Un important mouvement de protestation a débuté lundi 29 décembre contre l’inflation et la perte de pouvoir d’achat.
- Les vendeurs de matériel électronique ont fermé leurs boutiques dès le 28, avant d’être rejoints le lendemain par les commerçants du Grand Bazar de Téhéran, puis par les étudiants mardi 30.
- D’importants syndicats ont déclaré qu’ils soutenaient le mouvement de grève et de protestation, comme celui des conducteurs de camion 1.
- Les manifestations se sont depuis étendues à tout le pays, à Ispahan 2, dans le Sud comme à Fasa 3 et à Chiraz, à l’Ouest dans la province de Kermanshah comme à Hamedan.
Le symbole du mouvement est une vidéo générée par l’IA à partir d’une photo d’un manifestant, assis par terre, face à un grand groupe de policiers à moto. Dans la vidéo, les policiers s’approchent du manifestant, descendent de leur véhicule, enlèvent leur casque, et s’agenouillent en guise de respect.
- En décembre, le taux d’inflation annuel en Iran a atteint 42 %, tandis que le rial a enregistré une nouvelle dévaluation record par rapport au dollar.
- Un dollar vaut désormais plus de 1,3 million de rials sur le marché libre à Téhéran, contre 800 000 au début de l’année.
- Le gouverneur de la Banque centrale, Mohammad Reza Farzin, a dû démissionner lundi 29 décembre. Il a été remplacé par Abdolnaser Hemmati le 31 4.
- Avec une économie particulièrement fragilisée par les sanctions internationales, Téhéran propose désormais de vendre des systèmes d’armement sophistiqués, y compris des missiles balistiques et des drones, en échange de cryptomonnaies 5.
Si beaucoup y voient la possibilité d’un changement de régime, des manifestations de grande ampleur ont déjà eu lieu en Iran ces dernières années sans pour autant menacer le pouvoir en place.
- Depuis 2017, le pays a connu plusieurs mouvements : au tournant de l’année 2017-2018, en juin 2018, de novembre 2019 à janvier 2020, de juillet à novembre 2021, et, à partir de septembre 2022 le mouvement Femme, Vie, Liberté, qui s’est prolongé jusqu’à 2023.
- Mais, en l’absence d’une opposition organisée, ces mouvements ont été brutalement réprimés à chaque fois par le régime — plus de 1 000 personnes ont été exécutées en Iran depuis l’été.
- Ces mouvements conduisent toutefois à des reconfigurations des lignes rouges et des rapports de force entre la société et l’État.
Les manifestations renforcent également l’intensité des discussions sur la succession du Guide suprême, sujet qui accapare l’attention de l’État profond iranien.
- Lors du décès d’Ali Khamenei, le prochain Guide suprême sera choisi par l’Assemblée des Experts, chambre haute de la République islamique, constituée de clercs, en bonne partie nommés à vie par le Guide actuel.
- Parmi les candidats figurent Hassan Rouhani, ancien président de la République de 2013 à 2021, associé à la signature de l’Accord sur le nucléaire iranien et critique depuis son départ du pouvoir d’Ali Khamenei ; Hassan Khomeini, le petit-fils de Rouhollah Khomeini, leader de la Révolution de 1979, qui dispose d’une grande autorité religieuse, de très bonnes relations avec les Gardiens de la Révolutions ainsi qu’avec le clergé chiite irakien de Najaf ; et Mojtaba Khamenei, fils du Guide suprême actuel, qui aurait une influence considérable sur l’appareil d’État 6.
Sources
- Publication sur X d’Iran International English, 30 décembre 2025.
- Publication sur X d’Iran Wire, 31 décembre 2025.
- « Iranians try to access local government building on fourth day of protests, state media says », Reuters, 31 décembre 2025.
- « همتی رئیسکل بانک مرکزی میشود », Irna, 31 décembre 2025.
- Miles Johnson, Iran offers to sell advanced weapons systems for crypto, Financial Times, 1er janvier 2026.
- « Inside Iran’s quiet but critical struggle over succession », Anwaj Media, 22 décembre 2025.