Ce dimanche 20 septembre, les électeurs de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et de Berlin étaient appelés aux urnes pour élire de nouveaux parlements régionaux. Selon les premières estimations publiées à 18 heures, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) et la gauche obtiennent de bons résultats, tandis que la CDU du chancelier Merz essuie une double défaite.

  • En Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, région rurale du nord-est de l’Allemagne, l’AfD remporterait de justesse l’élection avec 37 % des voix, presque doublant ainsi son score de 2021. Son avance sur le SPD, dirigé par la populaire ministre-présidente Manuela Schwesig et donné à 35,5 % des voix, est cependant étroite. 
  • La situation est particulièrement dramatique pour la CDU qui ne recueille que 5,5 % des voix. Le parti passe ainsi de justesse la barre nécessaire pour obtenir des sièges, subissant ainsi la plus sévère défaite régionale de toute son histoire. 
  • La Linke (7,5 %), les Verts (5,5 %) et l’Alliance Sahra Wagenknecht (BSW, 5 %) réussiraient également à entrer au Parlement. 
  • Comme en Saxe-Anhalt deux semaines plus tôt, la participation est particulièrement élevée, avec 79 %. 
  • L’analyse des flux électoraux indique que l’AfD a de nouveau su attirer un grand nombre d’anciens abstentionnistes et d’ex-électeurs des partis centristes, tandis que la CDU a perdu des voix au profit du SPD et de l’AfD.
  • Dans une telle configuration, l’AfD ne disposerait pas de la capacité de former un gouvernement. 
  • Le mandat de former un gouvernement reviendrait naturellement au SPD, qui disposerait d’une étroite majorité en s’associant à la Linke et aux Verts. Le très faible score de la CDU ne devrait pas lui permettre de participer au prochain exécutif.

À Berlin, la CDU, qui avait créé la surprise en 2023 en remportant le scrutin, perdrait 8 points et se situerait cette fois-ci à 20 %. 

  • Elle est dépassée par Die Linke qui, après une campagne centrée sur le coût des loyers et marquée par la reprise des appels à l’expropriation des grands propriétaires, obtiendrait 24,5 % des voix. 
  • L’AfD est créditée de 16 % des voix, se classant ainsi en troisième position, devant les Verts (15 %) et le SPD (12 %). 
  • À l’inverse du Mecklembourg, les sociaux-démocrates subissent une sévère défaite dans la capitale fédérale. Le FDP échoue à entrer au parlement avec 2,5 % des voix, tandis que le BSW obtiendrait 5 % des voix. 
  • La participation était là aussi en forte hausse, à 75 %.
  • Dans ces conditions, une coalition rouge-rouge-verte (Linke-Verts-SPD) apparaît également comme la plus probable à Berlin. 
  • Pour la première fois, la Linke est cependant en mesure de revendiquer la mairie ; sa tête de liste, Elif Eralp, pourrait devenir la première magistrate de la ville-État. Une coalition alliant le CDU, le SPD et les Verts serait également majoritaire et permettrait à la CDU de conserver la mairie. Le choix de l’une ou l’autre coalition dépendrait des Verts et du SPD. Les Verts ont déjà exprimé leur préférence pour une coalition avec la Linke.

Les mauvais résultats de la CDU ont entretenu les spéculations sur une possible chute de Friedrich Merz. 

  • La semaine dernière, les ministres-présidents conservateurs ont rédigé une lettre commune pour dissiper les rumeurs de renversement du chancelier en difficulté par le groupe parlementaire. 
  • Dans les années 1960, le groupe CDU/CSU avait déjà procédé à deux reprises au remplacement du chancelier en cours de législature. En 1961, Konrad Adenauer est réélu difficilement, mais les députés CDU/CSU et le FDP décident d’une passation de pouvoir en cours de législature, au profit du ministre de l’Économie Ludwig Erhard. En 1966, Erhard fut lui-même remplacé par le groupe CDU/CSU, à l’instigation de Rainer Barzel, Franz Josef Strauss et Kurt-Georg Kiesinger, qui lui succéda à la chancellerie.
  • Contrairement à l’élection d’il y a deux semaines en Saxe-Anhalt, le chancelier, dont le parti est le grand perdant de la soirée, a pris la parole quasiment immédiatement après la publication des premiers résultats, à 18 heures. 
  • Il a essayé de différencier les deux élections, reconnaissant « un désastre » en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. 
  • Selon lui, la CDU s’est battue, mais a été victime de l’escalade de l’opposition entre le SPD et l’AfD. 
  • À Berlin, Friedrich Merz estime que Stefan Ewers a « fait une campagne dans des conditions très difficiles ». En effet, le maire sortant, Kai Wegener, issu du SPD, a dû renoncer à se représenter après un scandale concernant sa gestion d’une panne d’électricité dans l’ouest de Berlin l’hiver dernier. 
  • Le chancelier n’a pas évoqué la possibilité de son retrait et a affirmé que son parti allait prolonger les réformes : « La réponse ne peut pas être un retour au bon vieux temps […] Notre réponse doit être de préparer notre pays pour l’avenir. » 
  • Reprenant le titre Wohlstand für Alle de Ludwig Erhard, le chef de la CDU a affirmé que la promesse de prospérité et d’ascension sociale pour les jeunes générations était l’objectif de son gouvernement, concluant que « l’Allemagne est réformable, et ces réformes sont le remède contre le poison autoritaire ».