Aujourd’hui, le 2 mai, le secrétaire d’État à la Guerre des États-Unis, Pete Hegseth, a annoncé la mise en œuvre des menaces de Trump et le retrait prochain de 5 000 soldats américains du sol allemand, sur une période de 6 à 12 mois. 

  • En réaction, le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul (CDU) a déclaré que les bases américaines servent autant la sécurité de l’Allemagne que celle des États-Unis. 
  • Le ministre de la Défense, Boris Pistorius (SPD), qui a dévoilé la semaine dernière la nouvelle stratégie militaire de la Bundeswehr, a tenté de minimiser l’annonce, en qualifiant la décision de « prévisible », tandis que le président de la Commission de la défense du Bundestag, Thomas Röwekamp (CDU), a dénoncé des provocations inacceptables : « L’OTAN n’est pas un bazar. » 1 

Cette annonce intervient alors que lundi, 27 avril, Friedrich Merz avait déclaré, lors d’une séance de questions-réponses avec les élèves dans une école de Marsberg, une petite ville de sa circonscription du Sauerland, qu’en Iran, « Les Américains n’ont manifestement aucune stratégie. Et c’est le problème dans ce genre de conflit : il faut non seulement pouvoir y aller, mais aussi s’en sortir. » 2 

  • Merz a ensuite noté que « les Iraniens négocient manifestement très habilement — ou s’abstiennent très habilement de négocier. » Il a conclu son propos en disant : « Une nation entière [les États-Unis] se fait humilier par les dirigeants du régime iranien. » 
  • C’est probablement cette dernière phrase qui a déclenché la colère du président américain et une série d’attaques inédites de la part de Trump envers le chancelier allemand. 

L’Allemagne n’est pas le premier pays visé par le président américain : l’Espagne, la France et l’Italie ont toutes trois été la cible de messages insultants depuis le début de la guerre en Iran, pour leur supposé manque de soutien à l’opération. Donald Trump a également déclaré qu’une révision de la posture américaine en Espagne et en Italie était possible. 

Les désillusions de Merz sont d’autant plus fortes que le gouvernement allemand a apporté un fort soutien logistique et rhétorique aux guerres des États-Unis depuis son entrée en fonction, il y a un an. 

  • En juin 2025, Merz avait remercié Israël et les États-Unis de « faire le sale travail » (Drecksarbeit) 3 à la suite de la guerre dite des « Douze jours » contre les installations nucléaires iraniennes. 
  • Interrogé sur la légalité de l’opération au Venezuela qui a conduit à l’arrestation de Nicolas Maduro en janvier 2026, Merz avait déclaré qu’il s’agissait d’une question d’interprétation, adoptant ainsi une position nettement moins critique que celle des autres pays européens 4.

Début mars 2026, Friedrich Merz s’était encore rendu à Washington pour une visite de soutien ostensible à Donald Trump, juste après le déclenchement de la guerre contre l’Iran 5

  • L’hôte de la Maison Blanche avait alors chaleureusement remercié l’Allemagne pour son soutien logistique dans les opérations aériennes. 
  • Plusieurs blessés de l’opération au Proche-Orient ont également été pris en charge dans des hôpitaux américains situés sur le sol allemand. 
  • Ce n’est qu’à la fin du mois de mars que le chef du gouvernement allemand a admis ne pas comprendre les objectifs de la guerre 6.

Parmi les réactions positives en Allemagne, on peut noter celle de Bodo Ramelow, ancien ministre-président de Thuringe et député au Bundestag (Die Linke), qui se félicite l’annonce annonce américaine : « Merci Donald ! Enfin, les choses bougent ! Prière d’emmener aussi les 34 000 soldats restants, de fermer la base de Ramstein, d’emporter les armes atomiques et d’annuler les droits de survol pour les avions américains en opération militaire. Transformons enfin l’OTAN en une communauté européenne de défense ! »

  • En 2020 déjà, Friedrich Merz, alors candidat à la succession d’Angela Merkel à la tête de la CDU, avait déclaré à propos de la menace brandie par Trump d’un retrait des troupes américaines que « les États-Unis n’étaient pas la caisse de recouvrement des créances de l’OTAN . Nous n’avons pas de dette envers l’Amérique, mais envers la sécurité collective. C’est en Europe que nous devons nous préoccuper davantage de notre défense. » 

Les États-Unis dispose de près de 68 000 militaires actifs répartis dans les 30 pays européens membres de l’OTAN, ce qui représente 40 % des troupes américaines déployées dans le monde (170 000). La majeure partie de ces effectifs sont en Allemagne, où se trouvent plus de la moitié de ces troupes (36 000), en Italie (13 000) et au Royaume-Uni (10 000).