Samedi 12 septembre, en marge du sommet des BRICS à New Delhi, l’agence Xinhua a relayé une déclaration de Xi Jinping, selon laquelle la Chine est « prête à travailler avec les autres membres des BRICS pour jouer un rôle dans l’établissement de la paix et de la stabilité au Moyen-Orient et dans la région du Golfe ». Le président chinois a ajouté que « la guerre a causé de graves pertes aux populations de toute la région et ne sert pas les intérêts communs de la communauté internationale » 1.
- Restée diplomatiquement en retrait depuis le début du conflit déclenché le 28 février, cette déclaration intervient alors que les autres médiations semblent bloquées : le cessez-le-feu du 8 avril et le mémorandum d’Islamabad du 17 juin ont échoué en juillet, et Donald Trump vient de refuser à MBS le soutien militaire qu’il réclamait contre les Houthis.
- Une réunion sur l’ouverture du détroit d’Ormuz, qui aurait dû se tenir aujourd’hui, 14 septembre, et à laquelle devaient participer l’Oman, l’Iran et d’autres pays de la région, a été décalée.
- Pour Vali Nasr, il s’agit d’un « moment pivot ». La Chine « joue enfin ses cartes de puissance globale » et l’issue de cette initiative « changera la donne pour le Moyen-Orient comme pour les relations sino-américaines » 2.
- Cette déclaration s’inscrit en réalité dans une doctrine diplomatique chinoise désormais bien établie. Depuis l’accord de normalisation des relations diplomatiques entre Riyad et Téhéran, négocié à Pékin en mars 2023, et la « déclaration de Pékin » réunissant les factions palestiniennes en juillet 2024, la Chine utilise la médiation au Moyen-Orient comme vitrine de sa contribution pour la sécurité mondiale.
Cette déclaration chinoise intervient également douze jours avant la visite d’État de Xi Jinping à Washington, prévue le 24 septembre.
- La Maison-Blanche a fait savoir que le président américain entendait aborder directement le dossier iranien avec la délégation chinoise 3.
- En se proposant comme médiateur potentiel, Xi arrive à Washington avec une proposition concrète, alors que l’administration Trump cherche une issue à la crise avant les élections de mi-mandat.
Cette posture de médiateur contraste toutefois avec les révélations sur le rôle joué par la Chine et la Russie dans le conflit en Iran.
- Selon le Wall Street Journal, les services de renseignement américains ont conclu que le régime avait obtenu de sources chinoises des images satellites à haute résolution de la base aérienne de Muwaffaq Salti, en Jordanie, avant la frappe de missiles balistiques du 17 juillet qui a tué trois soldats américains, les premières pertes au combat depuis le cessez-le-feu d’avril 4. Washington avait déjà sanctionné en mai trois entreprises chinoises d’imagerie spatiale (MizarVision, Earth Eye et Chang Guang).
- Pékin a démenti toute implication et dénonce une tentative de « salir » la réputation de la Chine.
- Pourtant les analystes américains estiment que ces images ne constituent qu’une des sources alimentant le ciblage iranien, aux côtés du soutien russe, qui comprend selon le Financial Times une coopération sur la propulsion des missiles de croisière hypersoniques engagée dès 2023 et poursuivie en 2026 5.
L’offre de Xi Jinping doit également être comprise dans une dimension déclarative et rhétorique plus que substantielle, n’impliquant aucune garantie, ni sur le programme nucléaire iranien, ni sur d’éventuelles futures frappes américaines ou israéliennes.
- Contrairement à ce qui a pu être relayé par certains médias, dont Al Jazeera, Xi Jinping se limite à proposer une médiation dans le cadre d’une action collective des BRICS+, un forum qui réunit des pays actuellement en conflit ouvert, comme l’Iran et les Émirats arabes unis. Une réunion entre les deux pays a eu lieu en marge du Sommet des BRICS le 12 septembre.
- Ce format permet à Pékin de partager le coût politique de l’initiative, de s’éloigner du canal d’Islamabad piloté par le Pakistan et les États-Unis, et d’ancrer un éventuel règlement dans un « Sud global » dont la Chine cherche à revendiquer le leadership.
- La Chine prendra la présidence des BRICS en 2027. Le conflit au Moyen-Orient est le seul évoqué dans la déclaration signée à New Delhi, qui ne mentionne pas la guerre en Ukraine.
La Chine est aussi le premier acheteur du pétrole iranien et dépend fortement du Golfe pour ses importations énergétiques.
Sources
- « Xi Jinping calls on BRICS nations to take on peacemaker role amid West Asia conflict », The Tribune, 12 septembre 2026
- Vali Nasr, message publié sur X, 12 septembre 2026.
- Michael Cunningham, « Xi Comes to Washington : Expectations for the Trump–Xi Summit », The Heritage Foundation, 9 septembre 2026.
- Vera Bergengruen, Shelby Holliday Anika Arora Seth, « U.S. Links Chinese Satellite Imagery to Iranian Strike That Killed Three Troops », The Wall Street Journal, 12 septembre 2026.
- Miles Johnson, Max Seddon et Charles Clover, « Russia secretly helping Iran develop supersonic cruise missiles », Financial Times, 2 septembre 2026.