Pékin semble avoir tiré plusieurs avantages de la guerre en Iran, qui pourraient la faire émerger comme l’un des grands gagnants du conflit.
Tout d’abord, l’article 10 du protocole d’accord prévoit que le Trésor américain délivre des dérogations pour les exportations de pétrole brut iranien dès sa signature. Or, ce pétrole est importé en quasi-totalité par la Chine.
- En effet, l’Iran est une source clef d’approvisionnement chinois en pétrole bon marché.
- Fin 2025, la Chine importait jusqu’à environ 1,4 million de barils par jour en provenance d’Iran, soit 13 % de ses importations totales de brut et entre 80 % et 90 % des exportations pétrolières de Téhéran.
- La Chine a été moins touchée que le reste de l’Asie par la fermeture du détroit d’Ormuz en raison de ses réserves considérables de pétrole, mais cette résilience révèle aussi la nouvelle position que la Chine pourrait occuper désormais sur les marchés pétroliers, en tant que force stabilisatrice.
- Ainsi, selon les données des douanes chinoises, les importations totales de pétrole du pays, pipelines et rail inclus, sont tombées en mai à 7,8 millions de barils par jour, soit un tiers de moins qu’avant la guerre. Les livraisons par voie maritime ont plongé plus encore, de 45 % sous leur moyenne de 2025. Cette baisse substantielle n’a eu aucun effet majeur sur l’économie du pays et les réserves de pétrole de la Chine ont aussi, probablement, contenu la hausse globale du prix du pétrole 1.
De plus, la hausse des prix de l’énergie a offert à Pékin une autre opportunité : la Chine est en effet le seul pays dont l’industrie est en mesure de répondre à la demande croissante de technologies propres.
- Pékin a ainsi exporté pour l’équivalent de 92 milliards d’euros de batteries, voitures électriques, équipements réseau et capacités de production d’électricité propre au cours des quatre premiers mois de l’année, contre 47 milliards en 2022.
- Au premier trimestre de l’année, les ventes de voitures électriques dans la région Asie-Pacifique (hors Chine) ont augmenté de 80 % par rapport à l’année précédente, et de 75 % en Amérique latine.
Indirectement, la Chine pourrait aussi bénéficier stratégiquement de l’affaiblissement de la posture américaine au Moyen-Orient et en Asie.
- Les pays du Golfe, visés par plusieurs milliers de drones et de missiles iraniens, cherchent déjà à diversifier leurs partenariats.
- Plusieurs responsables du Golfe ont ainsi déclaré que leurs gouvernements ont engagé des discussions visant à « réduire leur dépendance vis-à-vis des États-Unis », notamment en renforçant leur coopération en matière de sécurité avec des pays européens et asiatiques 2.
- De plus, pour mener sa guerre, Washington a transféré des unités et des systèmes de défense antimissiles depuis la Corée du Sud et le Japon, et il n’est pas clair à ce stade si elles seront de nouveau déployées en Asie.
- Plus généralement, l’armée américaine a consommé en trois mois de guerre un nombre considérable de munitions. Or, ces armes (Tomahawks, JDAM, drones Predator) nécessitent toutes des terres rares pour leurs systèmes de guidage de précision, dont la Chine contrôle aujourd’hui 70 % de l’exploitation et 90 % de la transformation.
La campagne militaire américaine a également fourni à Pékin des informations précieuses sur l’utilisation de l’IA par le Pentagone, les nouveaux équipements américains, la rotation de ses groupes aéronavals, mais aussi sur l’incapacité de Washington à transformer des gains tactiques spectaculaires en victoire stratégique.
- En effet, la leçon la plus importante que Pékin pourrait tirer du conflit est que l’Iran n’a pas eu besoin de vaincre militairement les États-Unis, ce qui aurait été impossible, mais qu’il a pu utiliser le détroit d’Ormuz, presque son seul levier, comme moyen de pression sur l’économie mondiale. En jouant la montre à l’approche des élections de mi-mandat, avec des prix de l’énergie et l’inflation en hausse, il aurait été possible d’obtenir un accord particulièrement avantageux.
Sources
- Javier Blas, « China Has a Powerful New Oil Price Weapon », Bloomberg, 16 juin 2026.
- Adam Rasgon, « Gulf Countries Confront Questions About Relying on U.S. for Protection », The New York Times, 15 juin 2026.