L’ex-ministre de la Défense ukrainien, Mykhaïlo Fedorov, limogé par Zelensky le 15 juillet dans le cadre d’un remaniement ministériel, a déclaré avoir reçu plusieurs « propositions d’emploi » suite à l’annonce de son départ du gouvernement. Parmi les responsables et dirigeants du secteur privé qui l’ont contacté se trouve Alex Karp, le PDG de Palantir, qui lui aurait proposé une « collaboration » dans le cadre d’un « projet commun ».

Fedorov aurait décliné la proposition, tout en déclarant être ouvert à en « discuter plus tard » 1.

  • L’ex-ministre de la Défense était à la tête du ministère de la Transformation numérique, créé en 2019, lors du lancement de l’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine, en février 2022.
  • Dans ses fonctions, il a étroitement collaboré avec Palantir dès les premiers mois de la guerre afin d’intégrer les outils de l’entreprise américaine, notamment la plateforme Gotham, aux infrastructures de l’armée et de l’État.
  • L’invasion russe représentait alors un cas d’école de ce que Palantir considère comme sa « mission civilisationnelle » : mettre la puissance de l’IA au service des démocraties occidentales contre leurs adversaires autoritaires.
Volodymyr Zelensky, Alex Karp et Mykhaïlo Fedorov, à Kiev, le 2 juin 2022. © Présidence d’Ukraine

Karp a été le premier dirigeant d’une grande entreprise occidentale à se rendre en Ukraine suite au lancement de l’invasion. En juin 2022, il passe à pied la frontière avec la Pologne et rencontre Zelensky et Fedorov au palais présidentiel, à Kiev. Fedorov devient alors le principal point de contact de Palantir en Ukraine.

  • Celui-ci confesse plus tard que l’opportunité de travailler avec l’entreprise de surveillance américaine, spécialisée dans les outils d’IA de pointe, la collecte et la visualisation de données, était dans un premier temps guidée par le « désespoir » 2.
  • Quelques semaines auparavant seulement, l’armée russe avait atteint les faubourgs de la capitale et menaçait de prendre le contrôle des institutions et de décapiter le pouvoir.
  • Alors que la situation s’améliore pour l’Ukraine dans les mois qui suivent, notamment avec l’offensive dans la région de Kharkiv, Fedorov présente aux entreprises technologiques, dont Palantir, le champ de bataille comme un « laboratoire » de la guerre moderne, dont Kiev deviendrait la capitale mondiale.

En travaillant étroitement avec Fedorov, Palantir intègre ses logiciels aux outils des ministères de la Défense, de l’Économie, de l’Éducation, et d’autres agences gouvernementales. Ce sont toutefois surtout les images et données récoltées sur le front qui intéressent particulièrement l’entreprise : en 2023, Karp affirme que Palantir se trouve derrière « la plupart des frappes » menées par Kiev.

  • Pour l’entreprise, la guerre en Ukraine constitue une vitrine commerciale extraordinaire, et permet à Alex Karp de démontrer en conditions réelles l’efficacité de ses systèmes, qui seront plus tard utilisés notamment par Israël pour sa guerre à Gaza contre le Hamas. 
  • Selon Olivier Tesquet, « l’Ukraine a été pour Palantir ce que la guerre du Golfe avait été pour l’industrie de défense américaine dans les années 1990 : un laboratoire grandeur nature doublé d’un argument de vente ».

Convaincu avant l’invasion du rôle que la technologie peut jouer pour moderniser l’État ukrainien et accroître l’attractivité du pays, Fedorov considère que les outils d’intelligence artificielle, l’analyse d’imagerie satellite, la production en masse de drones et l’amélioration de l’efficacité de l’armée sont cruciaux pour remporter la guerre.

  • Tout en approfondissant son travail avec Palantir, il développe des partenariats avec Starlink et son PDG, Elon Musk, ainsi que l’ex-PDG de Google, Eric Schmidt, dont l’entreprise Swift Beat développe des drones assistés par intelligence artificielle.
  • Après une première réunion en juin 2022, Fedorov et Karp se rencontrent à nouveau au Forum de Davos en 2023, puis le PDG de Palantir se rend une deuxième fois à Kiev en mai 2026, alors que Fedorov est ministre de la Défense.
  • Avant la visite de Karp, en janvier, Fedorov avait annoncé le lancement en partenariat avec Palantir d’une « salle de données basée sur des données de guerre réelles », qui devrait permettre aux alliés de l’Ukraine d’entraîner leurs IA, en utilisant notamment les millions d’heures de vidéos enregistrées par des drones 3.
Alex Karp et Mykhaïlo Fedorov à Kiev, le 12 mai 2026. © Ministère de la Défense d’Ukraine

Bien qu’il n’occupe plus de fonctions gouvernementales, Fedorov devrait se rendre prochainement aux États-Unis afin de lever des fonds pour lancer des projets de technologies de défense, et pour attirer des investissements dans des start-ups ukrainiennes 4. Il pourrait notamment solliciter Elon Musk, qu’il a récemment qualifié « d’entrepreneur technologique probablement le plus important au monde pour l’Ukraine » 5.

  • L’ancien ministre des Affaires étrangères de Zelensky, Dmytro Kuleba, considère que la « prochaine étape » de Fedorov pourrait être de « solliciter le soutien des géants mondiaux de la technologie », en vue de lancer une plateforme politique en Ukraine.
  • Fedorov pourrait notamment chercher à se positionner aux côtés d’Elon Musk et d’Alex Karp, mais aussi de Peter Thiel, dont aucun lien avec Fedorov n’est toutefois publiquement documenté.

Selon une source proche de Fedorov, l’ex-ministre aurait conservé un canal de communication avec Elon Musk pour discuter de son service d’accès à Internet par satellite, Starlink 6. Fedorov ne devrait toutefois pas rencontrer de responsables de l’administration Trump lors de sa visite aux États-Unis.