Nous ne sommes qu’à la moitié de l’été, mais les données déjà disponibles indiquent un moment de bascule. Le changement climatique est désormais une réalité tangible, se manifestant par une série de records simultanés dans les domaines atmosphérique, océanique, sanitaire et économique.
Nous avons compilé trente données afin de nous situer dans cette trajectoire.
Juin 2026 a été un mois hors norme : il s’agit du mois le plus chaud jamais enregistré en Europe occidentale et du deuxième au niveau mondial, selon Copernicus 1.
- Jamais un mois de juin n’avait été aussi chaud en Europe occidentale : 20,74 °C de moyenne, soit 3,06 °C au-dessus de la normale 1991-2020. Le précédent record datait de juin 2025.
- Au niveau mondial, la température moyenne en juin a été supérieure de 1,39 °C aux niveaux préindustriels.
La canicule de la fin du mois de juin a fait bondir le thermomètre de 14 à 18 °C au-dessus des normales en Europe centrale, battant des records mensuels et absolus dans plusieurs pays, dont l’Allemagne et la République tchèque.
L’Allemagne a battu son record national absolu de température, trois jours de suite, avec des records allant jusqu’à 41,7 °C le 28 juin à Coschen.
- Au Danemark, le record national absolu a été enregistré à 37 °C, tandis que le Royaume-Uni effaçait son record de juin trois jours consécutifs, jusqu’à 37,3 °C relevés le 26 juin à Santon Downham (Suffolk), loin devant l’ancien record de 35,6 °C qui tenait depuis 1976.
- Le mercredi 24 juin, il faisait plus chaud en France que dans près d’un tiers du désert du Sahara. Aussi chaud à Paris (41°C) qu’à Abou Dhabi, aux Émirats arabes unis, à Strasbourg (37 °C) qu’à Niamey au Niger, à Brest (36 °C) qu’à Tombouctou au Mali, et à Bordeaux (42 °C) qu’à Riyad en Arabie saoudite.
- Avec 40,7 °C Barcelone a enregistré la température la plus élevée de ses 112 années de relevés le 8 juillet.
- Ailleurs dans le monde, selon les données de la NOAA, la capitale japonaise affiche en juillet-août des températures et une humidité proches de celles de Bangkok et de Singapour.
- A Pékin, le volume annuel de précipitations a augmenté de 20 % en dix ans.
- Le 27 avril, les 50 villes les plus chaudes de la planète se trouvaient toutes en Inde, avec une température maximale moyenne de 44,7 °C.
- À Colombo, au Sri Lanka, l’écart entre l’indice de chaleur de 46 °C et la température de 32 °C au thermomètre tient à un taux d’humidité de 84 %. Un air proche de la saturation n’absorbe plus la transpiration et le corps se retrouve alors sans moyen d’évacuer sa chaleur.
En Europe, qui se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale, la chaleur a un effet net sur la mortalité.
- Selon Santé publique France, 5 764 décès en excès ont été recensés, toutes causes confondues, lors de l’épisode de canicule qui a touché la France du 17 juin au 2 juillet 2.
- La surmortalité liée à la chaleur, enregistrée en quelques semaines seulement cet été, se situe, elle, à près de 10 000 morts, selon l’OMS — un bilan encore partiel, établi sur la base des données de cinq pays seulement.
- La mortalité liée à la chaleur en Europe a augmenté de 30 % en vingt ans, causant plus de 200 000 décès au cours des quatre dernières années.
Les températures dans les océans sont en nette augmentation.
- En juin, la température moyenne de surface des océans libres de glace a atteint un niveau jamais mesuré pour un mois de juin : 21,0 °C, soit plus que les records de 2023 et 2024 3.
- 82 % de l’océan mondial était en situation de canicule marine fin juin, la deuxième plus grande étendue jamais observée.
- L’anomalie moyenne enregistrée en juin en Méditerranée nord-occidentale, touchée par une canicule marine record se situe à +5,2 °C.
Fin juillet, plus de 435 000 hectares avaient brûlé à l’échelle de l’Union 4 et ce chiffre dépasse les 500 000 début août.
- L’Espagne concentre à elle seule plus de 200 000 hectares brûlés, soit 0,4 % de son territoire.
Nous ne sommes qu’au début du mois d’août mais il faut déjà regarder vers 2027 : pour la première fois, un mois pourrait y dépasser les +2 °C par rapport aux niveaux préindustriels.
- Selon les dernières projections de la Rosenstiel School de l’université de Miami, il y a 35 à 40 % de chances que la température mondiale moyenne dépasse pour la première fois les + 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels, sur un mois donné, au début de l’année 2027.
- C’est ce que pourrait provoquer l’épisode El Niño de cette année, qui pourrait être parmi les plus puissants jamais enregistrés. En effet, ce phénomène amplifie mécaniquement la hausse des températures causée par la concentration de gaz à effet de serre.
- Les régions les plus exposées au réchauffement d’El Niño sont l’Amérique, l’Afrique et l’Australie — mais, contrairement aux épisodes précédents, l’Europe pourrait également être touchée, de cet automne jusqu’au printemps 2027.
- El Niño provoque des sécheresses en Inde, en Afrique australe et en Océanie, ainsi qu’un temps plus humide dans le sud de l’Amérique, dans le bassin du golfe du Mexique et dans la Corne de l’Afrique.
Selon Copernicus, l’objectif de l’Accord de Paris de limiter la hausse des températures à 1,5 °C est pratiquement irréalisable au vu de la trajectoire actuelle — le franchissement durable du seuil est attendu d’ici environ quatre ans 5.
Le basculement a déjà un coût économique mesurable.
- Selon le PIIE, El Niño pourrait causer des pertes de 700 à 3 100 milliards de dollars à l’économie mondiale au cours des cinq prochaines années.
- L’effet d’un réchauffement climatique de 2,2 °C d’ici 2050 pourrait entraîner une baisse de 10 à 20 % du PIB mondial, selon Oxford Economics, qui évoque, à + 5 °C d’ici 2100, une « annihilation économique ».
- La hausse des températures pourrait coûter à l’économie indienne jusqu’à 4,5 % de son PIB d’ici 2030.
La hausse des températures provoque également des perturbations d’ordre infrastructurel.
- Fin juillet, l’Autorité du canal de Panama a suspendu une partie de son système de réservation, car les sécheresses ont fait baisser le niveau des réservoirs qui alimentent la voie d’eau reliant l’océan Pacifique à l’océan Atlantique.
- Le Rhin, artère des industries chimiques, des raffineries et des aciéries européennes qui relie l’Allemagne, la Suisse et la France aux ports néerlandais, touche des niveaux proches de creux pluri-décennaux. Le Danube, le Pô, le Rhône et la Saône affichent également des débits très inférieurs aux moyennes.
- Le niveau historiquement bas du Danube a contraint la Roumanie et la Hongrie à exploiter leurs centrales nucléaires à capacité réduite, et à demander aux ménages comme aux entreprises de limiter leur consommation aux heures de pointe. Dacia et Ford ont suspendu leur production. La Roumanie a dû arrêter l’un des deux réacteurs de Cernavodă, qui fournit 20 % de son électricité ; le 3 août, sa marine a fait sauter 180 kg d’explosifs dans le lit du fleuve pour rediriger l’eau de refroidissement vers la centrale.
La fin de la banane ?
- Sous les tropiques, les bananes Cavendish sont confrontées à un risque réel de disparition, en raison des conditions extrêmes, des maladies et des parasites favorisés par le changement climatique.
Sources
- « Record heatwave brings hottest June for western Europe during second-warmest June globally », Copernicus, 9 juillet 2026.
- « 5 764 décès en excès en France durant la période de canicule du 17 juin au 2 juillet », Santé publique France, juillet 2026.
- « June 2026 : Global Ocean Temperatures Reach New Record », Copernicus Marine Service, juillet 2026.
- « Seasonal Trend — EU27 », Système européen d’information sur les feux de forêt (EFFIS), Copernicus Emergency Management Service, données consultées le 3 août 2026.
- « Record heatwave brings hottest June for western Europe during second-warmest June globally » Copernicus, 9 juillet 2026.