Francis Ghilès

Ancien correspondant du Financial Times en Afrique du Nord de 1981 à 1995, et ancien contributeur au New York Times, Wall Street Journal, Le Monde, El Pais et La Vanguardia. Invervenant fréquent sur la BBC World Service et France 24. Ancien conseiller de gouvernements occidentaux (Royaume-Uni, France et États-Unis) et d’entreprises européennes, américaines et japonaises travaillant en Afrique du Nord. Aujourd’hui chercheur au CIDOB.


L’enthousiasme que déchaina la chute du président Zine el-Abidine Ben Ali, fut à la mesure de la surprise qu’elle provoqua chez la vaste majorité du peuple tunisien pour lequel les vingt-trois années de règne du dictateur avaient tourné au cauchemar. Pour autant, la nouvelle constitution a accouché d’un monstre qui délimite mal les pouvoirs respectifs du président, du Premier ministre et de l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP).

La force privée est devenu un véritable marché. Personne ne sait combien de milliards de dollars circulent sur ce marché illégal. Depuis le début du siècle, l’activité des mercenaires a joué un rôle majeur en Afghanistan, en Irak, au Yémen, au Nigeria, en Ukraine, en Syrie et en Libye – plus récemment dans les combats du Haut-Karabakh. L’État moderne, qui, depuis 1648, se définissait par le monopole de la force, a changé sans que personne ne s’en rende compte.

Le week-end dernier, le peuple algérien a adopté sa nouvelle constitution. Un vote décrié, au vu du très faible taux de participation. Pour Francis Ghilès, le référendum de dimanche dernier représente une certaine victoire du hirak, le mouvement populaire qui a obtenu la démission d’Abdelaziz Bouteflika. Pour autant, le futur est incertain, alors que le président algérien, Abdelmadjid Tebboune est actuellement hospitalisé en Allemagne.

Même en tenant compte du fait, que la population de la Tunisie représente moins d’un tiers de celle de ses deux voisins nord-africains, et que les Tunisiens sont préoccupés par une récente flambée des chiffres cet été, le succès relatif du pays dans la maîtrise de la pandémie est frappant. Un succès malgré des troubles politiques et une faible croissance, sans parler de la menace du terrorisme et de la corruption généralisée, expliqué par trois facteurs.

Lors d’une visite du président Abdelmajid Tebboune, le 2 juin, au ministère de la défense nationale à Alger, le général-major Said Chenegriha a «  hautement valorisé  » le contenu de l’avant-projet de révision constitutionnelle présenté le 8 mai par le chef de l’Etat, tout particulièrement «  en ce qui concerne la possibilité de l’intervention de l’Armée Nationale Populaire (ANP) en dehors des frontières nationales.  » Cet énième toilettage de la constitution de 1976 perpétue la confusion des pouvoirs au profit d’un homme providentiel, flatte le peuple et consacre le rôle de l’armée dans sa contre-révolution du Hirak.

L’élection présidentielle en Algérie s’est conclue sur la victoire au forceps de l’ancien premier ministre Abdelmajid Tebboune et pendant que le général Ahmed Gaid Salah est furieux, la colère gronde toujours dans le pays et les partenaires européens sont dans une position délicate. Francis Ghilès, chercheur au CIDOB, décrit les résultats d’une élection qui ne résout rien.

Pourquoi face à une foison de partis de droite – religieux, démocrate religieux, libéral, populiste – n’y a-t-il pas de partis de gauche en Tunisie  ? Si les arbitrages droite-gauche se font dans la rue et non au Parlement, la Tunisie est-elle dans une démocratie d’institutions ou une anarcho-démocratie  ? Francis Ghilès, chercheur au CIDOB revient sur une situation politique où la démocratie représentative a fait long feu.

Dans une économie dont plus du tiers du PNB est informel, où les arrangements entre individus, industriels et gouvernants échappent pour l’essentiel à la lumière crue de la vérité, ou les médias n’ont ni les moyens ni, quand ils appartiennent à des individus fortunés, l’envie d’engager des débats sérieux, décrire la réalité économique et sociale tunisienne n’est guère chose aisée. Francis Ghilès, chercheur au CIDOB, peint le tableau du véritable défi auquel devra faire face le nouveau gouvernement tunisien.

Deux grands pays d’Afrique sont le théâtre depuis de longs mois de manifestations de masse qui modifient le cours de leur histoire  : l’Algérie et le Soudan. Ce dernier semble s’acheminer vers un régime démocratique. Le premier est confronté à une impasse entre le haut commandement de l’armée et la population. Tandis qu’il se met lui-même et sa famille en avant, Gaid Salah devrait garder à l’esprit qu’il n’est plus que le porte-parole du majlis des généraux supérieurs. Certains d’entre eux pourraient penser qu’il est en train de devenir trop ambitieux.

En début de semaine dernière, le général Gaid Salah a accusé les millions d’Algériens qui, depuis six longs mois, exigent la nécessité d’une transition transparente pour permettre des élections présidentielles démocratiques, de «  répandre des idées noires  » – c’est-à-dire la démocratie. Il détenait la preuve de ces activités, a-t-il dit, qui «  seront rendues publiques le moment venu  ». Le lundi 2 septembre il a annoncé que les Algériens retourneront voter avant la fin de l’année. Le combat se prépare. Un aperçu des relations économiques internationales avec l’Algérie dont la clé de compréhension se situe dans les relations avec trois pays permettent d’entrevoir le cadre de ces luttes politiques.