Dans la nuit de dimanche à lundi 20, l’armée ukrainienne a de nouveau frappé le terminal pétrolier russe de Tuapse, situé sur la mer Noire. Les vidéos partagées par des témoins sur les réseaux sociaux suggèrent que les dégâts sont importants, et que l’attaque devrait perturber les capacités d’exportation de pétrole russes pendant plusieurs mois.

Avec une capacité de raffinage de 12 millions de tonnes de pétrole par an, Tuapse représente 4,4 % de la capacité totale de la Russie.

  • L’armée ukrainienne a multiplié ses attaques visant le secteur pétrolier russe ces derniers mois. Celle-ci est désormais en mesure de conduire des opérations simultanées jusqu’à plusieurs centaines de kilomètres au cœur du territoire russe.
  • Samedi 18, Kiev a endommagé 4 installations pétrolières majeures séparées par plusieurs milliers de kilomètres : les raffineries de Novokouïbychevsk et de Syzran, dans la région de Samara, le terminal de Vyssotsk, dans la région de Leningrad, et des réservoirs de pétrole à Sébastopol, en Crimée occupée.

Ces attaques ont un coût considérable pour la Russie. Selon une analyse de Reuters, l’armée ukrainienne a mis à l’arrêt 40 % des capacités d’exportation de pétrole de la Russie au cours du mois de mars, soit la perturbation de l’approvisionnement en pétrole la plus importante de l’histoire moderne du pays 1. Selon Volodymyr Zelensky, ces frappes auraient coûté 2,3 milliards de dollars à Moscou le mois dernier.

  • La réussite de la stratégie ukrainienne reflète les investissements majeurs réalisés dans son industrie domestique de drones, aussi bien offensifs que défensifs. 
  • Dès les premiers mois de la guerre à grande échelle, l’Ukraine avait commencé à convertir puis adapter des drones commerciaux chinois, comme le Mugin-5. Elle s’est par la suite dotée de modèles militaires occidentaux, comme l’AEVEX Disruptor américain, le YIHA-III turc et le Dart 250 britannique 2.
  • En parallèle, plusieurs entreprises et start-up se sont lancées dans le développement de drones suicide (« one-way attack », ou « OWA ») dont l’utilisation est similaire au Shahed, un drone de conception iranienne désormais produit à grande échelle en Russie et massivement utilisé contre l’Ukraine. 

Sur Telegram, plusieurs blogueurs militaires russes, pour la plupart proches du Kremlin, affirment désormais que « les défenses aériennes actuelles ne peuvent plus faire face à l’ampleur des frappes de drones ukrainiens ». Dans un message publié lundi 20, suite aux frappes sur le terminal de Tuapse, un de ces commentateurs a ajouté : « Nous avons besoin soit de réformes et de changements radicaux dans ce domaine, soit de la neutralisation des sites de production de drones des forces armées ukrainiennes en Europe. Sinon, nous aurons de graves problèmes d’ici la fin de l’année » 3.

  • En matière de frappes de drones en profondeur, la taille du territoire russe joue en faveur de Kiev. L’armée russe nécessite en effet un nombre considérable de systèmes défensifs afin de protéger les infrastructures énergétiques et industrielles.
  • Puisqu’ils se situent parfois à plusieurs milliers de kilomètres du front, de nombreux sujets fédéraux russes n’ont pas mis en place de dispositifs capables de faire face à des attaques fournies et coordonnées.
  • Les forces de défense russes font par ailleurs elles aussi face à un épuisement de leurs réserves de missiles intercepteurs et de munitions. Les alternatives à plus faible coût, comme des drones intercepteurs ou des équipes de tirs mobiles, sont quant à elles moins développées qu’en Ukraine 4.
Sources
  1. « At least 40 % of Russia’s oil export capacity halted, Reuters calculations show », Reuters, 1er avril 2026.
  2. The Uninhabited War in Ukraine, The International Institute for Strategic Studies, 25 mars 2026.
  3. Publication de Военный Осведомитель sur Telegram, 20 avril 2026.
  4. Russian Offensive Campaign Assessment, April 6, 2026, Institute for the Study of War.