La guerre lancée par les États-Unis et Israël contre l’Iran le 28 février constitue l’engagement militaire le plus important décidé par Trump au cours de ses cinq années cumulées passées au pouvoir. L’ampleur des frappes — qui se comptent désormais en plusieurs milliers — est sans commune mesure avec les campagnes ciblées ordonnées durant son premier mandat, entre 2017 et 2021.
- Avant l’opération en Iran, Trump avait autorisé 724 frappes entre le 20 janvier 2025 et le 23 février 2026, selon les données compilées par l’Armed Conflict Location & Event Data (ACLED). C’est bien plus que Joe Biden, qui avait ordonné 555 frappes en quatre ans.
- L’armée américaine a déclaré lundi 2 mars avoir frappé plus de 1 250 cibles en Iran au cours des premières 48 heures du conflit 1.
La militarisation accrue de la politique étrangère américaine s’accompagne d’un élargissement géographique du périmètre d’action de Washington, qui contraste avec la doctrine hémisphérique mise en avant par l’administration et avec la stratégie de sécurité nationale de janvier 2026.
- Cette dernière notait en effet que la transformation du Moyen-Orient « ne peut venir que de ceux qui ont le plus d’intérêt dans l’avenir de la région » et que « le département d’État donnera aux alliés et partenaires régionaux les moyens d’assumer la responsabilité principale de la dissuasion et de la défense contre l’Iran et ses mandataires ».
Les frappes de Trump étaient exclusivement concentrées au Moyen-Orient, en Libye et dans la Corne de l’Afrique durant son premier mandat. Au cours des 13 derniers mois, il a ordonné des actions militaires au Nigeria, au Venezuela, au large de l’Amérique latine et dans les Caraïbes.
- Sur les sept pays attaqués par Trump depuis janvier 2025, trois n’avaient jamais fait l’objet de frappes américaines : l’Iran, le Nigeria et le Venezuela.
L’utilisation extensive de la force militaire pour atteindre ses objectifs en matière de politique étrangère est en contradiction avec la plateforme sur laquelle Trump a fait campagne pour sa réélection. Si l’opération au Venezuela et les menaces à l’encontre du Groenland ont tous deux été présentés comme faisant partie d’une doctrine « America First », l’administration aura plus de mal à intégrer le conflit au Moyen-Orient dans ce récit.
- Comme le souligne Elie Tenenbaum, dans la stratégie de sécurité nationale, « la défense du territoire national (Homeland) s’inscrit d’abord de façon quasi symbiotique avec l’hégémonie sur l’hémisphère occidental, c’est-à-dire le continent américain, du Groenland à la Terre de Feu : elle est la priorité absolue de cette stratégie et l’expression directe du mantra America First ».
De nombreux commentateurs appartenant au mouvement MAGA, comme Tucker Carlson, et des élus au Congrès peinent aujourd’hui à réconcilier leur soutien à l’administration avec les promesses faites à leurs électeurs ou à leur audience.
- En janvier 2023, J.D. Vance, alors sénateur de l’Ohio, signait une tribune dans le Wall Street Journal avec pour titre : « La meilleure politique étrangère de Trump ? Ne déclencher aucune guerre ».
- Le futur vice-président exprimait alors son soutien à Trump pour l’élection présidentielle de novembre 2024 en l’opposant à ses prédécesseurs, accusés d’avoir déclenché des « catastrophes historiques » au Moyen-Orient 2.
Un an plus tard, lors d’un discours prononcé au Sénat, Vance accusait la classe dirigeante américaine de n’avoir tiré aucune leçon des précédents conflits en déclarant : « Aujourd’hui, personne n’est vraiment contre la guerre. Personne ne s’inquiète de la poursuite des conflits militaires à l’étranger. Personne ne semble s’inquiéter des conséquences imprévues ».
- En trois jours de guerre contre l’Iran, l’armée américaine a perdu six soldats et 18 ont été blessés.
- Dimanche 1er mars, Trump a averti qu’il y aura « d’autres » pertes américaines avant que la guerre ne prenne fin : « C’est ainsi que cela se passera probablement ».
- Il ajoutait, dans une déclaration à ABC News : « C’est une guerre, et il y a des pertes dans une guerre ».
- Contrairement à deux de ses prédécesseurs qui avaient eux aussi massivement eu recours à l’utilisation de la force militaire, George Bush et Barack Obama, Trump n’a jamais sollicité l’autorisation ni l’avis du Congrès pour ses opérations.
Sources
- Filip Timotija, « Here are targets hit by US and Israel during ‘Epic Fury’ inside Iran », The Hill, 2 mars 2026.
- J.D. Vance, « Trump’s Best Foreign Policy ? Not Starting Any Wars », The Wall Street Journal, 31 janvier 2023.