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Depuis plusieurs années, la terminologie de la « guerre hybride » s’est installée dans le débat public européen avec une force telle qu’elle joue un rôle majeur dans la prochaine élection présidentielle française. Plusieurs candidats putatifs ont déjà été visés par des opérations d’ingérence en provenance de la Russie 1, tandis que la directrice de la Direction générale de la Sécurité Intérieure (DGSI) a récemment alerté sur une probable recrudescence d’actions hybrides « plus directes et violentes » d’ici à avril 2027 2. « L’’hybridité » est donc sur toutes les lèvres, au point qu’elle risque fort de constituer l’un de ces concepts qui définissent une époque et un imaginaire et sur lesquels les historiens de demain se pencheront.

Apparu dans les années 2000 3 pour désigner la combinaison de modes de combat réguliers et irréguliers (notamment par le Hezbollah), le terme de guerre hybride s’est ensuite transformé à la faveur de la révolution numérique pour désigner les nouveaux moyens de subversion permis par la numérisation des sociétés ouvertes. Il a fini par englober tout ce qui résulte de l’exploitation des failles de cette mise en réseau du monde : hacking et ingérences informationnelles bien sûr, mais aussi pratiques juridiques agressives (lawfare) ou sabotages d’infrastructures physiques permettant la circulation des flux dans une société où la prospérité repose plus que jamais sur le mouvement des biens et des personnes. Dans un monde aussi interconnecté que le nôtre, l’hybridité a rapidement fini par désigner à peu près tout moyen de coercition, de subversion ou d’agression situé sous le seuil susceptible de provoquer un conflit armé. De la même manière, si le terme se voulait à l’origine universel, il désigne désormais quasi exclusivement les opérations de déstabilisation conduites par la Russie sur le continent européen, tandis qu’il n’est presque jamais utilisé pour désigner les agressions commises par d’autres États. Autrement dit, la terminologie de l’hybridité dans son acception actuelle est à la fois hyper-extensive et hyper-restrictive, si bien qu’elle introduit plus de confusion qu’elle n’en dissipe. Ce ne serait pas nécessairement un problème si elle n’était pas aujourd’hui massivement utilisée par l’Union européenne et l’OTAN dans leur communication politique comme dans leurs réflexions doctrinales 4, jouant par là un rôle important dans la définition des politiques publiques de protection des citoyens.

Le problème ne relève donc pas de la simple querelle terminologique, puisque la « guerre hybride » participe à vider la question des ingérences de sa substance politique. Elle la réduit à un face-à-face entre techniciens de la subversion, du sabotage ou du renseignement, qu’ils soient européens ou russes, défenseurs ou agresseurs. Dans son sens communément admis, elle réduit l’horizon des menaces qui peuvent être envisagées et anticipées, aussi bien en termes de vecteurs que d’acteurs capables de les mobiliser. En témoigne par exemple la surreprésentation des études, par ailleurs nécessaires à la bonne information du public, qui se focalisent sur les effets et les pratiques plutôt que sur les causes et les objectifs des ingérences. On en sait beaucoup aujourd’hui sur l’identité des acteurs qui les organisent, sur leurs moyens, sur les idées qu’ils entendent propager dans nos espaces publics. En revanche, peu de recherches tentent de replacer ces opérations et les acteurs qui en sont responsables dans leurs contextes sociologiques, géographiques et historiques, afin de mieux comprendre leurs représentations du monde et, in fine, leurs objectifs. Au lieu de cela, nous voyons proliférer les matrices quantitatives et autres typologies techniques qui, au lieu d’élargir notre champ de vision, le restreignent. La guerre hybride, tout comme la question des ingérences étrangères, apparaît alors comme un problème essentiellement technique, devant être géré par des techniciens. Cette vision nous condamne à une réponse champ par champ (cyber vs. cyber, désinformation vs. influence, etc.), technique, dépolitisée et globalement inefficace. En témoigne le foisonnement d’outils informatiques promettant de lutter contre les ingérences, ou encore la banalisation d’un vocabulaire issu de la médecine et de l’épidémiologie pour les décrire  : certains parlent ainsi « d’infodémies » et proposent même de développer des « vaccins informationnels » 5. 

La terminologie de l’hybridité dans son acception actuelle est à la fois hyper-extensive et hyper-restrictive, si bien qu’elle introduit plus de confusion qu’elle n’en dissipe.

Jonathan Guiffard, Kevin Limonier

Ainsi, avec la terminologie de la « guerre hybride », nous, Européens, nous auto-limitons dans la perception que nous avons des menaces bien réelles qui pèsent sur nos systèmes politiques, sociaux et économiques. Elle nous empêche de voir que les adversaires de l’Europe ne cherchent pas uniquement à déstabiliser des États et des administrations, mais bien à subvertir des systèmes politiques ainsi que les valeurs sur lesquelles ils sont fondés – ce qui est beaucoup plus grave. Autrement dit, la guerre hybride et son jargon expert occultent, par une technicisation à outrance, la dimension fondamentalement politique de ce à quoi nous sommes collectivement confrontés. Elle nous condamne en outre à être perpétuellement surpris : nos décideurs et nos opinions publiques se trouvent régulièrement dans un état de sidération face à des opérations qui n’avaient pas été anticipées parce que le logiciel prospectif dans lequel nous nous enfermons ne le permet tout simplement pas.

La question du dépassement de la terminologie de l’hybridité n’est pas une lubie conceptuelle, mais une nécessité stratégique à laquelle nous entendons contribuer en proposant de revenir à une autre approche : celle de la guerre politique. 

Il ne s’agit pas d’opérer un simple changement d’étiquette. Là où l’hybridité se définit par des moyens qui ont tendance à s’étendre et à se diversifier indéfiniment, la guerre politique se définit par une intention et une décision : celle prise par un État de chercher la subversion politique et idéologique d’un système adverse. Dans cette optique, les moyens mobilisés (désinformation, sabotage, financement occulte ou influence économique) ne sont jamais que des outils au service de cette fin. Ce n’est donc pas un état latent des relations internationales, mais un choix, une décision qui peut être combattue et arrêtée. C’est précisément ce déplacement, des moyens vers l’intention, qui permet d’englober dans une même catégorie d’analyse des acteurs que l’hybridité, de par sa focale technique, a toujours tenus séparés : la Russie bien sûr, mais aussi les États-Unis de Donald Trump, et peut-être demain la Chine.

La guerre politique au prisme de la convergence russo-américaine

Pour discerner les contours de cette guerre politique, il est nécessaire de se situer au niveau de la téléologie des opérations d’ingérence, c’est-à-dire de questionner leurs fins plutôt que leurs moyens. Nous savons, par exemple, que les tentatives d’ingérences actuelles, et plus largement les opérations de déstabilisation commises par la Russie en Europe depuis 2022, ont pour objectif principal d’amoindrir par tous les moyens la volonté des Européens à aider l’Ukraine 6, et donc d’influencer les choix stratégiques que nous ferons pour garantir notre sécurité dans les décennies à venir. 

Cet objectif, qui n’est que la déclinaison conjoncturelle depuis 2022 d’une guerre politique engagée par Moscou dès 2011-2012, s’insère dans celui, plus vaste et plus ancien, qui consiste pour la Russie à rechercher un affaiblissement des systèmes démocratiques européens en favorisant l’érosion de la confiance des citoyens dans leurs institutions. Nous savons également que les partis politiques qui sont en défaveur d’une aide massive de l’Europe à l’Ukraine sont aussi, pour une large part, ceux qui sont les plus hostiles au libéralisme politique qui caractérise la philosophie sur laquelle s’est bâti le projet européen depuis plus d’un demi-siècle 7. Or, ces partis et ces mouvements, que Marlène Laruelle qualifie d’illibéraux 8, ne sont pas uniquement soutenus par la Russie  : ils le sont également de plus en plus clairement par l’administration Trump et une partie de l’extrême droite nationaliste américaine, si bien que l’on commence à voir apparaître de véritables convergences russo-américaines. Un exemple est celui des élections hongroises d’avril 2026 9, au cours desquelles l’ancien Premier ministre Viktor Orbán, finalement sorti perdant, a reçu le soutien du dispositif d’influence de la Russie, mais aussi celui, explicite, des responsables américains, soutien qui s’est notamment manifesté par une visite du vice-président J.D. Vance à Budapest. 

Là où l’hybridité se définit par des moyens qui ont tendance à s’étendre et à se diversifier indéfiniment, la guerre politique se définit par une intention et une décision.

Jonathan Guiffard, Kevin Limonier

Certains lecteurs ou lectrices pourront considérer que mettre sur le même plan la Russie de Vladimir Poutine et les États-Unis de Donald Trump relève de la provocation. Après tout, la Russie se livre depuis 2014 à une politique expansionniste et impérialiste profondément déstabilisatrice, quand les États-Unis restent, pour l’heure, un allié historique des États européens avec lesquels ils partagent des intérêts et des valeurs. Malgré la dérive trumpienne et l’érosion du système politique traditionnel actuellement à l’œuvre, les États-Unis demeurent une grande démocratie où de nombreux contre-pouvoirs fonctionnent, quand la Russie a sombré depuis longtemps dans un autoritarisme si prononcé qu’il a interdit au seul parti d’opposition hors-système, Yabloko, de présenter des candidats aux élections législatives de septembre 2026 10. 

Notre but n’est pas de mettre sur le même plan la Russie et les États-Unis en tant qu’États, car il est évident que leurs relations avec l’Europe sont historiquement fondées sur des structures, des valeurs et des dynamiques fort différentes. Ceci étant dit, nous constatons une convergence grandissante de vues et de pratiques, qui conduit responsables russes et ultraconservateurs américains à soutenir les mêmes mouvements politiques, avec des méthodes parfois similaires. 

L’administration Trump, encouragée en cela par les milliardaires de la Silicon Valley, ne fait ainsi aucun mystère de son hostilité à toute forme de régulation du numérique, de protection de l’environnement, de redistribution des richesses ou encore de défense des minorités ethniques ou de genre. Le Département d’État a même récemment ouvert des financements à des organisations européennes sur la base de leurs orientations politiques pro-MAGA : le think-tank Western Arc (France) y a candidaté 11, tandis qu’une subvention de cinq millions de dollars était envisagée (et depuis retirée) pour la Free Speech Union (Royaume-Uni) 12. Dans les années 2010, la Russie avait fait exactement la même chose. Par exemple, l’Institut de la Démocratie et la Coopération (IDC) 13 avait pour objectif de soutenir des initiatives qui, déjà, se caractérisaient par une ligne «  souverainiste  » ( c’est-à-dire anti-européenne), extractiviste, et, même si l’on ne le disait pas encore à l’époque, illibérale. Aujourd’hui, on assiste même à des formes de coordination entre la base militante du trumpisme et les acteurs russes de l’ingérence. Citons ici un exemple qui a concerné personnellement l’un des auteurs du présent travail : après une enquête de terrain en Moldavie au moment des élections législatives de septembre 2025, deux chercheurs français ont été accusés par plusieurs blogs, sites et comptes de réseaux sociaux à la fois russes et MAGA d’être des agents de déstabilisation à la solde de l’Élysée. Les éléments de langage, en tous points similaires entre les comptes russes et américains, montraient une coordination évidente. 

Au fond, la Russie et l’administration Trump poursuivent un objectif commun  : celui de la finlandisation de l’Europe, une expression réactivée en 2022 par l’écrivaine estono-finlandaise Sofi Oksanen. Elle entendait par là expliquer que la Russie cherchait à faire à l’Europe ce que l’URSS et les États-Unis avaient imposé à son pays durant la guerre froide  : le fait d’être une non-puissance, ou plutôt un non-sujet des rapports de forces internationaux, faisant des Finlandais les spectateurs de leur propre destin. Dans son article 14, Sofi Oksanen accusait bien entendu la Russie de rechercher un tel objectif. Aujourd’hui, il semblerait que l’administration Trump, engagée dans de nombreux bras de fer avec Bruxelles, méprisant ouvertement les institutions européennes et préférant le dialogue bilatéral, poursuive la même ambition  : celle de limiter au maximum la capacité des Européens à s’organiser collectivement pour prendre en main leur destin et peser dans la marche du monde.

Santiago Sierra, Veterans of war facing the corner, 2017

Malgré cette téléologie commune, il serait inexact de dire que les objectifs stratégiques des deux pays à l’égard de l’Europe convergent strictement. Alors que Moscou cherche à briser un projet d’unité et de cohésion pour exercer de nouveau une domination territoriale sur ce qu’elle considère comme ses marges géographiques, Washington veut réaligner l’Europe sur son agenda stratégique. Le premier casse et divise pour retrouver une marge de manœuvre et d’action devant lui permettre de réaffirmer son idéologie et son rôle régional, alors que le deuxième contraint et influence pour modeler son environnement stratégique en façonnant des alliés qui lui ressemblent. Ce remodelage passe par des actions qui ressemblent parfois furieusement aux ingérences dont Moscou est coupable, comme l’ont montré le soutien affiché par Elon Musk à l’AfD allemande 15, les campagnes d’influence MAGA en ligne ou les opérations d’influence au Groenland 16. Mis en perspective avec les actions russes sur le continent, nous voyons apparaître des intérêts partagés pour des mêmes acteurs, que ce soit en Hongrie, en Allemagne, au Royaume-Uni ou ailleurs. Autrement dit, il existe une certaine convergence des luttes qui permet d’affirmer que l’Europe est menacée par la tenaille illibérale que lui imposent la Russie, l’administration Trump et ses alliés de l’extrême droite américaine, plutôt que par des actions «  hybrides  » dont la définition échappe à tout le monde.

Ce n’est donc pas un état latent des relations internationales, mais un choix, une décision qui peut être combattue et arrêtée.

Jonathan Guiffard, Kevin Limonier

On pourra nous objecter que tout ceci n’est pas nouveau, et qu’il a été largement démontré que le mouvement MAGA entretient depuis près de dix ans une véritable porosité avec les acteurs de l’ingérence russe, qui ont cherché à en favoriser l’essor 17. En revanche, le fait que cette administration Trump, contrairement à la précédente, cherche à déclencher une guerre politique en déployant une large panoplie de moyens, notamment fédéraux, pour parvenir à ses fins idéologiques, constitue une nouveauté. Si nous pouvons espérer qu’elle ne soit que passagère, cette décision s’inscrit dans une parenté entre Moscou et Washington qui n’a rien de circonstanciel. En effet, les États-Unis et la Russie partagent une généalogie doctrinale de la guerre politique héritée d’un siècle de rivalité soviéto-américaine, qui, combinée à d’autres facteurs, a conduit dans un cas comme dans l’autre à une privatisation des dispositifs d’ingérence. Ces derniers se concentrent désormais sur les mêmes leviers pour déstabiliser l’Europe  : l’exploitation des dépendances stratégiques à l’ère numérique d’une part, et l’instrumentalisation de la colère sociale d’autre part. 

La guerre politique, un produit de la rivalité soviéto-américaine

La situation à laquelle l’Europe fait face aujourd’hui n’est en effet pas nouvelle. Les pratiques contemporaines d’ingérence sont le produit d’une longue confrontation entre Moscou et Washington, au cours de laquelle chacun a observé, imité et perfectionné les méthodes de l’autre. C’est de ce « dialogue » conflictuel que procède le répertoire d’actions que nous connaissons et que nous désignons souvent sous le vocable de « guerre hybride ». La nouveauté tient à ce que ses deux artisans se retrouvent désormais, face à l’Europe, du même côté.

Le premier acte du dialogue conflictuel ayant donné naissance à la guerre politique se déroule dans la Russie bolchevique des années 1920. Le 11 janvier 1923, Unszlicht, directeur adjoint de la GPU (l’ancêtre du KGB), crée le premier bureau en charge de la dezinformatsiya. Ses activités débutent par une vaste campagne de désinformation auprès des exilés monarchistes russes et des services de renseignement européens dans le but de les inciter à ne pas intervenir militairement contre l’URSS, notamment lors de l’opération Trust, menée par Artouzov 18, chef du contre-espionnage. Confiants du fait de leurs premiers succès, les services de renseignement bolchéviques puis soviétiques multiplient les opérations d’influence et de désinformation jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, développant ainsi une expérience considérable et pionnière dans ce domaine.

Côté américain, la réponse à cet activisme des Soviétiques dans le champ de la déstabilisation des démocraties d’Europe de l’Ouest est élaborée par George Kennan après la Seconde Guerre mondiale. Directeur de la planification politique et conseiller du département d’État sous le président Truman, considéré comme l’un des pionniers de la lutte contre la « menace communiste », celui-ci cherche la stratégie qui permettra aux États-Unis de riposter sans risquer le déclenchement d’un conflit mondial, a fortiori à l’ère nucléaire. Il avance ainsi en 1947 le concept de political warfare (guerre politique), s’inspirant explicitement des enseignements de Clausewitz et de Lénine selon lesquels il est possible d’utiliser d’autres moyens que ceux de la guerre conventionnelle pour lutter contre un adversaire. Dans un mémo classifié de fin avril 1948 qui lance officiellement la guerre politique américaine, intitulé « Inauguration de la guerre politique organisée », il indique que « Lénine a si bien synthétisé les enseignements de Marx et de Clausewitz que la conduite de la guerre politique par le Kremlin est devenue la plus aboutie et la plus efficace de toute l’histoire » 19. Le concept de guerre politique tranche avec le passé en ce qu’il ne distingue plus un temps de paix et un temps de guerre, mais laisse entrevoir l’éventualité d’une guerre menée contre un ennemi désigné et son système idéologique. 

La guerre politique est rapidement traduite en directive officielle et comporte deux dimensions : ouverte et clandestine. La dimension ouverte cherche à mobiliser des moyens financiers, politiques et diplomatiques pour éviter que des pays étrangers ne deviennent communistes et basculent sous le contrôle de Moscou. Elle inclut par exemple la propagande politique ouverte, dite « blanche », qui correspond peu ou prou à la communication stratégique d’aujourd’hui. La dimension clandestine cherche à mobiliser des moyens secrets pour éviter ces basculements, allant de l’ingérence politique et électorale au soutien à des groupes armés irréguliers ou à de la propagande, dite « noire », cherchant à influencer les perceptions des opinions publiques ciblées par de la mésinformation, de la désinformation ou de la compromission. George Kennan devient ainsi un ardent promoteur des opérations clandestines de la CIA, tout juste créée en 1947 et bras armé de cette guerre politique.

L’Europe est menacée par la tenaille illibérale que lui imposent la Russie, l’administration Trump et ses alliés de l’extrême droite américaine.

Jonathan Guiffard, Kevin Limonier

Pendant la guerre froide, de nombreuses opérations américaines ont relevé de cette guerre politique actée par le président Truman et par plusieurs de ses successeurs contre l’URSS et l’expansion du communisme international : soutien économique, subversion (coup d’État de 1953 en Iran), ingérences électorales (financement de partis démocrates chrétiens en Italie et en France), financement de groupes armés (réseaux Stay-Behind en Europe occidentale ; Contras au Nicaragua), etc.

Côté soviétique, la doctrine américaine de la guerre politique a constitué une source d’inspiration majeure pour le KGB, qui se l’est appropriée sous le nom de lutte contre la «  subversion idéologique  » tout au long des années 1960. En effet, bien que les services soviétiques soient les dépositaires de l’héritage tchékiste, le moment historique que vit l’URSS après la mort de Staline nécessite la création de nouveaux outils de lutte contre l’adversaire américain. Le XXe Congrès du PCUS en 1956, en ouvrant la voie à la déstalinisation de la société, inaugure une ère qu’Alexandre Zinoviev a qualifiée de «  libérale  », avec des répressions moindres et une ouverture du pays un peu plus importante qu’auparavant. Il en a résulté l’émergence de mouvements intellectuels, politiques et civiques que le KGB a rapidement identifiés comme des tentatives de déstabilisations orchestrées par les Américains dans le cadre de leur guerre politique. C’est notamment le cas de la dissidence. Né après que des prisonniers politiques amnistiés ont raconté l’extrême barbarie du goulag, ce mouvement protéiforme est rapidement vu par les autorités soviétiques comme une opération américaine de déstabilisation directement inspirée de la doctrine Kennan 20. Le KGB voit même la main de l’adversaire dans la révolte ouvrière de Novotcherkassk de juin 1962, pourtant provoquée par une hausse des prix et réprimée dans le sang. On va même jusqu’à affirmer que L’Archipel du Goulag, le monument littéraire de Soljenitsyne, est une œuvre commandée par la CIA pour décrédibiliser le régime soviétique et pour entamer la confiance que les partis communistes occidentaux pouvaient avoir en l’URSS. En juillet 1967, une 5e direction du KGB est même créée à l’initiative de Iouri Andropov 21 afin de lutter contre cette «  subversion idéologique  » toujours vue comme une ingérence étrangère plutôt que comme une conséquence des problèmes économiques, politiques et sociaux auxquels le pays était alors confronté. Autrement dit, les services et le gouvernement soviétiques faisaient une lecture conspirationniste du monde et des crises internes que connaissait alors l’URSS.

Cette lecture conspirationniste n’a pas disparu avec la chute de l’Union soviétique, bien au contraire. La Russie contemporaine est largement héritière de cette représentation paranoïaque des relations internationales, qui considère la disparition de l’URSS comme le succès d’une opération occidentale de déstabilisation, bien plus que comme l’échec d’un système politique et économique incapable de se réformer. C’est cette vision conspirationniste de l’histoire qui est aujourd’hui défendue par Vladimir Poutine et son entourage, qui ont interprété de la même manière les révolutions de couleur, les printemps arabes, ou encore la révolution de Maidan à Kiev. En 2011-2012, lorsque des dizaines de milliers de Russes sont descendus dans les rues pour réclamer l’alternance démocratique et refuser le 3e mandat présidentiel de Vladimir Poutine, c’est encore une fois la main de la guerre politique et de la subversion idéologique qui a été dénoncée 22. Or, cette fois-ci, le Kremlin a considéré qu’il s’agissait d’une menace directe à la survie physique du régime et de ses membres. Aussi la décision a-t-elle été prise de retourner l’arme de l’adversaire contre lui  : les premières usines à troll et les premières tentatives de soutien à des partis populistes occidentaux sont apparues immédiatement après cette vague de manifestations inédites par leur ampleur. Depuis, le mouvement est allé crescendo  : décrédibilisation de la révolution ukrainienne de 2014, soutien à la guerre civile dans le Donbass, ingérences massives dans les élections américaines de 2016 et tentatives d’influence lors de plusieurs référendums européens (Brexit, Catalogne, etc) … La liste des opérations menées par la Russie depuis lors est extrêmement longue et se diversifie de jour en jour, avec une préférence notable mais non exclusive pour les mouvements souverainistes de gauche, de droite et d’extrême droite. In fine, la Russie a adopté une forme de «  contre-diversion idéologique  », elle-même héritée de la guerre politique américaine, comme logiciel d’action offensive depuis près de 15 ans.

La guerre politique en sous-traitance : Moscou et Washington en miroir

Si la Russie a relancé la guerre politique en 2011-2012, les États-Unis ont quant à eux renoué avec cette pratique stratégique en 2025, comme l’énonce la Stratégie de sécurité nationale 23. Les anciens modes opératoires ont été réactivés, mais une méthode relativement nouvelle est apparue  : la coopération accrue entre acteurs publics du renseignement et opérateurs privés poursuivant des buts économiques ou politiques. Autrement dit, la guerre politique repose désormais, à Washington comme à Moscou, sur une privatisation du dispositif sécuritaire, qui se met aussi au service d’une compétition politique et économique interne.

Les pratiques de la guerre politique américaine sont multiples et variées, raison pour laquelle il convient de prendre de la hauteur pour caractériser cette stratégie : diplomatie coercitive ; soutien politique et financier à des partis ou des figures politiques ; ingérence dans les processus électoraux ; mise en place clandestine de médias, partis ou syndicats diffusant ses idées ; conférences organisées pour diffuser ses idées ; forges de faux documents ; recrutement d’agents d’influence et de journalistes ; désinformation et propagande ; agit-prop et troubles à l’ordre public ; soutien à des groupes armés irréguliers ; sabotage, etc. La multiplicité des pratiques impose donc de regarder l’acteur initial et son intention politique, plutôt que de se perdre dans l’analyse fine de toutes les tactiques. Le National Security Council sert de lieu de coordination depuis 1947, ce qui lui confère un rôle central dans la construction d’ une vision globale de la guerre politique menée dans les domaines ouvert et clandestin. Le degré d’intensité de cette guerre politique pourra ainsi se mesurer à l’aune de la mobilisation ou non des acteurs institutionnels clandestins pour la mener.

S’il ne reste que deux ans et demi de mandat au président Trump, il reste plusieurs décennies d’avenir politique à J.D. Vance, Marco Rubio et Elon Musk. 

Jonathan Guiffard, Kevin Limonier

Pour remplir ses objectifs, la Maison-Blanche peut s’appuyer sur des acteurs dédiés aux stratégies ouvertes pour les uns, et aux stratégies clandestines pour les autres. Dans le domaine ouvert, le Département d’État est l’entité privilégiée. Durant la guerre froide, celui-ci chapeautait et finançait de nombreuses entités pour accroître l’influence américaine et contester le communisme, telles qu’USAID, pour l’aide au développement, des programmes d’assistance, tels que le Plan Marshall, des programmes d’influence, tels que la bourse académique Fulbright ou l’International Visitor Leadership Program (IVLP). Dans les années 1990 et 2000, si le soft power est resté une dimension centrale de sa pratique, il ne s’inscrivait pas expressément dans une perspective de guerre politique car il ne cherchait plus la subversion agressive d’un système idéologique adverse. Avec le retour de Donald Trump au pouvoir en janvier 2025, le DoS a été mis à genoux par le Département de l’efficacité gouvernementale (DOGE), puis placé sous la responsabilité de Marco Rubio, devenu Secrétaire d’État et Conseiller à la sécurité nationale. Il convient de noter qu’une telle double responsabilité est inédite depuis Henry Kissinger et qu’elle illustre bien le retour de la convergence entre l’outil diplomatique et la sécurité nationale, caractéristique de la guerre politique. Le Département d’État a désormais retrouvé un rôle politique actif en s’impliquant officiellement dans les affaires politiques internes des Européens, comme l’illustre la démarche, en mai 2025, de deux conseillers du Département d’État auprès d’une magistrate française, pour recueillir des arguments contre la condamnation de Marine Le Pen 24. 

Dans le domaine secret ou clandestin, deux entités en particulier peuvent être mobilisées  : la CIA, pour les opérations de guerre politique, et le Commandement des opérations spéciales des États-Unis (SOCOM), pour les opérations d’influence militaire. Selon l’Executive Order 12333 la CIA est la seule à pouvoir mener des opérations clandestines. Or, si depuis le début des années 2000, la CIA construit un arsenal cyber et mène des opérations clandestines ponctuelles, notamment à des fins d’influence, ce n’est que depuis le premier mandat de Trump qu’elle a repris les opérations de propagande de masse 25, et c’est seulement depuis le second mandat qu’elle se place dans une perspective de guerre politique  : elle a, par exemple, été missionnée pour identifier les forces et responsables politiques groenlandais favorables à une intégration aux États-Unis 26. Ainsi, si la CIA est davantage connue pour avoir formé des groupes armés irréguliers en Afghanistan ou en Syrie dans une perspective de contre-terrorisme, elle détient une expérience considérable de la guerre politique via des entités telles que des partis politiques, des médias, des associations, des syndicats, etc. Le livre White Malice de Susan Williams 27 qui retrace les opérations de subversion politique au Congo et au Ghana nouvellement décolonisés, illustre parfaitement ces modes opératoires. Notons qu’ils sont assez peu partagés par les services de renseignement européens plutôt habitués à renseigner et à entraver des menaces sécuritaires qu’à réaliser des opérations politiques d’influence et de subversion politique.

Une caractéristique de ce renouveau de la guerre politique est aussi la mobilisation d’acteurs privés, soutenus politiquement et/ou financièrement, parfois de manière ouverte mais le plus souvent de manière clandestine. Par leur nature indépendantes ou distinctes des structures étatiques, ces derniers sont plus convaincants et permettent de brouiller les lignes en offrant un déni plausible : les influenceurs et les partis sont toujours plus efficaces si leur lien avec un État n’est pas connu, et les hommes d’affaires deviennent ainsi des relais et des vecteurs de confiance plus discrets et moins engageants sur le plan diplomatique. 

Ces réseaux interpersonnels sont désormais devenus centraux dans la guerre politique américaine. En effet, l’existence d’une base politique structurée, dite MAGA, qui dispose déjà de modes opératoires d’influence rodés et efficaces, pouvant servir de chambre d’écho aux opérations politiques américaines, se combine avec la structuration de réseaux politiques et affairistes trumpistes qui n’hésitent pas à se mobiliser, d’initiative ou sur demande, pour influencer des acteurs étrangers. À ce titre, la mobilisation au Groenland de plusieurs réseaux d’entrepreneurs proches de Trump et ayant, pour certains, été membres de l’administration lors du premier mandat, est révélatrice. Cette action d’ingérence a d’ailleurs été qualifiée par les services de renseignement danois d’opération clandestine 28. La nomination du gouverneur de Louisiane, Jeff Landry, comme envoyé spécial pour le Groenland 29, ou les rencontres répétées de responsables du Département d’État avec les indépendantistes de l’Alberta Prosperity Project au Canada en 2025, en sont d’autres illustrations 30. Ceux-ci obtiennent ainsi des rétributions politiques et économiques contre leur engagement personnel, les objectifs de la guerre politique actuelle ayant une dimension fondamentalement économique dans les domaines du numérique, des métaux critiques et de l’énergie.

On retrouve en Russie une dynamique similaire où services de l’État et entrepreneurs agissent sur un pied d’égalité, le tout dans un système où les prérogatives régaliennes sont largement ouvertes au privé. Ainsi, l’un des principaux artisans de la guerre politique russe contemporaine n’est ni un service spécial ou de renseignement, mais bien un entrepreneur – Evgueni Prigojine. Disparu à l’été 2023 dans un accident d’avion suspect, celui que l’on surnommait le Cuisinier de Poutine avait inventé un véritable modèle économique de la guerre politique russe. Son empire, ou plutôt la galaxie d’entreprises qu’il détenait et dirigeait, ont fourni à l’État russe une bonne partie de ses capacités en la matière entre 2014 et 2023. Il incarnait ainsi la figure de l’entrepreneur d’influence 31, c’est-à-dire de l’acteur privé faisant fructifier un capital le plus souvent économique en accompagnant le «  retour  » géopolitique de la Russie dans de nombreuses régions du monde où l’URSS avait eu une présence affirmée. Dans de très nombreux cas, ce «  retour  » a pris la forme d’opérations plus ou moins vastes de déstabilisation afin de favoriser un changement de régime ou de majorité politique. Ce fut le cas dans plusieurs pays d’Afrique, mais aussi en Europe, où de nombreux partis nationalistes, réactionnaires, néo-conservateurs et souverainistes, ont fait l’objet de soutiens appuyés, et aux États-Unis, où d’importantes ingérences russes dans le processus électoral des présidentielles de 2016 ont été documentées par l’enquête du procureur spécial Robert Mueller et par le Sénat américain 32. Si elles ont permis d’appuyer Donald Trump dans une proportion qui reste difficile à définir, ces ingérences ont surtout créé un alignement idéologique et des liens solides entre la sphère MAGA et les acteurs russes de l’ingérence – liens qui continuent de prospérer aujourd’hui.

Santiago Sierra, Veterans of war facing the corner, 2017

Depuis la mort de Prigojine en 2023, l’écosystème sur lequel s’appuie l’État russe pour mener sa guerre politique est davantage contrôlé par les organes officiels, plus spécifiquement les services de renseignement. Il est d’ailleurs fort probable que l’explosion en plein vol du jet privé qui transportait l’entrepreneur ait été provoquée par les services de sécurité russes afin de briser le quasi monopole qu’il exerçait sur de nombreuses capacités d’ingérence et de guerre politique. Souvenons-nous que deux mois avant sa mort, il prenait les armes avec ses troupes et organisait dans le sud de la Russie une mutinerie qui aurait poussé Vladimir Poutine à fuir préemptivement Moscou.

Cet écosystème administratif et financier a donc été repensé afin d’éviter que ne se reproduise une telle situation de monopole. Les entrepreneurs d’influence et autres politekhnolog (spin doctors en bon français) 33 sont ainsi mis en concurrence les uns avec les autres, soumis à un système de distribution de financements qui s’est considérablement bureaucratisé. L’État russe a ainsi créé plusieurs opérateurs chargés de distribuer l’argent public à tout un ensemble de start-up et de sociétés de conseil en communication qui se sont spécialisées dans les ingérences 34. Ce système, s’il a pour objectif d’éviter que ne se recréent des oligopoles, facilite également la coordination avec les services de renseignement, au premier rang desquels la Direction générale des renseignements (GRU). Selon une série de documents ayant fuité du Kremlin et de plusieurs entreprises spécialisées dans les ingérences, la «  tour de contrôle  » de tout ce système se situerait au Kremlin, dans les bureaux du premier chef adjoint de l’administration présidentielle, Sergueï Kirienko. D’après de nombreux documents qui ont été étudiés par divers collectifs de journalistes 35 ainsi que par l’un des auteurs du présent article 36, les services de Kirienko jouent le rôle de courroie de transmission entre l’écosystème des entreprises spécialisées dans les ingérences et les services de sécurité russe. Par exemple, dans les documents internes de la Social Design Agency, l’entreprise russe qui organise notamment l’opération Doppelgänger dans plusieurs pays européens dont la France, la nécessité d’en référer «  au patron  » ( c’est-à-dire à Kirienko) apparaît régulièrement dans les minutes des réunions dès qu’une idée originale est émise.

Il s’agit là d’une bureaucratie néolibérale typique, où les prérogatives régaliennes sont diluées et distribuées à une myriade d’acteurs privés qui poursuivent chacun leurs objectifs particuliers. La conséquence principale d’un tel système est le développement, ou plutôt, dans le cas de la Russie, le maintien, d’une corruption endémique qui structure les rapports de pouvoir et oriente les stratégies de l’État. C’est une des raisons pour lesquelles les acteurs russes se livrant à des ingérences en France continuent malgré tout à organiser des opérations qui, sur le papier, ont tout pour échouer – à l’instar des rumeurs visant les candidats putatifs à l’élection présidentielle de 2027. Nonobstant l’échec manifeste de ces opérations à avoir le moindre impact (hormis sur les médias français qui relaient ces contenus en boucle et leur donnent une visibilité inespérée), il s’agit pour les sous-traitants de l’ingérence russe de maintenir un marché public qui enfle d’année en année jusqu’à ressembler à une bulle spéculative. Côté américain, il ne serait pas étonnant de voir des mécanismes similaires se mettre en place, sur fond de clientélisme assumé par l’administration Trump.

Câbles, satellites, plateformes et «  guérilla cybernétique  » : l’arsenalisation des dépendances numériques

Au-delà d’une histoire partagée et de mécanismes souvent ressemblants, les guerres politiques américaine et russe contre l’Europe partagent un autre point commun : elles instrumentalisent les nombreuses dépendances stratégiques dans lesquelles l’Europe s’est enferrée depuis trois décennies, notamment à la faveur de la mondialisation et de la révolution numérique. Autrement dit, la guerre politique à l’ère numérique consiste pour beaucoup à maîtriser et/ou subvertir la circulation des flux de données et d’informations sur le réseau de l’adversaire dans l’objectif de gagner la bataille idéologique sur laquelle repose la téléologie réactionnaire.

Du point de vue des États-Unis, le rôle démesuré qu’ont acquis en Europe les plateformes d’intermédiation américaines et maintenant des systèmes d’intelligence artificielle grand public constitue un levier stratégique considérable, d’où un vieux débat bien connu ayant motivé la recherche européenne d’une souveraineté numérique et d’une autonomie stratégique. Jusque récemment, ce débat était bordé par une forme de consensus sur la nécessité de réguler le cyberespace au nom de valeurs humanistes et libérales partagées par les patrons et les régulateurs des deux côtés de l’Atlantique. Cependant, depuis le retour de Donald Trump au pouvoir, ce statu quo idéologique a volé en éclats à la faveur de l’émergence de patrons ouvertement réactionnaires, à l’instar d’Elon Musk ou de Peter Thiel. Il en résulte un phénomène nouveau pour l’Europe  : celui de l’arsenalisation de ses interdépendances numériques au bénéfice non plus d’une compétition économique, mais d’une guerre politique trumpiste qui cherche à faire triompher ses idées politiques en Europe. Parmi d’innombrables exemples, notons le bras de fer qui oppose Elon Musk et la Commission européenne sur la question de la régulation des réseaux sociaux 37, ou la bataille pour intégrer ou retirer les logiciels de la société Palantir 38, dont le cofondateur Peter Thiel affirmait dès 2009 ne plus croire « que la liberté et la démocratie soient compatibles » 39. 

Ces épisodes relèvent d’une forme de combat politique où deux visions du cyberespace, et plus largement du monde, s’affrontent. Plus largement, l’émergence d’hyperscalers aux mains de milliardaires réactionnaires a comme conséquence de réduire la résilience du continent européen au niveau de la connectivité numérique 40. Historiquement au centre de la toile distribuée que constitue l’Internet mondial depuis les années 1990, l’Europe subit en effet de plein fouet un phénomène que les spécialistes appellent « l’aplatissement de l’Internet » 41 – c’est-à-dire la concentration de tous les moyens de communication, du câble sous-marin à l’algorithme en passant par la plateforme, entre les mains d’un nombre réduit d’acteurs aux politiques de plus en plus opaques. 

Jusqu’à il y a peu, les acteurs qui s’occupaient des infrastructures physiques du cyberespace étaient distincts des opérateurs de plateformes, ce qui garantissait l’application du principe de neutralité du Net, à savoir la non-hiérarchisation de l’accès aux contenus sur le réseau. Aujourd’hui, cette ère est révolue  : Meta construit ses propres câbles sous-marins 42 tandis que Musk entretient son propre réseau satellitaire, Starlink 43. Concrètement, cela signifie que les entreprises qui aplatissent l’Internet privilégient l’accès à leur réseau, à leurs contenus, et donc à la représentation du monde et au régime de vérité que leurs dirigeants veulent diffuser. Si l’Europe résiste mieux qu’ailleurs sur le segment des infrastructures télécoms, le risque est grand de voir des constellations comme Starlink devenir des leviers de la guerre politique  : en favorisant l’accès aux services de Musk, cette constellation pourrait privilégier l’utilisation par ses clients d’algorithmes d’IA, dont plusieurs travaux suggèrent 44 qu’ils s’inscrivent dans un agenda réactionnaire assumé et aligné sur celui de l’administration Trump. La pression contre l’Ukraine dans une tentative à peine voilée de favoriser la Russie était un premier coup de semonce 45. Or, ces dépendances dictent directement les paramètres de la guerre politique. L’achat à pure perte de Twitter par Elon Musk pour visibiliser les prises de position d’acteurs réactionnaires est avéré  : il instrumentalise ouvertement la plateforme pour prendre position en faveur de responsables nationalistes en Europe, notamment au Royaume-Uni, en Allemagne ou en France. 

Côté russe, la dimension numérique de la guerre politique faite à l’Europe est symétriquement inverse de celle des États-Unis : là où Washington peut compter sur sa suprématie, Moscou ne bénéficie d’aucun accès privilégié au réseau européen – bien au contraire. Depuis 2022, le pays est même un paria dans le cyberespace européen  : ses médias ont été bloqués en Europe 46, ses plateformes sont combattues, ses entrepreneurs sont pour beaucoup sous le coup de sanctions. 

 Il s’agit pour les sous-traitants de l’ingérence russe de maintenir un marché public qui enfle d’année en année jusqu’à ressembler à une bulle spéculative.

Jonathan Guiffard, Kevin Limonier

Pourtant, les acteurs russes parviennent toujours à pénétrer l’espace européen via un recours croissant à des méthodes clandestines et en coopérant avec des cybermafias. Prenons ici l’exemple de l’opération Doppelgänger, qui continue à viser les opinions publiques européennes en s’appuyant sur des infrastructures pirates appelées bulletproof hosters, qui permettent de contourner les garde-fous que les Européens ont installé aux frontières de l’Union afin d’empêcher les opérations d’ingérence russes. Il s’agit là d’une véritable stratégie de guérilla qui consiste, avec des moyens très limités, à exploiter au maximum ce qu’on pourrait appeler l’organisation du paysage cybernétique européen ; c’est-à-dire la manière dont notre espace numérique est construit, avec ses forces et surtout ses faiblesses – au nombre desquelles on retrouve évidemment la dépendance aux acteurs américains. Celle-ci est largement exploitée par la Russie sur les couches informationnelles du cyberespace, à travers l’utilisation et la manipulation des algorithmes de réseaux sociaux pour la plupart américains ou chinois. Par exemple, le succès fulgurant qu’a connu le média en ligne Sputnik à la fin de la décennie 2010 dans l’espace informationnel francophone (en Europe et en Afrique de l’Ouest) fut permis en grande partie par une stratégie pionnière de communication hyper-offensive consistant à générer le plus de clics possibles 47. Aujourd’hui, de nombreuses affaires de manipulation d’algorithmes non maîtrisés par des acteurs européens continuent de se produire dans le cadre de la guerre politique, comme par exemple les vastes opérations conduites sur le réseau TikTok lors des élections présidentielles roumaines de novembre 2024, qui ont finalement été annulées par la Cour constitutionnelle 48. Autrement dit, là où les États-Unis arsenalisent leur suprématie sur le réseau européen en l’attaquant «  par le haut  », la Russie se livre à une véritable guérilla numérique en donnant l’assaut «  par le bas  ». Dans les deux cas, il s’agit du même problème  : celui de la difficulté des Européens à garantir leur sécurité et leur souveraineté dans un espace numérique qui constitue désormais un véritable prolongement du territoire au sens classique du terme.

La colère sociale comme terreau de la guerre politique

Passer en revue les doctrines, les acteurs et les moyens de la guerre politique permet de prendre la mesure de l’immensité du problème auquel nous, Européens, sommes confrontés. Cependant, tout ceci laisse dans l’ombre une question fondamentale : celle des raisons qui font que cette guerre politique fonctionne, ou qui, du moins, font que ceux qui s’y adonnent croient en son efficacité. Cette question rejoint celle de l’impact des opérations d’ingérence, et plus largement de la vulnérabilité des opinions publiques européennes aux visées de la guerre politique.

Côté russe, l’un des principaux paris qui est fait par les entrepreneurs d’influence ainsi que par les services de sécurité depuis le mitan des années 2010 est que les démocraties occidentales comportent en leur sein des faiblesses qu’il s’agit d’exploiter. Ces faiblesses sont principalement d’ordre socio-économique, et ont trait au sentiment d’exclusion ou de marginalisation qui traverse des pans de plus en plus importants des populations européennes. Comme l’ont montré de nombreux travaux 49, les médias russes en français ont d’abord connu le succès parce qu’ils ont su fidéliser autour d’eux un lectorat en apparence très hétérogène, mais en réalité traversé par un même sentiment  : celui de se sentir exclu du champ politique et de plus en plus éloigné des centres de richesse et de pouvoir. 

Par leur ton, par leur engagement éditorial (on pense ici par exemple au slogan de Sputnik : « dire ce que les autres taisent », ou telling the untold), les médias russes ont cherché à capter l’attention de personnes souhaitant se réapproprier la politique, dont ils estiment qu’elle leur échappe. C’est ce que montrent par exemple les travaux de Gulnara Zakharova sur les publics de RT France 50 : en couvrant les affaires internationales de manière extensive, tout en développant une ligne éditoriale frontalement hostile aux « médias mainstream », les médias russes en français ont voulu donner à leur lecteur le sentiment qu’ils se rapprochaient de la marche du monde.

Cette stratégie permet d’ailleurs de comprendre pourquoi, dans certains cas, des collectifs de Gilets jaunes ont accueilli chaleureusement les caméras des médias russes alors qu’ils interdisaient aux chaînes françaises d’information en continu de les approcher. Cet arsenalisation du sentiment de marginalité est une constante de la guerre politique russe 51, et pas seulement en Europe : en Afrique de l’Ouest, Harouna Drabo a pu montrer combien le retour géopolitique de la Russie dans la région s’appuyait sur l’exploitation de « géographies de la colère », c’est-à-dire des frustrations de populations subissant des formes d’exclusion socio-spatiale remontant parfois à l’époque coloniale 52.

Côté américain, l’idéologie MAGA a précisément émergé sur ce sentiment de marginalisation de segments entiers de l’électorat, directement victimes des conséquences de la mondialisation, sentiment déjà identifié par son ancêtre, le Tea Party 53 : désindustrialisation, chômage, problèmes de santé, concentration des richesses, guerres longues, etc. Ces sujets sont au cœur des préoccupations d’un électorat hétérogène mais prêt à accepter la désignation de boucs-émissaires parmi les plus vulnérables (immigrés, femmes, etc.). Un récit idéologique s’est ainsi construit, susceptible de séduire des électorats similaires en Europe. 

Cette stratégie de propagande politique orientée sur la mobilisation des marges se décline aussi dans d’autres contextes : au Groenland, par exemple, l’administration Trump exploite les tensions entre Copenhague et les Groenlandais, ces derniers se sentant légitimement exclus de leur propre destinée mais aussi des dividendes de leurs ressources économiques. En Irlande, Trump a bien compris qu’en se disant favorable à la réunification 54, et en s’appuyant ainsi sur une population marginalisée à l’échelle du royaume, il accroît la pression sur Londres. Ces mécaniques sécessionnistes expliquent aussi pourquoi les réseaux MAGA se montraient si favorables au Brexit et militent aujourd’hui pour le démantèlement de l’Europe. 

Là où les États-Unis arsenalisent leur suprématie sur le réseau européen en l’attaquant «  par le haut  », la Russie se livre à une véritable guérilla numérique en donnant l’assaut «  par le bas  ».

Jonathan Guiffard, Kevin Limonier

En résulte une urgence : celle de concevoir les ingérences non pas uniquement comme un problème de sécurité ou de défense, mais bien comme une question de politique publique, et notamment de politique sociale. Car, en fin de compte, les adversaires de l’Europe utilisent leurs moyens convergents pour exploiter la même vulnérabilité, qui est aussi celle sur laquelle prospère l’extrême droite : l’échec des politiques de redistribution des richesses et de lutte contre les inégalités à réduire le sentiment d’injustice, réel ou non, qui habite une partie de la population.

Sortir de « l’étrange défaite »

De ce constat, nous pouvons déduire trois éléments fondamentaux : (a) la guerre politique est une intention politique et une décision bureaucratique, pas un état latent des relations internationales. Elle peut donc être combattue et arrêtée ; (b) la guerre politique cherche la subversion politique et idéologique d’un système adverse. Les tactiques, que l’on regroupe à tort sous le vocable de « guerre hybride », ne sont que les moyens de cette subversion. La désinformation ou le sabotage ne sont ainsi pas des fins en soi, mais des outils parmi d’autres. Il faut donc placer l’enjeu au niveau politique et idéologique ; © la guerre politique est née au sein des services de renseignement, elle possède une dimension fortement clandestine et elle connaît un phénomène d’hybridation, incarnée par les entrepreneurs d’influence, ce qui implique de l’analyser aussi à travers ce prisme. Ce constat explique notre difficulté à appréhender finement ce qui nous arrive, car la dimension secrète gêne volontairement notre compréhension et notre réponse. Il convient donc de caractériser avec précision ce qui relève ou non de la guerre politique, sa temporalité, son espace de déploiement et les acteurs impliqués, pour proposer des politiques publiques ciblées et efficaces.

En appelant à privilégier l’approche de la guerre politique aux dépens de celle de la guerre hybride, nous proposons de repolitiser la lecture des événements : le système démocratique, ses fondations libérales et les valeurs progressistes sont expressément ciblées par une double-machine. Il apparaît donc nécessaire de défendre un modèle politique et des valeurs, tout en nous prémunissant de la guerre politique, mais aussi de chercher à fragiliser les systèmes adverses pour influencer leur cadre idéologique. L’équation stratégique et politique des adversaires doit changer pour que l’Europe sorte victorieuse de ces agressions.

Ainsi, pour contraindre la Russie à mettre fin à sa guerre politique, il convient probablement de travailler à la subversion du système politique russe. Seul un changement de paradigme politique en Russie est susceptible de favoriser une nouvelle cohabitation, apaisée et motivée par la coopération. Le cas américain diffère en ce sens que la démocratie américaine est loin d’avoir déposé les armes. En revanche, il est clair que les futurs représentants du trumpisme dureront dans l’espace politique américain et qu’ils poursuivront une stratégie de long-terme. S’il ne reste que deux ans et demi de mandat au président Trump, il reste plusieurs décennies d’avenir politique à J.D. Vance, Marco Rubio et Elon Musk. Les défaites probables de l’administration aux élections de mi-mandat et à celles de 2028 ne marqueront ni la disparition des dynamiques politico-économiques à l’œuvre aux États-Unis, ni un retour au statu quo ex ante avec l’Europe. 

Il incombe donc à l’Europe de réduire ses vulnérabilités (à commencer par ses dépendances numériques) et d’accroître sa coordination avec les forces politiques démocratiques et progressistes américaines pour renforcer leur légitimité, sans entrer dans une perspective de guerre politique contre les États-Unis. Les responsables européens doivent éviter de favoriser la guerre politique par un déni de la situation sociale et une focalisation sur des sujets de diversion comme l’ont fait trop souvent les gouvernements successifs au cours des vingt-cinq dernières années. Le débat politique national et européen doit rester vif, mais prémuni des ingérences extérieures : de cette ligne rouge dépend notre souveraineté commune.

Reprendre l’analyse avec la perspective de la guerre politique peut produire des savoirs utiles à la mobilisation des Européens et à la construction de leurs propres récits géopolitiques, pour sortir de notre « étrange défaite », faire face aux agressions, requalifier les menaces et soutenir les forces politiques démocratiques qui cherchent à retrouver cause commune avec l’Europe.

Sources
  1. Clément François, « Présidentielle : Glucksmann, Philippe et Attal visés par des campagnes d’ingérence russes », Les Surligneurs, août 2026 (attributions confirmées par VIGINUM au mode opératoire Storm-1516).
  2. « La France risque d’être la cible « d’actions » de guerre hybride « plus directes et violentes », prévient la cheffe du renseignement intérieur », Franceinfo, 26 août 2026.
  3. Frank G. Hoffman, Conflict in the 21st Century : The Rise of Hybrid Wars, Arlington, Potomac Institute for Policy Studies, 2007.
  4. Voir par exemple Commission européenne et Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Cadre commun en matière de lutte contre les menaces hybrides : une réponse de l’Union européenne, JOIN(2016) 18 final, 6 avril 2016.
  5. Sander van der Linden, Foolproof : Why Misinformation Infects Our Minds and How to Build Immunity, New York, W. W. Norton, 2023.
  6. « Leaked Documents Reveal Russian ‘Cognitive Strikes’ Against the West — Including Islamophobic ‘Pig Head’ Attacks in Paris » (Des documents fuités révèlent des « frappes cognitives » russes contre l’Occident, dont les têtes de porc déposées à Paris), OCCRP, 24 mai 2026 (enquête menée avec Delfi Estonia, Le Monde, Dossier Center et d’autres médias).
  7. Adam Holesch, Piotr Zagórski et Aron Buzogány, Europe’s Ukraine consensus still holds – but the far right is splitting over Russia, LSE European Politics and Policy (EUROPP), 16 mars 2026. Les auteurs soulignent toutefois que certains partis de droite radicale (PiS en Pologne, Démocrates de Suède, Parti des Finlandais) soutiennent l’Ukraine.
  8. Marlène Laruelle, « Illiberalism : a conceptual introduction », East European Politics, vol. 38, n° 2, 2022, p. 303-327.
  9. « Russia Backs Disinfo Campaign to Aid Orbán’s Re-Election Bid – FT » (La Russie soutient une campagne de désinformation en faveur de la réélection d’Orbán), The Moscow Times, 11 mars 2026.
  10. « Russian Supreme Court Bars Yabloko Party From State Duma Elections » (La Cour suprême russe exclut Iabloko des élections à la Douma), The Moscow Times, 10 août 2026.
  11. « Ingérences en Europe : un think tank français vise des subventions américaines pro-Trump », Off Investigation, 1er septembre 2026.
  12. Aisha Down, « Trump administration to grant $12m to groups founded by UK conservatives Jacob Rees-Mogg and Toby Young » (L’administration Trump va accorder 12 millions de dollars à des groupes fondés par les conservateurs britanniques Jacob Rees-Mogg et Toby Young), The Guardian, 17 juillet 2026, repris par AOL.
  13. Andrew-Sebastien Aschehoug, « Les poupées russes de la propagande de Poutine en France », Slate, 11 février 2015.Andrew-Sebastien Aschehoug, « Les poupées russes de la propagande de Poutine en France », Slate, 11 février 2015.
  14. Sofi Oksanen, « Pour la Russie, l’idéal serait de finlandiser toute l’Europe, et pas seulement l’Ukraine », Le Monde, 5 mars 2022.
  15. Emma De Ruiter, « Elon Musk backs far-right AfD party in an op-ed for German newspaper ‘Die Welt’ » (Elon Musk soutient l’AfD dans une tribune publiée par Die Welt), Euronews, 28 décembre 2024.
  16. « Denmark summons US diplomat over Greenland ‘influence’ attempts » (Le Danemark convoque un diplomate américain au sujet de tentatives d’« influence » au Groenland), Al Jazeera, 27 août 2025.
  17. Thomas Rid, Active Measures : The Secret History of Disinformation and Political Warfare, New York, Farrar, Straus and Giroux, 2020.
  18. « Дезинформбюро » (Le bureau de désinformation), Kommersant, 13 janvier 2003.
  19. George F. Kennan, « The Inauguration of Organized Political Warfare », Policy Planning Staff Memorandum, 30 avril 1948, National Security Archive.
  20. Tomas Sniegon, « Getting Ready to Fight Dissidents : KGB, ideological subversion and Soviet intellectuals during the late Khrushchev era », Journal of Cold War Studies, vol. 27, n° 3, 2025, p. 35-60.
  21. Vladimir Tolts, « ‘Пятёрка’ и ‘пятёрышники’. 45 лет Пятого управления КГБ » (La « Cinquième » et ses agents : les 45 ans de la 5e direction du KGB), Radio Svoboda, 2012.
  22. Colin Gérard, « “Usines à trolls” russes : de l’association patriotique locale à l’entreprise globale », La revue des médias, INA, 21 juin 2019.
  23. The White House, National Security Strategy of the United States of America, 4 décembre 2025 (« cultivating resistance to Europe’s current trajectory within European nations »).
  24. Angelique Chrisafis et Andrew Roth, « US officials sought to lobby against Marine Le Pen election ban ruling, says French judge » (Des responsables américains ont cherché à faire pression contre l’inéligibilité de Marine Le Pen, selon une magistrate française), The Irish Times (AFP), 21 janvier 2026.
  25. Joel Schectman et Christopher Bing, « Trump launched CIA covert influence operation against China » (Trump a lancé une opération d’influence clandestine de la CIA contre la Chine), Reuters, 14 mars 2024, repris par Semafor : Diego Mendoza, « Trump reportedly used the CIA for a secret anti-China influence campaign », Semafor, 14 mars 2024.
  26. Katherine Long et Alexander Ward, « U.S. Orders Intelligence Agencies to Step Up Spying on Greenland » (Les États-Unis ordonnent aux agences de renseignement d’intensifier l’espionnage du Groenland), 6 mai 2025, reproduit par To Vima : « U.S. Orders Intelligence Agencies to Step Up Spying on Greenland », To Vima, 6 mai 2025.
  27. Susan Williams, White Malice : The CIA and the Neocolonisation of Africa, Londres, Hurst, 2021.
  28. Richard Hall, Rebecca Schneid, et Brian Bennett, « Denmark Summons U.S. Envoy Over Covert Greenland Operation » (Le Danemark convoque l’envoyé américain au sujet d’une opération clandestine au Groenland), Time, 27 août 2025.
  29. Aamer Madhani, « Trump says he’s appointing Louisiana Gov. Jeff Landry to serve as U.S. special envoy to Greenland » (Trump annonce la nomination du gouverneur de Louisiane Jeff Landry comme envoyé spécial des États-Unis pour le Groenland), PBS News (AP), 22 décembre 2025.
  30. Allan Smith et Abigail Williams, « Canadian separatists optimistic after meetings with Trump officials » (Les séparatistes canadiens optimistes après leurs rencontres avec des responsables de l’administration Trump), NBC News, janvier 2026.
  31. Marlène Laruelle et Kevin Limonier, « Beyond “hybrid warfare” : a digital exploration of Russia’s entrepreneurs of influence », Post-Soviet Affairs, vol. 37, n° 4, 2021, p. 318-335.
  32. Robert S. Mueller III, op. cit.
  33. Andrew Wilson, Virtual Politics : Faking Democracy in the Post-Soviet World, New Haven, Yale University Press, 2005.
  34. Il s’agit notamment de l’ANO Dialog et de l’Institut de développement de l’Internet (IRI). Voir Kevin Limonier, « La guerre numérique de Vladimir Poutine », Le Grand Continent, 17 juin 2025.
  35.  OCCRP, « Leaked Documents Reveal Russian ‘Cognitive Strikes’ Against the West », op. cit.
  36.  Kevin Limonier, « La guerre numérique de Vladimir Poutine », op. cit.
  37. Commission européenne, Commission fines X €120 million under the Digital Services Act (La Commission inflige à X une amende de 120 millions d’euros au titre du règlement sur les services numériques), 5 décembre 2025.
  38. « Renseignement et IA : la DGSI rompt son contrat avec Palantir pour la pépite française Chapsvision, annonce Lecornu », Boursorama (AFP) 16 juin 2026.
  39. Peter Thiel, The Education of a Libertarian, Cato Unbound, 13 avril 2009 (« I no longer believe that freedom and democracy are compatible »).
  40. Sasha Pearson, « Troubled waters : Europe’s subsea telecommunications network » (Eaux troubles : le réseau européen de câbles sous-marins de télécommunications), ECDPM, 18 mars 2026.
  41. Todd Arnold et al., « Cloud Provider Connectivity in the Flat Internet », Proceedings of the ACM Internet Measurement Conference (IMC ’20), 2020.
  42. Gaya Nagarajan et Alex-Handrah Aimé, « Unlocking global AI potential with next-generation subsea infrastructure » (Project Waterworth), Engineering at Meta, 14 février 2025.
  43. « Avec Starlink, Elon Musk étend son influence sur la planète… et dans l’espace », avec Célestine Rabouam, Institut Français de Géopolitique, 25 avril 2025.
  44. « How Elon Musk Is Remaking Grok in His Image » (Comment Elon Musk refaçonne Grok à son image), The New York Times, 2 septembre 2025.
  45. Abbey Fenbert, « US threatens to shut off Starlink if Ukraine won’t sign minerals deal, sources tell Reuters » (Les États-Unis menacent de couper Starlink si l’Ukraine ne signe pas l’accord sur les minerais), The Kyiv Independent (Reuters), 22 février 2025.
  46. Règlement (UE) 2022/350 du Conseil du 1er mars 2022 modifiant le règlement (UE) n° 833/2014, qui suspend la diffusion de RT et de Sputnik dans l’Union européenne.
  47. Kevin Limonier, L’empire déconnecté. Explorations géopolitiques dans le cyberespace russe, Paris, CNRS Éditions, 2026.
  48. OSW Centre for Eastern Studies, Romania : Constitutional Court annuls the presidential election (Roumanie : la Cour constitutionnelle annule l’élection présidentielle), 9 décembre 2024.
  49. Gulnara Zakharova, RT France : comprendre les publics d’un empire médiatique subalterne, thèse de doctorat, Université Paris-Panthéon-Assas, soutenue le 12 septembre 2025.
  50. Gulnara Zakharova, op. cit.
  51. Kevin Limonier et Maxime Audinet, Au dernier kilomètre des ingérences : une analyse croisée de la circulation et de la réception des récits russes dans le Sud de la Moldavie, étude de l’IRSEM, 2026.
  52. Harouna Drabo, La dynamique des stratégies d’influence informationnelle dans la construction des représentations géopolitiques au Burkina Faso post-putsch de septembre 2022, mémoire de master, Institut Français de Géopolitique, Université Paris 8, 2025.
  53. Arlie Russell Hochschild, Strangers in Their Own Land : Anger and Mourning on the American Right, New York, The New Press, 2016.
  54. Georgie Hewson, « Donald Trump says reunification of Ireland would be ‘fantastic’ while visiting on golf trip » (Donald Trump juge qu’une réunification de l’Irlande serait « fantastique »), ABC News (Australie), 13 septembre 2026.