Le remplacement annoncé hier, mardi 21 juillet, du commandant en chef des armées ukrainiennes, Oleksandr Syrsky, qui avait lui-même succédé à Valeri Zaloujny en 2024, par Mykhaïlo Drapatiy intervient dans un contexte de crise politique déclenchée par le limogeage du ministre de la Défense, Mykhaïlo Fedorov, mercredi 15.
- Le lendemain, jeudi 16, Fedorov avait déclaré avoir demandé au président ukrainien de mettre fin aux fonctions de Syrsky, ce que ce dernier avait refusé.
- Si Syrsky nie l’existence d’une quelconque rivalité interne avec Fedorov, des analystes et des sources ukrainiennes ont vu dans le limogeage du ministre la Défense l’influence de l’ancienne garde de l’armée.
- La décision, très impopulaire, a déclenché un important mouvement de manifestations à travers le pays, dont l’une des deux principales revendications était le remplacement de Syrsky.
Âgé de 43 ans, Drapatiy fait partie d’une nouvelle génération de militaires formés en Ukraine, en rupture avec les cadres issus de l’armée soviétique, à l’image de Syrsky dont l’approche tactique, très critiquée, est héritée de sa formation à l’École supérieure de commandement interarmes de Moscou, puis de ses années passées dans les troupes de fusiliers motorisés soviétiques.
- Mykhaïlo Drapatiy est devenu un héros en 2014 pour avoir franchi avec son BMP une barricade érigée à Marioupol par des séparatistes pro-russes.
- Les images du véhicule de combat d’infanterie piloté par Drapatiy, qui commandait alors le 2e bataillon de la 72e brigade mécanisée, ont été diffusées sur les chaînes télé à travers le monde.
Depuis 2022, Drapatiy a joué un rôle clef dans la libération de la rive droite de Kherson, contribuant à stopper l’avancée russe en direction de Kryvyï Rih. En 2024, il est envoyé dans la région de Kharkiv pour freiner une offensive russe, puis est nommé en novembre 2024 commandant des forces terrestres de l’armée. Il prend la direction à l’automne 2025 du Groupe des forces interarmées, qui opère dans le secteur de Kharkiv.
Sa nomination envoie un signal important à la jeune génération ukrainienne, tant militaire que civile, qui considère que la guerre ne peut être gagnée en ayant recours aux méthodes héritées de l’Union soviétique.
- Drapatiy appartient à une jeune génération d’officiers formés depuis 2014 par la guerre contre la Russie et, tout comme Fedorov, plaide en faveur d’un rôle accru des drones et autres systèmes sans pilotes au sein de l’armée.
- En 2025, après une frappe de missile russe sur un terrain d’entraînement qui a causé 12 morts, Drapatiy avait présenté sa démission, une décision qui, selon l’analyste Rob Lee, « a démontré ses qualités de dirigeant » 1.
- Il déclarait : « Une armée dans laquelle les commandants sont personnellement responsables de la vie des hommes est une armée vivante. Une armée où personne n’est responsable des pertes se meurt de l’intérieur ».
Drapatiy fera toutefois face à plusieurs défis.
- Le premier – et, potentiellement, le plus important – sera de rallier le soutien des officiers qui, en échange de faveurs et de postes de commandement, avaient témoigné de leur fidélité à Syrsky. Ils pourraient voir en Drapatiy une menace, celui-ci étant susceptible de favoriser la promotion d’officiers plus jeunes à des postes de responsabilité.
- Le deuxième consistera à réformer le système de mobilisation ukrainien. Comme l’explique Mick Ryan : « Les unités de première ligne sont épuisées et en sous-effectif, et l’âge moyen des soldats au front est bien supérieur à 40 ans […] Il est désormais urgent d’adopter une approche plus durable du recrutement », notamment en cas d’annonce d’une nouvelle mobilisation en Russie après les élections de septembre 2.
- Enfin, sa nomination intervient à un moment charnière : la progression de l’armée russe ralentit et les capacités de frappe à courte et moyenne portée de l’Ukraine exercent une pression considérable sur les arrières russes. Drapatiy devra maintenir cet élan tout en modernisant et réformant l’armée.
Sources
- Christopher Miller, « Zelenskyy replaces top Ukraine general after mass protests », Financial Times, 21 juillet 2026.
- Mick Ryan, Ukraine’s new command team faces its first three tests, Lowy Institute, 22 juillet 2026.