Selon les dernières données fédérales du ministère des Finances russe, analysées par l’économiste Janis Kluge, Moscou a dépensé 28,5 milliards de roubles (340 millions d’euros) en primes de recrutement au premier trimestre de l’année 1. Chaque prime étant d’environ 400 000 roubles (4 800 euros), cela correspond à environ 71 200 nouvelles recrues sur les trois premiers mois de l’année.

Il s’agit du chiffre le plus faible depuis trois ans.

  • Cette baisse du recrutement coïncide avec une augmentation des pertes sur le front en Ukraine.
  • Avec environ 30 000 pertes estimées par mois (15 000 tués et 15 000 sévèrement blessés), l’armée russe a vraisemblablement perdu plus d’hommes qu’elle n’en a recruté depuis le début de l’année.
  • Selon les dernières données régionales, le ratio entre le recrutement et les pertes est revenu à l’équilibre au deuxième trimestre, avec environ 30 000 nouveaux contrats signés en moyenne sur la période avril-mai.

Les régions russes ont de plus en plus de mal ces derniers mois à atteindre leurs objectifs de recrutement, fixés par le Kremlin. C’est notamment le cas à Moscou, où moins de 25 000 personnes ont signé un contrat avec l’armée l’an dernier – soit 25 % de moins qu’en 2024. Depuis le début de l’année, au moins 35 régions ont augmenté leurs primes de recrutement : jusqu’à +550 % dans la République des Maris (de 400 000 à 2,1 millions de roubles, soit 25 000 euros) 2.

Cette tendance est en partie attribuable à l’enlisement du conflit.

  • Certains Russes ont pu s’engager dans l’armée en 2024-2025 afin de bénéficier des montants élevés des primes tout en espérant que la guerre allait prendre fin.
  • Les victoires tactiques, comme le retrait ukrainien de l’oblast de Koursk en 2025, ont pu avoir un impact positif sur le nombre de candidats se présentant à des bureaux de recrutement 3.
  • La réélection de Trump en novembre 2024 avait également provoqué une hausse considérable des recrutements, qui avaient atteint en décembre leur niveau le plus élevé : plus de 50 000, soit trois fois plus qu’en janvier.

Mais les signes indiquant qu’un accord de cessez-le-feu en Ukraine serait imminent sont devenus de plus en plus rares, ce qui a pour effet de dissuader ou, du moins, de ne pas encourager de potentiels volontaires à s’engager dans l’armée. Selon l’analyste ukrainien Dmitri Snegirev, sur le front, la durée de vie moyenne d’un soldat d’infanterie russe est d’environ une semaine 4.