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Un principe stratégique teinté d’humour noir se déploie sous nos yeux : dans une guerre-éclair, les quatre premières années sont toujours les plus pénibles. La cinquième vient de commencer, et il est difficile de croire que le président de la Fédération de Russie s’en accommodera. Au cours de ces derniers mois, les évolutions défavorables se sont accumulées : échec de l’offensive de printemps, images dévastatrices des cérémonies du 9 mai, avec une parade de la victoire furtive et expédiée, frappes de drones sur Saint-Pétersbourg, en plein forum économique, puis sur Moscou, l’annulation de la traditionnelle parade navale à Saint Pétersbourg, le tout sur fond de dégradation de la situation économique. 

Les Moscovites, les Pétersbourgeois, et d’autres grandes villes, jusqu’aux habitants d’Omsk, à 2 500 km de l’Ukraine au-delà de l’Oural où une raffinerie a été touchée, découvrent que « l’opération militaire spéciale » est devenue une guerre. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, l’a reconnu pour la première fois il y a près d’un mois 1. La vie quotidienne est bouleversée par les blocages d’internet et de Telegram et les pénuries d’essence. La Crimée est isolée. L’inquiétude et la lassitude montent dans la population, affectant le degré de confiance à Vladimir Poutine, avant les élections législatives du 18 au 20 septembre. 

Les deux options du Kremlin

Dans ce contexte, quels seront les choix du Kremlin ? Deux mouvements sont envisageables.

La première option consisterait à faire une fausse ouverture à la négociation, en essayant à nouveau de manipuler le président Trump. 

L’objectif serait de lui offrir un accord en trompe-l’œil, juste avant les élections de mi-mandat de novembre, en l’incitant à mettre la pression sur Volodymyr Zelensky. Vladimir Poutine pourrait déclarer que l’agression de l’OTAN a été repoussée victorieusement et arrêter les combats. La propagande tournera à fond. Il ne sera critiqué ni par la Douma, ni par une presse sous contrôle. 

Possible il y a quelques mois, cette option est aujourd’hui dépassée par la réalité. La Russie traverse une mauvaise passe et apparaîtra en position de faiblesse, ce qui est insupportable pour Vladimir Poutine. L’armée ukrainienne ne manquera pas de le contredire sur le terrain. Le président russe est sans doute désabusé à l’égard de Donald Trump après le G7 d’Évian, du 15 au 17 juin, marqué par un réalignement américain sur les positions européennes. L’esprit d’Anchorage est mort, selon Iouri Ouchakov, le conseiller diplomatique du Kremlin 2. Et fondamentalement la ligne de Moscou n’a pas dévié depuis le discours de référence du président russe, le 14 juin 2024, au ministère des Affaires étrangères. D’abord, un accord global assorti de conditions équivalentes à une capitulation de l’Ukraine, le dégel des sanctions et « le retour » à la Russie d’une partie des territoires annexés qui n’ont jamais été les siens et qui ne sont même pas occupés, puis un cessez-le-feu, soit la séquence exactement inverse de celle demandée par les Ukrainiens et leurs soutiens.

La seconde option serait de choisir l’escalade. 

Moscou n’a pas réussi à transformer ses quelques gains tactiques, qui lui ont permis de grignoter du terrain en Ukraine, en une percée stratégique. Elle manque en effet des ressources humaines nécessaires, et une seconde vague de mobilisation, après celle de septembre 2022, serait très impopulaire. 

Quand les choses vont mal, Moscou surenchérit. 

Pierre Lévy

Au lieu de simplement résister courageusement, les Ukrainiens ont repris l’initiative. Dans le champ stratégique de la confrontation des perceptions et des récits, l’Ukraine marque des points et prouve qu’elle « a des cartes en main », pour reprendre une expression chère à Donald Trump. 

Quand les choses vont mal, Moscou surenchérit. Selon mes interlocuteurs officiels à Moscou, les avancées sur le terrain n’étaient pas aussi rapides que prévu parce que l’armée russe se retrouvait face à l’OTAN et non face aux forces ukrainiennes. Le discours de l’apocalypse nucléaire participe de cette stratégie visant à effrayer les opinions européennes. « Une puissance nucléaire ne peut pas perdre », tel est le slogan par lequel les cercles au pouvoir cherchent à se rassurer. Il faut également lire les publications des blogueurs ultranationalistes, les voenkory, correspondants de guerre : « Il est temps de faire la guerre pour de vrai. » Les récentes frappes massives de missiles balistiques sur Kiev ont montré, si besoin était, le choix de la Russie.

En définitive, cette alternative montre bien que la Russie est dans l’impasse. Le Kremlin n’a ni l’intention de négocier une paix juste et durable préservant la souveraineté de l’Ukraine, ni la capacité, à ce stade, de la soumettre sur le terrain militaire.

Vladimir Poutine assiste à une cérémonie de dépôt de fleurs sur la Tombe du Soldat inconnu à Moscou, ce 22 juin 2026, à l’occasion du 85e anniversaire de l’entrée en guerre de l’URSS contre l’Allemagne nazie. © AP Photo/Alexander Zemlianichenko, Pool

La méthode d’un agresseur en série

Comment nous préparer au mieux, du point de vue français et européen, à cette séquence critique ? 

C’est tout l’intérêt de profiler la Russie, c’est-à-dire de préciser le pattern de passage à l’acte de cet agresseur en série. Il s’agit d’analyser les conflits passés pour identifier le mode opératoire de Moscou et éviter de reproduire nos erreurs.

Les guerres obéissent à une double temporalité. Il y a, d’un côté, le temps long au cours duquel travaillent les ferments de la crise : le projet géopolitique, la vision historique, l’évaluation des risques, la création d’une coalition, la consolidation des alliances, la montée en puissance de l’appareil militaire ; de l’autre côté, le temps court de l’explosion : le passage à l’acte, le choc frontal des armes et des volontés politiques.

On retrouve là les grandes caractéristiques du mode opératoire russe en trois temps : d’abord un projet mûri depuis longtemps, ensuite une analyse systématique des rapports de force, enfin le choix de la guerre. Pour ne prendre que des exemples récents, c’est le modèle de l’intervention en Géorgie en août 2008, puis en Ukraine en février 2022.

La longue durée 

Le premier temps est invariant : l’obsession mémorielle de Vladimir Poutine, « historien en chef » 3, est bien connue. Il n’a cessé de ressasser, ruminer, rabâcher la victoire dans « la Grande Guerre patriotique » 4, soi-disant niée par l’Occident, pour légitimer sa lutte contre « la junte nazie » à Kiev. 

La fin de l’URSS, véritable choc sismique avec ses répliques actuelles, est son autre tourment. Il lui est inacceptable que des pays de l’espace ex-soviétique choisissent un destin divergent, a fortiori s’il est tourné vers l’Europe et l’Atlantique. Tels sont les cas de la Géorgie puis de l’Ukraine, et récemment de l’Arménie. Il faut souligner l’extrême crispation et les menaces du Kremlin face aux évolutions dans ce pays après les réunions européennes à Erevan, début mai, et la victoire de la ligne pro-européenne de Nikol Pachinian, lors des élections législatives du 17 juin.

Enfin, la réforme de la Constitution, votée en juillet 2020, a provoqué un déclic. La remise à zéro des mandats présidentiels lui permet de se présenter en 2024 et une nouvelle fois pour rester au pouvoir jusqu’en 2036. J’ai alors l’intuition qu’il raisonne désormais pour passer à la postérité. Son ambition est d’entrer dans l’histoire comme celui qui a réinstallé la Russie dans sa puissance, en réglant notamment la « question ukrainienne », un problème existentiel pour l’identité de la Russie dans sa vision démiurgique.

Le temps des fissures

Le second temps est celui de l’analyse des failles de l’adversaire à exploiter. C’est la perception d’un Occident divisé et indécis.

Le sommet de l’OTAN à Bucarest, du 2 au 4 avril 2008, a mis en pleine lumière les divergences entre Alliés concernant l’adhésion de l’Ukraine et de la Géorgie. Le président Sarkozy et la chancelière Merkel s’étaient opposés, face à George W. Bush, au lancement du processus d’adhésion. Le compromis bancal, avec une promesse d’adhésion sans feuille de route précise, n’avait pas échappé à Moscou. Le rejet d’une initiative portée à l’OTAN par les États-Unis était inédit, signe de leur affaiblissement, en même temps que leur enlisement en Irak et en Afghanistan. La suite est connue avec la pression militaire aux frontières, les actions armées et hybrides, le prétexte du génocide de la population en Ossétie du Sud.

Le déroulé est le même avec l’agression à grande échelle de l’Ukraine. Une série d’événements, en 2021, a convaincu Vladimir Poutine que le moment était propice pour agir.

Côté américain, l’assaut du Capitole, le 6 janvier, a été interprété, non sans raison, comme un signe de la déliquescence du système politique ; en août, le piteux retrait de Kaboul jetait des doutes sur la fiabilité des États-Unis et la solidité de ses relations avec ses alliés. Les 9 et 10 décembre, le relatif échec du sommet pour la démocratie, voulu par Joe Biden, a été perçu comme une autre marque de faiblesse, sur un point symbolique de sa politique étrangère.

Moscou a beaucoup de raisons de penser que les Occidentaux ont la mémoire courte, sont velléitaires et versatiles.

Pierre Lévy

Côté européen, le processus en format Normandie n’avançait pas dans la mise en œuvre des accords de Minsk 5, alors que Moscou persistait à se positionner en arbitre extérieur au conflit entre les autorités de Kiev et les séparatistes, ce qu’aucun des autres protagonistes (Allemagne, France, Ukraine) ne pouvait évidemment admettre. L’implication des forces russes dans le Donbass était avérée et documentée. Paris et Berlin étaient perçus comme peu enclins à prendre des risques dans le contexte respectif des élections locales en France et de la présidence française de l’Union européenne, et d’un nouveau gouvernement allemand. Vladimir Poutine s’est peut-être remémoré aussi une similitude intéressante. La France allait exercer la présidence semestrielle de l’Union européenne au premier semestre 2022, comme au moment de la guerre en Géorgie, en août 2008, même si la configuration institutionnelle était très différente. Le président russe se disait peut-être que les efforts d’Emmanuel Macron seraient constructifs, comme l’avaient été ceux de Nicolas Sarkozy. Le bilan de sa médiation en Géorgie, souvent considérée comme un succès, est sujet à caution.

L’Union européenne avait une image d’impuissance aux yeux de Moscou. La désastreuse visite du haut représentant et vice-président de la Commission européenne à Moscou, les 4 et 5 février, a contribué à dégrader encore plus le jugement russe sur les Européens. Venu pour préparer le réexamen de la relation UE-Russie, prévu à l’ordre du jour du Conseil européen des 25 et 26 mars, Josep Borrell fut piégé et humilié par Sergueï Lavrov, tenant des propos très durs, souvent insultants, à l’égard de l’Union et de certains États membres. L’exercice s’annonçait ardu, mais cet épisode fut fatal.

Quelques mois plus tard, les débats difficiles au Conseil européen des 24 et 25 juin ne sont pas passés inaperçus à Moscou : la proposition franco-allemande d’un sommet UE-Russie, en fait à l’initiative hâtive de Berlin et mal préparée, a été repoussée par certains États membres. La chancelière Merkel voulait sans doute tout essayer avant de quitter le pouvoir et considérait, à juste titre, qu’il fallait parler à Vladimir Poutine après avoir constaté que celui-ci avait rencontré Joe Biden à Genève le 16 juin. Évoquant cet épisode, un vice-ministre russe m’a parlé de la « polonisation » de l’Union européenne, désormais dominée par les « russophobes », rejetant les vues françaises et allemandes.

Il faut aussi rappeler l’après-déflagration. Moscou a beaucoup de raisons de penser que les Occidentaux ont la mémoire courte, sont velléitaires et versatiles. Après la guerre en Géorgie, des sanctions minimales furent adoptées par les Européens. En décembre 2010, la France accepta de vendre à la Russie deux navires Mistral, bâtiments de projection et de commandement (BPC) 6. Il s’agissait pour Moscou de combler une lacune capacitaire constatée durant la guerre contre la Géorgie. Le contrat fut heureusement annulé par le président Hollande.

Chaque 22 juin, la Russie commémore l’invasion de l’Union soviétique par l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale, lors de la Journée du souvenir et du deuil, ici le 22 juin 2026 à Moscou. © Gavriil Grigorov/TASS

Le passage à l’acte

Vient enfin le troisième temps, celui du passage à l’acte. Dans le cas de l’agression à grande échelle de l’Ukraine, il a été précédé d’une préparation diplomatique, ou plutôt d’une mise en scène. Moscou a proposé, à la mi-décembre 2021, deux projets de traités, l’un bilatéral avec les États-Unis, l’autre avec l’OTAN, sur des mesures pour « assurer la sécurité de la Russie et des membres de l’OTAN » 7. Le Kremlin avait présenté, peu avant, ses lignes rouges et appelé à l’élaboration de « garanties de sécurité juridiquement contraignantes ». 

Ses propositions visaient à faire revenir l’Alliance à sa configuration d’avant 1997, c’est-à-dire remettre en cause l’adhésion à l’OTAN des pays d’Europe centrale et orientale, auparavant dans le bloc de l’Est. Les Russes savaient que leurs propositions étaient d’emblée inacceptables. Il s’agissait d’une mise en scène en forme d’ultimatum afin de justifier le passage à la guerre. 

Une Russie affaiblie et inquiète peut être encore plus dangereuse qu’une Russie forte et assertive.

Pierre Lévy

Nous avions cependant décidé de les prendre au mot pour ne pas les laisser dire, une fois encore, que la Russie n’avait pas été écoutée. Il y eut une longue réunion du Conseil OTAN-Russie à Bruxelles, le 12 janvier 2022. C’était la dernière sortie diplomatique possible sur l’autoroute qui menait à la guerre. Elle a été infructueuse. Le choix de la guerre était sans doute déjà fait quand Vladimir Poutine s’est rendu à Pékin le 4 février pour l’ouverture des Jeux olympiques et a reçu le président de la République à Moscou, le 7 février, autour de cette table de six mètres dont l’image est restée.

Au passage, il est intéressant de noter la relation singulière de Moscou au calendrier, tant ses télescopages signifient l’indifférence hautaine des autorités russes à l’égard du monde extérieur. La guerre en Géorgie commence les 7 et 8 août 2008, au moment de l’ouverture des Jeux olympiques d’été de Pékin, à nouveau. L’empoisonnement de Sergueï Skripal et de sa fille par un agent neurotoxique, le Novitchok 8, a lieu le 4 mars 2018 à Salisbury, apparemment sans tenir compte des risques possibles pour le déroulement en Russie du Mondial de football commençant le 14 juin. Il faut aussi noter la mort de Navalny, le 16 février 2024, le jour de l’ouverture de la conférence sur la sécurité de Munich, qui constitue une formidable caisse de résonance.

Se préparer à faire face

Quelles leçons tirer de cette analyse, alors que nous sommes dans une séquence très délicate ? Une Russie affaiblie et inquiète peut être encore plus dangereuse qu’une Russie forte et assertive. Il importe d’être lucide sur les leviers dont nous disposons. 

Pour conjurer le premier temps, celui de la maturation de l’agression, il faut reconnaître qu’ils sont réduits, voire inexistants. Comment avoir prise sur le travail mental de Vladimir Poutine, qui n’a cessé de s’auto-radicaliser au cours de ces dernières années ? 

Par contre, il nous appartient d’éviter de nous mettre en situation de vulnérabilité, telle que décrite dans le deuxième temps de l’exercice de profilage. Quels sont nos points névralgiques les plus sensibles ?

Le premier paramètre est à Washington. Donald Trump est englué dans la guerre contre l’Iran. Les États-Unis ont imposé à plusieurs reprises leur supériorité militaire mais ne parviennent à la transformer aucunement en une victoire politique. L’image du président américain, comme celle de son pays, en est affaiblie. Il repassera, à un moment, d’une guerre à l’autre, comme s’il zappait sur une télécommande pour changer de chaîne de politique étrangère. Avec quelles conséquences ? Il pourrait s’inscrire dans la ligne agréée au G7 d’Évian, vendre des armes à Kiev, appuyer en retrait les efforts des Européens, élargir les sanctions contre la Russie. Il pourrait s’en désintéresser, laisser les Européens seuls en première ligne, ou pire, se ranger à nouveau aux côtés de Moscou.

Profiler la Russie, au fond, revient à se regarder dans un miroir : son pattern de passage à l’acte dessine en creux le portrait de nos défaillances.

Pierre Lévy

Côté européen, à mesure que la politique gagne en substance et en risque, le débat stratégique sur les buts de guerre devient plus urgent. Les discussions actuelles à Bruxelles sur la reprise d’un dialogue avec Moscou ont bien montré que la question porte avant tout sur le contenu du message et non sur le messager.

En Ukraine, la vie démocratique, aussi imparfaite soit-elle, suit son cours, comme le montrent les derniers remaniements ministériels. Moscou y voit évidemment une vulnérabilité. Mais l’application de la démocratie ne saurait être considérée comme une faiblesse ; cela d’autant plus que ces développements à Kiev traduisent la capacité du pouvoir à se remettre en cause et à faire émerger une nouvelle génération de responsables militaires et politiques — la Russie, elle, en est bien incapable. 

D’autres évolutions inquiétantes font le jeu de Moscou, comme les tensions récurrentes avec la Pologne, du fait de la mémoire à vif de l’histoire bilatérale, en particulier des massacres de Volhynie 9. Enfin, le processus d’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne est engagé. La route sera longue et pavée de difficultés. Après les déclarations politiques consensuelles, depuis le Conseil européen de juin 2022, reconnaissant sa perspective européenne, les divisions apparaîtront entre les États membres à mesure que l’exercice entrera dans la substance.

En définitive, ce profilage montre que le ressentiment et le ressassement nourrissent de manière chronique le comportement agressif de la Russie. Et elle passe toujours à l’acte en se glissant dans nos failles. Au-delà de la Géorgie et de l’Ukraine, il existe d’autres exemples de ce pattern. Souvenons-nous de l’intervention à Budapest en novembre 1956, juste après le désastre de l’opération franco-britannique de Suez, le mois précédent, et une spectaculaire fracture transatlantique. 

La première leçon de cette grille d’analyse est claire : la Russie tire avant tout profit de nos faiblesses, de nos égarements et de nos divisions. Les risques sont multiples dans les prochains mois, notamment en raison des échéances électorales en France. Cependant, la tendance est très encourageante : les Européens gagnent en maturité stratégique sous l’effet de la menace russe et de la diplomatie américaine imprévisible, et parviennent de plus en plus à affronter Moscou. 

Nous devrons surtout apprendre à gérer nos vulnérabilités. Profiler la Russie, au fond, revient à se regarder dans un miroir : son pattern de passage à l’acte dessine en creux le portrait de nos défaillances. Le jour où nous cesserons de lui fournir ses occasions, l’agresseur en série aura perdu son mode opératoire.

Sources
  1. « Une guerre est en cours, c’est une vraie guerre. Tout a commencé comme une opération militaire spéciale… parce que derrière Kiev se tiennent Berlin, Paris, La Haye, Oslo et, malheureusement, Washington ». Entretien avec Pavel Zaroubine (VGTRK), diffusé le 5 juillet 2026 et repris par TASS.
  2. « Nous n’attendons pas la mise en œuvre de ces ententes ou accords, nous attendons la victoire ». Déclaration du Conseiller du président de la fédération de Russie pour la politique étrangère du 21 juin 2026, au lendemain du G7 d’Évian à Pavel Zaroubine reprise par TASS.
  3. Nicolas Werth, Poutine historien en chef, Paris, Gallimard, 2022.
  4. Nom donné en Russie à la guerre contre l’Allemagne nazie (1941-1945). La victoire de 1945, célébrée chaque 9 mai, constitue le pilier central du récit national reconstruit sous Vladimir Poutine et l’un des principaux instruments de légitimation du régime.
  5. Les accords de Minsk (septembre 2014, puis « Minsk II » le 12 février 2015), négociés en « format Normandie » (Allemagne, France, Russie, Ukraine), prévoyaient notamment un cessez-le-feu dans le Donbass, le retrait des armes lourdes et un statut spécial pour les territoires tenus par les séparatistes. Moscou, partie au conflit dont l’implication militaire était documentée, a toujours refusé de se reconnaître comme telle.
  6. Contrat d’environ 1,2 milliard d’euros signé en juin 2011 portant sur deux bâtiments de projection et de commandement, le Vladivostok et le Sébastopol. François Hollande en suspend la livraison après l’annexion de la Crimée, puis annule la vente en août 2015 ; les deux navires seront revendus à l’Égypte.
  7. Remis aux Américains le 15 décembre 2021 et rendus publics le 17, ces projets exigeaient notamment un engagement juridiquement contraignant de non-élargissement de l’OTAN, le retrait des forces et infrastructures alliées des pays ayant adhéré après 1997 et l’interdiction de déployer des missiles de portée intermédiaire à proximité de la Russie.
  8. Sergueï Skripal, ancien officier du renseignement militaire russe (GRU) passé au service britannique, est empoisonné avec sa fille Ioulia à Salisbury le 4 mars 2018. Londres attribue l’attaque à deux agents du GRU. Le Novitchok désigne une famille d’agents neurotoxiques militaires développés en URSS à partir des années 1970.
  9. Massacres de dizaines de milliers de civils polonais (les estimations vont de 50 000 à 100 000 morts) perpétrés en 1943-1944 en Volhynie et en Galicie orientale par l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) de Stepan Bandera.