Fin juillet, la dette publique de l’État fédéral a dépassé pour la première fois le seuil des 40 000 milliards de dollars, soit 123 % du PIB. 

  • Elle se rapproche désormais du dernier plafond approuvé par le Congrès, fixé à 41 100 milliards de dollars. 
  • Ce dernier devrait être atteint avant la fin de l’année, ce qui donnera lieu à l’un de ces événements récurrents visant à le rehausser afin d’éviter un nouveau shutdown du gouvernement fédéral. 
  • Contrairement à ce qu’il avait promis, Donald Trump n’a pas réduit le déficit de l’État.
  • À 1 800 milliards de dollars fin juillet pour l’année fiscale 2026 (qui a commencé en octobre 2025), le déficit américain n’a été supérieur que lors de l’année 2021, en raison de la pandémie de Covid-19. 
  • Le Congressional Budget Office prévoit un déficit de 2 100 milliards de dollars pour l’ensemble de l’année fiscale, soit 6,5 % du PIB. 
  • Les intérêts payés par l’État fédéral sur sa dette ont augmenté de 14 % entre l’année fiscale 2025 et 2026, en raison notamment de la hausse des taux d’intérêt. 
  • Les dépenses de Sécurité sociale, de Medicaid et de Medicare ont augmenté de 7 % sous l’effet du vieillissement de la population, tandis que celles consacrées aux nombreux vétérans de l’armée américaine ont augmenté de 11 %. Les dépenses de Défense ont quant à elles augmenté de 5 %. 
  • Les dépenses du département fédéral de l’éducation ont diminué de 79 milliards de dollars, soit -60 %, celles de l’Environmental Protection Agency de 20 milliards, soit -59 %, et les aides internationales de 10 milliards, soit -36 %. 

Côté recettes, les rentrées d’impôts sur le revenu des ménages ont augmenté de 161 milliards de dollars, soit 7 %, malgré les baisses d’impôts pour les foyers les plus aisés. Les droits de douane ont quant à eux augmenté de 18 milliards de dollars, soit une hausse de 13 %, et ce, en dépit de l’annulation par la Cour suprême de la plupart des droits de douane imposés par Donald Trump. 

  • En revanche, les impôts sur les bénéfices des entreprises ont reculé de 89 milliards, soit une baisse de 23 %. 

Cette dérive des comptes publics, combinée aux effets de la guerre en Iran et à la politique économique erratique de Donald Trump, a entraîné une forte hausse des taux d’intérêt sur la dette publique américaine : les taux sur les bons du Trésor américain à 30 ans ont dépassé pour la première fois les 5 % depuis 2007, avant la crise financière de 2008.  

  • Si les taux d’intérêt auxquels l’État américain doit s’endetter se stabilisaient durablement à 5 %, l’État fédéral devrait payer chaque année, avec sa dette actuelle, 2 000 milliards d’intérêts, soit 6,3 % du PIB, soit deux fois le budget annuel de la défense.
  • Un tel niveau de taux entraînerait de façon quasi certaine un effet boule de neige et une crise de la dette américaine. 

Cette dégradation rapide des conditions de financement de l’État fédéral américain traduit le fait que, sur les marchés financiers, il y a désormais plus d’acteurs qui cherchent à vendre des bons du Trésor qu’à en acheter. 

  • Alors qu’ils étaient jusqu’alors considérés comme l’actif sûr par excellence par tous les investisseurs à l’échelle mondiale, les bons du Trésor américain sont désormais menacés de ne plus l’être. 
  • Si ce sentiment devait persister, la défiance pourrait s’aggraver et les taux d’intérêt sur la dette américaine pourraient atteindre des niveaux encore plus élevés. 

C’est pour casser cette dynamique que Scott Bessent, le secrétaire au Trésor américain, a décidé de doubler, à partir du 9 septembre, le programme de rachat des titres de dette américains à long terme qu’il avait déjà initié. Pour l’instant, cette annonce n’a entraîné aucun reflux des taux d’intérêt sur la dette américaine à long terme. 

  • Une telle politique relève de l’expédient et ne change rien au déficit américain, ni donc au volume global de dette supplémentaire à contracter. 
  • Cela consiste simplement à accroître la part de la dette à court terme, pour laquelle les taux d’intérêt sont inférieurs, au sein de la dette fédérale globale. 
  • Mais un État qui dépend d’une dette à court terme est en réalité plus fragile et plus dépendant des fluctuations des marchés financiers, car il doit emprunter davantage chaque année pour couvrir son déficit et rembourser le capital des dettes à court terme qu’il a contractées.

En réalité, la Réserve fédérale américaine est le seul acteur qui puisse réellement limiter les taux d’intérêt à long terme sur la dette américaine. 

  • Confrontée à la crise provoquée par la pandémie de Covid-19, elle a fortement baissé les taux d’intérêt à long terme en rachetant des montants colossaux de titres de dette publique, pour un total de plus de 3 000 milliards de dollars entre 2020 et 2022. 
  • Elle avait ensuite cessé ses achats et réduit progressivement son encours. Depuis décembre dernier, elle a recommencé à acheter de la dette publique américaine, à hauteur, pour le moment, de 350 milliards de dollars. 
  • Il en faudrait cependant beaucoup plus pour faire baisser les taux longs américains. 
  • Mais si la Fed se remettait vraiment à faire du quantitative easing à grande échelle, cela risquerait d’avoir un effet inflationniste important, alors que la hausse des prix du pétrole, due à la guerre contre l’Iran, et les tarifs douaniers de Donald Trump poussent déjà les prix à la hausse aux États-Unis.