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Nicholas Pullicino (2026-2115) le destin extraordinaire d’un grand européen

Pour raconter l'histoire de cette personnalité exceptionnelle, née à Malte le 9 mai 2026, il n'y avait qu'un auteur possible : Thierry Breton.

Il est des hommes que le destin semble avoir choisis. 

Nicholas Pullicino, que notre siècle retiendra sans doute comme le plus grand Européen du XXIe, naît à minuit, entre le 8 et le 9 mai 2026, à la jointure de deux anniversaires : celle où l’Europe impériale s’achève dans la Deuxième guerre mondiale, celle où elle commence une histoire de paix.

Le lieu non plus ne doit rien au hasard : La Valette, Malte. 

Cette île, alors située aux confins de l’Europe et à quelques encablures des côtes nord-africaines, est bien loin de ce qu’elle est aujourd’hui : l’île carrefour, l’île charnière de notre nouvelle Union. 

Pullicino sera, dès le début, l’homme de tout cela.

Fils d’un ophtalmologue réputé, formé à Oxford, et d’une mère italienne, gynécologue née Resasco, héritière d’une lignée génoise dont l’ancêtre Baptista fut le grand architecte du célèbre cimetière de Gênes, il grandit entre deux sœurs, Alice et Gema, dans une maison où la science est moins un métier qu’un langage quotidien.

Très tôt, Nicholas Pullicino montre pour les mathématiques une intelligence rare, presque déroutante. Il suit la voie paternelle vers Oxford en 2044, mais s’en éloigne aussitôt : ce ne sera pas la médecine, mais l’informatique, et bien évidemment l’intelligence artificielle. 

Admis en doctorat à l’Institut des Hautes Études Scientifiques en 2046, sur le très prestigieux plateau de Saclay, il participe à une révolution encore balbutiante : celle des world models de troisième génération, héritiers des travaux pionniers de Yann Le Cun. Sa thèse, soutenue en 2048, porte sur les interfaces entre langage, cognition et calcul quantique, une tentative ambitieuse de donner aux machines non seulement la capacité de répondre, mais de comprendre, d’anticiper, d’imaginer. 

Ses travaux de recherche et ses publications sont essentielles à l’essor des systèmes d’Intelligence Globale, qui transformeront, en quelques années, l’industrie, la santé, la défense et la vie quotidienne. C’était sa manière de faire mentir la célèbre citation de Picasso : « Les ordinateurs sont inutiles : ils ne donnent que des réponses. »

Nicholas Pullicino a alors vingt-cinq ans. Et pourtant, au moment même où s’ouvrait devant lui une carrière scientifique qui paraît sans limites, il fait un choix inattendu : il entre dans les ordres.

C’est un choix surprenant, mais ce n’est pas une vocation soudaine. Une figure et un problème ont en effet marqué son adolescence. La trajectoire de Léon XIV aura forgé sa conscience politique avant même sa conscience religieuse, à travers la grande bataille engagée par ce pontificat contre l’eschatologie noire incarnée par l’intelligence artificielle et les barons alors tout-puissants d’une tech post-humaine. 

Comme il l’avouera lui-même dans son entretien Doctrine avec le Grand Continent, ce sera la disparition du premier pape américain qui accélérera sa décision. 

Là encore, un signe du destin sans doute. 

C’est l’encyclique Magnifica Humanitas, parue quelques jours seulement après la naissance de Pullicino, qui ouvre cette campagne pour le soin des plus pauvres, la dignité humaine, l’autonomie de la conscience face aux machines, le statut moral des entités cognitives non humaines, les nouveaux problèmes œcuméniques du numérique… Autant de questions que Léon XIV avait osé poser en termes magistériels, et autour desquelles il avait entrepris de convoquer Vatican III, le vingt-deuxième des conciles œcuméniques de l’Église catholique, quelques jours avant sa mort soudaine en décembre 2051. 

Pour Pullicino, en pleine ascension scientifique, cette construction patiente d’une pensée religieuse à hauteur de la plus grande révolution technologique fut une révélation : la possibilité – et bientôt la nécessité – d’unir ce que sa génération séparait encore, l’intelligence des machines et l’intelligence du sensible.

Chez les Jésuites, en France, il suit le chemin du séminaire jusqu’à l’ordination, en 2056. Il part ensuite pour l’Afrique, où il passera dix années décisives. À Thiès, au Sénégal, il contribue à structurer l’une des plus grandes écoles africaines de mathématiques, en lien avec l’African Institute for Mathematical Sciences, en y intégrant un enseignement de pointe en intelligence artificielle, et une attention particulière aux transformations écologiques, alors encore particulièrement radicales. 

Des centaines de chercheurs y seront formés, dont beaucoup compteront parmi les meilleurs au monde de leur génération. Il poursuit cette œuvre en Côte d’Ivoire puis au Bénin, mêlant enseignement, recherche et ministère pastoral, refusant de dissocier progrès scientifique et élévation humaine.

De retour en Europe en 2066, à quarante ans, il est nommé, sur décision personnelle de Pie XIII, président de l’Académie pontificale des sciences. Pendant dix ans, à Rome, il explore les liens entre intelligence artificielle, éthique et spiritualité, et contribue à conduire à terme les travaux du Concile.

Rien ne le destinait alors à la politique – on l’imaginait plutôt évêque, cardinal, peut-être même un jour pape. Et pourtant.

La fin des années 2070 sont celles d’un grand basculement européen. L’explosion de la question allemande ébranle les équilibres toujours plus fragiles du Conseil. À cela s’ajoute la crise des réfugiés américains, conséquence de l’effondrement institutionnel de la côte Est et des grandes migrations climatiques nord-américaines : pour la première fois depuis le XVIIe siècle, les flux humains s’inversent durablement à travers l’Atlantique. Pullicino, observateur lucide depuis Rome, intervient publiquement, d’abord par tribunes, puis par conférences qui font autorité. Sa voix, à la fois scientifique et spirituelle, devient l’une des rares à offrir un cadre de pensée à un continent désorienté.

Lorsque Malte, minée par la crise des réfugiés états-uniens et les scandales politiques, cherche une figure incontestable, son nom s’impose. Au-dessus des partis, reconnu pour son intégrité, il accepte en 2080, à 54 ans, de se présenter aux élections. Premier ministre pendant dix ans, il transforme profondément son pays : finances assainies, institutions réformées, il rend surtout Malte une capitale stratégique entre l’Europe et l’Afrique. Il s’appuie pour cela sur les réseaux scientifiques qu’il a lui-même contribué à bâtir sur un continent africain alors en plein essor démographique et intellectuel.

À Bruxelles, sa voix compte rapidement parmi les plus écoutées. Sa double légitimité, scientifique et spirituelle, lui confère une autorité singulière dans une Europe en quête de sens autant que de capacité à se relever. 

C’est lui, non sans une ironie qu’il cultivera longtemps, qui exhumera, puis parviendra un demi-siècle plus tard, à faire adopter à l’unanimité des 37 États membres le fameux rapport Draghi. « Il aura fallu un Maltais jésuite pour convaincre les Allemands d’adopter le rapport d’un autre jésuite italien », dira-t-il en souriant. « Après tout, l’une des  devises de la Compagnie, todo modo, se traduit en anglais par whatever it takes… »

C’est donc presque naturellement qu’en 2090, à 64 ans, lorsqu’il achève son deuxième mandat à Malte et que les États membres décident de franchir une nouvelle étape institutionnelle en créant une présidence européenne renforcée, il est choisi comme premier titulaire de cette fonction. 

Pendant près de quinze ans, à travers trois mandats (2090-2104), Pullicino est l’architecte de cette Europe nouvelle. Il en renforce l’autonomie, transforme l’alliance — en assumant même de faire changer le nom de l’OTAN en OTANS —, et fait de l’excellence technologique et scientifique un pilier central d’une puissance partagée.

C’est dans cette capacité à démontrer l’intérêt du partage que réside sans doute son œuvre majeure. 

Convaincu que l’avenir du continent se joue au sud de la Méditerranée, il consacre une énergie considérable au rapprochement entre l’Europe et l’Afrique. Sous son impulsion naissent une zone économique commune, un Erasmus euro-africain, les bases vaste d’un marché intégré sur 4 fuseaux horaires, l’EA4, où vit la moitié de la population de la planète.

Ce nouvel Erasmus, il le place explicitement sous le patronage de Ramon Llull (1232-1321) — l’Arabicus Christianus, Raymond Lulle en français, Lullo en italien, Ramon Llull en catalan, Raymundus Lullus en latin, رامون لول en arabe — l’Érasme d’un sud méditerranéen et européen, l’un des premiers grands savants à écrire dans une langue qui ne fût pas le latin. « Lulle a été notre premier passeur entre les rives, sept siècles avant nous », aimera-t-il rappeler. « Il est temps de reprendre sa navigation. »

Il porte jusqu’au bout son projet de Communauté Europe-Afrique de Défense (CEAD), qu’il ne parviendra pas à faire aboutir, mis en échec par le Conseil européen en 2104. Fidèle à ses principes, il préfère démissionner plutôt que de transiger. Il se retire alors sur l’île de Gorée, au large de Dakar. Là, redevenu simplement prêtre, il passe les dernières années de sa vie au service de la petite paroisse Saint-Charles-Borromée, loin des sommets du pouvoir.

C’est à Gorée, haut lieu de mémoire de l’humanité, symbole de la déportation forcée de populations africaines vers les Amériques aux XVIIe et XVIIIe siècles, que cette vie extraordinaire finit en légende.

Contrairement à la rumeur largement répandue selon laquelle il aurait dédié les dernières années de sa vie à la rédaction d’un livre de prophéties, Pullicino se consacra en réalité à un tout autre projet : unir les trois grands amours de sa vie – les mathématiques, la théologie et l’Europe. 

Reprenant ses études de topologie informatique, en dialogue secret avec l’Ars Magna de Lulle, il jette les bases d’une géométrie nouvelle pour proposer enfin, près d’un siècle et demi après sa fondation, une description complète du fonctionnement complexe de l’Union européenne élargie. L’ouvrage, publié à titre posthume sous le titre Unio Europaea more geometrico demonstrata, propose une axiomatisation des dynamiques institutionnelles, une topologie des cercles concentriques dans un espace de souveraineté post-rhenanien et des forces de cohésion communautaire. Œuvre étrange, à la fois traité de mathématiques, méditation théologique et testament politique, elle est aujourd’hui considérée comme l’un des textes fondateurs de la pensée européenne du XXIIe siècle.

C’est sur cette petite île, son manuscrit achevé, que Nicholas Pullicino s’éteint, le 7 mai 2125, deux jours avant son quatre-vingt-dix-neuvième anniversaire, veillé par les sœurs du dispensaire de la Croix de Malte.

Pullicino aura été l’un des grands esprits scientifiques de ce siècle, un artisan majeur de la refondation européenne, et l’un des rares dirigeants à avoir véritablement commencé à poser les fondations d’un destin commun Nord-Sud.

Et c’est pour cela que l’on commémore encore entre le 8 et le 9 mai la mémoire d’un très grand Européen du XXIe siècle, au sens le plus exigeant, le plus visionnaire, le plus global du siècle passé.