De Montaigne à Celan Douze écrivains contemporains racontent leur amour de la littérature
« Quelle page et quel livre vous aident à tenir, Benjamin Labatut ? »
En tant que secrétaire du Conseil des Dix, l’instance chargée des affaires de la paix et de la guerre de la République florentine, Machiavel joue un rôle clef dans la conception et la mise en œuvre pratique de la défense autonome de l’État.
Convaincu que les défaites des petits États pendant les guerres d’Italie procèdent de la dépendance aux mercenaires (condottieri), il persuade les autorités de lever une milice recrutée parmi les sujets de la campagne (contado) florentine et soumise à un entraînement régulier. Pour Florence, il s’agit avec cette nouvelle milice, l’ordinanza, de retrouver ses « armes propres », sans lesquelles aucune république ne peut conserver sa liberté.
À l’été 1506, la première phase de l’ordinanza est achevée : ses opposants, malgré leurs craintes, estiment que « l’ordre en lui-même est bon » et ces nouveaux soldats jouissent d’une « bonne réputation » auprès du peuple florentin.
Machiavel apparaît comme le principal artisan de cette réalisation, ce dont témoigne le cardinal Francesco Soderini le 4 mars 1506, en lui écrivant : « Et ce ne doit pas être une mince satisfaction pour vous d’avoir de vos mains facilité le début d’une si digne chose : veuillez persévérer et la mener à la fin désirée ». Il reste à passer des faits à la loi, en encadrant la mise en place de l’ordinanza par un texte législatif et par la création d’une magistrature ad hoc. Machiavel s’en occupe à son retour d’une longue mission auprès du pape Jules II, qui dure de la fin août à la fin octobre 1506.
Le premier texte que Machiavel écrit sur la milice florentine, outre ses lettres au nom des Dix, a pour titre La Cause de l’ordinanza, où elle en est et ce qu’il faudrait faire. Il est adressé aux Dix et rédigé à leur demande.
Les points développés dans ce bref écrit de Machiavel seront repris sous forme de normes juridiques dans le texte de la Provisione (c’est ainsi que les Florentins nomment les textes de loi) présentée à la Seigneurie le 1er décembre 1506 et votée par le Grand Conseil le 5 décembre.
La Cause de l’ordinanza comme la Provisione partent d’un constat que tous partagent, selon lequel la République a besoin de justice et d’armes, mais la Provisione, moins pessimiste — ou tout simplement plus « institutionnelle » — ne reprend pas la remarque aigre-douce, voire provocatrice, de la Cause traduite intégralement ici : « Vous, de la justice, vous n’en avez pas beaucoup et des armes pas du tout ».
Machiavel sait jongler entre les différents registres, en fonction des destinataires et des conditions de réception. On peut se dire entre soi — c’est-à-dire entre les Dix et leur secrétaire — que la justice aussi fait défaut, mais on ne saurait bien sûr l’écrire dans un texte de loi qui ne peut que dire ce que doit être l’état satisfaisant de l’administration de la justice.
Vous m’avez demandé que je vous écrive quel est le fondement de cette ordinanza et où elle en est. Je vais le faire ; et, pour que vous compreniez mieux, je partirai d’un peu haut et vous aurez la patience de la lire.
La tonalité de ces premiers mots oscille entre celle d’une lettre amicale (voire plaisante, comme c’est souvent le cas dans les lettres familières de Machiavel) et la réponse sérieuse à une question qui l’est tout autant : demander au principal artisan de la création de la milice florentine où l’on en est et ce qu’il faut faire à présent.
Je ne m’attarderai pas sur la question de savoir s’il était bon ou non de mettre votre État en armes : parce que, comme chacun sait, qui dit empire, royaume, principat, république, qui dit hommes qui commandent, en commençant par le premier degré et en descendant jusqu’au patron d’un brigantin, dit justice et armes. Vous, de la justice, vous n’en avez pas beaucoup et des armes pas du tout ; et la façon de recouvrer l’une et l’autre, c’est seulement de s’armer par délibération publique, et en bon ordre, et de le maintenir.
Ce principe que « chacun sait » n’est rien d’autre qu’un des fondements du droit romain, énoncé dès les premières lignes de la préface des Institutiones de Justinien : « Il importe que la majesté impériale soit non seulement décorée d’armes mais aussi armée de lois afin que, dans les deux temps, celui des guerres et celui de la paix, elle puisse être gouvernée droitement. » Le lien entre justice et armes constituant le socle de l’ordre républicain est repris dans la Provisione de décembre 1506 (« les républiques et les États qui, par le passé, se sont maintenus et développés, ont toujours eu pour premier fondement la justice et les armes »). Il apparaît souvent dans les textes ultérieurs, à commencer par Le Prince, dans lequel Machiavel écrit à nouveau que le fondement de tout État est constitué de ces deux éléments, indissociablement liés : « Les principaux fondements que doivent avoir tous les États, les vieux comme les nouveaux ou les mixtes, sont les bonnes lois et les bonnes armes. »
Ne vous laissez pas tromper par ces cent années durant lesquelles vous avez vécu et subsisté autrement ; car, si vous examinez attentivement ces temps-là et ceux d’aujourd’hui, vous verrez qu’il est impossible de préserver votre liberté de la même manière.
La Cause de l’ordinanza continue en faisant à grands traits l’histoire et la géographie de la milice florentine, fondée en grande partie sur une réflexion sophistiquée quant au déploiement de la réforme dans l’espace de l’État florentin. Constitué de façon progressive, avec une accélération des choses au cours du XVe siècle, l’État florentin ne peut revendiquer ni cohésion ni unité, comme l’ont prouvé les révoltes de Pise et d’Arezzo, décisives dans la construction des positions machiavéliennes.
Le gouvernement du territoire ne relève pas simplement du contrôle militaire et cette question constitue l’un des nœuds cruciaux de la réflexion politique des Florentins. Ces derniers considèrent que leur État a été édifié et s’est élargi trop récemment pour ne pas être un espace fragile, soumis à la contrainte de forces centrifuges. C’est là l’une des explications — une autre étant l’irruption des nouvelles guerres à partir de 1494 — pour l’étroite imbrication du politique et du militaire dans la pensée politique républicaine.
Mais, comme il s’agit là d’une question qui ne souffre aucune ambiguïté, et que, même si l’on devait en débattre, il faudrait aborder le sujet sous un autre angle, je ne m’y attarderai pas. En partant du principe que la décision a été prise et qu’il convient de s’armer, et dans le but de mettre l’État de Florence en armes, il était nécessaire d’examiner comment cette milice devait être mise en place. Et, compte tenu de la structure de votre État, qui se divise en ville (città), campagne (contado) et district (distretto), il fallait donc mettre en place cette milice dans l’un de ces lieux, ou dans deux, ou dans les trois à la fois.
Machiavel rappelle que l’État florentin étant divisé entre la cité, le contado (la campagne environnante) et le distretto (la partie de l’état florentin comprenant les villes sujettes et leurs campagnes respectives), le premier choix à faire concernait la partie de l’état où il fallait commencer à lever les troupes.
Et comme les grandes entreprises doivent être menées avec prudence, il était impossible, de toute façon, que ce soit par deux des lieux susmentionnés ou par les trois, de l’introduire sans confusion ni danger : il fallait donc en choisir un. Et l’idée de prendre la ville ne plut pas, car quiconque considère une armée, en la divisant grossièrement, la trouve composée d’hommes qui commandent et qui obéissent et d’hommes qui combattent à pied et qui combattent à cheval ; et comme il fallait instaurer une organisation militaire dans une province peu habituée aux armes, il fallait, comme pour toutes les autres disciplines, commencer par la partie la plus facile ; et il est sans doute plus facile d’introduire une milice à pied qu’à cheval, et il est plus facile d’apprendre à obéir qu’à commander. Et comme votre cité et vous devez être ceux qui combattent à cheval et commandent, on ne pouvait pas commencer par vous, parce que cette partie-là est la plus difficile ; il fallait commencer par ceux qui doivent obéir et combattre à pied : et c’est le cas de ceux de votre campagne (contado). Il ne semblait pas non plus opportun de prendre ce district (distretto), même si l’on pouvait y introduire une milice à pied, car cela n’aurait pas été une solution sûre pour votre ville, surtout dans les zones du district où se trouvent de grands nids [de rébellion], où une province pourrait s’imposer ; car les mœurs de la Toscane sont telles que, si quelqu’un sentait qu’il pouvait vivre à ses dépens, il ne voudrait plus de maître, surtout s’il se trouvait lui-même armé et le maître désarmé : c’est pourquoi, pour ce district, il faut soit ne jamais le mettre en armes, soit attendre que les forces armées de votre campagne aient pris pied et soient reconnues. Les lieux du district qu’il ne faut pas armer sont ceux où se trouvent de grands nids, comme Arezzo, Borgo a San Sipolcro, Cortona, Volterra, Pistoia, Colle, San Giminiano ; les autres, où se trouvent plutôt des châteaux, comme la Romagne, la Lunigiana, etc., n’ont pas grande importance, car ils ne reconnaissent d’autre patron que Florence, et n’ont pas de seigneur particulier, comme c’est le cas dans votre campagne ; car le Casentino, le Valdarno inférieur et supérieur, le Mugello, etc., bien qu’ils soient peuplés d’hommes, n’ont nulle part où se rallier si ce n’est à Florence ; et ils ne peuvent plus se réunir pour mener une entreprise.
Le choix du contado et non du distretto est justifié par les « humeurs » (umori) de Toscane, qui pourraient amener certaines cités sujettes, surtout lorsqu’elles forment ce que le texte nomme « de gros nids », à se rebeller si elles étaient armées. Machiavel donne d’ailleurs la liste de ces « lieux du distretto qu’il ne faut pas armer » : ce sont « Arezzo, Borgo a San Sepolcro, Cortona, Volterra, Pistoia, Colle, San Giminiano ». Mais il précise qu’on peut armer les lieux du distretto « qui ne reconnaissent d’autre patron que Florence ».
C’est ainsi que cette ordinanza a été mise en place dans la campagne, où, pour l’organiser, il fallait lui donner un ordre et une méthode : c’est-à-dire déterminer sous quel étendard ils devaient combattre, les armes dont ils devaient se munir, désigner ceux qui devaient servir sous chaque étendard et leur assigner des chefs chargés de les entraîner.
Ce sont donc des critères politiques (éviter que l’armement de sujets puisse avoir des effets sur la domination de Florence) qui ont été pris en compte dans la création de la milice ; on peut ajouter qu’au-delà de la difficulté dont parle le texte, ce sont bien aussi des critères politiques qui ont amené à différer l’armement des citoyens florentins, prompts à s’en prendre les uns aux autres et dont une partie non négligeable, en particulier parmi les « premiers citoyens », n’avait qu’une confiance limitée dans la politique menée par Soderini.
Quant aux armes, celles qui leur sont fournies sont bien connues. Quant aux insignes, il a semblé bon que ce soient toutes des bannières portant le même emblème du lion, afin que tous vos hommes soient attachés à une même cause, n’aient d’autre objectif que l’emblème public, et deviennent ainsi ses partisans. Les champs sont distincts afin que chacun reconnaisse le sien ; ils sont numérotés afin que la ville puisse en tenir compte et les commander plus facilement.
Comme en héraldique, le mot champ fait ici référence à la couleur du fond des drapeaux.
Il fallait donner à ces drapeaux un nom de localité, et pour cela, il fallait soit redéfinir votre localité, soit reprendre ses anciens noms ; et comme il est divisé en capitaineries, vicariats, bailliages, communes et villages, il a semblé, si l’on voulait suivre l’un de ces ordres, de délimiter ces drapeaux en fonction des bailliages, les autres délimitations étant soit trop larges, soit trop étroites. C’est pourquoi on a attribué une bannière (bandiera) à chaque podesteria ; et pour deux, trois, quatre et cinq bannières, on a nommé un connétable chargé de les diriger selon la facilité de les rassembler et selon le nombre d’hommes inscrits sous ces bannières ; de sorte que les trente bannières que vous possédez sont placées sous l’autorité de onze connétables, et les lieux où ils sont affectés sont : Mugello, Firenzuola, Casentino, le Valdarno supérieur et inférieur, Pescia et la Lunigiana. Il semblait bon, encore qu’on ne l’ait pas fait, d’inscrire sous chaque bannière, c’est-à-dire dans chaque podesteria, le plus d’hommes possible, parce que, comme l’a dit messer Ercole Bentivoglio dans l’un de ses écrits, cet ordre doit vous servir toujours pour votre réputation et parfois pour les actions ; et un petit nombre d’hommes ne peut servir pour votre réputation et par ailleurs, pour les actions, on ne peut tirer un grand nombre d’hommes d’un petit, s’il le fallait, mais on peut bien en tirer un petit nombre d’un grand. Rien n’empêche non plus de maintenir en ordre, dans les villages, un nombre suffisant d’hommes, sans les obliger à effectuer plus de douze ou seize montres par an et en leur laissant toute liberté d’aller où ils veulent pour vaquer à leurs occupations.
Les règles à suivre, minutieusement établies, permettent également de faire connaître cette nouvelle façon de faire et de lui donner cette « réputation », dont il a déjà pointé la nécessité et le statut : au moins deux fois par an, en février et en septembre, il faut faire « de grosses montres » en divers lieux du territoire florentin.
C’est pourquoi il est plus prudent d’en avoir un grand nombre obéissant aux ordres, dans l’intention de ne pas avoir à intervenir ni à chasser de chez lui celui qui a une raison valable d’y rester, ou celui dont on sait qu’il est inutile. Ainsi, pour la réputation, un grand nombre est utile, mais pour l’action, un nombre plus restreint et de qualité l’est davantage : car on pourra toujours en faire un nouveau choix, et mieux encore après les avoir vus plusieurs fois en personne qu’en ne les ayant pas vus. Vous vous trouvez donc inscrits dans les lieux susmentionnés, et sous trente bannières et onze connétables, plus de cinq mille hommes ; vous avez fait une montre de mille deux cents hommes à Florence. Bien que nouvelles, les choses se sont déroulées de manière très ordonnée ; mais elles ne peuvent plus rester ainsi, car il faut soit que l’entreprise échoue, soit qu’elle sème le désordre : car, sans leur donner de chef et de guide, on ne peut tenir tête aux ennemis qui l’attaquent. Le chef qu’il faut leur donner, c’est faire une loi qui en dispose et une magistrature qui l’observe ; et dans cette loi il faut pourvoir à cela : que les inscrits soient bien ordonnés, qu’ils ne puissent pas nuire et qu’on les rémunère. Pour les maintenir disciplinés, il faut que ce magistrat ait le pouvoir de les punir et la faculté de le faire, et que la loi l’oblige à accomplir tout ce qui est essentiel à cette fin de telle sorte que, s’il négligeait de le faire, il causerait un préjudice ; il faut donc l’obliger à en maintenir un nombre suffisant pour garder les bannières et les connétables, à pourvoir aux armes, à leur faire faire des exercices et à les inspecter, à vérifier les comptes de chacun et à les radier, à certaines dates et à certains moments, puis à les réintégrer, en y mêlant quelque peu de religion pour les rendre plus obéissants.
L’administration de l’armée doit prendre toute sa place dans la temporalité républicaine, selon des formes de ritualisation qui ne sont pas sans rappeler les cérémonies traditionnelles liées à la rotation des charges. La temporalité de la milice n’est pas seulement celle de la guerre : elle relève aussi des temps et des rythmes de la vie de la cité. C’est sans doute une des raisons pour lesquelles émerge cet élément nouveau dans la Cagione : ce « quelque peu de religion ».
Le texte de la Provisione précisera également que, lors des deux « grandes montres » annuelles, il s’agira de « faire dire une messe solennelle du Saint-Esprit en un lieu où tous les hommes rassemblés puissent l’entendre ; et après ladite messe, la personne députée à cela doit leur dire les mots qui conviennent en semblable cérémonie ; et puis leur lire tout ce qu’ils doivent observer et leur demander de jurer solennellement en faisant toucher de la main, à chacun d’eux, le livre saint des Évangiles ». Ainsi apparaît, pour la première fois, par l’intermédiaire d’une réflexion sur la milice, le rôle politique de la religion.
Quant à ordonner qu’ils ne puissent nuire, il faut considérer qu’ils peuvent nuire de deux manières : soit entre eux, soit contre la ville. S’ils nuisent entre eux, ils peuvent se blesser mutuellement, ou se rassembler pour faire du mal, comme ils en ont l’habitude. Dans le premier cas, il convient de doubler leur peine, et surtout pour ceux qui blessent lors des foires ; mais s’ils blessent ailleurs, alors on pourrait appliquer les anciennes lois. S’ils organisaient des rassemblements publics, il faudrait faire une démonstration vive et grande contre celui qui en serait le chef ; et un seul exemple suffit longtemps dans la mémoire des hommes. Contre la ville, ces gens peuvent nuire de plusieurs manières : soit en se rebellant et en s’alliant à un étranger, soit en étant malmenés par un magistrat ou par un particulier. Quant à s’allier à un étranger, les hommes en poste dans les lieux susmentionnés ne peuvent le faire, de cela il ne faut pas douter. Quant à être malmenés par un magistrat, il est nécessaire d’organiser les choses de manière à ce qu’ils reconnaissent plusieurs supérieurs. Et en considérant en quoi ils doivent reconnaître leur supérieur, il me semble qu’ils doivent reconnaître celui qui les maintient en ordre chez eux, celui qui les commande à la guerre, et celui qui les rémunère. Et comme il serait dangereux qu’ils reconnaissent toutes ces autorités en un seul supérieur, il serait bon que ce nouveau magistrat les maintienne en ordre dans le pays ; que les Dix les commandent ensuite à la guerre ; et que les Seigneurs, les Collèges, les Dix et le nouveau magistrat les récompensent et les rémunèrent : ainsi, ils en viendraient toujours à confondre leur supérieur, et à reconnaître un supérieur public et non un supérieur privé. Et comme une multitude sans chef n’a jamais fait de mal, ou que si elle en fait, il est facile de la réprimer, il faut veiller sur les chefs à qui l’on confie continuellement les drapeaux pour les gouverner, afin qu’ils n’usent pas d’une autorité supérieure à ce qui leur revient ; autorité qu’ils peuvent acquérir de plusieurs manières : soit en restant continuellement à la tête de ces drapeaux, soit en y ayant des intérêts. Il faut donc veiller à ce que nul natif des lieux où se trouve une bannière, ou qui y possède une maison ou des biens, ne puisse la gouverner ; mais qu’on prenne des gens du Casentino pour le Mugiello, et pour le Casentino des gens du Mugiello. Et comme l’autorité s’acquiert avec le temps, il est bon de procéder chaque année à la rotation des connétables, de leur confier de nouvelles administrations et de leur interdire pendant quelques années l’accès à leurs premières administrations. Lorsque toutes ces choses seront bien ordonnées et mieux observées, il n’y aura pas lieu de douter. Quant à les récompenser, il n’est pas nécessaire d’y penser pour l’instant ; il suffirait seulement de leur conférer l’autorité, comme indiqué ci-dessus, puis de procéder aux récompenses au fur et à mesure, selon leurs mérites. Cet ordre bien établi dans la campagne doit nécessairement s’étendre peu à peu à la ville, et il sera très facile de l’y introduire et vous vous rendrez compte aussi quelle différence il y a entre avoir parmi ses citoyens des soldats par élection et non par corruption, comme vous les avez à présent ; parce que si quelqu’un n’a pas voulu obéir à son père et a été élevé dans les bordels, il deviendra soldat ; mais sortant d’écoles honnêtes et ayant une bonne éducation, ils pourront s’honorer eux-mêmes et honorer leur patrie. Il s’agit avant tout de commencer à donner de la réputation à cet apprentissage, ce qui adviendra nécessairement, en consolidant bien ces mesures qui ont été mises en place dans les campagnes.
Toutes les citations sont extraites de l’ouvrage de Jean-Louis Fournel et Jean-Claude Zancarini, <em>Machiavel. Une vie en guerres</em>, Passés Composés, 2020.
« Quelle page et quel livre vous aident à tenir, Benjamin Labatut ? »
En travaillant d'arrache-pied à un projet de scénario pour un film biographique, l'auteur du <em>Absalon, Absalon !</em> en était arrivé à une conclusion définitive : « Passons-nous du Général. »