Le ministère des Finances ukrainien estime que le pays a besoin de 52 milliards de dollars d’aide budgétaire directe cette année pour couvrir les dépenses du gouvernement, soit un montant équivalent à l’assistance perçue en 2025 (52,4 milliards) 1. Or, si la Hongrie continue d’opposer son veto au prêt européen de 90 milliards d’euros voté par les 27 en décembre dernier, Kiev pourrait se retrouver en incapacité d’assurer ses paiements.

Des estimations budgétaires partagées par des responsables ukrainiens hier, vendredi 27, indiquent que le pays n’est en mesure de couvrir ses dépenses que jusqu’en juin 2.

  • Les versements dans le cadre du prêt européen de 90 milliards d’euros, qui devaient débuter dès le mois prochain et durer jusqu’en 2027, ne devraient pas être débloqués avant les élections législatives hongroises prévues le 12 avril.
  • Même en cas de défaite de Viktor Orbán, le dirigeant slovaque Robert Fico a déclaré début mars qu’il « prendrait le relais de la Hongrie » pour continuer de bloquer le prêt 3.
  • La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a déclaré que le prêt sera approuvé « d’une manière ou d’une autre ».

Les versements des prochaines tranches du prêt de 8 milliard de dollars du Fonds monétaire international (FMI) approuvé en février pourraient eux aussi être menacés, alors que le Parlement ukrainien est réticent à modifier sa législation fiscale pour honorer les engagements pris par le gouvernement.

  • Le programme conclu avec le FMI prévoit notamment l’imposition des revenus issus des plateformes numériques, la suppression de certaines exonérations de TVA pour les contribuables au régime simplifié au-delà d’un seuil à partir de 2027, la suppression d’avantages fiscaux sur les importations de faible valeur, ainsi que l’instauration permanente d’une taxe militaire portée à 5 % 4.
  • Le gouvernement ukrainien a jusqu’au mois de juin pour mettre en œuvre ces réformes et débloquer le versement de la deuxième tranche, après un premier décaissement début mars pour un montant de 1,5 milliard de dollars.

Pour Kiev, cette pression fiscale vient s’ajouter à une situation militaire dégradée.

  • La guerre israélo-américaine contre l’Iran menace la livraison par Washington de missiles intercepteurs financés par les pays membres de l’OTAN dans le cadre du programme PURL (Prioritized Ukraine Requirements List).
  • Les États-Unis ne fournissent plus d’aide militaire directe à l’Ukraine depuis l’an dernier mais ce programme permet de maintenir l’acheminement vers l’Ukraine d’équipements spécifiques, comme les intercepteurs Patriot, dont Kiev dépend pour protéger ses villes contre les frappes aériennes russes.
  • Des sources américaines ont indiqué jeudi 26 que le Pentagone considérait réorienter vers le Moyen-Orient des armes destinées à l’Ukraine, dans le cadre de sa campagne militaire contre l’Iran 5.

Si Kiev ne reçoit aucune nouvelle aide financière directe d’ici le mois de juin, le gouverneur de la Banque centrale ukrainienne, Andriy Pyshnyi, a déclaré que l’institution reprendrait ses prêts directs au ministère des Finances, ce qui pourrait conduire à une hausse de l’inflation.