Dans la nuit du 17 août, Donald Trump a annoncé sur Truth Social avoir ordonné au secrétaire du département de la Guerre, Pete Hegseth, de « réduire drastiquement » les exercices militaires conjoints avec la Corée du Sud, estimant que ceux-ci coûtaient trop cher et envoyaient à Pyongyang un signal « tout à fait inapproprié et hostile ».
- Le président des États-Unis a regretté qu’il soit « désormais trop tard pour [les] annuler », tout en évoquant ses « excellentes » relations avec Kim Jong-un.
- Il a ensuite indiqué qu’il avait récemment invité le président sud-coréen à se joindre au processus de « dénucléarisation » de l’Iran, mais qu’il avait reçu pour réponse : « Non, merci ! » Il a ajouté : « La raison pour laquelle je ne veux pas d’exercices militaires avec la Corée du Sud est d’économiser des centaines de millions de dollars pour les États-Unis, qui ne nous sont pas remboursés. »
Initié en 1976, « Ulchi Freedom Shield » est un exercice conjoint annuel conçu pour améliorer la capacité de manœuvre des forces interarmées présentes sur la péninsule coréenne, en scénarisant une attaque de Pyongyang.
- Cette année il devait se dérouler pendant 11 jours, du 17 au 27 août, couvrir l’ensemble de la péninsule coréenne, impliquer environ 18 000 militaires sud-coréens, un chiffre similaire à celui de l’année dernière.
- Les forces américaines stationnées en Corée n’ont pas communiqué le nombre de soldats participant à l’exercice, leurs effectifs totaux s’élevant actuellement à 28 500 hommes.
- Interrogé lundi 17 août sur les conséquences de l’annonce du président américain, un responsable de l’État-major interarmées a déclaré que l’exercice « se déroule conformément au plan ». La presse coréenne s’attend à un impact sur l’ampleur, la méthode et le calendrier des exercices conjoints « à l’avenir » 1.
- À noter, les deux armées avaient communiqué sur l’exercice de cette année, en soulignant un changement stratégique des capacités nord-coréennes. Un responsable de l’État-major interarmées a expliqué que les soldats nord-coréens de retour d’Ukraine avaient acquis une expérience du combat réel, ce qui avait modifié les capacités opérationnelles de Pyongyang, et que cet entraînement allait tenir pleinement compte de ce facteur 2.
La décision de Donald Trump intervient dans un contexte stratégique inédit, alors que les États-Unis ne disposent plus de porte-avions dans le Pacifique.
- L’USS George Washington a quitté dans les dernières heures le Pacifique et devrait remplacer l’USS Abraham Lincoln au Moyen-Orient.
- Le porte-avion est en mission depuis plus de 266 jours sans escale. Des informations ont fait état à plusieurs reprises de tentatives de suicide par noyade de la part de marins, de pénuries de produits d’hygiène et de nourriture, ainsi que de pannes du réseau de canalisations.
Cette annonce paraît à plusieurs égards incohérente par rapport à la politique menée par l’administration Trump.
- Ce jeudi 13 août, Donald Trump a signé un mémorandum visant à relancer la Marine américaine 3, autorisant les constructeurs navals étrangers investissant aux États-Unis à construire jusqu’à deux navires dans leur pays d’origine. Hanwha Ocean, seul constructeur naval sud-coréen à posséder un chantier naval aux États-Unis (le Philly Shipyard à Philadelphie) a été désigné comme le bénéficiaire direct de cette mesure.
- La Corée du Sud avait été définie comme un « allié modèle » le 26 janvier par le sous-secrétaire à la Guerre chargé de la politique, Elbridge Colby en raison de sa nouvelle doctrine de défense nationale 4. Séoul avait également annoncé en 2025 une hausse record de ses dépenses de défense.
Comme le fait remarquer Shashank Joshi de The Economist : « Il est normal que les alliances des États-Unis soient mises à rude épreuve en période de divergences en matière de politique étrangère. Il n’est en revanche absolument pas normal que les États-Unis subordonnent leurs garanties de sécurité – ainsi que les éléments qui les sous-tendent, tels que les déploiements de troupes et les exercices militaires – à la participation de leurs alliés aux guerres qu’ils choisissent de mener 5.
- La stratégie de défense nationale des États-Unis publiée le 24 janvier 2026, fait de la défense des territoires et des intérêts américains dans l’hémisphère occidental une priorité absolue, tandis que la région indo-pacifique n’y figure qu’au second plan.
Sources
- 한미, UFS 오늘 시작… 트럼프 축소 지시에도 « 계획대로 진행 », Newspim, 17 août 2026.
- Bahk Eun-ji, S. Korea, US to hold UFS exercise from Aug. 17, 10 août 2026.
- Rebuilding the United States Navy and America’s Shipbuilding Industrial Base, Maison Blanche, 13 août 2026.
- US official calls Korea ‘model ally,’ holds talks with 2 ministers, Korea.net, 27 janvier 2026.
- Voir publication sur X.