Wiesbaden. L’Office fédéral de Statistique (Statistisches Bundesamt) a publié mardi 15 janvier les chiffres de la croissance de l’économie allemande pour l‘année 2018. Des résultats qu’on attendait a minima en demi-teinte : l’économie allemande s’était contractée de 0,2% au troisième trimestre, laissant craindre une récession (deux trimestres de croissance négative consécutifs) à l’orée de la nouvelle année. C’est finalement une croissance modeste de 1,5% sur l’ensemble de l’année 2018 qu’ont annoncé les économétristes hessois, et avec elle un résultat « légèrement positif », quoique non encore connu avec certitude, pour le quatrième trimestre (3).

Techniquement, l’Allemagne échappe donc à la récession. Pour autant, la croissance 2018 est plus faible qu’en 2016 et en 2017 (2,2% chaque fois) ; il faut retourner en 2014, aux lendemains d’une crise économique majeure en Europe, pour retrouver un résultat plus faible. Cette fois, davantage qu’un choc unique, la morosité – relative – de l’économie allemande semble refléter un ralentissement durable, un régime de croissance stable mais lente qui devrait être partagé par les autres économies européennes, dont les statistiques pour 2018 ne sont pas encore publiées. Point particulier, la hausse des importations (3,4%) a été significativement supérieure à celle des exportations (2,4%), traduisant une contraction des excédents commerciaux qui agit mécaniquement à la baisse sur la valeur du PIB. La croissance de la consommation et celle du secteur secondaire sont elles aussi timides.

Malgré ces quelques signes d’infléchissement, le bilan pour l’année passé apparaîtra fort enviable à nombre d’autres États : neuvième année de croissance consécutive ; investissements en hausse, notamment dans les domaines de la construction et de l’équipement ; croissance de la production dans tous les secteurs ; niveau de chômage historiquement bas depuis la réunification (3,2%) accompagné d’une hausse des salaires à hauteur de 4,8%, inédite depuis près de vingt-cinq ans ; excédent budgétaire record pour les finances publiques approchant les 60 milliards d‘euros, soit 1,7% du PIB. La combinaison d’excédents records, d’investissements en hausse et de taux bas devrait bénéficier à la qualité de l’habitat, des transports et des réseaux de communication, qu’une majorité d’experts considèrent comme sous-financés.

À l’Office fédéral de Statistique, on se montre donc volontiers confiant pour l’année à venir (4). La conjoncture n’inquiète guère, et on voit dans les chiffres en baisse un retour à normale après une période particulièrement faste, prévoyant pour 2019 un résultat similaire. Difficile pourtant oublier les nombreuses incertitudes qui planent sur l’économie européenne dans son ensemble, entre un Brexit qui s’annonce chaotique, la perspective de tensions commerciales transatlantiques et le ralentissement de l’économie chinoise. Alors que l’ère Merkel se termine, que l’AfD croît et que les équilibres européens changent, une hausse de l’instabilité politique est aussi attendue (2).

Au troisième trimestre 2018, l’Allemagne comptait en Europe au nombre des mauvais élèves, l’un des quatre seuls, avec l’Italie, la Suède et la Lettonie, à présenter une contraction de son économie, alors que la moyenne de l’Union s’élevait à 0,3% (1). Pour le quatrième trimestre, les chiffres disponibles pour l’Allemagne (5) suggèrent un chiffre de 0,6% à 0,8% par rapport au trimestre précédent. D’après les prévisions, sa croissance annuelle devrait se situer dans la moyenne basse de l’Union.

Mais l’enjeu est ailleurs : il s’agit pour l‘Allemagne, parvenue au sommet d‘une période de prospérité incontestable, de réaliser les investissements et les réformes nécessaires à faire face à de futures périodes de turbulences.

Perspectives :

  • 14 février 2019 : publication des premiers résultats du PIB allemand pour le quatrième trimestre 2019.
  • 22 février 2019 : publication des résultats détaillés.

Sources :

  1. BIP im Euroraum um 0,2% und in der EU28 um 0,3% gestiegen, Eurostat, 14 novembre 2018.
  2. LOOK Carolynn, SKOLIMOWSKI Piotr, Germany Dodges Recession With ‘Slight’ Growth in Fourth Quarter, Bloomberg, 15 janvier 2019.
  3. Deutsche Wirtschaft ist im Jahr 2018 um 1,5 % gewachsen, Pressemitteilung Nr. 018, Statistisches Bundesamt, 15 janvier 2019.
  4. RIEDEL Donata, Warum Ökonomen die deutsche Wirtschaft zu positiv eingeschätzt haben, Handelsblatt, 15 janvier 2019.
  5. Volkswirtschaftliche Gesamtrechnungen: Bruttoinlandsprodukt, Statistisches Bundesamt, 14 novembre 2018.

François Hublet