Le Caire. Il y a quelques jours, le président al-Sissi a validé un accord signé en septembre dernier permettant la construction d’un pipeline sous-marin de plusieurs centaines de kilomètres qui transportera du gaz naturel chypriote vers l’Egypte entre l’Egypte et Chypre1, avant que celui-ci soit réexporté vers les pays européens, en particulier la France, l’Italie et l’Espagne. Pour Le Caire, il s’agit notamment de rentabiliser les infrastructures de liquéfaction de gaz naturel installées dans le pays.

De manière plus globale, cette validation représente une nouvelle étape significative dans le chemin de l’Egypte vers le statut de puissance exportatrice et de hub régional en matière énergétique, alors que le pays est redevenu exportateur net de gaz depuis janvier dernier. Outre le gaz, le pays des pharaons entend mener la même politique volontariste s’agissant du transport d’électricité. Ainsi, en mai dernier, Le Caire et une entreprise basée à Chypre ont signé un accord qualifié d’«historique» par l’ancien ministre chypriote des Affaires étrangères, qui prévoit l’installation d’ici à trois ans d’un câble sous-marin visant à exporter de l’électricité en Europe et à relier le réseau électrique égyptien au système européen2.

Tandis que ces avancées donnent à l’Egypte la possibilité de s’affirmer comme un acteur énergétique désormais incontournable, elles permettent à l’Union européenne d’explorer des procédés d’importation alternatifs afin de réduire sa dépendance à l’égard de Moscou. Les pays européens ne sont néanmoins pas les seuls interlocuteurs du Caire dans le cadre de son projet de développement énergétique : l’Egypte s’est en effet rapprochée d’Israël, avec lequel elle a conclu en février 2018 un contrat de fourniture de gaz dont le montant atteindrait douze milliards d’euros3. Cet accord commence peu à peu à prendre forme : début juillet, un représentant de la société israélienne Delek a annoncé la fin des tests d’acheminement du gaz vers l’Egypte, en cours depuis le début du mois de juin sur un gazoduc inactif depuis 2012 avant la signature de ce contrat4. En outre, l’Europe n’est pas le seul débouché envisagé par Le Caire pour l’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL) : en juin dernier, une entreprise nigériane a signé un accord avec les autorités égyptiennes pour la production et la distribution de GNL d’Egypte vers les marchés d’Afrique du Nord et de l’Est5.

Les vastes gisements découverts en Méditerranée au cours des dernières années ont amené l’Egypte à se rapprocher de certains de ses voisins : Le Caire a ainsi accueilli en janvier dernier le lancement du Forum du gaz de la Méditerranée orientale, visant à créer un marché régional du gaz, et réunissant Chypre, la Grèce, l’Italie, Israël, la Jordanie, la Palestine et l’Egypte6. Grande absente de cette structure (outre le Liban, qui a refusé d’intégrer tout forum auquel participerait Israël7), la Turquie, avec laquelle les tensions s’exacerbent depuis la découverte d’immenses ressources gazières au large de Nicosie, en dépit des appels au calme des Etats-Unis et de l’Union européenne8. Ankara exige en effet que l’exploration des gisements inclue le nord de l’île, occupé par la Turquie depuis 45 ans. Selon le ministre turc de l’Energie, un navire commencera dans les jours qui viennent à forer les gisements situés au nord de Chypre, forage illégal aux yeux de la communauté internationale9

En plus, et en parallèle de cette problématique chypriote qui divise les deux Etats depuis des décennies, Ankara ne peut envisager que Le Caire soit en passe de devenir le leader régional en matière énergétique, d’autant que la Turquie et l’Egypte entretiennent des relations exécrables depuis le coup d’état militaire de 2013 qui a destitué le leader des Frères musulmans Mohammed Morsi. Les deux pays sont en désaccord sur de nombreux dossiers, au premier rang desquels la situation libyenne ; tandis que Le Caire soutient fermement le maréchal Haftar, Ankara s’est positionnée derrière le président du gouvernement d’union nationale, Fayez al-Sarraj.

Perspectives :

  • Si la Turquie maintient son attitude offensive au large de Chypre, une montée des tensions entre celle-ci et l’Union européenne n’est pas à exclure.
  • Israël devrait exporter du gaz en Egypte d’ici à la fin de l’année.