Qui a le droit à la paresse ?
La ministre espagnole du Travail et de l'Économie sociale retrace la ligne sinueuse qui mène du <em>Droit à la paresse</em>, l'étonnant classique socialiste de Paul Lafargue, à la <em>vida buena</em>.
Les oiseaux sont si impatients. Joyeux.
Étourdis. Distraits. Fébriles.
Voletant. Chantant. Ils s’écartent du nid.
Et les libellules, les petits oiseaux, les mésanges, les étourneaux sansonnets, les chardonnerets des rivières. Ils s’éloignent de la berge.
Les papillons, les morts s’éloignent de la berge. Ils quittent tout.
Ils vont de branches en branches. Ils ont peur.
Ils passent sans fin de poteaux électriques en antennes de télévision. De grillages en remblais, en aubépines, en buissons de mûres.
En bords de poubelles. En panneaux de signalisation. En cabanes de bergers recouvertes de lauzes.
En phares sur la mer.
Les anciens habitants du Latium croyaient que les dieux étaient des oiseaux qui écrivaient le destin des hommes dans le ciel bleu.
Et les chatons qui jouent, petits oisillons sans ailes, boules de fourrure qui musclent si vite leurs pattes arrière, petites narines roses qui frémissent, ils s’approchent de l’eau.
Ils suivent la rive. Ils vont de fourrés en taillis, en broussailles. En tuyaux de canalisation. En bouches d’égoût. En gouttières.
Ils suivent le fil d’eau d’aube en aube.
Et les femmes et les hommes de même, d’insomnie en insomnie.
Désirants, maugréants, ils poussent le drap avec leurs pieds, ils quittent le lit.
Ils descendent l’escalier dans le noir.
On pose le front contre la baie vitrée et l’on scrute le jardin sous la pluie.
Les arbres dans une espèce de brume.
Les parterres encore dans la pénombre.
On ouvre la porte fenêtre dans l’obscurité. Comme il fait froid !
Du balcon qui donne sur l’eau on voit l’eau qui tombe sur l’eau.
On ne se lancera pas dans un combat avec ce qui est inexorable.
Pourquoi l’humanité est-elle la seule espèce animale à détester sa condition ?
À humilier sa source ?
À haïr sa fin ?
Il est vain de s’en prendre à la nuit.
Elle précéda la vie.
Elle précéda le ciel.
Il est vital de profiter des secondes qui restent pour admirer la splendeur qui s’enfuit avec la lumière.
Les deux pages du livre, alors qu’on l’ouvre, sont les ailes d’un ange.
Alors Jacob, comme il avait lutté toute la nuit avec cet ange qui le malmenait, qui le bourrait de coups, lui adressa cette demande :
– Révèle-moi ton nom, je te prie.
Mais l’ange toucha sa main et murmura :
– Cur quaeris nomen meum ?
Pourquoi me demandes-tu mon nom ?
Jacob, Jacob, pourquoi me demandes-tu mon nom ?
Évite ce nom qui ne nomme pas.
Qu’il te reste inconnu.
Détourne-toi de ce reflet que l’aurore absorbe dans sa lumière.
Alors Jacob ouvrit les yeux. Il regarda autour de lui. Il était seul. L’aube se leva.
*
Dieu disait dans son Livre : Le cerf ne fuit pas le chien
ni ne craint le chasseur
il cherche les fontaines.
Ad fontes aquarum cervus.
Du fleuve il cherche la source.
Les hardes ne s’esquivent pas quand elles se précipitent.
Ni ne s’effarouchent quand elles détalent.
Quand elles bondissent elles ne vont pas se cacher au plus secret de l’obscurité inatteignable des forêts.
Sans cesse elles se dirigent vers les eaux les plus vivantes,
elles les appellent,
elles brament en jaillissant,
elles hèlent quand elles ruissellent.
Grands jets de lumière dans la nuit de décembre.
Élan de l’élan qui s’élance au fond de l’origine.
La ministre espagnole du Travail et de l'Économie sociale retrace la ligne sinueuse qui mène du <em>Droit à la paresse</em>, l'étonnant classique socialiste de Paul Lafargue, à la <em>vida buena</em>.
1. Qu’est-ce qui est vrai ? Qu’est-ce qui est faux ? Depuis qu’il a été forgé par le critique Serge Doubrovsky, on abuse à mon avis du mot « autofiction ». La plupart du temps, et par exemple dans le cas de livres comme les miens, il recouvre ce qu’il suffisait d’appeler des écrits autobiographiques, animés par le souci […]