Le progressisme IA a trouvé son discours fondateur
Pour le sénateur de Géorgie, l’angoisse provoquée par l’IA permet aux démocrates de tourner la page du trumpisme.
Nous le traduisons et commentons.
- Auteur
- Le Grand Continent •
- Image
- © Jamie Godin/ZUMA Press Wire
Hier, 13 septembre 2026, un mois jour pour jour avant l’ouverture du vote anticipé pour les élections de mi-mandat, le sénateur démocrate de Géorgie Jon Ossoff a tenu un meeting à Athens, ville universitaire au nord-est d’Atlanta, aux côtés de Keisha Lance Bottoms, ancienne maire d’Atlanta et candidate au poste de gouverneur.
Ossoff, élu en janvier 2021 lors du second tour qui avait donné la majorité du Sénat aux démocrates, brigue un second mandat face au représentant républicain Mike Collins, soutenu par Donald Trump. Son siège est l’un des rares que les démocrates défendent dans un État remporté par Trump en 2024. À 39 ans, Ossoff est aussi une des figures montantes du parti démocrate en vue de la présidentielle de 2028.
Si nous avons décidé de publier la traduction intégrale et commentée de ce discours, c’est moins par sa dimension politique interne que par la cristallisation qu’il fait apparaître d’une nouvelle politisation de l’IA, dont nous ne devons pas sous-estimer l’impact.
Dans les trente-sept minutes de sa prise de parole, Jon Ossoff suit la trame désormais rodée de ses meetings.
La vie chère et la guerre contre l’Iran : « [Trump] avait promis de faire baisser les prix dès le premier jour, et il avait aussi promis la paix. Au lieu de quoi le commandant en chef qui s’est dérobé à la conscription se bâtit un monument à lui-même tout en nous enfonçant dans une guerre qu’il ne sait ni terminer ni gagner. La plus grande débâcle de politique étrangère depuis l’Irak. »
Le coût de la santé et les inégalités (« Des malades du cancer qui perdent leur assurance pendant que les riches obtiennent une nouvelle baisse d’impôts. »), la corruption de la famille Trump (« Pendant que le monde brûle et que vous payez tout plus cher, vos impôts deviennent la fortune de la famille royale, parce que ça rapporte d’être un Trump. Surtout quand le monde entier sait que papa est un escroc. Un demi-milliard versé par le chef du renseignement émirati… La mafia de Mar-a-Lago a vraiment porté la corruption américaine à des sommets spectaculaires. »).
La réforme du financement de la vie politique (« Avant même l’arrivée [de Donald Trump], la politique américaine fonctionnait comme un distributeur à pièces. L’argent entre, les faveurs sortent. »), la polarisation et les maires républicains ralliés à sa campagne (« Les ouragans, le diabète et les fuites de gaz ne vérifient pas votre affiliation partisane quand ils frappent. Et quand il s’agit de servir la Géorgie, moi non plus. »).
Mais c’est dans la péroraison conclusive adressée à ses deux filles portant sur l’intelligence artificielle qu’apparaît une thématique véritablement nouvelle : « Cette semaine, on nous a de nouveau mis en garde contre un risque existentiel pour l’espèce humaine. Vous avez vu ça ? Et ce qui nous remplit d’effroi, c’est l’accablante faiblesse de notre politique face aux enjeux immenses de notre époque. Les titans de la tech creusent des bunkers tout en nous avertissant que la nouvelle intelligence qu’ils créent risque de provoquer l’extinction de l’humanité. Le Congrès débat du sport chez les jeunes, et le président construit une salle de bal. Un establishment vieillissant, à peine capable d’envoyer un e-mail, avance en somnambule dans une révolution technologique, tandis que le président démantèle les précautions et nous traite d’imbéciles parce que nous nous inquiétons ».
Lors d’un précédent meeting à Atlanta, tenu le 16 août, Ossoff traitait le sujet technologique d’une manière marginale, au détour d’un court développement. En moins d’un mois, l’IA est devenue une question de politique intérieure de premier plan.
Nous pouvons retracer la chronologie des événements.
Le 21 juillet, OpenAI reconnaît que l’un de ses modèles de recherche interne, au cours de deux mois de tests de sécurité informatique, a contourné son propre environnement de test, obtenu un accès à Internet, ouvert des canaux de communication clandestins entre agents et, enfin, compromis les serveurs de Hugging Face, la plus grande plateforme mondiale de modèles d’IA. Le rapport publié le 26 août parle d’un « coup de semonce » et décrit des agents qui trichent, s’obstinent, se coordonnent et entreprennent « des actions dangereuses qu’aucun être humain n’a ordonnées ».
Le 8 septembre, Jacob Coxon, ancien chercheur chez Anthropic et OpenAI, publie un post sur X dans lequel il annonce sa démission, en affirmant que « ceux qui développent l’IA croient sincèrement qu’elle pourrait tous nous tuer d’ici la fin de la décennie ». Avec plus de 150 millions de vues en deux jours, ce message est repris par plusieurs chercheurs d’Anthropic, d’OpenAI et de DeepMind, qui confirment partager cette crainte, exprimée dès le 6 septembre par Jakub Pachocki, le directeur de la recherche d’OpenAI, et relayée le 12 septembre par Dario Amodei, le PDG d’Anthropic, dans un long texte appelant l’industrie à ralentir.
Le 10 septembre, le Sénat a ouvert une enquête sur l’incident de Hugging Face. Le 3 septembre, Bernie Sanders avait annoncé un projet de loi, élaboré avec le député texan Greg Casar, visant à suspendre le développement de l’IA avancée et à interdire purement et simplement la superintelligence.
Lors d’une collecte de fonds privée aux côtés de Hakeem Jeffries, le chef de file des démocrates à la Chambre des représentants, Barack Obama a déclaré que s’il se présentait à l’élection présidentielle en 2028, l’IA serait « l’un de [ses] thèmes centraux » et qu’il aurait préparé « un plan très clair », tout en avertissant que cette technologie ne peut plus être « remise dans sa boîte ».
Face à cette mobilisation large de l’opinion publique qui se configure de plus en plus sous la forme du populisme IA, le président des États-Unis reste étonnement taiseux. Donald Trump a répondu hier qu’il n’est « pas inquiet d’une quelconque menace existentielle » et que la seule chose qui compte est de garder l’avance sur la Chine, position que le président de la Chambre Mike Johnson partage pour refuser toute session d’urgence du Congrès.
Contrairement à Sanders, Ossoff ne propose pas d’arrêter la technologie, mais il propose un rôle institutionnel proactif face à une demande de plus en plus générale et bipartisane de protection : « Un président compétent agirait sans délai pour protéger et rassurer le peuple américain. Il dépêcherait des inspecteurs dans les laboratoires de pointe, il fortifierait la nation contre le bioterrorisme, il exigerait une législation du Congrès et il conduirait le monde vers un traité sur l’IA. Mais le président Trump est compromis. Un Congrès compétent mobiliserait chacune de ses commissions, pour enquêter et légiférer, afin d’agir vite et avec discernement. Ces PDG seraient sous serment dès la semaine prochaine. Au lieu de quoi le président et le président de la Chambre restent les bras croisés en espérant que tout se passera bien. »
En assignant aux États-Unis le rôle de retenue que la doctrine de Thiel dénonce comme l’œuvre de l’Antéchrist, Ossoff renverse le katéchon contre ses théoriciens et fait apparaître l’abstention de Trump pour ce qu’elle est dans sa propre logique, le choix de laisser la retenue aux apocalyptiques et donc d’accélérer vers le chaos.
« Car, Athens, je refuse de laisser à mes filles un monde aussi sombre, aussi dangereux et aussi cruel que celui-ci menace de devenir. Et je ne cesse d’y penser. Je refuse qu’Eva et Laya grandissent avec des amis et des professeurs artificiels, dans une société où les malades meurent faute d’argent alors que le remède existe, sur une planète empoisonnée qui se réarme pour une guerre mondiale, où la vie humaine ne vaut rien et où la loi du plus fort prévaut. »
Athens ! Merci à toutes et à tous d’être venus aujourd’hui. Et merci à Mademoiselle Ella Coker pour cette aimable présentation. Un tonnerre d’applaudissements pour Ella.
Que chaque ancien combattant, chaque militaire d’active, chaque conjoint de militaire lève bien haut la main, si vous le pouvez, et la garde levée, pour que nous vous rendions tous hommage pour votre service à notre pays. Merci infiniment. Merci.
Athens, les bureaux de vote ouvrent dans un mois. Un mois avant le vote anticipé. Un mois avant que vous puissiez déposer votre bulletin pour sauver notre République. Athens, tournez-vous vers votre voisin et dites-lui « un mois ». Dites-lui « on se mobilise ». On se mobilise.
Parce que, Athens, le pays compte de nouveau sur nous. Et les foules que j’ai vues depuis un an dans des rallies comme celui-ci, dans des jardins et des salons partout dans notre État, et l’armée de bénévoles qui frappe déjà à des dizaines de milliers de portes chaque semaine, tout cela ne laisse aucun doute. La Géorgie s’apprête à écrire de nouveau l’histoire. Athens, êtes-vous prêts à gagner ?
Un réquisitoire contre Donald Trump et son clan
Je sais que beaucoup d’entre vous sont ici aujourd’hui parce qu’ils ne supportent plus ce qu’on a fait à notre pays. Notre gouvernement tout entier a été transformé en instrument corrompu au service de la vengeance, du pouvoir et de la fortune d’un seul homme. Les critiques du président sont poursuivis en justice ou chassés des antennes à force d’intimidation. Les prix s’envolent pendant que le président engrange des milliards. Des malades du cancer perdent leur assurance pendant que les riches obtiennent une nouvelle baisse d’impôts. Nous nous enfonçons dans les sables mouvants d’une guerre irresponsable. Pendant que des familles immigrées sont déchirées et que les prisons privées s’agrandissent et s’enfoncent dans la misère, le ministère de la Justice et même nos services de renseignement sont détournés pour servir les vendettas du président.
Mais dans un mois, à Athens, nous voterons pour lui infliger un désaveu si cinglant qu’aucun président n’osera plus de tels abus avant des siècles.
Dans un mois, nous voterons pour battre le député sectaire, la marionnette de Trump, Mike Collins. Dans un mois, notre rouleau compresseur, la campagne coordonnée démocrate, ira chercher les électeurs pour élire Josh McLaurin, Penny Brown Reynolds, Tanya Miller et tous les démocrates du bulletin de vote, partout dans notre État. Et dans un mois, nous voterons pour élire une gouverneure qui étendra Medicaid, la gouverneure Bottoms, et pour mettre fin à l’état d’urgence sanitaire de notre État.
Josh McLaurin, Penny Brown Reynolds et Tanya Miller sont les candidats démocrates aux postes de vice-gouverneur, de procureur général et de secrétaire d’État de Géorgie. Ils seront élus le même jour que le gouverneur. Medicaid est l’assurance santé publique des Américains les plus modestes. La loi Obama de 2010 permettait aux États d’en étendre la couverture avec un financement fédéral presque intégral. La Géorgie, gouvernée par les républicains, fait partie de la dizaine d’États qui ont toujours refusé cette extension, laissant ainsi plusieurs centaines de milliers de Géorgiens sans assurance. L’extension de Medicaid est l’engagement central de la campagne de Keisha Lance Bottoms.
D’ici là, Athens, nous avons besoin de vous. Pour notre État, pour notre pays, et bien plus que pour moi. Parce que certaines personnes ont simplement la chance de vivre à l’époque et à l’endroit où l’histoire s’écrit. Et cette année, une fois encore, c’est nous. Alors, Athens, êtes-vous prêts à travailler ?
Maintenant, si vous êtes prêts à gagner, faisons vite une chose. Sortez vos téléphones. Je veux vous voir les brandir en l’air. Voilà quelque chose que vous pouvez faire tout de suite pour changer les choses. Montrez-moi ces téléphones une fois qu’ils sont en l’air. Très bien. Très bien. Maintenant, vous allez créer un nouveau SMS. D’accord ? Je suis sérieux. Vous allez créer un nouveau SMS. Je vais vous donner le numéro auquel vous allez l’envoyer. Vous êtes prêts ? Le numéro est le 51015. 51015. Vous allez envoyer le mot JOIN à ce numéro. Maintenant, relevez les mains et les téléphones quand vous aurez envoyé JOIN au 51015. Ça y est ? Vous l’avez fait ? Bien. Parce qu’il va falloir chacun d’entre nous, à Athènes. Il va falloir que nous soyons tous présents.
Souvenez-vous, Trump avait promis de faire baisser les prix dès le premier jour. Mais la semaine dernière, le vieil homme a passé deux jours en fête au Texas. Alors que faire le plein de son pick-up, remplir son frigo et alimenter sa maison n’a jamais coûté aussi cher sous le président raté Donald J. Trump, l’alimentation, le diesel et les soins de santé viennent tous d’atteindre leurs records historiques. Ils ont doublé vos primes d’assurance et réduit les aides de Medicaid pour baisser les impôts de leurs donateurs du monde des affaires et des ultra-riches. Ils vous ont fait payer plus cher pour tout. Ils nous ont menti pour nous entraîner dans une guerre et ont passé l’essentiel de l’année écoulée à couvrir le pédophile le plus célèbre du monde. Tout cela pendant que le président et sa famille d’escrocs engrangeaient des milliards venus du monde entier.
Le « pédophile le plus célèbre du monde » désigne Jeffrey Epstein. Le refus de l’administration Trump de publier l’intégralité des dossiers de l’enquête, après avoir promis de le faire, reste un sujet de clivage profond au sein de la base trumpiste.
Il avait promis de faire baisser les prix dès le premier jour, et il avait aussi promis la paix. Au lieu de quoi le commandant en chef qui s’est dérobé à la conscription se bâtit un monument à lui-même tout en nous enfonçant dans une guerre qu’il ne sait ni terminer ni gagner. La plus grande débâcle de politique étrangère depuis l’Irak. Et, une fois de plus, une guerre fondée sur des mensonges.
Le quatrième jour, le président a proclamé la victoire. Le onzième jour, Trump a déclaré, je cite, « la guerre est très complète ». Le jour 13, il a déclaré : « Nous avons gagné. » Jour 21 : « On y est presque. » Le jour 32, « nous partons très bientôt ». Le jour 40, le président a proclamé une « victoire totale et complète ». Et ce mercredi, ce sera le jour 200. Dix-huit Américains sont morts et des centaines ont été blessés. Le président qualifie cela de « broutilles ». L’Iran a toujours son uranium, ses drones et ses missiles, et le détroit d’Ormuz reste fermé. Ils ont vidé nos stocks d’armes pour ne rien obtenir.
Et pendant que Pete Hegseth dilapide notre puissance militaire, son Pentagone canalise votre argent vers la première famille. Écoutez bien ça. Cinq jours après la réélection de son père, le prince Don Jr. devient associé de 1789 Capital, un fonds de capital-risque fondé par des militants de la droite dure et des donateurs de Trump. 1789 Capital prend ensuite une participation dans Vulcan Elements, une minuscule start-up qui affirme vouloir produire les aimants de haute technologie nécessaires aux drones, aux missiles et aux satellites. Et environ un mois après que le fonds de Don Jr. a pris sa participation dans Vulcan Elements, des responsables du Pentagone apprennent que Peter Navarro, un criminel condamné, ami proche de Don Jr. et haut responsable de la Maison-Blanche, veut que le Pentagone utilise vos impôts pour financer Vulcan Elements. Un responsable du Pentagone a déclaré : « L’appel est venu de la Maison-Blanche. Il faut que ça se fasse. » Et, pour être clair, « que ça se fasse » signifie canaliser l’argent des contribuables vers l’investissement du fils du président.
L’affaire Vulcan Elements, révélée par la presse à l’automne 2025, est l’un des exemples récurrents utilisés par Ossoff pour illustrer l’enrichissement de la famille présidentielle. Peter Navarro, conseiller au commerce de la Maison-Blanche, a purgé en 2024 une peine de quatre mois de prison pour avoir refusé de témoigner devant la commission d’enquête du Congrès sur l’assaut du Capitole.
Et donc, bien sûr, comme une horloge, le 21 novembre, trois mois seulement après que Don Jr. et ses amis ont acheté leur participation, Vulcan reçoit un prêt de 620 millions de dollars, financé par le contribuable, du Pentagone de Pete Hegseth, payé avec votre argent. Voyez-vous, pendant que le monde brûle et que vous payez tout plus cher, vos impôts deviennent la fortune de la famille royale, parce que ça rapporte d’être un Trump. Surtout quand le monde entier sait que papa est un escroc.
Un demi-milliard versé par le chef du renseignement émirati à l’entreprise de cryptomonnaies de la famille Trump, quelques mois avant que l’administration n’accorde aux Émirats l’accès à nos puces d’IA les plus sensibles. 1,6 milliard de dollars de votre argent pour soutenir les intérêts miniers des fils Trump au Kazakhstan. Jared Kushner sur la feuille de paie des Saoudiens pendant qu’il fait semblant de diriger notre diplomatie au Moyen-Orient. Et ainsi de suite. La mafia de Mar-a-Lago a vraiment porté la corruption américaine à des sommets spectaculaires.
Mais Athens, la corruption de la vie politique américaine va bien plus loin que Donald Trump. Et voyez-vous, je comprends pourquoi des gens ont voté pour lui. Parce qu’avant même son arrivée, la politique américaine fonctionnait comme un distributeur à pièces. L’argent entre, les faveurs sortent. Elle tourne à l’argent des entreprises, à l’argent secret, à l’argent des milliardaires, des deux côtés. Oui, des deux côtés. Et quand les membres du Congrès ne sont pas en train de lever des fonds auprès des lobbyistes et des comités d’entreprise, ils essaient d’éviter de se faire bombarder par ces super PAC. Une fortune spectaculaire achète une part toujours plus grande du pouvoir sur nos affaires nationales. Et cette corruption est la raison pour laquelle rien ne fonctionne pour les gens ordinaires. C’est pour cela que vous payez une fortune pour vos médicaments. C’est pour cela que votre assureur s’en tire en vous refusant votre traitement contre le cancer après que vous avez payé vos cotisations pendant des décennies.
Les super PAC sont des comités d’action politique autorisés depuis 2010 à lever et à dépenser des sommes illimitées pour soutenir ou attaquer un candidat, à condition de ne pas se coordonner officiellement avec lui. Ils financent notamment d’importantes campagnes de publicité négative d’où l’image des parlementaires qui craignent de « se faire bombarder ».
Alors Trump a promis de s’attaquer à un système en panne. Je comprends. Une cible facile. Oui, le système est vraiment truqué, mais il ne travaille pas à le rendre moins truqué, il le retruque à son profit.
Jeu de mot difficile à rendre en français. « So Trump promised to attack a broken system. I get it. Ripe target. Yes, the system really is rigged, but he’s not unrigging it. He’s rerigging it for himself. »
Alors comment détruquer la politique américaine ? Eh bien, d’abord, on suit l’argent. Voyez-vous, Citizens United a été la décision la plus destructrice de la Cour suprême dans l’histoire américaine moderne. Et l’ascension de Donald Trump est un symptôme de cette maladie plus profonde. Et je soupçonne que beaucoup d’entre vous sont ici parce que vous savez que notre tâche consiste à contenir sa malfaisance et, au-delà, à guérir la pourriture qui l’a fait naître. Que ce moment, ce moment brisé, ouvre la voie à une réformation, bien plus qu’à une restauration.
Citizens United v. FEC est l’arrêt par lequel, en janvier 2010, la Cour suprême a jugé que limiter les dépenses politiques indépendantes des entreprises et des syndicats violait la liberté d’expression. Renverser les effets de Citizens United par un amendement constitutionnel est une revendication ancienne de la gauche démocrate, Ossoff en fait le cœur de son programme de réforme.
Qui peut sérieusement soutenir que des financements politiques secrets et illimités devraient infléchir dans l’ombre l’agenda de la nation ? À Athènes ou à Albany, à Columbus ou à College Park, si je demande à n’importe qui, démocrate, indépendant ou républicain, si c’est ainsi que les choses devraient fonctionner, la réponse est non, peu importe qui il est. Et pourtant, les défenseurs de financements politiques secrets sortent du bois pour les défendre. Ils perdront le débat. Et si un amendement constitutionnel est nécessaire pour mettre fin à Citizens United, nous nous battrons pour une Géorgie unie afin de le ratifier.
Une coalition pour gagner en Georgie
Chaque jour, notre vague grandit et notre mouvement s’élargit. Cette campagne ne concerne pas seulement les démocrates. Des gens viennent me voir dans les aéroports ou dans la rue. Ils me disent qu’ils ont été républicains toute leur vie, mais qu’ils voteront pour un démocrate pour la première fois cette année.
Là-bas, à Valdosta, le maire est Scott James Matheson, un républicain conservateur de toujours. Nous avons étendu ensemble le réseau de transport de la ville. Nous avons également modernisé la base aérienne de Moody. Quand l’ouragan Helene a frappé, je l’ai appelé en pleine nuit pour prendre des nouvelles de la ville. Et quand la tempête s’est éloignée, j’étais là, à ses côtés, à faire du porte-à-porte pour aider les habitants. Nous avons servi des repas chauds à des personnes qui venaient de perdre leur maison. De retour à Washington, j’ai obtenu l’aide fédérale pour les sinistrés du sud de la Géorgie. Aujourd’hui, j’ai l’honneur d’avoir le soutien du maire républicain conservateur Matheson dans cette campagne de réélection.
Presque chaque semaine, j’appelle des maires, des pasteurs et des agriculteurs de Géorgie pour savoir comment je peux les aider. Un jour, j’ai appelé la maire Julie Smith, un peu plus haut sur la route de Valdosta, à Tifton. La maire Smith est républicaine elle aussi. Elle m’a dit que l’hôpital de Tifton avait besoin de nouveaux équipements de dialyse. Elle m’a expliqué que le centre de dialyse de Tifton dessert douze comtés du sud de la Géorgie et qu’il ne parvenait tout simplement pas à répondre à la demande. J’ai donc obtenu les fonds nécessaires pour moderniser cette clinique du sud de la Géorgie, qui peut maintenant accueillir deux cents patients dialysés. La maire républicaine Julie Smith soutient cette campagne, elle aussi.
À Toccoa, dans le nord de l’État, la maire d’alors, Gail Fry, une autre républicaine de Géorgie, m’a dit que les conduites de gaz de la ville s’usaient et qu’une fuite pouvait mettre des vies en danger. Il fallait agir vite pour remplacer des kilomètres de tuyaux vétustes. J’ai donc obtenu les fonds nécessaires pour les nouvelles conduites de gaz de Toccoa. Et Gail Fry, la républicaine de Géorgie, soutient cette campagne, elle aussi.
Parce que, voyez-vous, les ouragans, le diabète et les fuites de gaz ne tiennent pas compte de votre affiliation partisane quand ils frappent. Et quand il s’agit de servir la Géorgie, je n’en fais pas davantage.
Mais il y a une autre raison pour laquelle tant de républicains soutiennent notre campagne. Cette raison, c’est le député sectaire Mike Collins, qui n’est député que parce que son père l’était, et qui est entouré de néonazis et de nationalistes blancs au travail comme à la maison.
Voyez-vous, Brian Kemp avait raison au sujet de Mike. Il y a une raison pour laquelle Rick Jackson refuse de faire campagne avec lui. Brad Raffensperger refuse également de le soutenir.
Il y a une raison pour laquelle l’animateur de radio conservateur de WSB, Shelley Wynter, a qualifié Mike de « charognard ».
Il y a une raison pour laquelle le coach Dooley a condamné, je cite, « la corruption flagrante aux frais du contribuable » de Mike, et a dit que son « comportement répugnant ne représente pas les valeurs de la Géorgie, ni franchement aucune valeur ». Erick Erickson a dit que Mike avait « sciemment embauché un sociopathe au casier judiciaire chargé, soupçonné d’avoir utilisé vos impôts et les miens pour entretenir sa petite amie ». Il y a une raison pour laquelle l’un des fondateurs du Tea Party a déclaré cet été : « Je ne peux pas, en conscience, voter pour Mike Collins. Il est inapte à exercer une fonction publique », et a averti que Collins allait « entraîner dans sa chute toute la liste républicaine en Géorgie ».
Tous les noms cités ici sont républicains. Brian Kemp, gouverneur de Géorgie, avait refusé de se présenter au Sénat et avait émis des réserves quant à la candidature de Collins. Rick Jackson est le candidat républicain au poste de gouverneur. Brad Raffensperger, secrétaire d’État de Géorgie, est connu pour avoir résisté en janvier 2021 à la demande de Trump de trouver 11 780 voix, soit une de plus que la marge de victoire de Joe Biden en Géorgie. Shelley Wynter anime une émission sur WSB, la grande radio conservatrice d’Atlanta. Le « coach Dooley » fait référence à la famille de Vince Dooley, entraîneur légendaire de l’équipe de football de l’université de Géorgie, dont le stade d’Athens porte le nom. Erick Erickson est l’un des commentateurs conservateurs les plus écoutés de l’État.
La raison est que Mike Collins est un sectaire notoire, visé par une enquête fédérale pour usage illégal de deniers publics. Il est largement connu pour la faiblesse de son caractère et de son intégrité, et est inapte à toute fonction élective aux États-Unis. Aujourd’hui, le sectaire veut une promotion à Athens, mais nous mettrons fin à sa carrière à la place.
À une heure de route d’ici se trouve l’hôpital St. Mary’s de Lavonia, qui vient de fermer sa maternité en invoquant les coupes dans Medicaid, coupes auxquelles Mike Collins a contribué en votant pour financer des baisses d’impôts pour les riches. Ainsi, grâce à lui, les femmes de sa circonscription sur le point d’accoucher doivent rouler une heure, en plein travail, pour rejoindre une maternité. La Géorgie a déjà perdu vingt et un hôpitaux en vingt ans, l’espérance de vie d’un enfant né aujourd’hui dans cet État est plus courte que celle d’un enfant né au Liban et, grâce aux attaques de Donald Trump et de Mike Collins contre l’Affordable Care Act, 300 000 Géorgiens ont perdu leur assurance santé cette année et un million ont vu leurs primes doubler. Honte, honte, honte, honte, honte.
L’Affordable Care Act est la loi sur l’assurance santé promulguée par Obama en 2010. Les subventions renforcées qui permettaient de réduire le montant des primes des contrats souscrits sur ces marchés ont expiré à la fin de l’année 2025, la majorité républicaine ayant refusé de les prolonger. La loi budgétaire de l’été 2025 (Big Beautiful Bill) a réduit le financement de Medicaid. Ossoff avait déposé un amendement au Sénat pour prolonger les subventions, mais il a été rejeté par les républicains. La fermeture de maternités rurales est l’un des effets les plus visibles de ces coupes en Géorgie.
Qu’est-ce qui peut pousser un homme, aussi gâté et haineux soit-il, comme le fils du député Mike Collins, à voter pour la fermeture d’une maternité dans sa propre circonscription ou pour le doublement des primes d’assurance de ses propres électeurs ? Ce n’est pas seulement l’argent qui a corrompu notre politique. Il y a aussi une corruption morale. L’indifférence cynique des puissants. Voilà le mal.
Voyez-vous, ma permanence est connue pour la qualité de son service. Ce qui me stupéfie, c’est à quel point les gens sont surpris d’être bien traités. Nancy Lancey a 81 ans et habite à Jesup. Son mari est décédé des suites de longues années de démence. Elle était épuisée et seule. Ses affaires de veuve étaient toutes prises dans ce labyrinthe bureaucratique, du ministère des Anciens Combattants au fisc et à la Sécurité sociale. Alors, nous nous sommes occupés de tout pour elle. Je n’oublierai jamais ce qu’elle en a dit. Elle a déclaré : « C’était une expérience nouvelle que quelqu’un se soucie de moi. » Une expérience nouvelle que quelqu’un se soucie d’elle.
Comment en est-on arrivé à ce que l’expérience d’une attention sincère soit si rare et surprenante pour tant d’Américains ? L’indifférence officielle et le mépris des entreprises sont devenus systémiques. Quand des millions de gens sont à une facture médicale, à une paie en retard ou à un alternateur en panne du désastre, vous travaillez de plus en plus dur, mais le tapis roulant va de plus en plus vite et il est de plus en plus raide, et les factures grimpent toujours plus haut. Une semaine de soixante heures et il faut encore utiliser des bons alimentaires. Allons ! Ou ce voyage dont vous rêviez, rayé pour de bon. Et au lieu de lire à votre fille son livre préféré, cette précieuse heure de liberté après le travail, vous la passez au téléphone à supplier l’assurance de rembourser le médicament qui prévient ses crises d’épilepsie. L’armée a perdu les documents dont vous avez besoin pour faire valoir vos droits d’ancien combattant, et il faut un an et douze appels pour que la situation soit régularisée. Vous signalez la moisissure noire à votre propriétaire, qui ne répare pas la fuite. Et l’ambulance pour la crise d’asthme de votre enfant est suivie d’une facture de 3 000 dollars.
Et la situation est encore pire pour les plus vulnérables. Vous avez peut-être vu mon enquête sur les familles d’accueil en Géorgie. En quatre ans seulement, des centaines d’enfants géorgiens ont probablement été livrés à la traite sexuelle alors qu’ils étaient sous la garde de l’État. Beaucoup d’autres ont été maltraités et négligés. Des enfants confiés à l’État.
Rachel Aldridge a témoigné au sujet de sa fille de deux ans, Brooklyn. Malgré les objections répétées de Rachel, les services de protection de l’enfance de Géorgie avaient placé la petite Brooklyn chez son père et sa compagne, malgré leurs antécédents judiciaires. Les fonctionnaires de l’État ont ignoré les supplications de Rachel. Ils ont sauté les vérifications d’antécédents obligatoires. Deux mois plus tard, la précieuse, parfaite et irremplaçable petite fille de deux ans de Rachel était morte. Quand elle a témoigné devant ma commission, Rachel a dit qu’elle avait pris l’avion pour la première fois de sa vie, uniquement pour pouvoir raconter son histoire à des sénateurs. Elle nous a suppliés : « S’il vous plaît, souvenez-vous de Brooklyn. »
Tiffany, une jeune femme, est restée huit mois sans visite d’un travailleur social dans un établissement psychiatrique fermé. On lui y injectait des sédatifs de force, elle y a été logée dans des foyers dont le personnel se droguait, et elle y a été agressée sexuellement. Elle a témoigné que son nouveau-né avait passé trois semaines en soins intensifs néonatals, puis les six semaines suivantes de sa toute jeune vie dans un centre d’hébergement d’urgence, car les services de l’État n’arrivaient pas à leur trouver une place. Pendant ce temps, Tiffany est restée six mois après l’accouchement sans voir de gynécologue.
Écoutez bien ça. Les services de protection de l’enfance de Géorgie sont tellement délabrés qu’ils ne disposent pas de places suffisantes pour les enfants ayant des besoins particuliers. Des juges pour enfants ont témoigné que la directrice de ces services avait essayé d’enfermer ces enfants dans des prisons pour mineurs. Mais les juges ont refusé et m’ont informé de la situation. Ils ont tenté d’emprisonner des enfants handicapés. Et quand mon enquête a révélé tout cela, quand nous avons tenu des auditions au Sénat et tout exposé, au lieu de démissionner ou au moins d’agir pour réparer, les responsables de l’État se sont réfugiés dans le déni, la communication et la contre-attaque.
Parce que les enfants placés n’ont ni lobbyistes ni super PAC. Pas plus que les femmes soumises à des sévices médicaux dans les centres de rétention pour étrangers en situation irrégulière. Pas plus que les détenues agressées sexuellement par le directeur et l’aumônier de leur prison fédérale ou que la jeune famille de militaires négligée par le prestataire de défense qui détient un bail de cinquante ans sur les logements privatisés de Fort Gordon. Mais ils méritent des dirigeants qui les voient et qui exposent ceux qui les maltraitent. Et c’est exactement ce que je continuerai de faire.
Parce que nous sommes tous dans le même bateau. Chaque jour, je pense au représentant Lewis. Son portrait est accroché juste au-dessus de mon bureau, au Sénat. Et jusqu’à ses derniers instants, il n’a cessé de nous rappeler que nous vivons tous dans une seule et même maison américaine, dans une seule et même maison-monde. Vous vous souvenez ? John Lewis appelait cela la vérité inéluctable : nous sommes tous membres d’une seule et même famille humaine.
John Lewis, l’un des dirigeants du mouvement des droits civiques aux côtés de Martin Luther King, a représenté Atlanta à la Chambre des représentants des États-Unis de 1987 jusqu’à sa mort en juillet 2020. Ossoff, qui a effectué un stage dans son bureau à l’âge de seize ans, le présente comme son mentor. La formule du monde comme d’une seule « world house » vient de Martin Luther King.
Et je soupçonne que beaucoup d’entre vous sont ici aujourd’hui parce que la souffrance que tant de nos semblables endurent en ce moment vous trouble profondément. La terreur d’un enfant qui voit la police de l’immigration emmener sa mère. Le désespoir d’un malade du cancer qui perd sa couverture sociale en plein traitement. La panique silencieuse d’une grand-mère qui regarde le ticket de caisse de ses courses et se souvient qu’il reste trois semaines avant la date d’émission de sa prochaine pension de retraite. Et cette douleur dans votre cœur, ce creux dans votre estomac, ne les ignorez pas. Ne vous contentez pas de faire défiler l’écran. Ressentez-les. Transformez-les en action. Parce que ce sentiment est ce qui nous rappelle que nous sommes tous humains. Que nous sommes bien plus que des États-Unis. Nous sommes un peuple uni. E pluribus unum. De plusieurs, un. De plusieurs, un.
Ce sentiment a poussé des milliers de personnes à lacer leurs chaussures et à marcher aux côtés de John Lewis. C’est ce qui a transformé une Grande Dépression en retraite garantie et en salaire minimum. C’est aussi ce qui a animé les patriotes de Géorgie qui ont tenu tête à un roi tyrannique à Savannah et à Kettle Creek. Quelle source d’inspiration que cette nation, la plus puissante de la terre, qui proclame comme valeurs fondamentales que tous sont créés égaux, avec des droits inaliénables à la vie, à la liberté et à la poursuite du bonheur ! Voyez-vous, les Américains ne sont pas une race. Nous sommes un peuple uni par des convictions communes plutôt que par une origine commune. Et c’est ce qui fait de nous une exception et un phare pour le monde.
Et voyez-vous, voilà ce que de petits hommes comme Donald Trump et Mike Collins ne comprendront jamais. Notre grandeur nationale découle de nos idées, de nos aspirations et du soin que nous prenons les uns des autres, et non de notre sang ou de nos gènes.
Mike Collins, dont le bureau tenait informés certains des suprémacistes blancs les plus notoires d’Amérique de ses efforts en faveur d’un négationniste de la Shoah. Nous en avons vu une partie parce qu’elle a fuité, mais Mike refuse toujours de publier ces échanges dans leur intégralité. Mike Collins doit publier chaque e-mail, chaque SMS, chaque appel et chaque communication entre ces suprémacistes blancs et son bureau.
Et puis, il y a cet ancien collaborateur qui poste des croix gammées et des tenues du Klan. Vous avez vu ça ? Et ce néonazi suivi par un million de personnes qui produit de la propagande néonazie chez Mike Collins tout en produisant, dans le même temps, des contenus promotionnels pour son entreprise. Arrêtez-vous une seconde et réfléchissez. Un député en exercice, candidat au Sénat, héberge un néonazi chez lui. Ce dernier produit de la propagande néonazie depuis la maison du député, et ce dernier ne veut pas, ou peut-être ne peut pas, obtenir de ce néonazi qu’il cesse de produire des contenus néonazis depuis sa maison pendant qu’il fait campagne pour le Sénat. Mais Athens, un homme qui n’assume pas ce qui se passe sous son propre toit, ne peut pas se voir confier nos affaires nationales.
Mike refuse toujours de dire si son entreprise a payé le néonazi ou s’il a simplement accepté ses services comme un cadeau. La presse lui a posé la question, mais il a pris la fuite. Il s’est littéralement enfui d’une conférence de presse ! Vous avez vu ça ? Mike Collins, seul, debout au milieu d’un champ. Un journaliste lui demande s’il a payé le néonazi. Mike ne répond pas. Un autre journaliste lui demande s’il approuve le nationalisme blanc. Mike ne répond pas. Il a littéralement si peur qu’on voit sa main trembler sur le pupitre, jusqu’à ce qu’il prenne la fuite. Un petit sectaire qui s’effrite et le triste spectacle de sa campagne qui s’effondre.
David Alan Scheer, le gendre de Mike Collins, diffuse depuis une propriété appartenant à ce dernier des contenus suprémacistes blancs et antisémites (des théories sur le contrôle juif du gouvernement, des médias et de la Réserve fédérale, ainsi qu’un sondage réalisé auprès de ses abonnés sur l’opportunité d’une vidéo expliquant « pourquoi la génération Z ne déteste pas Hitler »), tout en produisant des vidéos promotionnelles pour l’entreprise de transport routier de la famille Collins.
Mais ce n’est pas la seule question à laquelle il refuse de répondre, car il est comme une piñata à scandales. Chaque fois qu’on le secoue, de nouveaux méfaits en tombent. Et il n’est pas seulement entouré de néonazis. Il fait également l’objet d’une enquête fédérale pour usage illégal de deniers publics. Et il esquive ces questions-là aussi. Il y a l’argent public qu’il a fait parvenir à une petite amie, avec son directeur de cabinet, condamné pour coups et blessures. Il y a également les milliers de dollars de prétendus « remboursements », financés par le contribuable et versés à ses collaborateurs, avec des justificatifs que Mike refuse de publier. Plutôt que d’avouer, l’Office de la déontologie du Congrès, l’organe non partisan qui enquête sur les manquements des parlementaires, rapporte que Mike a, je cite, « refusé de coopérer ». Il a recommandé qu’il soit convoqué de force et contraint de témoigner. Et Mike refuse toujours de dire s’il le fera. Écoutez, Athens, Mike Collins doit témoigner.
Voyez-vous, la Géorgie mérite tellement mieux que Mike Collins. Et les États-Unis méritent mieux que Donald Trump.
« Maîtriser la technologie au lieu de la laisser nous maîtriser », un nouveau gouvernement à l’âge de l’IA
Imaginez ce que penseraient les Pères fondateurs s’ils nous rendaient visite aujourd’hui, deux cent cinquante ans plus tard. Ils verraient que l’esclavage a été aboli. Ils verraient que les Américains sans terre, puis les femmes et enfin les descendants d’esclaves ont obtenu le droit de vote. Ils verraient que notre science et notre technologie ont propulsé le savoir humain à des hauteurs inimaginables, et que ces treize colonies sont devenues une superpuissance qui a vaincu les nazis et le communisme. Ils verraient une démocratie pluraliste, des gens venus de tous les points de la terre, de toutes les couleurs, soudés par de nombreuses origines pour n’en former qu’une.
Mais ils verraient aussi une nation qui, au sommet de sa richesse et de sa puissance, est tombée dans les pièges mêmes qu’ils redoutaient le plus : un conflit acharné entre factions rivales, des intérêts particuliers qui l’ont capturée et une rupture avec cet esprit national qui a vaincu le fascisme, envoyé des hommes sur la Lune et fait voter les lois sur les droits civiques. Ils verraient que nous avons accompli ces grandes choses, puis que nous avons cédé à une politique étriquée et intéressée, détachée de tout principe moral fixe, incapable d’inspiration ou de grande réalisation nationale, et n’ayant pour seul horizon que la prochaine élection. Et ils verraient que ce qui est exigé de nous aujourd’hui dépasse de très loin ce que cette politique étriquée et intéressée peut fournir.
J’ai deux petites filles à la maison. Eva a quatre ans et Laya un an. Je suis si reconnaissant envers ce pays pour la sécurité et les opportunités qu’il leur offre. Mais ce n’est pas le monde que je veux leur léguer. Bien assez tôt, elles apprendront qu’il y a désormais du plastique dans le sang humain et dans le lait maternel. Elles découvriront que des polluants éternels toxiques sont présents dans la moitié de l’eau potable du pays. Eva adore les documentaires animaliers. Elle apprendra que les papillons sont en train de disparaître. Elle apprendra également que des armes nucléaires nous menacent toujours d’anéantissement. Elle me demandera pourquoi j’ai laissé faire tout cela.
Et quand on prend du recul pour y réfléchir, la situation paraît absurde. Cette semaine, on nous a de nouveau mis en garde contre une menace existentielle pour l’espèce humaine. Vous avez vu ça ? Ce qui nous remplit d’effroi, c’est l’accablante faiblesse de notre politique face aux enjeux immenses de notre époque. Les géants de la technologie creusent des bunkers tout en nous avertissant que l’intelligence artificielle qu’ils créent pourrait provoquer l’extinction de l’humanité. Le Congrès débat du sport chez les jeunes et le président construit une salle de bal. Un establishment vieillissant, à peine capable d’envoyer un e-mail, avance en somnambule dans une révolution technologique, tandis que le président démantèle les précautions et nous traite d’imbéciles parce que nous nous inquiétons.
Le « sport chez les jeunes » renvoie aux débats du Congrès sur l’exclusion des athlètes transgenres des compétitions féminines scolaires et universitaires, l’un des sujets favoris des guerres culturelles de la majorité républicaine. La « salle de bal » est la salle de réception d’environ 8 000 mètres carrés que Trump fait construire à la place de l’aile Est de la Maison-Blanche, démolie à l’automne 2025, et dont il a fait un symbole de son second mandat. La phrase sur le président qui « nous traite d’imbéciles » vise les propos tenus par Trump quelques jours plus tôt, lorsqu’il a balayé les alertes des laboratoires en se disant « pas inquiet d’une quelconque menace existentielle ».
Écoutez bien ça. Dès le premier jour, Donald Trump a abrogé le décret sur la sûreté de l’IA, qui visait à nous prémunir contre les risques catastrophiques, y compris la conception d’armes biologiques. Pendant ce temps, 1789 Capital, le fonds de son fils Don Jr., a acquis de fortes participations dans des centres de données et des laboratoires d’IA. Quatre jours avant l’investiture, le chef du renseignement émirati a investi 500 millions de dollars dans l’entreprise de cryptomonnaies de la famille Trump. Quatre mois plus tard, l’administration Trump accordait aux Émirats le droit d’acheter nos puces d’IA les plus sensibles.
Le décret en question est l’ordre exécutif sur l’intelligence artificielle « sûre, sécurisée et digne de confiance », signé par Joe Biden le 30 octobre 2023. Il obligeait notamment les entreprises développant certains des modèles les plus puissants, dépassant les seuils définis par le décret, à communiquer au gouvernement les résultats de leurs tests de sécurité, en particulier sur les risques biologiques. Trump l’a abrogé le 20 janvier 2025, le jour de son investiture. 1789 Capital est le fonds de capital-risque dont Donald Trump Jr. est devenu associé après l’élection de 2024. Le cheikh Tahnoun ben Zayed n’est pas formellement le « chef du renseignement émirati », mais son rôle de conseiller à la sécurité nationale des Émirats arabes unis lui confère de facto des fonctions comparables. Un fonds proche de lui a investi 500 millions de dollars dans World Liberty Financial, l’entreprise de cryptomonnaies lancée par la famille Trump. En mai 2025, l’administration a autorisé la vente aux Émirats de centaines de milliers de puces Nvidia de dernière génération, jusque-là soumises à des restrictions d’exportation.
Un président compétent agirait sans délai pour protéger et rassurer le peuple américain. Il dépêcherait des inspecteurs dans les laboratoires de pointe, fortifierait la nation contre le bioterrorisme, exigerait une législation du Congrès et conduirait le monde vers un traité sur l’IA. Mais le président Trump est compromis.
Un Congrès compétent mobiliserait chacune de ses commissions pour enquêter et légiférer, afin d’agir vite et avec discernement. Ces PDG seraient sous serment dès la semaine prochaine. Or, le président et le président de la Chambre restent les bras croisés en espérant que tout se passera bien.
Alors, en regardant ce scénario et l’état de notre vie politique, notre foi en l’avenir est ébranlée. Je le comprends. Mais, à Athènes, nous pouvons et nous allons reprendre la maîtrise de notre destin. Nous pouvons et nous allons honorer nos obligations envers nos enfants. Et cela commence par la victoire cet automne.
Car, Athens, je refuse de laisser à mes filles un monde aussi sombre, aussi dangereux et aussi cruel que celui-ci menace de devenir. Et je ne cesse d’y penser. Je refuse qu’Eva et Laya grandissent avec des amis et des professeurs artificiels, dans une société où les malades meurent faute d’argent alors que le remède existe, sur une planète empoisonnée qui se réarme pour une guerre mondiale, où la vie humaine ne vaut rien et où la loi du plus fort prévaut.
Voyez-vous, quand Eva sera assez grande pour me demander pourquoi je n’ai rien fait, je suis déterminé à lui répondre en toute vérité que je n’ai rien fait. Que je ne l’ai pas fait.
Je lui raconterai comment, l’année même de ses cinq ans, la Géorgie a surmonté tous les doutes et tous les coups bas pour gagner, bien sûr, mais aussi pour donner un nouveau cap à notre État, à notre pays et à notre monde. Je lui dirai que notre génération ne s’est pas dérobée à ses obligations envers la sienne, mais qu’au contraire, nous nous sommes rassemblés, lucides sur les enjeux et sur ce qui était exigé de nous. Nous avons protégé le caractère sacré du vote contre ceux qui l’attaquaient. Nous avons élu ceux qui comprenaient le moment et avaient la volonté d’y répondre. Nous avons restauré le leadership américain au service de la paix et des droits humains. Nous avons garanti les soins de santé à chaque citoyen. Nous avons maîtrisé la technologie au lieu de la laisser nous maîtriser. Nous avons fait en sorte que chaque génération connaisse une santé et une prospérité plus grandes que la précédente, et nous avons été à la hauteur de la promesse d’une justice égale pour tous.
Nous pouvons et nous allons accomplir ces choses, et cela commence par la victoire en Géorgie, car, à Athènes, notre pouvoir est là, juste devant nous, il n’attend que d’être saisi. Et une vague se forme. Le genre de vague qui survient une fois par génération, quand les gens ont été poussés trop loin et décident tous ensemble, en même temps, de dire que trop, c’est trop. Les bureaux de vote ouvriront dans un mois. Athens, êtes-vous prêts à vous mettre au travail ? Êtes-vous prêts à gagner ?
Merci. Que Dieu vous bénisse. Faisons-le ensemble. Merci infiniment, Athènes. Merci.