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Key Points
  • Où en est-on avec la vaccination en France, en Europe, dans le monde ? Quel est le niveau de confiance dans les vaccins contre le Covid-19 ? La course au vaccin creuse-t-elle les inégalités ?
  • Des réponses synthétiques avec neuf graphiques et trois cartes commentés
  • Nota bene : les données de cet article sont actualisées une fois par jour à 19 h sur l’Observatoire géopolitique du Covid-19.

Où en est-on avec la vaccination à l’échelle continentale ?

La coordination de la stratégie vaccinale au niveau européen a été conçue par la Commission afin de limiter les effets de concurrence entre les États membres. On constate que cette approche unifiée contribue à une homogénéisation de la répartition vaccinale à l’échelle continentale : la part de la population vaccinée en Roumanie (2,9 %) est supérieure à l’Allemagne (2 %). En revanche, l’hétérogénéité des capacités logistiques nationales est un facteur de différenciation majeur entre les pays.

Les stratégies vaccinales sont le reflet de choix politiques qui ont des conséquences très hétérogènes selon les indicateurs retenus  : si le Royaume-Uni a misé sur une approche monodose permettant une vaccination massive qui le place en tête des pays ayant distribué au moins une dose. Il y a aujourd’hui plus de personnes entièrement vaccinées en Roumanie (2,9 %) qu’au Royaume-Uni (0,9 %).

Quel est le niveau de confiance dans les vaccins contre le Covid-19 ?

À la faveur d’une stratégie axée autour de la vaccination massive de la population, la confiance au Royaume-Uni est en forte progression. La confiance s’est imposée comme une thématique centrale tout au long du débat politique lié au Covid-19. Sur la question des vaccins, elle est porteuse d’un paradoxe notable. La conception d’un vaccin en un temps record est le fruit d’un progrès technique et scientifique majeur mais qui s’accompagne d’une recrudescence de la méfiance et de l’inquiétude des populations. On constate ainsi que la confiance gagne du terrain en France mais reste très faible par rapport aux autres pays représentés.

Quelle logistique pour distribuer le vaccin ?

La campagne de vaccination contre le Covid-19 est un défi logistique sans précédent. Cette représentation graphique permet de de constater les différences de température qu’il est nécessaire de respecter afin de garantir l’intégrité de la chaîne du froid pour le stockage de chaque vaccin. On constate ainsi que la technologie de l’ARN messager utilisée pour le vaccin Pfizer / BioNTech nécessite une température de stockage particulièrement basse pour sa conservation et sa distribution. Toutefois, selon les données publiées le 19 février par BioNTech et Pfizer, le vaccin pourrait être conservé pour deux semaines à des températures moins élevées, entre -25 et -15° C. Le vaccin Moderna utilise également cette technologie, mais sa contrainte de conservation demeure moins élevée. L’impératif de garantie de la chaîne du froid est un facteur important qui bouleverse la logistique de stockage et de livraison habituelle. Il est à noter que si le vaccin développé par Johnson & Johnson peut être conservé à -20° C pendant deux ans, il peut se conserver pendant 3 mois entre 2 et 8° C.

La course aux vaccins est transactionnelle. Ce graphique permet de constater l’importante différence de prix par dose entre les vaccins, notamment la différence majeure entre le vaccin conçu par AstraZeneca et les autres. Ce graphique offre également une représentation visuelle de la stratégie de négociation de l’Union européenne, particulièrement axée sur le prix. L’écart avec les États-Unis est à ce titre frappant pour les vaccins Janssen, Pfizer / BioNTech, AstraZeneca et Sanofi. Exception faite pour le vaccin Moderna, pour lequel il est important de rappeler l’accord passé entre la firme américain et l’Union européenne, qui est parmi les plus faibles passés par l’Union en termes de doses commandées.

La puissance à l’épreuve du Covid-19, comment analyser les divergences à l’échelle mondiale ?

Une crise de cette envergure fait apparaître les signaux faibles et les tendances lourdes qui sont en train de redéfinir la tectonique des plaques.

On remarque deux tendances : 

  1. Le rapport aux données n’est pas homogène à l’échelle mondiale : on ne dispose pas de données sur les campagnes de vaccination en Chine ou en Arabie saoudite. Cela reflète et amplifie la remise en cause du principe de gouvernance mondiale.
  2. La divergence de la puissance qui se reflète dans le niveau d’intégration régionale (le Mexique a plus de personnes vaccinées que le Japon) ou dans les capacités de production.

Israël fait figure d’exception : un état de fait qui résulte d’une stratégie atypique sur tous les plans. Parmi les causes qui ont été mises en avant : une population relativement peu nombreuse avec un PIB élevé, de grandes capacités logistiques, la disponibilité de Pfizer de livrer une quantité de doses afin de pouvoir montrer l’efficacité de son vaccin, la volonté politique d’affirmer sa singularité. 

La course au vaccin creuse-t-elle les inégalités ? 

L’inégalité d’accès au vaccin est visible. Ce graphique permet de visualiser l’inégalité d’accès au vaccin à par le prisme d’une classification sur une échelle de revenus. Ce faisant, on constate que le niveau de revenu des pays est un facteur déterminant pour l’accès au vaccin. Les revenus importants bénéficient ainsi d’un accès disproportionné par rapport aux autres catégories. Cet accès décroît ensuite proportionnellement au degré de pauvreté, alors que la vulnérabilité des populations des pays à faibles revenus est plus importante. Ces représentations sont à mettre en exergue de l’initiative Covax, qui vise à compenser ce déséquilibre en assurant un accès rapide et équitable de tous les pays aux vaccins contre le COVID-19, quel que soit leur niveau de revenu.

L’accès aux vaccins contre le Covid-19 façonne-t-il une géopolitique multiscalaire, polylatérale  ?

La course au vaccin montre le caractère pluridimensionnel et multinational de la puissance. Le rôle des grands groupes pharmaceutiques se traduit ainsi à la fois en termes de part de marché et de présence sur le globe. On constate à ce titre l’omniprésence de Janssen, Pfizer et AstraZeneca ainsi que l’écart d’échelle entre les États-Unis et Union européenne vis-à-vis des autres zones régionales.

Dans l’Union européenne, la Hongrie est le seul pays à avoir conclu des accords avec la Russie et la Chine pour l’achat de vaccins.

La réglementation se joue de plus en plus à l’échelle continentale. On le constate au regard de l’approche unifiée et pluri-vaccinale de l’Union qu’il est important de contraster avec les retards pris dans la distribution et la production des vaccins en Europe. Cette carte permet également de révéler la dépendance de la quasi-totalité du continent africain et de l’Asie du Sud-Est vis-à-vis des processus de développement et d’approbation mis en place par les grandes puissances ou dans le cadre de l’OMS (Covax). Elle montre également les nouveaux rapports d’influence, dans la mesure où elle permet d’inférer l’influence des acteurs systémiques non-occidentaux au travers, par exemple, de la diffusion des vaccins chinois et russe.

Cas d’étude : la puissance en pratique

La courbe des États-Unis est une démonstration d’hyperpuissance qui ne semble pas pour le moment tout à fait assumer un rôle de leadership, en ne répondant pas à l’appel initié par la France d’envoyer 5 % des vaccins américains et européens au pays en voie de développement.

Ce graphique permet de représenter la montée en puissance de la campagne de vaccination dans le monde. On constate une évolution progressive pour l’ensemble des pays sur les 20 premiers jours du mois de janvier 2021. Les États-Unis se sont illustrés par un accroissement soudain des efforts de vaccination à partir du 9 janvier 2021, reposant sur une base exponentielle depuis cette date.

La répartition des doses est largement fonction du niveau de revenu des pays. L’achat de doses ont jusqu’à maintenant surtout été des initiatives unilatérales – le Canada a par exemple commandé de quoi administrer une dose à cinq fois sa population.