La Banque des Pays-Bas a annoncé mardi 2 septembre avoir transféré depuis mars une part importante de ses réserves d’or détenues aux États-Unis et, dans une moindre mesure, au Canada, vers Londres. Au total, 59 tonnes d’or ont été vendues à New York puis rachetées à Londres, et 27 tonnes ont été transférées des États-Unis et du Canada vers le coffre-fort de Zeist, aux Pays-Bas, avant d’être acheminées à leur tour vers Londres.

  • Dans son communiqué, l’institution a déclaré vouloir renforcer sa « résilience et sa capacité de préparation » dans l’éventualité d’une crise 1.
  • Si elle ne cite pas spécifiquement la dégradation de la relation transatlantique parmi les raisons ayant motivé cette décision, elle affirme néanmoins rechercher une répartition plus équilibrée de ses réserves d’or entre l’Amérique du Nord et l’Europe.
  • Suite à ces mouvements, la part de l’or néerlandais stocké à New York est passée de 31,3 % à 18,5 %, tandis que la part de Londres est passée de 18,1 % à 32,1 %.

Les Pays-Bas sont le deuxième pays européen à avoir réduit sa part d’or stockée aux États-Unis depuis le début de l’année, emboîtant le pas à la France, qui ne détient plus aucune tonne sur le sol américain. Dans le cadre d’une opération de modernisation et de rationalisation de ses réserves lancée en 2005, la France a en effet vendu 129 tonnes stockées à New York et rapatrié ses nouveaux lingots à Paris.

D’autres pays européens pourraient suivre.

  • En Allemagne – qui détient les deuxièmes réserves d’or au monde, après les États-Unis –, des élus de plusieurs partis, dont l’AfD, le BSW et la CSU, appellent le gouvernement à rapatrier davantage d’or vers l’Europe 2.
  • En Italie (3e réserves les plus importantes au monde), Fratelli d’Italia a fait campagne en 2019 pour rapatrier l’or. Il s’agissait également d’une promesse de campagne de Giorgia Meloni, que celle-ci n’a pas encore tenue.

Ces transferts d’or, bien qu’inhabituels, ne devraient pas avoir d’impact économique significatif. L’or néerlandais et français a majoritairement été cédé à des acheteurs privés aux États-Unis puis racheté en Europe, et une faible part seulement a fait l’objet d’un transfert physique à travers l’Atlantique.

  • Toutefois, comme l’explique l’économiste Paul Krugman, ces mouvements traduisent une perte de confiance dans les États-Unis depuis le retour au pouvoir de Trump.
  • Le mépris de l’administration pour le droit international et américain rendrait, selon Krugman, l’idée que le gouvernement américain puisse inventer un prétexte pour saisir l’or détenu dans les coffres de la Fed « pas si farfelue » 3.
Sources
  1. DNB verbetert verhandelbaarheid goudvoorraad, De Nederlandsche Bank, 2 septembre 2026.
  2. Olaf Storbeck et Amy Kazmin, « Germany and Italy pressed to bring $245bn of gold home from US », Financial Times, 23 juin 2025.
  3. « Ingots We No Longer Trust », Paul Krugman, 4 septembre 2026.