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Depuis la Révolution de 1979, l’espace urbain iranien est un lieu spectaculaire de déploiement de la propagande d’État, dont l’un des thèmes les plus récurrents est l’hostilité à l’égard des États-Unis. 

Celle-ci se manifeste sous différentes formes le long des principaux axes de la ville et se renouvelle régulièrement. Il peut s’agir de grandes affiches, de peintures murales, d’expositions temporaires de caricatures dans les grandes stations de métro, ou encore du « Musée de l’arrogance occidentale », l’ancienne ambassade des États-Unis à Téhéran, surnommée le « nid d’espions » (lâneh-ye jâsûsî) dans la terminologie révolutionnaire, et reconvertie en lieu d’explication des « méfaits » causés par les États-Unis au monde et à l’Iran.

La guerre qui a commencé en 2025 et qui s’est intensifiée depuis le 28 février 2026 est le prétexte d’un redéploiement de cet appareil de propagande. 

En effet, pour la première fois depuis l’instauration de la République islamique, les États-Unis mènent une guerre directe contre le pays. Pour le régime, qui n’a cessé de présenter ce conflit comme inévitable, cette confrontation valide sa ligne dure, un fait que l’appareil de propagande ne manque pas de souligner.

Désigner l’ennemi

Le premier élément de ces campagnes de propagande est la centralité de Donald Trump. 

De nombreuses affiches n’incitent pas à la guerre, mais à l’assassinat pur et simple du président américain.

Ce thème est souvent développé avec une écriture volontairement simple et non calligraphiée, donnant l’impression qu’un individu aurait pu taguer un mur vierge. Le style d’écriture des graffitis rappelle aussi le mur recouvert d’un tableau noir sur lequel les personnes en deuil pouvaient écrire des messages à la craie lors des funérailles d’Ali Khamenei, qui se sont déroulées du 4 au 9 juillet. La foule a alors scandé à plusieurs reprises « Mort à l’Amérique » et appelé à la vengeance.

Plusieurs hypothèses peuvent expliquer pourquoi le régime iranien prend directement pour cible le président américain : la personnalisation permet certes de désigner un coupable, mais elle fait surtout écho à la logique de vendetta ouverte par l’assassinat de Soleimani en 2020, logique qui a été renforcée par l’assassinat du Guide suprême et d’une grande partie de sa famille en février 2026. On peut également lire sur le panneau « À la mémoire des enfants de Minab », en référence à la ville du sud de l’Iran où une frappe a touché une école primaire le 28 février. Le mélange constant des registres — religieux (le martyre, Muharram), nationaliste (Ferdowsi, Delvari) et populaire (typographie de marque, hashtags, usage de l’anglais, références à la musique ou aux mèmes) — indique qu’il s’agit d’une propagande conçue autant pour les rues de Téhéran que pour l’écran et la circulation internationale. 

Depuis une quinzaine d’années, le panneau géant de la place Vali-e Asr, le plus photographié du pays, sert en effet de moyen de communication au régime. Chacun fait l’objet d’un dévoilement (ronamayi) annoncé et immédiatement relayé par les agences liées aux Gardiens de la révolution, puis repris par les chaînes anglophones et les relais arabophones, avant d’être capté par les photographes des agences occidentales. 

Une affiche à Téhéran devient ainsi, en quelques heures, une image qui circule partout dans le monde, et c’est précisément pour cela qu’elle est conçue : un cadrage horizontal calibré pour la photographie depuis le carrefour, un slogan bilingue, une typographie lisible en vignette et l’absence de détails qui ne seraient pas perceptibles en miniature sur un smartphone. 

La plupart de ces panneaux et fresques sont produits par l’organisation artistique et médiatique Owj, une ONG fondée en 2011 et affiliée aux Gardiens de la révolution, en partenariat avec l’organisation d’embellissement urbain de la municipalité de Téhéran. Mais désormais, la génération d’images à l’aide de l’intelligence artificielle fait aussi partie des instruments de propagande du régime. 

Le recours à l’anglais sur ces affiches procède de la même logique. Le détroit d’Ormuz, principal levier dont dispose le régime dans le conflit qui l’oppose aux États-Unis, y revient comme un motif central, figuré tour à tour par l’eau ou par une représentation cartographique. L’image de Donald Trump sombrant avec le dollar dans les eaux du détroit illustre ainsi l’idée d’une puissance financière américaine en voie d’érosion, tout en détournant la célèbre image de couverture de Nevermind, l’album du groupe Nirvana. Sa position centrale dans le système financier international serait compromise par la fermeture de cette voie maritime essentielle au commerce mondial.

« Who is D nexT one ? #lindseygraham », place Enghelab, Téhéran, 22 juillet 2026.

Cette affiche, à nouveau destinée à un public international, laisse entendre que « le prochain » après Lindsey Graham, décédé subitement cet été, pourrait être « DT », soit Donald Trump.

L’assassinat ciblé constitue une dimension importante du conflit qui oppose les États-Unis et l’Iran, et les deux camps l’ont intégré à leur doctrine. Quatre jours après les frappes du 28 février, Pete Hegseth, le secrétaire à la Guerre, a déclaré, lors d’une réunion au Pentagone : « L’Iran a tenté d’assassiner le président Trump, mais c’est le président Trump qui a eu le dernier mot. » 

Alors que Washington et Israël ont procédé depuis février à l’élimination physique d’une part considérable de la haute hiérarchie iranienne, la menace iranienne semble pour l’instant surtout verbale. Elle produit toutefois des effets profonds sur l’appareil sécuritaire américain. 

Il suffit de se rappeler du changement d’avion de Donald Trump depuis Ankara, où il participait au sommet de l’OTAN, pour comprendre le sérieux avec lequel la Maison-Blanche prend ces menaces. Les mêmes dynamiques se produisent du côté israélien : le mois dernier, Benjamin Netanyahou a affirmé que l’Iran avait tenté de faire assassiner l’un de ses fils. Le mois dernier, une vidéo intitulée « Où tuer Barron Trump » promettait dix millions de dollars à quiconque assassinerait le fils du président américain, et les médias iraniens ont diffusé un contenu comparable visant Melania Trump ainsi qu’une liste de cibles comprenant plusieurs membres du cabinet américain.

Le croisement des rues Jomhouri (République) et Vali-Asr (Maître du temps, en référence à l’Imam caché du chiisme duodécimain), la plus longue et la plus emblématique rue de la ville, est l’un des carrefours les plus centraux et les plus fréquentés de Téhéran. 

Cette affiche est destinée à la propagande intérieure. On voit l’ancien Guide, Ali Khamenei, le poing levé, derrière ce qui semble être une lune de sang, référence à la fois à son « martyre » et à la lune de l’Islam, avec le slogan calligraphié « باید برخاست », « Il faut décoller », le mot désignant aussi le décollage d’un avion. 

Le slogan fait référence à la chanson du même titre de Mohsen Mohammadi Panah, interprétée en l’honneur et en hommage à Ali Khamenei lors de ses funérailles nationales.

Cette affiche de Beyrouth met en avant les liens entre l’Iran et le Liban, comme en témoigne le mélange des drapeaux et l’inscription « Merci, Iran » en arabe (l’expression est d’ailleurs transparente en persan). On y voit une foule célébrant Ali Khamenei et son fils Mojtaba Khamenei, tandis qu’en bas à gauche, le décollage de missiles balistiques est représenté.

Le chef des Houthis, Abdul Malik al-Houthi, illustré avec le message : « L’inaction et la capitulation n’offrent aucune protection à la nation. » le 18 août 2026 à Sanaa, au Yémen.
L’ayatollah Ali Khamenei est illustré en train de remettre un drapeau iranien à son fils Mojtaba Khamenei le 5 avril à Téhéran. On peut lire : « La main de Dieu est sur nous » et « Khamenei est notre Guide ». Les deux phrases riment en persan. © Francisco Seco.
Illustration d’un destroyer américain visé par des missiles, placée au centre-ville de Téhéran le 8 juin 2026.

Une représentation nationaliste plus traditionnelle basée sur le poète médiéval Ferdowsi (940-1020), dont l’épopée du Shâhnâmeh (« Le Livre des rois ») est l’un des ouvrages majeurs de la littérature iranienne. Cet affichage a été mis en place lors des répressions massives des manifestations de janvier 2026.

La propagande des fresques murales en Iran s’accompagne également de suggestions complotistes, comme sur la photo de gauche qui détourne le sceau des États-Unis en y ajoutant une étoile de David, des armes, des vaccins, des dollars et même du LSD.

Une illustration du joueur de football Hamid Estili qui a marqué contre les États-Unis lors de la Coupe du monde de 1998. Qualifiée pour le Mondial de cette année, qui s’est déroulé aux États-Unis, au Mexique et au Canada, l’équipe nationale iranienne n’a pas pu entrer sur le territoire américain pour disputer ses matchs. Elle a ainsi dû établir son quartier général au Mexique

Peinture murale moquant les négociations de paix américaines, le samedi 25 avril 2026.