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Dan Wang

Bi Gan (毕赣), réalisateur

Quand on me demande les trois Chinois les plus intéressants aujourd’hui, je commence par lui. Né en 1989 à Kaili, dans le Guizhou, province pauvre et montagneuse du sud-ouest chinois, révélé par Kaili Blues (2015), primé à Locarno, puis Un grand voyage vers la nuit (2018). En mai 2025, Resurrection reçoit le Prix spécial du jury à Cannes. Les films de Bi Gan sont très beaux. Resurrection m’a influencé, j’aimerais écrire là-dessus un jour. Bi Gan est un cinéaste très Guizhou — et le Guizhou est la province voisine du Yunnan, d’où je viens : nous avons beaucoup en commun avec ces gens-là. Il parle toujours le dialecte du Guizhou, que je comprends très bien, et que je trouve très amusant. Ma méthode pour comprendre la Chine et le monde, c’est de tout lire puis de voyager, voyager, voyager, d’aller dans la Chine rurale, pauvre, montagneuse, plutôt que de la regarder depuis les capitales. Bi Gan filme cette Chine-là de l’intérieur.

Alessandro Aresu 

Gu Ailing (谷爱凌), skieuse freestyle 

Si vous ne connaissez pas Eileen Gu, également célèbre en Chine sous le nom de Gu Ailing, c’est peut-être que vous étiez absent ces derniers mois. Cette skieuse de freestyle, multiple championne olympique à Pékin et à Milan-Cortina (où de nombreuses banderoles affichaient la phrase « Eileen, épouse-moi »), mannequin et étudiante à Stanford, est née à San Francisco en 2003. Élevée par sa mère et sa grand-mère d’origine chinoise entre la Californie et des séjours réguliers en Chine, elle appartient à ces deux mondes. Cependant, c’est lorsque les relations entre Pékin et Washington sont entrées dans une phase de rivalité plus marquée qu’elle est devenue une célébrité mondiale. En 2019, après avoir concouru sous le drapeau américain, elle a annoncé qu’elle représenterait la Chine aux Jeux olympiques de Pékin en 2022, afin d’inspirer des millions de jeunes Chinoises à s’intéresser au sport et à la culture sportive. Tout en jonglant entre les questions de politique internationale et le soutien que le gouvernement chinois apporte à celle qui est désormais sa sportive la plus célèbre, elle continue à remporter des victoires, à étudier et à parcourir le monde en tant qu’ambassadrice de marques occidentales et chinoises, telles que Red Bull, Louis Vuitton et Anta.

Wang Laichun (王来春), cofondatrice du fabricant de composants électroniques Luxshare

Wang Laichun, également connue sous le nom de Grace Wang, est née en 1967. Elle a débuté sa carrière à l’âge de vingt ans en tant qu’ouvrière chez le géant taïwanais Foxconn, à Shenzhen. En l’espace d’une dizaine d’années, elle a acquis des compétences en gestion de la production et en organisation de l’approvisionnement. Avec son frère, elle s’est alors lancée dans l’entrepreneuriat jusqu’à fonder Luxshare à Dongguan en 2004. Luxshare est l’un des fleurons d’« Apple in China », ce processus historique décrit dans le best-seller de Patrick McGee. L’entreprise est devenue l’un des principaux fournisseurs d’Apple. Elle s’est impliquée dans l’assemblage des principaux produits du géant de Cupertino et est même devenue un concurrent de Foxconn. Frôlant les 50 milliards de chiffre d’affaires en 2025, Luxshare incarne l’ambition sectorielle et géographique de l’industrie électronique chinoise. L’entreprise s’est diversifiée dans l’électronique automobile, les communications et les centres de données, et a implanté des sites de production ou des centres de recherche au Vietnam, en Malaisie et au Mexique.

Wang Tao (汪滔), ingénieur aérospatial et homme d’affaires

Frank Wang est né à Hangzhou en 1980. Après avoir suivi des études d’ingénieur en électronique à Hong Kong, il a fondé DJI à Shenzhen en 2006. En intégrant le pilotage, les capteurs, les caméras, les logiciels et la transmission d’images, DJI est devenu, au cours des vingt dernières années, le leader mondial du secteur des drones civils et a contribué de manière décisive à faire entrer les drones dans le domaine des produits de grande consommation. Les estimations concernant sa part du marché civil mondial varient entre 70 et 80 %, grâce à son écosystème, à sa capacité de production et à la formation continue de ses talents : une position concurrentielle que nul ne parvient à égaler. Depuis au moins 2020, DJI est au cœur de controverses aux États-Unis, ayant été inscrit sur de nombreuses listes noires des départements du Commerce, de la Défense et du Trésor. Dans certains cas, le gouvernement américain a dû revenir sur ses propres mesures, car il n’existait aucune alternative réelle aux drones de Shenzhen. Pour les start-ups américaines spécialisées, DJI est à la fois la raison pour laquelle elles sollicitent le soutien du gouvernement et le modèle à atteindre et à imiter.

Michael Pettis

Yang Haisong (杨海崧), romancier, traducteur, producteur

La personnalité la plus influente de la scène musicale indépendante chinoise est sans conteste Yang Haisong. Poète, romancier et traducteur accompli, il s’est fait connaître lorsque PK14, le groupe qu’il avait fondé à Nankin en 1997, s’est installé à Pékin en 2001. Son utilisation de la langue et des traditions théâtrales chinoises a ouvert la voie à presque tous les groupes importants qui ont vu le jour par la suite en Chine. 

Mais son influence ne s’arrête pas là. En 2007, un groupe émergent de Pékin, Carsick Cars, lui a demandé de produire son premier album, ce qu’il a accepté de faire. Ce dernier est devenu le plus important de la scène indépendante chinoise et a marqué le début d’une longue carrière pour Yang en tant que producteur de certains des albums les plus marquants de Chine.

Toujours en 2007, il a cofondé le label Maybe Mars/Bing Masi, qui est devenu en l’espace de cinq à six ans le premier label musical indépendant du pays. Celui-ci a été vendu à un grand groupe médiatique chinois en 2020, mais Yang continue de le diriger 1.

Zhang Shouwang (张守望) guitariste et compositeur

Si Yang Haisong est souvent considéré comme le doyen, le producteur et l’artisan de la scène rock indépendante chinoise, Zhang Shouwang est quant à lui largement perçu comme l’enfant prodige, ainsi que le guitariste et compositeur emblématique de la génération suivante. Son groupe, Carsick Cars, créé en 2005, a connu un succès fulgurant dans toute la Chine en l’espace de deux ans, grâce à sa maîtrise mélodique alliée à un son de guitare anarchique.

Le groupe est rapidement devenu le porte-drapeau de la musique indie chinoise et une source d’inspiration pour des centaines de formations plus jeunes qui, à leur tour, ont déclenché l’explosion musicale chinoise entre 2005 et 2015. C’était également le groupe chinois le plus connu hors de Chine : il a tourné en Europe avec Sonic Youth et s’est produit dans de grands festivals aux États-Unis, en Europe, en Australie et au Japon.

Mais le rôle de Zhang en tant que leader de Carsick Cars ne représente qu’une partie de ses activités. Son groupe de musique dance expérimentale, White, est presque aussi connu en Chine que Carsick Cars. Ses compositions ont été interprétées par des orchestres de chambre à Pékin, Shanghai, Londres et New York, et il est sans doute la figure de proue de la communauté dynamique des compositeurs expérimentaux et improvisateurs de Pékin 2.

Yan Yulong (闫玉龙), chanteur et multi-instrumentiste

Yan Yulong, de cinq ans le cadet de Zhang, est issu de la même scène musicale expérimentale avant de fonder son groupe phare, Chui Wan. Influencé à parts égales par le psychédélisme, le minimalisme californien et balinais, ainsi que par les traditions musicales de l’ouest de la Chine, le groupe a développé un style musical à part qui a orienté les jeunes musiciens chinois vers une voie différente, plus complexe. Yan Yulong est souvent considéré comme l’un des artistes ayant fait évoluer le rock underground pékinois au-delà du post-punk, vers un style de plus en plus ambiant, teinté de folk et expérimental.

Violoniste accompli et concepteur sonore, il s’est produit à l’international, notamment en Europe, en Amérique du Nord et en Asie. Il est également, aux côtés de Kan Ziyi, le programmateur de la série hebdomadaire pékinoise Sally Can’t Dance, devenue ces deux dernières années le principal lieu de rencontre pour la musique expérimentale et improvisée à Pékin 3.

David Ownby

Liu Xiaodong (刘小东), peintre 

Liu Xiaodong est l’un des artistes contemporains les plus célèbres de Chine. Il peint à l’huile, principalement des portraits, mais pas exclusivement. Son thème de prédilection est « comment voir les gens » et, bien que son travail ne soit pas explicitement politique, il se rend dans les zones de conflit à travers le monde pour y peindre, par exemple, des Israéliens, des Palestiniens, des Mexicains, des Texans ainsi que des travailleuses du sexe. Le film Hometown Boy retrace son retour dans sa ville natale pour peindre ses amis et ses proches.

Xiang Biao (项飙), anthropologue

Xiang Biao est l’un des intellectuels les plus connus de Chine et le favori incontesté de la jeunesse chinoise. Anthropologue travaillant en Allemagne, il écrit des livres sur la capacité d’agir et la solitude, qui connaissent un grand succès en Chine. Il effectue également fréquemment des tournées à travers le pays pour promouvoir ses idées, rencontrer des jeunes et approfondir ses recherches. Il a popularisé le terme « involution » (neijuan) pour décrire le « surmenage » improductif auquel de nombreux jeunes Chinois se sentent contraints de se livrer. Son livre, Self as Method, est disponible en traduction anglaise.

Tang Wei (湯唯), actrice

Tang Wei est l’une des actrices les plus célèbres de Chine, surtout connue pour son rôle dans Lust, Caution d’Ang Lee (pour lequel elle a eu des ennuis en Chine en raison de scènes sexuellement explicites). C’est toutefois dans Decision to Leave de Park Chan-Wook, un thriller néo-noir sud-coréen dans lequel elle incarne une immigrée chinoise en Corée du Sud entretenant des liens douteux avec la crime organisée, qu’elle est au sommet de sa carrière. 

Jean-Louis Rocca

Jia Zhangke (贾樟柯), cinéaste et producteur

Jia Zhangke, est un réalisateur de cinéma internationalement reconnu (Lion d’Or de la Mostra de Venise en 2006 pour Still Life, prix du scénario à Cannes en 2013 pour A Touch of Sin). Ses films mettent en lumière les contradictions et les problèmes de la société chinoise, ce qui lui vaut parfois des ennuis avec la censure. Dans le même temps, il a été député à l’Assemblée nationale populaire (2018-2023). Il est président de l’Association nationale des réalisateurs de cinéma (depuis 2024), une organisation officielle représentant la profession. Il incarne ainsi la position de nombreux artistes chinois dans le contexte politique particulier de la Chine, contraints d’occuper des fonctions officielles. Leur objectif : créer des œuvres critiques de la réalité sociale. En parallèle, l’État chinois a besoin d’artistes reconnus pour la qualité de leur travail afin d’acquérir une position éminente dans ce domaine aussi. Dans ce cadre, un modus vivendi s’établit. 

Li Peilin (李培林), universitaire, sociologue

Sociologue de formation, ancien élève de l’université Lyon 2 et docteur de l’université Paris 1, Li Peilin bénéficie d’une reconnaissance scientifique internationale. Ses travaux portent sur la nouvelle société chinoise et les différents phénomènes qui la caractérisent (stratification sociale, inégalités, classe moyenne, fertilité, vieillissement de la population, urbanisation et renouveau des campagnes), ainsi que sur les problèmes qu’ils engendrent. Dans ses travaux, il dresse des diagnostics très lucides de la situation sociale. Parallèlement, il a occupé des fonctions publiques : il a notamment été vice-président de l’Académie des sciences sociales de Chine et député à l’Assemblée nationale populaire de 2018 à 2023. Il a également été membre suppléant du Comité central du Parti communiste.

Wang Huning (王沪宁), théoricien et homme politique

Wang Huning est membre du Comité permanent du Bureau politique du Parti (le cœur du pouvoir central), président de la Conférence consultative politique du peuple chinois (sorte de deuxième chambre du Parlement chinois) et numéro quatre du régime. Considéré comme « l’idéologue » du Parti, il a d’abord été diplômé en français, puis a étudié la politique internationale à Fudan et a occupé différentes fonctions académiques. 

Il s’est lancé en politique à la fin des années 1990, notamment en participant à de nombreuses commissions sous trois dirigeants successifs (Jiang Zemin, Hu Jintao et Xi Jinping), destinées à donner un cadre théorique aux orientations parfois éclectiques du Parti. Il a participé à l’élaboration du concept des « trois représentativités », inscrit dans les statuts du parti et la Constitution de l’État, qui officialise l’entrée d’« entrepreneurs » à succès (lire « capitalistes ») dans le Parti et les institutions. Il est également un tenant du néo-autoritarisme, affirmant la nécessité d’un pouvoir fort, seul capable de développer le pays. Pour lui, le marxisme-léninisme doit rester au cœur du système politique, mais il milite aussi pour que la Chine crée ses propres valeurs, qui doivent puiser dans le passé, mais aussi affirmer des valeurs telles que la démocratie, l’égalité ou encore l’état de droit.

Emmanuel Lincot

Wang Yi (王毅 ), Ministre chinois des Affaires étrangères

Wang Yi participe à toutes les réunions internationales. Inoxydable, il a successivement remplacé Yang Jiechi, puis Qin Gang, limogé en 2023, au poste de ministre des Affaires étrangères. De par son style, son affabilité et la fermeté qui le caractérisent, Wang Yi semble même avoir détrôné Zhou Enlai comme le meilleur diplomate chinois dans l’imaginaire collectif. Né à Pékin en 1953, il appartient à la dernière génération de dirigeants ayant connu la Révolution culturelle. Travailleur acharné, il entreprend, à la fin des années soixante-dix, des études d’anglais et de japonais, langues qu’il maîtrise parfaitement. Sous la présidence de Hu Jintao, il est nommé ambassadeur à Tokyo. Il y sert trois années durant, à une période où les relations sino-japonaises commencent à se tendre dangereusement. Depuis 2023, il dirige le Bureau central des affaires étrangères du Parti, renforçant ainsi son rôle central dans la diplomatie chinoise. Pour lui, celle-ci se résume à deux mots : puissance et souveraineté. Attaché aux symboles, il réaffirme en 2026 la tradition chinoise selon laquelle le premier déplacement annuel d’un ministre des Affaires étrangères se fait en Afrique, soulignant ainsi l’importance de ce continent pour la Chine. Chantre du multilatéralisme, il multiplie les rencontres avec le Japon, les Philippines, et participe à des conférences internationales rassemblant les pays de l’ASEAN pour trouver des solutions aux contentieux insulaires et aux enjeux politiques, notamment liés à la question de Taïwan.

Avec les États-Unis, Wang Yi cherche à éviter une confrontation directe et à privilégier une coexistence pacifique malgré les tensions persistantes, tout en multipliant les entretiens avec son homologue russe Sergueï Lavrov et en renforçant la coordination entre Moscou et Pékin au sein des Nations unies et de l’Organisation de coopération de Shanghai. Dans le même temps, Wang Yi affirme que la Chine et l’Union européenne sont des partenaires plutôt que des rivaux, et défend une coexistence harmonieuse malgré leurs différences. Au-delà des propos parfois lénifiants du chef de la diplomatie chinoise, l’histoire retiendra de lui la stature d’un négociateur de tout premier plan.

Gao Xingjian (高行健), écrivain, dramaturge, metteur en scène et peintre

Il y a deux catégories d’hommes : ceux qui voyagent et les autres, ceux qui partent et ne reviennent jamais. Ulysse et Abraham, en somme. Gao Xingjian a, lui, tout d’abord voyagé dans les langues. À Pékin, il étudie le français avant d’être déporté à la campagne, comme seize millions d’autres jeunes instruits pendant la Révolution culturelle. Gao Xingjian maîtrise avant tout la langue écrite, celle des caractères, et cet art du pinceau qui le rattache à la longue tradition des lettrés. Peintre et amoureux des mots, habitué aux difficultés de l’existence comme aux humiliations infligées par le pouvoir, il n’a plus revu la Chine depuis 1988. Subversif, il a été très tôt confronté à la censure et à l’hégémonie de l’idéologie totalitaire, laquelle pervertit la langue, comme l’observait avec sagacité Viktor Klemperer pour l’Allemagne nazie, lorsqu’elle n’est plus que juxtaposition de slogans. Malgré l’extraordinaire maelström que connaît la Chine des réformes, ces auteurs étrangers ne sont pas moins suspects aux yeux du régime. La « pollution spirituelle » venue de l’Occident est l’un des poisons mortels contre lesquels le régime doit à tout prix se prémunir. Les répressions de Tiananmen en 1989 le confortent définitivement dans son choix de rester dans son pays d’adoption, la France.

Avec le prix Nobel de littérature décerné en 2000 pour l’ensemble de son œuvre littéraire, et plus particulièrement pour son roman La Montagne de l’âme, Gao Xingjian est consacré. Mais à Pékin, il est loin de faire l’unanimité. Les responsables du Parti la vivent comme une cuisante défaite et une critique à leur encontre. La presse chinoise et de nombreux détracteurs de l’écrivain allèguent que Ba Jin (1904-2005), présenté comme le digne héritier de Lu Xun (1891-1936), le méritait bien davantage. Ce qui est en jeu ici, c’est en réalité la liquidation en bonne et due forme de l’esprit d’une modernité issue du Mouvement du 4 Mai 1919 et de son ouverture sur l’Occident. Le régime de Xi Jinping en est aujourd’hui le principal fossoyeur.

Ai Weiwei (艾未未), artiste et militant 

Né en 1957 à Pékin, Ai Weiwei est l’un des artistes contemporains les plus influents et engagés au monde. Fils du célèbre poète francophone Ai Qing, il est à la fois artiste pluridisciplinaire, architecte, photographe, designer, critique et activiste. Fusionnant les figures de l’entrepreneur et du héros contre-culturel, Ai Weiwei incarne ce paradoxe de notre temps. Autodidacte, il a été exilé pendant plus de dix ans à New York après avoir été déporté avec son père par le régime communiste dans la province du Xinjiang. Ai Weiwei laisse à la postérité au moins trois œuvres majeures. « Nid d’Oiseau » (Bird’s Nest), tout d’abord, est le stade olympique de Pékin conçu en collaboration avec les architectes Herzog & de Meuron. Il est le symbole de la modernité et des contradictions face au régime chinois qui en a fait l’un des principaux écrins pour les Jeux olympiques de 2008. « Remembering » (2009) est une œuvre en hommage aux victimes du séisme survenu un an plus tôt au Sichuan. Composée de milliers de sacs à dos d’écoliers, elle est exposée au Haus der Kunst de Munich et met le gouvernement chinois face à ses responsabilités dans la crise issue de ce drame. « Graines de tournesol » (Sunflower Seeds, 2010) est enfin une installation monumentale. Avec ses millions de graines en porcelaine, elle est présentée à la Tate Modern de Londres et interroge la production de masse et l’individualité dans la société chinoise. Cette œuvre critique tout un pan de la propagande maoïste qui comparait le peuple chinois à des tournesols uniment tournés vers l’astre incarné par Mao Zedong lui-même. Jugé indésirable et molesté par la police de son propre pays, Ai Weiwei se réfugie d’abord en Allemagne, puis au Portugal.

Son engagement en faveur des migrants fait l’objet du documentaire « Human Flow » (2017). Suscitant une forte polémique en Europe même, ce n’est pas seulement son militantisme qui irrite, mais aussi la rencontre de l’art conceptuel et de l’ironie duchampienne et warholienne qu’Ai Weiwei semble incarner avec excès. Ses outrances s’adressent désormais à l’Occident. En janvier 2026, il déclare que l’Occident n’a plus l’autorité morale pour critiquer la Chine en matière de droits de l’homme. Il cite notamment la censure de ses propres œuvres en raison de son soutien à la cause palestinienne, ainsi que le traitement réservé à Julian Assange, comme des exemples de la détérioration des standards de liberté d’expression et de droits humains. Il estime que l’Occident a profité économiquement du régime chinois (droit du travail sommaire, absence de protection environnementale), et qu’il est complice de la création d’un « régime monstrueux » en Chine tout en fermant les yeux sur ses propres ambivalences. En somme, Ai Weiwei ne se contente plus de critiquer la Chine : il dénonce aussi l’hypocrisie et les intérêts économiques de l’Occident qui, selon lui, ne défend plus les valeurs fondamentales telles que la liberté d’expression ou les droits humains. « C’est un dur métier que l’exil », écrivait dans une profession de foi le grand poète Nazim Hikmet (1902-1963), dont Ai Weiwei reste l’un des grands admirateurs. Ses expériences douloureuses en Chine, puis son exil successif aux États-Unis et en Europe, lui auront permis de cultiver une aversion totale pour l’esprit de système et les cadres idéologiques. Non sans contradictions.

Gilles Guiheux

Huang Nubo (黄怒波), homme d’affaires, fondateur de Pékin Zhongkun Investment Group

Né en 1956, Huang Nubo est milliardaire, poète et alpiniste. Garde rouge pendant la Révolution culturelle, il est ensuite envoyé à la campagne comme 17 millions de jeunes urbains. En 1976, il entreprend des études de littérature à l’université de Pékin. À sa sortie, membre du Parti communiste, il travaille près de dix ans au sein du département de la Propagande du Comité central. Les relations qu’il y a construites serviront ses intérêts à la tête du groupe Zhongkun Investment Corporation, un empire de l’immobilier et du tourisme qui fait de lui l’une des premières fortunes du pays. 

Huang Nubo commence à écrire des poèmes à l’âge de 14 ans. Sous le pseudonyme de Luo Ying, il publie son premier ouvrage en 1978. Dans Le Gène du garde rouge. Souvenirs de la Révolution culturelle (Gallimard, 2015), un ouvrage non publié dans son pays, il évoque son embrigadement progressif, le cadavre de son père abandonné sur un tas d’ordures et sa mère réduite à la mendicité pour survivre. Au cours des vingt dernières années, il est devenu un alpiniste chevronné, gravissant les plus hauts sommets du monde, dont l’Everest trois fois. Son dernier roman, À la vie, à la mort – De Pékin à l’Everest, paru en France en 2024 aux éditions du Mont-Blanc, explore les coulisses de l’ascension d’un homme d’affaires dans un pays aux mutations rapides où l’ambition, l’argent et le pouvoir façonnent les destinées. La trajectoire de Huang Nubo, qui mêle plusieurs mondes, résume bien la complexité de la société chinoise, y compris à son sommet. 

Wang Bing (王兵), cinéaste et documentariste

Né en 1967, il est cinéaste et documentariste. Après avoir étudié la photographie à l’Académie des beaux-arts de Shenyang (province du Liaoning), il poursuit sa formation au département de photographie de l’université de cinéma de Pékin. De 1999 à 2003, il mène un projet particulièrement ambitieux et original : enregistrer frontalement, à l’aide d’une seule caméra vidéo, la disparition du monde des ouvriers de l’industrie d’État, anciens héros de la Chine socialiste sacrifiés sur l’autel des réformes. Il filme aussi bien l’intérieur de l’aciérie qui cesse peu à peu de fonctionner que la vie quotidienne des ouvriers chez eux ou dans les espaces publics en désuétude. Ainsi naît un documentaire unique de plus de 9 heures, À l’ouest des rails (铁西区). 

Depuis cette œuvre magistrale, Wang Bing a multiplié les projets qui portent tous témoignage de la vie des laissés-pour-compte et des sans-voix de la prospérité chinoise : les victimes du système d’enfermement (Le Fossé), les enfants qui doivent survivre seuls, leurs parents étant partis travailler au loin (Les Trois Sœurs du Yunnan), les internés psychiatriques (À la folie) ou les jeunes travailleurs migrants de l’industrie de la confection (Argent amer et la trilogie Jeunesse). Son travail a été récompensé par de nombreux prix internationaux.

Liu Cixin (刘慈欣), écrivain de science-fiction

Né en 1963 dans la province du Shanxi, Liu Cixin est un écrivain de science-fiction principalement connu pour sa trilogie Le Problème à trois corps. Diplômé en conservation de l’eau et de l’énergie électrique de l’université du Nord de la Chine à Taiyuan, il a travaillé plusieurs années comme ingénieur dans une centrale électrique.

Le Problème à trois corps (三体) est le premier tome d’une trilogie qui se poursuit avec La Forêt sombre et La Mort immortelle. Le titre fait référence au problème à N corps en mécanique céleste. Paru en épisodes dans la presse magazine en 2006, le roman est publié intégralement en 2008. Il a été adapté en série télévisée pour le public chinois par Tencent Video, puis pour le public international par Netflix en 2024. Évoquant tout à la fois l’histoire chinoise contemporaine, les civilisations extraterrestres et la recherche scientifique, ce roman de science-fiction est l’un des plus ambitieux du siècle et témoigne de la capacité des écrivains chinois contemporains à s’adresser à un lectorat mondial.

Afra Wang

Yang Zhilin (杨植麟), fondateur de Moonshot AI

Zhilin est le fondateur du groupe de rock Splay, mais il est surtout connu pour avoir créé Moonshot AI, l’entreprise à l’origine du modèle d’IA Kimi, dont les capacités s’approchent de celles de Claude Fable 5, ont pris de court l’Europe et les États-Unis.

Si l’on me demandait de donner une définition du succès en Chine, Yang en serait l’incarnation même : né en 1992, il est diplômé de l’université Tsinghua et titulaire d’un doctorat de l’université Carnegie Mellon. Il a travaillé chez Google Brain et Meta avant de revenir à Pékin pour créer une entreprise spécialisée dans l’IA. Le nom chinois de l’entreprise, 月之暗面 (« la face cachée de la Lune »), est une référence à Pink Floyd. Moonshot AI figure parmi les entreprises les plus jeunes, les plus innovantes et les plus tournées vers l’Occident au sein de la meute des acteurs chinois de l’IA. Zhilin incarne ce que j’appelle la « quatrième génération » de fondateurs technologiques chinois : la cohorte la plus récente, forgée dans le creuset de la rivalité technologique entre les États-Unis et la Chine dans les années 2020.

Wang Xingxing (王兴兴), fondateur d’Unitree Robotics

Wang a déclaré qu’il était l’outsider : un mauvais élève, un fondateur qui ne parle pas anglais et qui a fréquenté une université de second rang. Au cours de sa première année d’université, il n’a dépensé que 200 RMB environ pour acheter quelques microcontrôleurs bon marché et plus d’une douzaine de servomoteurs. Il a fabriqué et perfectionné les pièces à la main, puis a construit un robot humanoïde bipède doté de 14 degrés de rotation. Ses mains portaient encore des traces de couteau et des callosités dues à tous ces bricolages et montages.

Pourtant, en 2026, l’entreprise de Wang, Unitree Robotics, domine le marché mondial des robots quadrupèdes et humanoïdes. Au fond, Wang est un entrepreneur du Zhejiang qui s’efforce sans relâche de réduire le coût de chaque composant grâce à une connaissance approfondie des processus de fabrication et de la chaîne d’approvisionnement. Les robots d’Unitree dansent désormais lors du Gala de la Fête du Printemps en Chine et se produisent devant Friedrich Merz. Unitree incarne le pari de la Chine selon lequel la prochaine frontière est physique : des robots capables de marcher, de tomber et de se relever dans le monde réel.

Zhou Qunfei (周群飞), fondatrice de Lens Technology

Zhou était la femme assise à côté d’Elon Musk et de Tim Cook lors du banquet d’État de haut niveau organisé à Pékin en mai dernier, à l’occasion de la visite de Donald Trump en Chine.

Avant d’abandonner l’école à l’âge de 15 ans, Zhou élevait des cochons et des poulets dans la campagne du Hunan. À 17 ans, elle a quitté le foyer familial pour travailler dans une usine du Guangdong, où elle polissait des verres de montre pour 1 dollar par jour.

Aujourd’hui, elle est parmi les femmes les plus riche au monde. Le verre qu’elle fabrique se trouve sous les doigts de presque tous les écrans tactiles, d’Apple à Tesla. 

Elle était, à juste titre, frustrée par son parcours scolaire. Au fil des ans, elle a obtenu des certificats en comptabilité, en informatique, en déclarations douanières et en conduite automobile, mais elle n’arrivait tout simplement pas à bien apprendre l’anglais, ce qui était devenu une source constante de souffrance, même après avoir créé sa propre entreprise à Shenzhen à l’âge de 23 ans. Sa vie est le parcours de l’histoire moderne de la Chine condensé en une seule biographie, un rappel du véritable miracle de l’essor de la Chine et une véritable incarnation de Shenzhen.

Pierre Haski 

Cui Jian (崔健) musicien

Pendant cinq ans, j’ai écouté Cui Jian par plaisir, mais aussi par obligation : la cassette du rocker chinois était restée coincée dans le lecteur de ma voiture et, plutôt que de le faire réparer, je l’ai écoutée en boucle. Je suis également allé le voir dans des concerts qu’il donnait dans de petites salles de Pékin, face à un public qui connaissait ses chansons par cœur et exigeait qu’il joue ses morceaux des années 1980, en particulier le plus connu, « Nothing to my name ». Tout un symbole : il l’avait chantée sur la place Tiananmen à Pékin, face à la foule des étudiants qui réclamaient la démocratie. Pour ce geste, Cui Jian, l’ancien trompettiste devenu rocker après qu’un touriste lui avait offert une cassette de Simon and Garfunkel, a été puni pendant deux décennies. Limites sur la taille du public, pas de passages télé, aucune visibilité. Mais tel un « Johnny » chinois, il a survécu aux modes et à la transformation de la Chine pour devenir un rocker vieillissant, désormais juré d’émissions musicales à la télévision, rebelle assagi, mais à qui l’on n’enlèvera jamais le fait d’avoir chanté « Nothing to my name » devant une jeunesse enflammée qui subira par la suite les assauts de l’armée et de la « normalisation ».

Zhang Zhan (张展), avocate et lanceuse d’alerte

Début 2020, alors qu’un mystérieux virus paralyse la ville de Wuhan, puis le monde entier, Zhang Zhan, une jeune femme shanghaienne intrépide, décide d’enquêter. Elle publie 122 vidéos sur ses réseaux sociaux montrant ce que les médias officiels ne disaient pas : les couloirs des hôpitaux encombrés de patients, le crématorium de la ville fonctionnant 24 heures sur 24, etc. Le 15 mai 2020, la jeune femme « disparaît », comme on dit pudiquement en Chine pour les personnes arrêtées pour des raisons « sensibles ». Elle est condamnée à quatre ans de prison pour « provocation à l’ordre public », dont elle sort en 2024, affaiblie et diminuée. Mais elle refuse de se taire. Elle reprend son rôle de lanceuse d’alerte sur YouTube, le réseau américain qui n’est accessible en Chine qu’à l’aide d’un VPN. Elle « disparaît » de nouveau, ayant été condamnée à quatre ans de prison supplémentaires pour « récidive ». « Un monde sans vérité n’a pas de sens », a-t-elle écrit dans l’un de ses messages, cette ancienne avocate radiée du barreau pour des raisons politiques. La Chine ambitionne de devenir la première puissance mondiale, mais craint cette « vérité ».

Lei Jun (雷军), fondateur de Xiaomi

Lei Jun a souvent été comparé à Steve Jobs. L’entrepreneur chinois du secteur de la technologie reconnaît avoir été inspiré par la lecture, alors qu’il était encore étudiant dans une école d’ingénieurs, de l’autobiographie du fondateur d’Apple. Lorsqu’il fonde Xiaomi, en 2010, il a tout fait comme son modèle, en particulier pour le lancement des nouveaux smartphones lors de « keynotes » directement inspirées de la marque à la pomme. Même ses tenues faisaient délibérément penser à Steve Jobs. Comme Jobs, il est considéré comme un « gourou » par une partie de la jeunesse chinoise et ses smartphones ont suscité une adhésion qui dépasse la simple popularité d’une marque. Il vient de franchir un cap supplémentaire avec le lancement de sa première voiture électrique, alors qu’Apple a abandonné ses projets automobiles. Dans le secteur de la téléphonie, Xiaomi s’est hissé à la troisième place mondiale et espère vendre ses SUV dans le monde entier. Lei Jun a également su éviter les pièges politiques qui ont frappé son concurrent Huawei, ce qui constitue l’un de ses plus grands succès dans un monde divisé.

JiaJia Wang

Li Ziqi (李子柒), ambassadrice mondiale de la culture traditionnelle chinoise

Li Ziqi est l’une des créatrices de contenu chinoises les plus connues à l’international. À travers des vidéos consacrées à la vie rurale, à la gastronomie traditionnelle, à l’agriculture et à l’artisanat, elle offre une vision de la Chine empreinte d’esthétique, de nature et de savoir-faire ancestraux.

Ses vidéos comportent très peu de dialogues. Elles reposent essentiellement sur la puissance des images, de la musique et du rythme narratif, ce qui leur permet de toucher un public bien au-delà du monde sinophone. Plus que des recettes de cuisine, elles racontent un mode de vie et une vision du rapport entre l’homme et la nature.

Son succès tient à sa capacité à transformer une création personnelle en véritable projet culturel. Sans discours politique ni volonté explicite de promouvoir son pays, elle a profondément renouvelé l’image de la Chine auprès d’un public international. 

Ba Ling Biaozi (八零彪子), le gardien de la mémoire rurale chinoise

Ba Ling Biaozi est un créateur de contenu qui se spécialise dans la reconstitution de la vie quotidienne des campagnes chinoises des années 1970 et 1980. À travers la fabrication d’aliments traditionnels, la restauration d’objets anciens et la présentation de techniques artisanales il fait revivre une mémoire collective qui traverse plusieurs générations de Chinois.

Ses vidéos privilégient un rythme lent, une esthétique sobre et une atmosphère empreinte de nostalgie. Elles invitent moins à apprendre un savoir-faire qu’à retrouver un univers familier, fait de souvenirs d’enfance et de traditions rurales.

Les critiques portent principalement sur le caractère parfois idéalisé de cette représentation du monde rural. Certains estiment que ses vidéos embellissent une époque marquée par des conditions de vie difficiles, tandis que d’autres y voient avant tout une démarche culturelle visant à préserver un patrimoine immatériel et des savoir-faire traditionnels. Son succès témoigne toutefois d’une tendance plus profonde de la jeunesse chinoise, comme en témoigne un autre format viral diffusé sur les réseaux sociaux chinois, nommé « le cœur du rêve chinois » (中式梦核), dans lequel on peut voir des images granuleuses de la Chine des années 2000. 

Alex (« Lao A » / 牢A, Squeaky King), une nouvelle génération de conteurs chinois nourrie par l’expérience internationale

Après avoir étudié aux États-Unis, Alex raconte son parcours de vie à l’étranger, ses expériences professionnelles dans des emplois peu qualifiés, ainsi que ses observations sur les différences culturelles entre la Chine et les États-Unis.

Son principal atout est son talent de narrateur. En mêlant expériences personnelles, analyses sociales et mise en scène narrative, il captive un public jeune avide de récits authentiques et d’expériences internationales. Il est également à l’origine de l’expression « American Kill Line » (美国斩杀线), inspirée du vocabulaire des jeux vidéo, qui désigne le seuil critique à partir duquel une maladie, un licenciement ou un accident peut faire basculer un ménage américain dans une situation économique irréversible. Cette formule est rapidement devenue l’un des concepts les plus largement repris sur internet en Chine.

Son succès s’accompagne néanmoins de controverses. Si beaucoup saluent son regard sur la société américaine, d’autres soulignent que certains récits ou détails qu’il relate ne peuvent être vérifiés de manière indépendante et relèvent davantage du témoignage personnel que de l’enquête journalistique. Quoi qu’il en soit, Alex incarne une nouvelle génération de créateurs chinois qui construisent leur influence à travers le récit, l’expérience vécue et une perspective résolument internationale.

Yolaine Escande 

Maggie Cheung (張曼玉) , actrice

Maggie Cheung est une actrice de cinéma née à Hong Kong en 1964. Elle y grandit, fait ses études au Royaume-Uni, puis y revient pour participer au concours de beauté « Miss Hong Kong », avant de rejoindre la chaîne TVB. 

Au début de sa carrière, elle joue dans des séries télévisées, dont la plus célèbre est Police Cadet ’84 (1984), dans laquelle elle partage l’affiche avec Tony Leung. Par la suite, elle se tourne vers le cinéma indépendant, notamment sous la direction de Wong Kar-Wai (As Tears Go By, 1988 ; Nos années sauvages, 1990 ; Les cendres du temps, 1994 ; In the Mood for Love, 2000), tout en acceptant occasionnellement des rôles dans des films grand public à succès (dont Police Story de Jackie Chan, 1985, ou Hero de Zhang Yimou, 2002). Maggie Cheung a remporté à quatre reprises le prix du Cheval d’Or de Taïwan de la meilleure actrice et à cinq reprises le prix du cinéma de Hong Kong de la meilleure actrice. Elle s’est fait connaître internationalement en remportant le prix d’interprétation féminine au festival de Cannes en 2004 pour Clean d’Olivier Assayas, après avoir obtenu l’Ours d’argent de la meilleure actrice à la Berlinale en 1992 pour Center Stage de Stanley Kwan.

Guo Pei (郭培), styliste de haute couture

Née en 1967 à Pékin, Guo Pei est une styliste de haute couture qui présente ses collections depuis une trentaine d’années. Après avoir travaillé dans l’un des rares ateliers de création privés de Pékin de 1986 à 1997, elle fonde son propre atelier dans la capitale chinoise en 1997. Elle forme elle-même ses assistantes et se fait rapidement reconnaître dans le monde de la haute couture pour ses broderies somptueuses et son savoir-faire exceptionnel en matière de confection. Elle marie avec bonheur les codes vestimentaires de la cour impériale chinoise à des thèmes tels que la mode des cours européennes, l’esthétique architecturale et le monde végétal. Elle est la première et unique créatrice de mode née et formée en Asie à avoir été invitée par la Fédération de la Haute Couture et de la Mode (FHCM) à présenter dix collections de haute couture d’affilée à Paris, de 2015 à 2020. Elle a également reçu le titre de « Couturière extraordinaire d’Asie » de l’Asian Couture Federation (ACF). En 2016, elle a figuré dans la liste des 100 personnalités les plus influentes au monde établie par le magazine Time

Jack Ma (Ma Yun马云), co-fondateur du groupe Alibaba

Né en 1964 à Hangzhou, Jack Ma est le cofondateur du groupe Alibaba en 1999, à l’origine une entreprise de commerce en ligne qui s’est ensuite développée pour devenir un conglomérat multinational. Après des études d’anglais mouvementées à l’université de Hangzhou, il commence par enseigner la langue à l’université d’électronique de Hangzhou. Un séjour aux États-Unis en 1995 lui fait prendre conscience de l’importance d’Internet et de l’absence de sites Internet sur les produits chinois aux États-Unis. Il crée alors le site chinapages.com, l’une des toutes premières start-ups Internet chinoises, qui réalise des profits exceptionnels en trois ans. De 1999 à 2019, Jack Ma occupe le poste de président exécutif du groupe Alibaba, resté l’une des holdings de haute technologie les plus importantes de Chine au cours des deux décennies qui ont suivi sa création. Ce puissant dirigeant a pourtant « disparu » pendant plusieurs mois en 2020, après avoir tenu des propos critiques envers le gouvernement chinois. Il est depuis rentré dans le rang et soutient sans réserve la politique du PCC.

Simone Pieranni

Cai Qi (蔡奇), Premier secrétaire du Secrétariat général du Parti communiste chinois

C’est probablement aujourd’hui l’homme politique le plus puissant après Xi Jinping. C’est l’un de ses proches collaborateurs de longue date, issu de ce que l’on appelle désormais la faction du Fujian, qui constitue aujourd’hui une grande partie du Parti communiste. Lorsque Xi Jinping est arrivé au pouvoir, il a écarté tous les membres de la Ligue de la jeunesse communiste appartenant à l’ancienne direction, celle de Hu Jintao et Wen Jiabao, justement issus de cette faction. Cai Qi occupe deux fonctions particulièrement importantes : il est secrétaire du Comité central et membre de la Commission permanente du Politburo, c’est-à-dire l’un des sept hommes les plus puissants de Chine. Mais ce n’est pas tout : il est également le secrétaire personnel de Xi Jinping. Cela ne signifie pas qu’il gère son agenda, mais qu’il exerce un contrôle rigoureux sur l’idéologie défendue par Xi. C’est lui qui organise de fait le travail idéologique de toutes les sessions les plus importantes du Politburo, de la session plénière aux réunions, y compris celle de Beidaihe, en quelque sorte la réunion estivale du Parti communiste. Il a presque le même âge que Xi Jinping, né en 1953, et lui en 1955. 

Yin Li (尹力), Secrétaire du Parti communiste de Pékin

Yin Li, né en 1962 ; il occupe actuellement le poste de secrétaire du Parti à Pékin, ce qui constitue généralement un tremplin pour intégrer le groupe des sept. En 2027 aura lieu le congrès du Parti communiste, qui se tient tous les cinq ans, et c’est généralement à l’issue de ce congrès que se dessine la nouvelle classe dirigeante – même si, avec Xi Jinping, elle est un peu moins « nouvelle » –, mais il est né en 1962 ; il a été envoyé en 2003 pour gérer l’épidémie de SRAS de l’époque, puis, pendant la pandémie de Covid, il a été envoyé dans le Sichuan, une province de 82 millions d’habitants, où il a prouvé qu’il savait bien faire son travail, même face à une élite politique plus technocratique que celle que Xi Jinping semble privilégier. Il est médecin et secrétaire du Parti, et pourrait figurer parmi les 7 ou 9 hommes les plus puissants de Chine.

Wang Qishan (王岐山), homme politique

Puisque j’en ai cité un en pleine ascension, j’en cite un autre en perte de vitesse : Wang Qishan, qui a dirigé toute la campagne anti-corruption avec laquelle Xi Jinping a entamé son mandat. En mars 2013, Xi Jinping devient président de la République populaire et lance une campagne anti-corruption d’une violence extrême, au cours de laquelle des centaines de milliers de cadres et de fonctionnaires ont fini en prison. Wang Qishan semble ne pas dormir sur ses deux oreilles ces derniers temps car, outre la purge au sein de l’armée, la purge visant ses secrétaires et les technocrates de l’époque de Zhu Rongji – décédé à l’âge de 98 ans il y a quelques semaines – se poursuit depuis un certain temps déjà. Zhu Rongji est considéré comme le Premier ministre de Jiang Zemin et, dans les années 1990, comme l’architecte de l’adhésion de la Chine à l’OMC. Wang Qishan, quant à lui, est un « tsar » de l’anti-corruption chinoise qui semble être quelque peu en danger. Il a 78 ans, mais nous avons vu que Xi Jinping n’a aucune pitié, ni pour les personnes âgées, ni pour ceux qui ont parcouru avec lui un parcours politique très important.

Federico Fubini

Wan Gang (万钢), père de la stratégie chinoise en matière d’automobile électrique

Wan Gang a bouleversé l’histoire de l’économie mondiale. Ce qui importe moins, cependant, ce n’est pas ce fait en soi, mais la manière dont il y est parvenu. Appartenant à une certaine génération, il a été profondément marqué par la Révolution culturelle. Enfant, il a été envoyé dans une province reculée du nord-est de la Chine, où il a étudié tout en travaillant comme « soldat-ouvrier ». Il a obtenu une licence en sciences forestières, puis a réussi à suivre une spécialisation en génie mécanique à Shanghai. Il a ensuite choisi de partir à l’étranger. Il a préparé un doctorat en génie mécanique en Allemagne. Il s’y installe, obtient son doctorat, puis est embauché par Audi, où il travaille de 1991 à 2000. En 2000, c’est un homme d’âge mûr et bien établi qui a quitté son pays d’origine, mais il écrit une lettre au Conseil d’État. Il se présente et dit : « Je suis cet ingénieur, je travaille en Allemagne, j’ai beaucoup d’expérience dans l’industrie automobile, et je vous dis que nous n’avons aucun espoir. Nous ne parviendrons jamais à rattraper les Occidentaux, les Européens, dans le domaine de l’automobile à moteur thermique, car ils ont trop d’avance. Nous n’y arriverons jamais. La seule façon d’y parvenir est de sauter une étape technologique et de se lancer dans la voiture électrique. » Contre toute attente, la lettre est ouverte et lue ; Wan Gang est convoqué à Pékin, puis, quelque temps plus tard, le Conseil d’État lui confie la mission d’être la figure de proue de cette transformation. Nous sommes alors au tout début des années 2000. Il deviendra ministre du Conseil d’État chargé de la Science et de la Technologie sans être membre du Parti communiste. C’est lui qui est à l’origine de la révolution de la voiture électrique. 

Guan Zhi’ou (关志鸥), Secrétaire du Comité provincial du Hubei

Guan Zhi’ou est le secrétaire du Parti communiste dans le Hubei, région productrice de semi-conducteurs. Nommé en mai, il a accompagné l’apparition d’une nouvelle rubrique intitulée « L’hebdomadaire de la théorie » dans le quotidien officiel du Parti communiste du Hubei. Cette rubrique contient une critique de la gestion économique de Xi Jinping, dont l’ampleur fait débat. La Chine présente en effet certaines particularités économiques. L’une d’entre elles, qui intéresse particulièrement l’Europe, est que la part de la consommation des ménages dans le produit intérieur brut est très faible, s’élevant à environ 39 %. Même en Italie, pays connu pour son faible niveau de consommation intérieure, ce chiffre se situe autour de 55 %.

Ma Huateng (马化腾), fondateur de l’entreprise Tencent

Tencent est aujourd’hui un géant des services Internet qui compte 1,4 milliard de clients. J’ai récemment pu consulter l’une de leurs applications qui regroupe 24 fonctionnalités, allant des paiements et de la gestion de l’épargne aux voyages et aux assurances, en passant par les questions médicales.

Thierry Breton 

Ren Zhengfei (任正非), Directeur général, Huawei

Né en 1944 dans le Guizhou, Ren Zhengfei est le fils d’instituteurs. Diplômé en génie civil, il est affecté au Génie de l’Armée populaire pendant près de dix ans. C’est là qu’il lit Clausewitz, auteur qu’il ne quittera plus. En 1987, avec l’équivalent de 3 000 euros en poche, il fonde Huawei à Shenzhen. Aujourd’hui, l’entreprise compte 200 000 salariés dans le monde et est devenue un rival direct des géants américains de la tech.

Notre histoire s’est croisée sans que nous le sachions. En 1998, je dirigeais Thomson Multimédia en France et RCA aux États-Unis. Nous installions l’une des toutes premières usines occidentales de cette vague d’industrialisation qui allait tout changer à Dongguan, dans le delta de la rivière des Perles. Vingt ans plus tard, en tant que commissaire européen, je discute en visio avec le PDG de Huawei et lui demande d’où il m’appelle. « D’une ville que vous ne connaissez sans doute pas, dans le Guangdong. » Je hasarde : « Dongguan ? » Silence, puis : « Mais comment le savez-vous ? » C’est là, sur les terres où Thomson s’était implanté au milieu de nulle part vingt ans plus tôt, que Huawei a bâti son immense centre de recherche : vingt-cinq mille chercheurs et douze villages imitant les grandes cités européennes. La revanche de la nouvelle Chine, en somme.

Yuja Wang (王羽佳), pianiste

Née à Pékin en 1987, elle est la fille d’une danseuse et d’un percussionniste. Elle entre au Conservatoire central dès l’enfance, puis part pour Philadelphie et le Curtis Institute, comme son aîné Lang Lang, autre pianiste chinois de renom mondial, où elle est sous la tutelle de Gary Graffman.En 2007, elle remplace Martha Argerich au pied levé à Boston.Elle a alors vingt ans.Deutsche Grammophon la signe dans la foulée et elle gagne un Grammy en 2024. Il est difficile de décrire ce qu’elle fait sur scène : une virtuosité sans limite, des tempos qui coupent le souffle, un corps qui vit la musique sans retenue. Rachmaninov, Prokofiev, John Adams : elle joue tout avec la même autorité, sans chercher à imiter l’Occident : elle a pris ce qu’il avait à offrir, l’a fait sien, et le lui rend transfiguré.

Pan Jianwei (潘建伟), vice-président exécutif de l’université de sciences et technologie de Chine

Né en 1970, il est formé à l’Université des sciences et technologies de Chine — le Caltech chinois — puis à Vienne, où il effectue sa thèse sous la direction d’Anton Zeilinger, l’un des grands noms de la physique quantique contemporaine (il obtiendra le prix Nobel de physique avec Alain Aspect en 2022). De retour dans son pays, il a une idée fixe : en faire la première puissance quantique du monde. En 2016, il lance Micius, le premier satellite de communication quantique jamais mis en orbite. L’année suivante, il organise une visioconférence chiffrée quantiquement entre Pékin et Vienne, sur près de huit mille kilomètres. En juillet dernier, l’UNESCO lui a remis le prix Mendeleïev à Paris.

Sources
  1. Voir : 这辆红色的列车 (This Red Train), from the P.K.14 album White Paper
  2. Voir : 中南海 (Zhong Nan Hai), from the eponymous debut album by Carsick Cars
  3. Voir : 另一种爱 (Another Kind of Love), from the Chuiwan album, White Night