Le secrétaire à la Défense américain, Pete Hegseth, a limogé hier, jeudi 2 avril, trois généraux de l’armée, dont le chef d’état-major de l’armée de terre, Randy A. George, le commandant général du Commandement de la transformation et de la formation de l’armée, David Hodne, et le chef des aumôniers de l’armée, William Green Jr.

Ces renvois simultanés, parmi les plus hauts niveaux de l’armée, constituent un fait extrêmement rare en temps de guerre.

  • Depuis sa nomination à la tête du Pentagone en janvier 2025, Hegseth a limogé ou demandé à au moins 17 hauts gradés de l’armée de démissionner — sans fournir de raison.
  • D’autres officiers, comme l’amiral Alvin Holsey, à la tête du Southern Command jusqu’en 2025, ont offert leur démission depuis 2025.
  • Holsey aurait « fait part de ses inquiétudes » concernant les frappes américaines sur des embarcations dans les Caraïbes dans le cadre de l’opération Lance du Sud, qui vise à lutter contre le trafic de drogue 1.

La démission de George soulève d’importantes questions relatives à la continuité de la chaîne de commandement de l’armée américaine, alors que celle-ci est en train de déployer 7 000 soldats au Moyen-Orient, et envisagerait d’envoyer 10 000 troupes supplémentaires dans le cadre de la guerre contre l’Iran 2.

  • En l’absence de raison donnée par le Pentagone, plusieurs sources évoquent la supposée proximité entre Randy George et le secrétaire à l’Armée Dan Driscoll comme potentiel motif ayant conduit Hegseth à exiger sa démission 3.
  • Driscoll — qualifié par Trump de « jeune homme brillant » dans un discours prononcé en juin dernier — entretient une relation conflictuelle de longue date avec Hegseth.
  • Il s’était notamment opposé, aux côtés de George, à une décision du secrétaire à la Défense de bloquer la promotion de quatre officiers de l’armée de terre au grade de général : deux africains-américains et deux femmes 4.
  • Hegseth avait déclaré par le passé être contre l’envoi de femmes au combat, avant de se rétracter peu de temps avant sa nomination. Il avait aussi appelé le gouvernement à soutenir un retour à un modèle « plus traditionnel » de la cellule familiale, marqué par « la nécessaire réhabilitation de la vocation de femme au foyer ».

S’il est trop tôt pour évaluer le potentiel impact opérationnel de ces limogeages sur la conduite de la guerre en Iran, qui pourrait voir le déploiement de troupes américaines au sol, le timing de cette décision suggère qu’elle pourrait s’inscrire dans la politique d’alignement idéologique au sein du Pentagone menée par Hegseth depuis un an.

  • Comme l’explique le journaliste britannique Matt Kennard : « Hegseth a déclaré son intention d’éliminer ce qu’il désigne comme “l’idéologie woke” et les initiatives en matière de diversité, d’équité et d’inclusion au sein de l’armée — une position qui suggère une volonté délibérée de tordre les garde-fous existants contre les affiliations extrémistes ».
  • Dans un discours prononcé en septembre, Hegseth avait affirmé vouloir apporter un « ethos guerrier » au Pentagone, qui se traduit notamment par une loyauté vouée non pas à la constitution ni aux États-Unis, mais à Trump en tant qu’individu.
Sources
  1. Eric Schmitt et Tyler Pager, « Head of the U.S. Military’s Southern Command Is Stepping Down, Officials Say », The New York Times, 16 octobre 2025.
  2. Costas Paris et Lara Seligman, « Pentagon Weighs Sending Another 10,000 Ground Troops to the Middle East », The Wall Street Journal, 26 mars 2026.
  3. Tom Nichols, « Hegseth’s War on America’s Military », The Atlantic, 2 avril 2026.
  4. Greg Jaffe, Helene Cooper et Eric Schmitt, « Hegseth Fires Army Chief Amid Battle With Its Leaders », The New York Times, 2 avril 2026.