Par le biais de drones qui s’aventurent dans l’espace aérien des pays de l’OTAN et survolent aéroports civils ou sites militaires, de cyberattaques visant des infrastructures stratégiques, ou encore de sabotages de voies logistiques clefs, la Russie brouille la frontière entre guerre et paix.

  • La plupart des pays européens, à l’exception de ceux de l’Est du continent, proches des frontières russes, refusent le terme de « guerre hybride » et placent plutôt les activités russes sur le continent dans une « zone grise ». 1.
  • Début août, après la découverte d’un drone chargé d’explosifs sur le tarmac de l’aéroport de Leipzig, le ministre allemand de l’Intérieur, Alexander Dobrindt, a déclaré que l’Allemagne était « quotidiennement la cible d’une guerre hybride », sans toutefois désigner un pays en particulier.

L’International Institute for Strategic Studies (IISS) estime que les opérations de sabotage russes en Europe « ont presque quadruplé » entre 2023 et 2024. De plus, entre juin et octobre 2025, nous avons recensé au moins une quarantaine d’incidents impliquant des drones – aperçus, écrasés ou abattus – en Europe.

  • La Russie a fréquemment recours à des agents « jetables » pour mener des opérations de sabotage, d’espionnage, de diversion ou d’autres attaques hors de son territoire national.
  • Entre 2022 et février 2026, l’ICCT et GLOBSEC ont recensé 151 « incidents » impliquant ces civils recrutés par les services de renseignement russes, et qui se voient confier des missions par Moscou via des messageries cryptées 2.
  • Le Kremlin s’appuie notamment sur des réseaux criminels déjà existants, qui servent d’intermédiaires avec des recrues locales – ces dernières ignorant généralement travailler pour les intérêts de Moscou.

Ces derniers mois, les industries de défense sont la cible privilégiée. 

  • Le 15 août, un bâtiment qui appartient à Milrem Robotics, une entreprise estonienne basée à Tallinn qui fournit des robots terrestres et des systèmes militaires à l’Ukraine, a été incendié.
  • Plus tôt en août, des explosions ont eu lieu dans une usine de munitions en banlieue de Rome ainsi que dans une usine bulgare qui fabriquait des obus d’artillerie et des roquettes pour l’Ukraine 3.
  • Les commanditaires de ces attaques n’ont pas encore été identifiés. Selon des sources de services de renseignement, celles-ci semblent être « soigneusement calculées pour ne pas déclencher l’article 5 » du Traité de l’OTAN et pour rester sous le seuil de ce qu’il serait traditionnellement considéré comme une « attaque ».

Les activités d’ingérence russe en Europe se multiplient aussi alors que plusieurs élections nationales et régionales clefs doivent être organisées dans plusieurs pays au cours des prochains mois.

  • Plusieurs Länder allemands renouvelleront leurs législatures à partir de septembre, à commencer par la Saxe-Anhalt.
  • En France, au moins 3 candidats déclarés ou pressentis à la présidentielle – Édouard Philippe, Raphaël Glucksmann et Gabriel Attal – ont été visés par des campagnes de désinformation, dont l’attribution reste disputée.
Sources
  1. Charlie Edwards et Nate Seidenstein, The Scale of Russian Sabotage Operations Against Europe’s Critical Infrastructure, The International Institute for Strategic Studies, 19 août 2025.
  2. Julian Lanchès et Kacper Rekawek, More of the Same. Russia’s Crime-Terror Nexus : Criminality as a Tool of Hybrid Warfare Revisited, International Centre for Counter-Terrorism (ICCT), 23 février 2026.
  3. Joe Barnes et Rozina Sabur, « Russia sabotages weapons factories across Europe », The Telegraph, 23 août 2026.