Le ministère chinois du Commerce a conduit en juin des réunions avec plusieurs grands acteurs nationaux de l’IA dont Alibaba, ByteDance et Zhipu AI, afin d’examiner les conditions dans lesquelles l’accès étranger aux modèles chinois de pointe pourrait être limité, y compris pour des modèles open weights 1.

  • Les discussions auraient également porté sur un durcissement des sanctions en cas de fuite ou de vol de technologies propriétaires d’IA, qui pourraient être qualifiées d’atteintes à la sécurité nationale, ainsi que sur un encadrement plus strict des capitaux étrangers investissant dans les startups chinoises d’IA.
  • Ce mouvement s’inscrit dans un contexte de symétrisation avec les États-Unis, qui ont déjà renforcé leur contrôle sur l’accès aux modèles américains les plus avancés, notamment dans le cas des modèles Fable et Mythos d’Anthropic. 
  • Certains modèles à la frontière, en particulier en cybersécurité, pourraient être utilisés pour identifier ou exploiter des vulnérabilités dans la couche logicielle chinoise.

La séquence récente confirme un durcissement plus général du contrôle chinois sur les flux technologiques liés à l’IA, au-delà d’une simple restriction sur les modèles.

  • Le cas le plus emblématique est celui de Manus, une startup d’IA fondée par des ingénieurs chinois, repositionnée à Singapour, puis acquise par Meta pour environ 2 milliards de dollars.
  • Pékin a examiné l’opération sous l’angle des règles chinoises de contrôle aux exportations puis, en avril, la Commission nationale du développement et de la réforme (NDRC) a finalement ordonné le démantèlement de l’acquisition, au nom de la sécurité nationale et de la protection des actifs technologiques chinois.

L’initiative du ministère chinois du Commerce fait suite à une table ronde organisée en mai par la chambre de propriété intellectuelle de la Cour populaire suprême chinoise. L’IA open source y était abordée comme un problème de contrôle des exportations technologiques, de circulation globale des données et de sécurité nationale.

La table ronde proposait une architecture possible de régulation par niveaux : 

  • un régime souple de dépôt ou d’exemption pour les modèles de faible risque, éventuellement de taille limitée ;
  • une évaluation de sécurité et une notification préalable au régulateur pour les technologies plus stratégiques ou avancées ;
  • et une ouverture dans un périmètre strictement contrôlé, voire une interdiction de déploiement pour l’IA de frontière dont les capacités touchent à la sécurité nationale.

La publication des poids d’un modèle (open weights) est difficilement réversible, immédiatement copiable, et potentiellement porteuse d’informations sensibles sur les données, les capacités ou les méthodes d’entraînement.

  • L’IA open source pourrait être restreinte aux générations antérieures de modèles tandis que les modèles de frontières seraient soumis à des mécanismes de filtrage, de licence, de sécurité nationale ou de territorialisation.