Hier, dimanche 4 octobre, se sont tenues les élections présidentielles et législatives brésiliennes, dans un contexte géopolitique particulièrement tendu.

  • Flávio Bolsonaro (PL) est arrivé en tête de la présidentielle avec 47 % des voix, devant le président sortant Lula (45 %).
  • Il a déjoué les sondages, le dernier Datafolha donnait Lula devant, à 40 % contre 36 %. Flávio Bolsonaro a proclamé hier soir « la fin de l’ère du Parti des travailleurs ». Nous avons traduit ses déclarations ici.
  • Comme en 2022, l’écart reste serré, mais la dynamique est du côté de Flávio Bolsonaro, surtout si le second tour du 25 octobre se transforme en référendum anti-Lula. Depuis 1989, aucun candidat arrivé deuxième au premier tour n’a remporté la présidentielle au Brésil.

Le contexte géopolitique reste particulièrement tendu en Amérique latine et au Brésil.

  • Des candidats alignés sur Trump l’ont déjà emporté en Colombie, au Chili et au Pérou. Sous Lula, le Brésil était l’un des rares pays à résister à la « doctrine Donroe », malgré des droits de douane américains allant jusqu’à 50 % imposés pour peser sur la procédure judiciaire visant Jair Bolsonaro. Si Flávio Bolsonaro l’emporte le 25 octobre, le Mexique restera le seul grand pays de la région dirigé par un gouvernement progressiste.
  • Lula avait remporté l’élection présidentielle de justesse en 2022 contre le président sortant Jair Bolsonaro. Son mandat a été particulièrement mouvementé. Le 8 janvier 2023, une semaine après son investiture, une tentative de coup d’État des partisans de Bolsonaro, échoue à Brasília. En septembre 2025, Jair Bolsonaro a été condamné à 27 ans et 3 mois de prison (il est aujourd’hui assigné à résidence) et son fils aîné, Flávio, a été désigné pour lui succéder.
  • Le retour de Trump au pouvoir a relancé l’extrême droite brésilienne et, depuis 2025, les relations entre les deux présidents oscillent entre pressions trumpistes, notamment sur le commerce, et accalmies temporaires.
  • La gauche a également beaucoup reculé dans la région depuis 2022, et le Brésil fait partie des derniers pays dirigés par un gouvernement progressiste.
  • Il s’agit d’un élément clef de l’élection d’aujourd’hui.

Durant la campagne, Lula a continué de défendre les sujets qui l’ont déjà mené au pouvoir : le développement économique, la lutte contre la faim, la pauvreté et la déforestation, avec une volonté affichée de mener une politique étrangère indépendante, souveraine.

  • À l’opposé, Flávio Bolsonaro reprend pour sa part les thématiques chères à son père et à son camp, telles que la lutte contre la criminalité et la corruption, ainsi que la libéralisation de l’économie. Il prône l’alignement sur les États-Unis de Donald Trump et s’appuie principalement sur le vote évangélique.
  • Un élément clef distingue toutefois ce cycle électoral de l’élection présidentielle de 2022 : l’importance accordée à la politique étrangère, qui était quasiment absente lors des précédents scrutins. 
  • Ainsi, le 25 juillet, Flávio Bolsonaro avait lancé sa campagne en présence du président argentin Javier Milei, puis avait diffusé un message vidéo du Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou.
  • Flávio Bolsonaro bénéficie également du soutien de Donald Trump, tout comme son frère Eduardo, particulièrement bien introduit dans la sphère MAGA depuis 2018. 
  • Condamné pour entrave à la procédure judiciaire, Eduardo Bolsonaro vit aux États-Unis depuis 2025 où il a obtenu une résidence permanente. Il influence directement les différentes décisions de la présidence Trump à l’encontre du Brésil, comme la mise en place de droits de douane.
  • Le 28 mai, les États-Unis ont désigné les deux principaux cartels de narcotrafic brésiliens, le Comando Vermelho et le Primeiro Comando da Capital, comme des organisations terroristes. Selon plusieurs observateurs, cette décision laisse planer le doute sur une intervention équivalente à celle qui s’est produite au Venezuela en cas de victoire de Lula.
  • Ces décisions ont conduit Brasília à une extrême prudence vis-à-vis de Washington, comme en témoigne le refus de délivrer des visas à Riley Barnes et Samuel Samson, deux diplomates américains qui devaient rencontrer plusieurs officiels brésiliens au mois de juillet 2026. Selon le Brésil, cette visite visait à remettre en question le système électoral.

Ces dernières semaines, les soupçons d’ingérence américaine dans la campagne présidentielle se sont amplifiés.

  • Le 30 septembre, les médias brésiliens ont révélé que l’ABIN (les services de renseignement brésiliens) avait informé une délégation franco-allemande en visite sur place que les États-Unis et la Russie tentaient d’interférer dans les élections brésiliennes.
  • Le 24 septembre, le Parti des travailleurs de Lula a indiqué que Meta avait bloqué le compte Facebook de Lula et empêché les comptes de campagne du parti de diffuser du contenu politique. Selon Meta, cette mesure serait due à la violation des règles de ces plateformes par les comptes concernés.