L’IA est désormais au cœur de la confrontation sino-américaine. La manière dont les deux puissances pourraient s’accorder pour continuer à développer la technologie tout en délimitant un cadre pour en gérer les risques est l’une des questions clefs de la visite d’État de Xi aux États-Unis qui s’achève aujourd’hui, vendredi 25.

Si leurs motivations diffèrent, Pékin et Washington tendent à reléguer la sécurité au second plan.

  • L’administration Trump a tendance à considérer la course à l’IA comme une question de sécurité nationale : une victoire chinoise donnerait à Pékin un avantage stratégique considérable.
  • En Chine, certains chercheurs estiment que la sécurité des modèles les plus avancés est moins urgente, puisque les laboratoires chinois accusent un retard sur leurs concurrents américains 2 :

    • Tout d’abord, les incidents pourraient survenir à un niveau de capacité plus faible pour les modèles chinois, notamment en raison de la diffusion de modèles open-weight.
    • Leur nature et leur gravité pourraient aussi varier en fonction de la manière dont les modèles sont exploités par les utilisateurs. Les modèles américains pourraient notamment plus souvent entreprendre des actions sans autorisation, tandis que les modèles chinois pourraient exploiter des failles dans leur système de récompense plutôt que d’accomplir la tâche donnée.
    • Il faut également prendre en compte la manière dont les deux pays peuvent traiter la divulgation des incidents de sécurité.
    • Contrairement aux États-Unis, où METR a notamment pu tester les systèmes de surveillance d’Anthropic, il n’y a aucun cas d’intégration d’évaluateurs tiers au sein d’entreprises chinoises.
    • Moins d’incidents signalés ne signifierait donc pas moins d’incidents.
    • Enfin, il reste à savoir comment réagirait la Chine face à un incident d’ampleur lié à un modèle d’IA, et notamment quel serait le seuil à partir duquel le pouvoir chinois considérerait qu’un « problème » mérite une intervention.
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    Au-delà des questions économiques, le Parti communiste s’inquiète des conséquences que pourrait faire peser l’IA sur sa maîtrise du processus politique.

    • Dans un article publié le 13 septembre, le secrétaire du Parti et ministre du Département de la Sécurité d’État, Chen Yixin, évoque notamment le risque que des « individus aux intentions malveillantes » utilisent la technologie pour « inventer des rumeurs politiques, diffuser des informations malveillantes, inciter au conflit et attiser les tensions dans l’opinion publique », et cela « dans des proportions importantes et à des coûts très faibles ».
    Sources
    1. Stu Woo et Raffaele Huang, « China Also Thinks AI Could Kill Us. But First, It Wants to Match the U.S. », The Wall Street Journal, 14 septembre 2026.[/note ].
    2. Dans les deux cas, ralentir le développement de l’IA au profit de la sécurité relèverait d’un choix qu’aucune des deux puissances ne pense pouvoir assumer.

Pour Cheryl Wu, doctorante en économie à Yale, l’idée que le retard chinois permettrait de différer les questions de sécurité repose sur une prémisse fragile : un retard en capacités ne garantirait pas un retard en incidents. Elle avance ainsi trois hypothèses 1Cheryl Wu, China’s AI-safety trajectory is not necessarily a delayed version of America’s, 23 septembre 2026.