À l’appui d’une rhétorique de simplification extrême, réduisant le Groenland à un actif matériel qu’il désigne de manière répétée comme « une simple masse de glace » — et qu’il confond à plusieurs reprises avec l’Islande —, le président américain a déclaré qu’il n’utiliserait pas la force tout en laissant planer des menaces implicites à l’encontre des pays européens.

Le début de son discours sur le Groenland est consacré à une réécriture de l’histoire : Trump invoque ainsi le rôle des États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale pour justifier une prétention sur l’île. Il affirme : « Si ce n’était pas grâce à nous, vous parleriez allemand et probablement un peu japonais. »  

  • « Nous avons envoyé des troupes au Groenland pendant la Seconde Guerre mondiale. Et après la guerre, nous les avons retirées. » Il ajoute plus tard dans son discours : « Tout ce que les États-Unis demandent, c’est un endroit du nom du Groenland. Nous l’avons déjà eu et nous l’avons rendu au Danemark après avoir battu les Allemands, les Japonais, les Italiens et les autres pendant la Seconde Guerre mondiale ».
  • Ces affirmations servent à établir un droit implicite, alors que les États-Unis n’ont jamais eu la souveraineté du Groenland et que l’accord de 1941 ne portait que sur la défense du territoire, et non sur son acquisition. 
  • Dès 1946, les États-Unis ont soumis une offre d’achat de l’île, qui a été refusée. 
  • Pour justifier ses prétentions territoriales, Trump accuse aussi le Danemark de ne pas respecter ses engagements de défense : « En 2019, ils ont promis de dépenser plus de 200 millions de dollars pour renforcer les défenses du Groenland. Mais comme vous le savez, ils ont dépensé moins de 1 % de ce montant. »
  • « Seuls les États-Unis peuvent protéger cette immense masse de terre, cet immense morceau de glace, la développer, l’améliorer, et faire en sorte qu’elle soit bonne pour l’Europe, sûre pour l’Europe et bonne pour nous. Et c’est pour cette raison que je cherche des négociations immédiates pour discuter à nouveau de l’acquisition du Groenland par les États-Unis. »

L’une des citation les plus importante du discours, contient une menace implicite à l’encontre des Européens : 

  • « Nous voulons un morceau de glace pour la protection du monde, et ils ne veulent pas nous le donner. Nous n’avons jamais rien demandé d’autre, et nous aurions pu garder ce morceau de terre et nous ne l’avons pas fait. Ils ont donc un choix. Vous pouvez dire oui et nous serons très reconnaissants — ou vous pouvez dire non et nous nous en souviendrons. »

À plusieurs reprises dans sa prise de parole Trump réduit le Groenland à un morceau de glace, présentant ainsi les États-Unis comme un pays modéré et généreux (« nous aurions pu le garder »), tandis que le refus danois et européen est perçu comme une forme d’ingratitude.

  • Trump aborde explicitement le Groenland comme un bien immobilier sous-exploité : « Froid et mal situé, mais qui peut jouer un rôle vital pour la paix mondiale et la protection du monde. C’est une très petite demande. »

Le président américain a affirmé qu’il n’utiliserait pas la force, tout en décrivant en détail sa capacité à le faire. Cette tactique est clef pour comprendre les menaces implicites qu’il fait peser sur les pays européens, qu’il s’agisse de son désengagement en Ukraine ou de ses menaces de hausse des tarifs. 

  • « Nous n’obtiendrons probablement rien à moins que je décide d’utiliser une force excessive, et là nous serions, franchement, impossibles à arrêter. Mais je ne ferai pas cela. C’est probablement ma déclaration la plus importante parce que les gens pensaient que j’utiliserais la force. Je n’ai pas besoin d’utiliser la force. Je ne veux pas utiliser la force. Je n’utiliserai pas la force. Tout ce que les États-Unis demandent, c’est un endroit appelé le Groenland. »
  • Le président américain fait également un lien implicite entre l’Ukraine et le Groenland. 
  • Après un développement suggérant que l’Ukraine serait de la responsabilité des Européens : « Ils doivent s’occuper de l’Ukraine. Nous, non. Les États-Unis sont très loin. Nous avons un grand et magnifique océan qui nous sépare. Nous n’avons rien à voir avec cela, jusqu’à ce que je sois arrivé » il ajoute « mais maintenant, ce que je demande, c’est un morceau de glace. »