a déjà acquis une expertise de pointe dans certaines technologies, comme les anticorps conjugués ou les thérapies CAR-T.
  • Or, cet écosystème reste dépendant de l’État, qui peut intervenir sur les flux de données, les licences d’exportation, les investissements ou les transferts de technologie.

Aux États-Unis, cette question fait l’objet de discussions entre responsables politiques et représentants de l’industrie. La Commission des crédits de la Chambre des représentants a ainsi approuvé un rapport non contraignant qui propose d’interdire à la FDA, l’agence chargée de protéger la santé publique, de prendre en compte les données  cliniques obtenues en Chine, en Russie, en Iran ou en Corée du Nord dans les demandes d’autorisation pour certains essais cliniques.

  • La proposition de loi BINSA déposée en juin à la Chambre et en août au Sénat prévoit d’étendre à la biotechnologie le contrôle américain des investissements réalisés à l’étranger. 
  • Elle modifierait la loi COINS, adoptée dans le cadre du National Defense Authorization Act de 2026, la loi annuelle qui fixe les dépenses de défense. Le Trésor américain est tenu de publier les règlements d’application d’ici mars 2027.

L’Europe, quant à elle, dispose d’une base scientifique importante, et ses chercheurs sont à l’origine de plus d’un cinquième des publications de référence dans le domaine de la biotechnologie (21 %) – soit une part comparable à celle des États-Unis et de la Chine.

Sources
  1. Milena Richter, The world is flat for pharma, until it isn’t, Global Trade Policy Observatory (GTPO), 10 septembre 2026.