Vendredi 11 septembre, le conflit au Moyen-Orient a pris un nouveau tournant particulièrement inquiétant : les Houthis du Yémen, alliés de Téhéran, ont pris le contrôle des côtes du détroit de Bab el-Mandeb, qui commande le passage de la mer Rouge vers l’océan Indien et donc l’accès au canal de Suez. 

  • Ils avaient également réussi à endommager, la veille, des installations pétrolières saoudiennes, et en particulier le pipeline traversant la péninsule arabique, qui a depuis été fermé, et qui permettait à l’Arabie Saoudite d’exporter une partie de sa production pétrolière en évitant le détroit d’Ormuz, via le port de Yanbu et la mer Rouge 1
  • Ce développement majeur risque d’aggraver les conséquences déjà catastrophiques du conflit déclenché par Donald Trump le 28 février.  
  • Hier, le prix du baril de Brent se situait à 104 dollars (contre environ 90 dollars fin août et 60 dollars en début d’année). 

Selon des informations citées par Axios, Mohammed ben Salmane, le prince héritier saoudien, a appelé deux fois Donald Trump, jeudi 10 septembre, pour lui demander de frapper les Houthis. Mais Donald Trump, qui a déjà épuisé les stocks américains de missiles contre l’Iran et sollicité la marine américaine au-delà du soutenable pour faire le blocus de l’Iran, lui a refusé ce soutien dans l’immédiat 2

  • Cela aurait marqué une escalade majeure et transformé un conflit bilatéral que la Maison-Blanche tient toujours à présenter comme limité dans le temps et dans l’espace en une véritable guerre régionale, avec le risque qu’un embrasement difficilement contrôlable intervienne avant les élections de mi-mandat qui se présentent déjà très mal pour les républicains. 

Entre 2015 et 2022, l’Arabie saoudite de MBS, qui ne pouvait tolérer qu’un allié de l’Iran se trouve au sud de la péninsule qu’elle contrôle, avait mené une guerre sanglante contre les Houthis sans réussir à les vaincre. 

  • Depuis quatre ans, l’Arabie saoudite avait changé de politique et les ménageait, cherchant désormais l’apaisement. 
  • Début 2026, les troupes saoudiennes avaient même chassé les troupes des Émirats arabes unis du Yémen parce qu’elles soutenaient les forces qui voulaient déclarer l’indépendance du sud du pays. 

Mais dans le contexte du conflit lancé par les États-Unis contre l’Iran, les Houthis ont repris en août dernier leurs opérations militaires d’envergure contre le gouvernement internationalement reconnu du Yémen. Ryad, qui protège ce gouvernement, a de nouveau été entraînée dans la guerre civile yéménite. Sans réussir, une fois de plus, à contenir par elle-même l’offensive des Houthis.

  • Le refus de Donald Trump d’accéder aux demandes de MBS illustre une fois de plus la faiblesse stratégique de la position américaine dans la région, malgré toutes les bombes larguées sur l’Iran et tous les vaisseaux déployés devant ses côtes : les États-Unis ne sont plus en mesure de soutenir leurs alliés dans la région quand ceux-ci sont en difficulté et de garantir leur sécurité. 
  • Ce constat, devenu patent depuis le 28 février, avait déjà incité l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie à signer, le 7 août dernier, un pacte de défense mutuelle. 
  • La faiblesse américaine s’est également traduite par les négociations menées par Oman ces derniers mois entre l’Iran et les États du Golfe pour trouver une solution purement régionale permettant de rouvrir le détroit d’Ormuz.
  • Cette initiative avait amené Donald Trump à menacer de bombarder Oman le 17 août dernier. 
  • Sans surprise, la prise de contrôle du détroit de Bab el-Mandeb par les Houthis relance la question : Oman vient d’annoncer qu’il accueillera demain, lundi 14 septembre, un nouveau cycle de négociations entre l’Iran et les pays du Golfe.  
Sources
  1. Malcolm Moore, « Saudi Arabia shuts East-West pipeline that bypasses Hormuz after attacks », Financial Times, 11 septembre 2026.
  2. Barak Ravid, « Scoop : MBS urged Trump to strike Houthis amid Red Sea threat », Axios, 11 septembre 2026.