Ce texte a été publié originellement dans l’édition 64 de La Lettre du Lundi, la newsletter opérationnelle hebdomadaire du Grand Continent. Vous pouvez retrouver l’édition complète – dédiée entre autres aux élections législatives en Grèce, aux derniers développements en Iran et aux candidats aux postes clés de l’Union – ici. Abonnez-vous ici.

Rome. En apparence, le gouvernement italien a focalisé son attention ces dernières semaines sur la question migratoire : Matteo Salvini a engagé un bras de fer avec les ONGs qui assurent un secours d’urgence aux migrants provenant d’Afrique. Pourtant, c’est la question économique qui est au centre des négociations entre Rome et Bruxelles.  

Le cas de Seawatch 3 est particulièrement pertinent : le navire, sous pavillon néerlandais, a été bloqué en haute mer pour plus de deux semaines. Après 15 jours de discussions vaines avec les autorités italiennes, la capitaine du navire, Carola Rakete, a décidé, malgré l’interdiction, d’accoster à Lampedusa.1

Si l’analyse juridique de la question demeure complexe et montre des zones grises, elle a fourni une opportunité à Salvini, lui permettant de détourner encore une fois l’attention de l’économie. 

En effet, mercredi, la Commission a décidé de ne pas déclencher la procédure pour déficit excessif contre l’Italie. Rome a accepté de revoir le budget, en engageant 7,6 millions d’euros pour réduire le déficit et d’adopter un futur budget qui soit compatible avec les règles de la Commission.

D’où vient l’argent ? Il était prévu pour le revenu de citoyenneté et la réforme des retraites, deux réformes fondamentales dans le programme du gouvernement Lega-M5S : la solution implique donc une réduction substantielle, au moins à court terme, des ressources prévues pour la redistribution.

Quelle est l’explication officielle ? Les deux mesures coûteraient moins que prévu initialement, économie à laquelle s’ajouterait une réduction du déficit grâce aux dividendes exceptionnels de la Caisse de dépôt et à la lutte contre la fraude à la TVA.

La décision montre l’existence d’un conflit à l’intérieur de la Lega, entre ceux qui veulent une confrontation avec la Commission et les « responsables », qui suivent une ligne plus modérée. Comme on l’avait déjà remarqué : la vraie opposition à Salvini vient de l’intérieur de la Lega.2

Sources
  1. TOUFANIAN Anahid, Le cas Sea-Watch 3 : suite, fin … éternel recommencement ?, Le Grand Continent, 5 juillet 2019
  2. COLLOT Giovanni, La véritable opposition à Salvini vient-elle de l’intérieur de la Ligue ?, Le Grand Continent, 2 septembre 2018