Au cours d’un sommet de deux jours à New Delhi qui s’est achevé hier, dimanche 13 septembre, les BRICS ont adopté à l’unanimité une déclaration d’une longueur record : 140 paragraphes, soit 14 de plus que la déclaration de Rio de 2025 et deux fois plus que celle de Xiamen (71 paragraphes), en 2017. Elle est ainsi presque deux fois plus longue que les neuf textes adoptés par le G7 à Évian, en juin.
Le document traduit à la fois les priorités du groupe, son positionnement mais aussi les différents arbitrages qui ont dû être faits : les BRICS avaient échoué à adopter une déclaration commune à deux reprises cette année, lors des réunions au niveau ministériel.
- Les grandes absentes de la déclaration sont l’Europe et la guerre en Ukraine, qui n’apparaissent à aucune reprise dans les 45 pages 1.
- L’Iran, qui a rejoint le groupe en 2024, n’est mentionné qu’à une seule reprise dans un paragraphe soutenant l’adhésion du pays à l’OMC, aux côtés de l’Éthiopie, membre des BRICS depuis la même année.
- La déclaration appelle à la « retenue » dans la guerre au Moyen-Orient, langage qui a permis la signature à la fois de Téhéran et des Émirats Arabes Unis, un allié de Washington particulièrement ciblé par l’Iran depuis février.
Le « Sud Global » est mentionné à 10 reprises.
- Le document compte 7 occurrences de la bande de Gaza, une de la Cisjordanie et 5 de la Palestine.
- Parmi les grandes régions, l’Afrique est la plus mentionnée (21 occurrences), suivie par l’Asie (6), l’Amérique latine (4) et les Caraïbes (3).
La Russie et Israël sont les seuls pays du « Nord », selon la classification utilisée par la CNUCED, mentionnés dans le document.
- Moscou est toutefois un membre fondateur du groupe, et son président, Vladimir Poutine, est le seul dirigeant aux côtés de Xi Jinping qui a assisté à tous les sommets du groupe depuis 2013.
- Les mentions d’Israël dans le document apparaissent dans des paragraphes appelant à une solution pacifique au conflit israélo-palestinien, au respect de l’acheminement de l’aide humanitaire à Gaza, et au retrait de Tsahal du Sud-Liban.
- L’Inde est le principal allié d’Israël à l’intérieur du groupe.
La déclaration de New Delhi reste volontairement vague sur certains points. Si les membres des BRICS dénoncent, au paragraphe 21, « la hausse aveugle des droits de douane et des mesures non tarifaires, ou un protectionnisme dissimulé sous des objectifs environnementaux » (une référence voilée à l’Union européenne), les États-Unis ne sont ainsi jamais spécifiquement ciblés. Donald Trump avait menacé l’an dernier 10 % de droits de douane supplémentaires pour les pays qui « s’alignent » avec les BRICS.