Francis Ghilès


L’élection présidentielle en Algérie s’est conclue sur la victoire au forceps de l’ancien premier ministre Abdelmajid Tebboune et pendant que le général Ahmed Gaid Salah est furieux, la colère gronde toujours dans le pays et les partenaires européens sont dans une position délicate. Francis Ghilès, chercheur au CIDOB, décrit les résultats d’une élection qui ne résout rien.

Pourquoi face à une foison de partis de droite – religieux, démocrate religieux, libéral, populiste – n’y a-t-il pas de partis de gauche en Tunisie ? Si les arbitrages droite-gauche se font dans la rue et non au Parlement, la Tunisie est-elle dans une démocratie d’institutions ou une anarcho-démocratie ? Francis Ghilès, chercheur au CIDOB revient sur une situation politique où la démocratie représentative a fait long feu.

Dans une économie dont plus du tiers du PNB est informel, où les arrangements entre individus, industriels et gouvernants échappent pour l’essentiel à la lumière crue de la vérité, ou les médias n’ont ni les moyens ni, quand ils appartiennent à des individus fortunés, l’envie d’engager des débats sérieux, décrire la réalité économique et sociale tunisienne n’est guère chose aisée. Francis Ghilès, chercheur au CIDOB, peint le tableau du véritable défi auquel devra faire face le nouveau gouvernement tunisien.

Deux grands pays d’Afrique sont le théâtre depuis de longs mois de manifestations de masse qui modifient le cours de leur histoire : l’Algérie et le Soudan. Ce dernier semble s’acheminer vers un régime démocratique. Le premier est confronté à une impasse entre le haut commandement de l’armée et la population. Tandis qu’il se met lui-même et sa famille en avant, Gaid Salah devrait garder à l’esprit qu’il n’est plus que le porte-parole du majlis des généraux supérieurs. Certains d’entre eux pourraient penser qu’il est en train de devenir trop ambitieux.

En début de semaine dernière, le général Gaid Salah a accusé les millions d’Algériens qui, depuis six longs mois, exigent la nécessité d’une transition transparente pour permettre des élections présidentielles démocratiques, de « répandre des idées noires » – c’est-à-dire la démocratie. Il détenait la preuve de ces activités, a-t-il dit, qui « seront rendues publiques le moment venu ». Le lundi 2 septembre il a annoncé que les Algériens retourneront voter avant la fin de l’année. Le combat se prépare. Un aperçu des relations économiques internationales avec l’Algérie dont la clé de compréhension se situe dans les relations avec trois pays permettent d’entrevoir le cadre de ces luttes politiques.

Le « miracle tunisien », associé à l’épanouissement d’une démocratie après les printemps arabes, cache mal les grandes difficultés économiques que traverse le pays, toujours très dépendant de ses prêteurs et sans réelle perspective de réformes. Pour Francis Ghilès, la Tunisie devrait compter sur sa jeunesse et sur des secteurs précis pour relancer son économie.

Le soulèvement populaire algérien est porteur de promesses, à l’image de la chanson « La Liberté », que chantent en cœur les manifestants. Pourtant, le momentum ouvert par le Hirak ne doit pas faire oublier ses causes profondes. Francis Ghilès, chercheur au CIDOB de Barcelone, revient sur les facteurs qui détermineront le futur politique de l’Algérie.