La police routière iranienne estime que 100 000 personnes ont fui la capitale, Téhéran, au cours des deux premiers jours de la guerre lancée par les États-Unis et Israël, entre le 28 février et le 1er mars 1. Aucune estimation officielle n’a depuis été réalisée par les autorités et les Nations unies, mais le rythme soutenu des bombardements suggère que ce chiffre pourrait être bien plus élevé aujourd’hui.

  • La quasi-totalité des Iraniens ayant fui la capitale se sont réfugiés dans d’autres régions du pays.
  • Seulement 5 800 personnes auraient quitté l’Iran entre le 28 février et le 8 mars pour entrer en Turquie, selon l’Agence de l’ONU pour les réfugiés 2.
  • Celle-ci note toutefois qu’une partie de ces déplacements pourrait s’inscrire dans le cadre de flux touristiques et de transit qui ne seraient pas liés à la guerre.

Dans l’est du pays, environ 23 000 Afghans sont retournés dans leur pays depuis le début de la guerre. Près de 4 millions de réfugiés et de migrants afghans avaient fui les guerres successives, civiles et interétatiques, en Afghanistan pour se réfugier en Iran au cours des dernières décennies.

Les conditions de vie de ces réfugiés sont considérablement dégradées depuis le 28 février.

  • Les autorités iraniennes ont restreint les capacités de déplacement à l’intérieur du pays, ce qui réduit l’accès à l’emploi, aux services essentiels et de première nécessité — dans un contexte d’augmentation considérable du prix des denrées alimentaires.
  • Avant la guerre, une part importante de ces réfugiés vivaient déjà dans une situation précaire marquée notamment par l’absence d’un statut juridique permanent.
  • De plus, le régime iranien a durci ses politiques migratoires ces dernières années et procédé à un plus grand nombre d’expulsions.

Une extension du conflit à des infrastructures énergétiques et civiles, comme en témoigne la frappe attribuée samedi 7 mars par Téhéran à l’armée américaine visant une usine de dessalement d’eau de mer sur l’île de Qeshm, dans le détroit d’Ormuz, pourrait contraindre plusieurs centaines de milliers d’Iraniens à fuir leurs villes et villages.

L’Iran, qui compte 92 millions d’habitants, est le pays le plus peuplé du Moyen-Orient 3.

  • Dans un rapport publié mardi 3 mars, l’Agence de l’Union pour l’asile (EUAA) alertait quant au risque de déplacements massifs provoqués par les bombardements et frappes aériennes.
  • Elle note : « Si l’instabilité s’étend et que les gens commencent à quitter l’Iran en grand nombre, les États voisins, qui supportent déjà un lourd fardeau en matière de réfugiés, seront probablement les premières destinations » 4.

Si les guerres peuvent entraîner d’importants déplacements de population vers l’étranger, l’ampleur de ces mouvements dépend largement de la durée du conflit et de la situation politique interne. 

  • Au cours de la première année de la guerre civile, en 2011, le nombre de réfugiés syriens ayant fui le pays se comptait par dizaines de milliers.
  • Neuf ans plus tard, en 2020, on dénombrait environ 8,5 millions de personnes ayant quitté la Syrie, principalement pour se réfugier en Turquie et au Liban.
  • Ce chiffre représente près de la moitié (48 %) de la population née dans le pays.

L’EUAA estime que le déplacement de seulement 10 % de la population iranienne équivaudrait « aux plus importants flux de réfugiés de ces dernières décennies ». La majeure partie des personnes pourrait chercher refuge dans les pays frontaliers, comme en Turquie, en Afghanistan, mais également en Asie centrale, comme au Tadjikistan et en Ouzbékistan 5.

Sources
  1. Middle East Situation as of 6 March 2026, UNHCR.
  2. Middle East Situation – as of 8 March 2026, UNHCR.
  3. Et le 2e si on compte l’Égypte comme faisant partie de la même région (116 millions d’habitants).
  4. Latest Asylum Trends 2025 : Annual Analysis, Agence de l’Union européenne pour l’asile (EUAA), 3 mars 2026.
  5. Arman Amini, « How Iran’s Collapse Could Trigger a Central Asian Refugee Crisis », The Diplomat, 24 juin 2025.