Selon Rusprofile, une plateforme d’information sur les entreprises, le nombre de pompes funèbres enregistrées en Russie a augmenté de 22,5 % au cours du premier semestre. Sur la période janvier-mai, les dépenses liées aux services funéraires ont augmenté de près de 10 % par rapport à 2025, pour atteindre 57,8 milliards de roubles (soit 650 millions d’euros), selon Rosstat 1.
- Cette hausse s’explique notamment par une régularisation d’entreprises qui exerçaient leur activité sans être enregistrées.
- Elle pourrait également refléter une adaptation des entreprises à la nouvelle législation fiscale : le seuil de chiffre d’affaires à partir duquel les entreprises sous régime simplifié sont tenues de payer la TVA est en effet passé de 60 à 20 millions de roubles cette année, ce qui pourrait inciter plusieurs d’entre elles à modifier leur structure juridique en la scindant en plusieurs entreprises individuelles.
Mais cette tendance est aussi le signe de l’augmentation des pertes russes sur le front. Selon les données de la Chambre notariale fédérale russe compilées par Meduza, le nombre de dossiers de succession ouverts par semaine pour des hommes âgés de 20 à 24 ans a été multiplié par 5 entre 2021, l’année qui a précédé l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, et 2025, passant de 5 à 25 dossiers par jour en moyenne.
La guerre a ainsi contribué au développement d’une industrie de la mort en Russie.
- Le nombre de pertes russes quotidiennes (blessés et tués) sur le front a atteint hier, jeudi 23, son niveau le plus élevé depuis février 2022 : 1 412 en moyenne.
- Pour exploiter cette hausse de la mortalité, plusieurs entrepreneurs proposent aux familles en deuil de mettre en scène les derniers adieux de leurs proches tombés sur le front ukrainien sous forme de vidéos générées par intelligence artificielle.
- Plusieurs cas de femmes russes, surnommées « veuves noires », qui épousent des soldats afin de percevoir les indemnités versées aux familles en cas de décès au combat, lesquelles avoisinent les 14,5 millions de roubles (170 000 euros), ont poussé le Kremlin à proposer des mesures pour limiter la pratique 2.
Comme l’explique l’économiste Vladislav Inozemtsev, en Russie, mourir est devenu un choix économique rationnel pour de nombreuses familles : « Prenons le cas d’un citoyen volontaire de 2023 tué en Ukraine. Sa famille perçoit un minimum de 14,8 millions de roubles […] C’est l’équivalent de 25 ou 30 années de son salaire dans le civil ».
- Selon les données de Sberindex, le salaire médian net en Russie est passé de 56 000 roubles par mois en février 2025 à 62 000 roubles en février 2026. Le rapport entre la solde d’un volontaire sous contrat et le salaire médian russe s’est ainsi réduit, passant de 4,5 à 3,4 fois.
- Pour inciter les jeunes Russes à continuer de s’engager dans l’armée, les régions ont augmenté ces derniers mois le montant des primes versées aux volontaires.
- Celles-ci atteignent désormais 4,1 millions de roubles à Saint-Pétersbourg, auxquels viennent s’ajouter 400 000 roubles de bonus fédéral, soit 4,5 millions de roubles au total (50 000 euros environ) – contre 2,5 millions en janvier 2025.
Sources
- « Ритуальный бизнес даже не моргнул », Коммерса́нтъ, 24 juillet 2026.
- Matthew Luxmoore et Milàn Czerny, « Russia’s New War Grifters—‘Black Widows’ Duping Soldiers Into Marriage », The Wall Street Journal, 4 novembre 2025.