La doctrine Milei pour unir l’extrême droite mondiale
Le président argentin a dessiné à Santiago du Chili les contours d’une alliance transnationale fondée sur une nouvelle croisade contre la gauche et au nom de l’Occident.
Nous traduisons et commentons son discours.
- Auteur
- Steven Forti
Le 3 septembre s’est tenue à Santiago du Chili la 5e Rencontre régionale du Forum de Madrid. Lancé en 2020 par la Fondation Disenso, le think tank du parti politique espagnol Vox, le Forum de Madrid se présente comme un réseau de forces d’extrême droite américaines et européennes qui organise des réunions annuelles dans différents pays d’Amérique latine. Après Bogotá (2022), Lima (2023), Buenos Aires (2024) et Asunción (2025), le Forum de Madrid s’est installé cette année au Chili, profitant de la victoire électorale de José Antonio Kast à l’élection présidentielle de la fin de l’année dernière, ainsi que de la « conquête » par l’extrême droite d’un autre pays de la région. À l’Argentine, au Salvador, à l’Équateur, au Honduras, à la Bolivie et au Chili se sont récemment ajoutés le Pérou, le Costa Rica et la Colombie, dans l’attente des élections brésiliennes du mois d’octobre, au cours desquelles l’actuel président Luis Inácio Lula da Silva affrontera Flávio Bolsonaro. La date n’a pas non plus été choisie au hasard : elle marque le quatrième anniversaire de la victoire du « non » lors du référendum sur le projet de nouvelle Constitution chilienne, résolument progressiste, élaboré à la suite des soulèvements sociaux de 2019.
À l’instar des antennes brésilienne, mexicaine et argentine de la Conférence politique d’action conservatrice (CPAC), dont il s’inspire, le Forum de Madrid est devenu l’un des principaux lieux de rencontre de l’extrême droite dans la région. Ses sommets témoignent non seulement de la montée en puissance de ces forces politiques, mais aussi du succès de la stratégie de Vox qui vise à se présenter comme la référence européenne des droites de la région, supplantant ainsi le Parti populaire et le réseau trumpiste. La présence de membres de l’administration américaine, ainsi que de fondations et d’instituts liés au mouvement MAGA et au conservatisme américain, met toutefois en évidence le rôle clé du trumpisme dans la construction d’une internationale réactionnaire.
Au-delà de l’ambiance de « triomphe » qu’il souhaitait véhiculer, contrairement aux éditions précédentes, notamment celle de Buenos Aires en 2024, la rencontre chilienne n’a duré qu’une journée et n’a compté ni sur la présence de Santiago Abascal, le leader de Vox, ni sur celle de nombreux dirigeants d’extrême droite importants de la région. Du côté de Vox, on notait toutefois la présence d’Ignacio Garriga, secrétaire général du parti, de Jorge Martín Frías, directeur de Disenso, ainsi que du député européen Hermann Tertsch et du député espagnol José María Figaredo. Les deux autres personnalités politiques européennes présentes dans la capitale chilienne étaient la députée européenne hongroise Kinga Gál, vice-présidente de Patriotes pour l’Europe, et la députée autrichienne du Parti de la liberté Barbara Kolm, présidente de l’Institut Friedrich von Hayek de Vienne et membre de la Société du Mont Pèlerin.
La délégation américaine était plus nombreuse et avait un poids politique plus important, puisqu’elle comptait parmi ses membres la sous-secrétaire d’État à la diplomatie et aux affaires publiques, Sarah B. Rogers, le président de la Fondation Heritage, Kevin Roberts, ainsi que d’autres dirigeants centraux de think tanks de la sphère MAGA, tels que l’Institut American First Policy ou l’Institut Hudson, sans oublier l’ambassadeur américain au Chili. Il convient de souligner non seulement l’influence de Kevin Roberts, présent à pratiquement tous les sommets d’extrême droite en Europe et en Amérique latine, mais aussi celle de Sarah B. Rogers qui a annoncé à Budapest, en février, un programme visant à financer des formations alignées sur la Maison-Blanche en Europe, programme qui a été concrétisé plus récemment par une enveloppe pouvant atteindre 25 millions de dollars.
Parmi les représentants de la région, outre María Antonieta Mejía, vice-présidente du Honduras, les têtes d’affiche étaient les présidents de l’Argentine, Javier Milei, et du Chili, José Antonio Kast, qui ont respectivement prononcé le discours d’ouverture et de clôture.
Bonjour à tous. Tout d’abord, je tiens à adresser un salut chaleureux à mon grand ami Santiago Abascal, fondateur de ce forum, qui m’a toujours accueilli alors que tout le monde me tournait le dos. Merci beaucoup, Santiago, ainsi qu’à tous ceux qui ont rendu possible cet événement si important pour continuer à diffuser les idées de liberté à travers le monde. Par ailleurs, c’est un plaisir pour moi de pouvoir être à nouveau au Chili, en particulier après la victoire et la récente prise de fonction de mon ami, José Antonio Kast.
Il est désormais habituel que, lors des rencontres du Forum de Madrid ou de sa participation à d’autres événements organisés par Vox, comme les sommets « Europa Viva », Milei remercie chaleureusement Santiago Abascal de lui avoir donné de la visibilité avant même qu’il ne soit élu président de l’Argentine fin 2023. La relation entre Milei et Abascal est très solide : depuis son arrivée à la Casa Rosada, Milei s’est rendu six fois en Espagne, mais pas pour rencontrer le président du gouvernement Pedro Sánchez, qu’il insulte fréquemment au point d’avoir provoqué une crise diplomatique entre les deux pays en 2024, ni le chef de l’État, le roi Felipe VI, mais uniquement pour participer à des événements organisés par Vox ou rencontrer la présidente de la Communauté de Madrid, la populaire Isabel Díaz Ayuso, qui lui a décerné la médaille internationale en 2024.
Milei a déjà rencontré le président chilien à trois reprises depuis l’arrivée de Kast au Palais de la Moneda, bien que des tensions aient récemment surgi entre les deux pays au sujet de la souveraineté du détroit de Magellan, remise en cause par des membres de l’armée argentine. La crise semble avoir été réglée à l’issue d’une rencontre entre Kast et Milei, lors du Forum de Madrid : Milei a reconnu la souveraineté chilienne sur le détroit, tandis que Kast a soutenu la revendication argentine sur les Malouines.
Le Chili est un lieu emblématique car son histoire récente nous rappelle l’immense valeur de la lutte culturelle : après le renversement du communiste Allende, le Chili est entré dans une période de stabilité et de croissance qui s’est prolongée pendant plus de 40 ans et, grâce à cela, il a sans aucun doute fait l’envie de toute la région sur le plan économique. Cependant, bien qu’il ait connu les fruits de la liberté, il est tombé dans la farce du socialisme du XXIe siècle, à l’instar du reste de la région.
Milei ne se contente pas de qualifier à tort et de manière péjorative le président socialiste Salvador Allende de « communiste », mais il banalise la dictature de Pinochet au point d’en faire l’éloge en invoquant ses prétendues réussites économiques. Cela a suscité des critiques au Chili, non seulement au sein de l’opposition, mais aussi dans certains parties de la coalition soutenant Kast : alors que le Parti Républicain de l’actuel président chilien, aux sympathies pinochetistes manifestes, a applaudi avec enthousiasme les propos de Milei, ceux-ci ont été rejetés par l’UDI. Cependant, les propos de Milei ne constituent en aucun cas un faux pas. Au contraire, ils révèlent clairement sa vision du monde et le fondement idéologique de son projet politique. D’une part, on peut y trouver des parallèles avec les discours développés par le mileísmo concernant la dernière dictature civilo-militaire argentine, ce qui implique un revirement à 180 degrés par rapport au « Nunca más » (Plus jamais ça) sur lequel s’est reconstruite la démocratie dans le pays après 1983. D’autre part, et c’est là l’élément le plus important, ses propos montrent comment la Weltanschauung de Milei repose essentiellement sur une « foi » quasi religieuse dans les postulats ultralibéraux de l’École autrichienne (Von Mises, Hayek) et du paléolibertarisme de Rothbard. N’oublions pas que le Chili de la dictature pinochetiste a été le laboratoire autoritaire pour la mise en œuvre du modèle néolibéral de l’École de Chicago. Cela implique que la défense du libéralisme économique par Milei (qu’il appelle « la liberté », en déformant le sens de ce concept) prime sur tout le reste, y compris la démocratie et le respect des droits de l’homme.
Comme on pouvait s’y attendre, beaucoup d’encre a coulé sur les raisons de ce phénomène. Partout, la gauche s’est obstinée à soutenir que cela tenait à l’inégalité du modèle chilien ou à des questions similaires, alors qu’en réalité l’inégalité au Chili est moindre que dans toutes les prétendues utopies socialistes, ou encore que cela était dû au niveau de vie des plus démunis, alors qu’en vérité, au Chili, les plus modestes vivent mieux que dans n’importe quel autre pays de la région. Nous, en revanche, nous connaissons la vérité : nous savons que la raison pour laquelle ce soulèvement était inévitable est que, depuis trop longtemps déjà, on a découvert ici le terrain de la bataille des idées.
Dans son penchant propagandiste, Milei, comme à son habitude, se livre à d’autres déformations historiques, ou, si l’on préfère, à la diffusion de rumeurs et de mensonges sur les prétendues vertus du modèle néolibéral. Au Chili, les inégalités ont fortement augmenté après l’instauration de la dictature de Pinochet, précisément en raison de l’application des préceptes de l’École de Chicago, se situant parmi les plus élevées de toute la région. Le coefficient de Gini, en effet, a augmenté de près de 10 points de pourcentage, entre le début des années 1970, à l’époque du gouvernement de l’Unité populaire présidé par Allende, et la fin des années 1980 (passant de 0,45 à 0,55), lorsque la dictature a pris fin. De même, rien que durant les années 80, les salaires ont chuté de près de 20 %, dans un contexte marqué par la détérioration des conditions de travail et des infrastructures de santé et d’éducation publiques, presque entièrement privatisées. La contraction extrême des dépenses publiques et, en particulier, des dépenses sociales a surtout touché les classes ouvrières et moyennes, qui se sont considérablement appauvries. Comme on le sait, après la fin de la dictature, ni la Constitution Pinochetiste, toujours en vigueur, ni le modèle économique néolibéral imposé de manière autoritaire en 1973 n’ont été modifiés, au-delà des rafistolages que les gouvernements de centre-gauche ont tenté d’appliquer entre le début des années 1990 et le soulèvement social de 2019.
Les idées de liberté ont triomphé dans la pratique, mais la voie a été laissée libre pour que les médias et les universités les sapent et les vilipendent ; et lorsqu’ils l’emportent sur le terrain du bien et du mal, ils finissent par l’emporter politiquement. C’est ainsi que l’on en est arrivé à ce que le pays tout entier soit plongé dans une vague de violence de gauche sans précédent, qui a fait des dizaines de morts entre 2019 et 2020, car les gauchistes, à un certain moment, ont cru qu’ils avaient raison de recourir à la violence pour faire avancer leurs politiques. Même au sein d’un système qui fonctionnait et qui, année après année, produisait de meilleurs résultats pour tous les Chiliens, les discours et les idées de gauche ont convaincu une grande partie de la population que tout allait mal et qu’il fallait changer le système par la force. Mais cela ne s’est pas fait du jour au lendemain. La gauche a construit cette fausse légitimité après des années et des années passées à coloniser les institutions une à une, et elle a tenté de se complaire dans ce faux sens de la justice pour renverser tout le système qui avait sorti tant de gens de la pauvreté.
Milei revient sur l’une de ses principales obsessions : le rôle central de la bataille culturelle. Selon son interprétation, la gauche serait arrivée au pouvoir au Chili – la victoire de Boric en 2021 – parce que la droite a cessé de mener la bataille des idées, malgré les prétendus succès du modèle néolibéral imposé en 1973. Ici, Milei reprend – consciemment ou non – l’interprétation que le leader de la Nouvelle Droite française, Alain de Benoist, avait déjà proposée au début des années 1970, du concept d’hégémonie culturelle formulé par l’intellectuel et homme politique communiste italien Antonio Gramsci, ce qui a conduit la Nouvelle Droite française à élaborer ce qu’on appelle la stratégie métapolitique. Milei n’est en aucun cas le seul dirigeant d’extrême droite à avoir mis l’accent sur le caractère central de la bataille des idées, dans le but de normaliser les discours d’extrême droite et de conquérir l’hégémonie culturelle, étape préalable à l’obtention de l’hégémonie politique. Il suffit de penser à l’ancien responsable de la stratégie à la Maison-Blanche pendant les premiers mois du premier mandat de Trump, Steve Bannon, qui accordait déjà la priorité à cette question lorsqu’il était directeur du média d’extrême droite Breitbart News. De même, la mise en cause des médias et des universités dans cette prétendue croisade rappelle à la fois Bannon – « les médias sont le parti d’opposition », affirmait-il en janvier 2017 – et les thèses de Curtis Yarvin. Ce penseur néoréactionnaire, proche de Peter Thiel et de J.D. Vance, estime que le système prétendument défaillant des démocraties libérales ne tient debout presque que grâce au soutien que lui apporte ce qu’il appelle la « cathédrale », c’est-à-dire un ensemble constitué des médias et des universités de l’Ivy League aux États-Unis, qui façonnent l’opinion publique. Les attaques et les insultes de Milei à l’encontre des journalistes sont constantes, au point qu’il a inventé le slogan « Nous ne haïssons pas assez les journalistes », devenu un acronyme (NOLSALP) qu’il utilise souvent comme hashtag dans ses publications sur les réseaux sociaux.
Heureusement, cette nuit sombre a été surmontée et le Chili a de nouveau fait le choix des idées de liberté. Il s’est réveillé, tout comme l’Amérique latine est en train de se réveiller, et il s’est réveillé parce qu’il compte des hommes politiques ayant le courage d’appeler les choses par leur nom et de dire le Mal au Mal et le Bien au Bien.
Aujourd’hui, nous assistons à un changement qui a commencé en Argentine en 2021 et qui, peu à peu, s’est étendu à tout le continent : le Pérou, la Colombie, l’Équateur, et tant d’autres exemples qui témoignent des vents de changement qui soufflent en cette période historique. Aujourd’hui, le continent tout entier se tourne vers les valeurs qui ont fait la grandeur de l’Occident, même après des décennies d’endoctrinement socialiste. Peu à peu, nous leur avons démontré que nous n’avons pas peur d’eux et que nous sommes prêts à sauver notre civilisation et notre mode de vie. Car de San Martín — le grand libérateur de l’Amérique, nous avons appris que lorsque le devoir appelle, tout est permis, sauf de ne pas y répondre.
Milei explique très clairement que le « bien » ne serait pas seulement représenté par les « idées de liberté », mais aussi par la civilisation occidentale. Le dirigeant argentin montre ainsi comment les discours de l’extrême droite — tant en Europe que sur le continent américain — ont trouvé un terrain d’entente dans la défense de l’Occident, ou, autrement dit, d’une certaine interprétation de ce que serait l’Occident. Dans le cas de l’Argentine, cela implique, d’un point de vue géopolitique, l’alliance étroite établie par Milei avec Washington et Tel-Aviv, et, parallèlement, sa convergence idéologique avec les discours de l’extrême droite européenne sur les racines judéo-chrétiennes de l’Occident. On retrouve là à la fois la thèse du choc des civilisations proposée dès les années 1990 par Samuel Huntington, ainsi que l’idée selon laquelle la justice sociale elle-même serait étrangère aux valeurs occidentales. Comme il le fera également plus loin dans son discours, Milei approfondit cette question pour montrer comment les idées socialistes seraient responsables de la décadence de l’Occident et conduiraient à sa disparition, reprenant ainsi les discours apocalyptiques sur le prétendu déclin de l’Occident, un thème récurrent présent à travers le monde : de Spengler et Evola à Dugin et Yarvin, de la Russie poutinienne aux États-Unis de Trump, il sert de base idéologique à l’attaque contre la démocratie libérale.
Mais il est nécessaire que nous comprenions bien à quoi nous sommes confrontés, car si nous n’identifions pas notre adversaire, nous sommes voués à perdre face à lui. La gauche, au niveau régional, est organisée depuis des décennies, depuis l’époque où les guérillas s’infiltraient dans le régime cubain pour répandre leur cancer à travers tout le continent. Après la chute de l’Union soviétique, cette gauche s’est réorganisée autour du Forum de São Paulo pour redéfinir sa stratégie, prendre le pouvoir par la voie démocratique plutôt que par la lutte armée, en s’unissant contre ce qu’elle appelait le « néolibéralisme », un terme dénué de tout sens, qui ne désignait souvent que la volonté d’un gouvernement de mettre de l’ordre dans ses finances publiques. En termes simples, ils ne voulaient pas que les idées de liberté triomphent dans la région après l’échec mondial du communisme russe. Aujourd’hui, alors qu’ils traversent leur pire période, ils continuent de chercher le moyen de revenir. Ils déstabilisent, sèment la panique, envoient leurs milices semer la terreur parmi la population, utilisent les médias pour mentir, entre autres choses.
La référence à la réorganisation de la stratégie de la gauche après la chute de l’URSS est extrêmement intéressante. Dans la pratique, et bien qu’il ne la nomme pas, Milei adhère, et ce n’est pas la première fois, à la théorie du complot du marxisme culturel, diffusée par le trumpisme, le bolsonarisme et l’extrême droite européenne. Selon cette théorie, qui reprend en fin de compte le concept de « bolchevisme culturel » issu de la propagande nazie, la fin de la guerre froide n’aurait pas entraîné la défaite du communisme, mais une modification de sa tactique pour pénétrer culturellement le monde occidental et le détruire de l’intérieur par le biais d’idées telles que la justice sociale, le féminisme, le multiculturalisme ou l’écologisme. Ces idées ont commencé à circuler dans les milieux les plus conservateurs du Parti républicain américain dès les années 1990, puis ont été popularisées par des personnalités telles que Pat Buchanan et Paul Weyrich, et plus tard par Andrew Breitbart, ainsi que par l’extrême droite d’Europe de l’Est, notamment en Hongrie et en Pologne. Cette théorie du complot, répétée à l’envi par le mouvement MAGA, est étroitement liée à l’idée selon laquelle il existerait un ensemble d’institutions — universités, médias, mais aussi organismes internationaux comme les Nations unies — dominées par la gauche : l’image de la cathédrale de Yarvin en est un parfait exemple. Selon les extrémistes de droite, ces institutions imposeraient un programme mondialiste qui mènerait à la destruction de l’Occident.
Et surtout, ils s’attaquent à toutes et chacune des institutions de la société pour s’en servir de tribunes à leurs idées. Ils profitent de la pluralité des idées encouragée par le libéralisme pour s’y infiltrer, puis verrouiller la porte dès qu’ils en ont le contrôle. Pour toutes ces raisons, rien ne les arrêtera pour récupérer le pouvoir perdu. Face à cela, la droite doit elle aussi s’organiser : s’ils ont eu leur Internationale socialiste, nous devons renforcer nos liens d’amitié au sein de notre propre réseau international, tant dans la région qu’à l’échelle mondiale. Car nous ne sommes pas confrontés à un adversaire local, mais à un adversaire régional et mondial. Un adversaire qui pense et s’appuie à l’échelle transnationale, car son influence s’étend bien au-delà des frontières d’un seul pays, et tout cela n’a rien de nouveau. Nous l’avons déjà observé au siècle dernier, lorsque tous les partis communistes du monde avaient pour objectif de se soumettre aux desseins de l’Union soviétique.
Ils avaient pour modeste mission de transformer le monde de fond en comble, en corrompant l’essence même de l’humanité. Et ils savent que s’ils se cantonnent à une seule nation, ils ne peuvent rien faire ; ils courent donc à l’échec et seront chassés du pouvoir. C’est ce qui s’est produit en Argentine, au Venezuela, à Cuba, et c’est ce qui leur arrive toujours, car leurs idées mènent à la misère économique et morale, et les gens fuient leurs pays à la recherche d’une vie meilleure. C’est pourquoi ils ne peuvent pas s’arrêter et doivent s’étendre partout où ils ont de l’influence ; c’est pourquoi ils doivent ériger des murs, des barrières et toutes les restrictions possibles à la liberté ; s’ils restent immobiles, ils meurent. Le faux nationalisme dont ils se targuent parfois ne fait que masquer cette vérité, à savoir qu’ils constituent un mouvement sans patrie, sans avenir et condamné à faire échouer les pays où ils s’installent. Le meilleur exemple en est, une fois encore, l’Union soviétique qui, lorsqu’elle a cessé de s’étendre, s’est effondrée sous le poids de ses propres inefficacités.
Ainsi, pendant des décennies, la gauche organisée a assujetti les pays sous son influence, entravant leur développement au nom d’une idéologie de transformation sociale radicale et au détriment de l’intérêt national de chacun d’entre eux. Le cas argentin est emblématique. Ils ont utilisé leurs idées néfastes pour nous appauvrir profondément et nous laisser sans défense face aux menaces d’un monde en constante évolution. Mais nous aimons notre pays et nous comprenons que la seule façon de défendre notre paix, notre souveraineté et notre intérêt national est d’avoir un pays riche, dynamique, bénéficiant d’investissements et disposant des ressources nécessaires pour nous protéger. Cela va de pair avec l’éradication des idées appauvrissantes de la gauche, qui souhaite voir nos pays soumis à un régime international d’esclavage, même si elle camoufle ses intentions sous un vernis de nationalisme.
La gauche s’est organisée au sein d’une internationale socialiste et, dans la région, à travers le Forum de São Paulo, afin de nous asservir en créant une immense prison dont il serait de plus en plus difficile de s’échapper.
C’est pourquoi la droite doit elle aussi s’organiser, car il s’agit d’une bataille à l’échelle mondiale à laquelle chacune de nos nations doit contribuer en se réformant en interne, en éliminant le cancer de la gauche de ses propres institutions pour devenir un membre fort d’une alliance internationale des idées de liberté.
En insistant sur la prétendue menace d’une nouvelle Internationale communiste, représentée par le Forum de São Paulo ou le Groupe de Puebla — également cités dans la Charte de Madrid, le manifeste qui a donné naissance en 2020 au Forum de Madrid —, Milei souligne l’importance de renforcer les réseaux transnationaux d’extrême droite. Il ne fait pas seulement référence au Forum de Madrid, mais aussi à d’autres réseaux et espaces qui constituent ce que l’on peut appeler la nouvelle Internationale réactionnaire. Celle-ci englobe la Conférence politique d’action conservatrice (CPAC), qui compte déjà neuf versions nationales (États-Unis, Brésil, Argentine, Mexique, Hongrie, Pologne, Japon, Corée du Sud et Australie), auxquelles s’ajoutera en 2027 une édition italienne, ainsi que le réseau national-conservateur (NatCon) créé par le philosophe israélo-américain Yoram Hazony et le Réseau politique des valeurs, dont Kast lui-même a été président entre 2022 et 2024. Parmi les dirigeants d’extrême droite, celui qui a le mieux compris l’importance de créer de solides réseaux transnationaux est Viktor Orbán. Grâce à des fonds publics, il a constitué un vaste réseau de fondations et d’instituts aux ramifications mondiales (le Mathias Corvinus Collegium, le Centre des droits fondamentaux, l’Institut du Danube, etc.). Ce réseau est actuellement en pleine crise, suite au changement de gouvernement à Budapest en avril dernier.
Dans un monde où les relations entre les pays et les règles mondiales sont redéfinies, les pays amis doivent se comporter comme tels, en faisant cause commune et en se soutenant mutuellement en cas de besoin. C’est pourquoi nous ne pouvons pas rester divisés, car nous pouvons ignorer le problème, mais le problème ne nous ignorera pas. Nous devons mettre de côté nos différences et nous concentrer sur ce qui nous unit. Nous sommes ceux qui plaçons la liberté de l’être humain au cœur de notre modèle et ceux qui comprennent que le commerce consiste à faire usage de ces libertés et qu’il est source de prospérité. Nous sommes ceux qui savent qu’il faut punir les délinquants avec fermeté ; nous sommes ceux qui leur faisons face. Et, de plus, nous sommes ceux qui s’attaquent au grave problème de sécurité auquel notre continent est confronté, comme le trafic de drogue, car nous savons que sans sécurité face à la violence d’autrui, il n’y a pas de véritable liberté. Et c’est précisément parce que nous sommes d’accord sur l’essentiel que nous devons unir nos forces pour aller de l’avant. Comme je le dis toujours : on vainc le mal organisé par le bien organisé ; il n’y a pas d’autre moyen.
À l’instar de Trump, Milei transforme une fois de plus les divergences politiques en une lutte morale et un combat existentiel aux accents religieux entre un soi-disant « bien » (les idées de liberté) et un soi-disant « mal » (le socialisme qui provoquerait misère et mort). Ce discours, typique des guerres culturelles, revêt des accents religieux évidents, comme s’il s’agissait d’une sorte de croisade, et implique de considérer les opposants politiques comme une menace.
Dans sa forme la plus radicale, ce type de discours peut impliquer l’élimination physique des opposants politiques, considérés, en tant que représentants du « mal », comme une menace existentielle pour la survie même de la « civilisation occidentale ».
En Argentine, grâce à ce changement de mentalité, nous constatons des résultats qui ont contribué à diffuser les idées de liberté comme jamais auparavant. Si, il y a trois ans, l’Argentine était un avertissement quant à l’abîme vers lequel mène le socialisme, elle devient aujourd’hui la preuve que, lorsque l’on maintient le cap de la prudence économique avec des convictions fermes, la liberté se développe, l’économie croît et l’insécurité recule.
L’affirmation de Milei n’est que de la propagande et, tout comme son interprétation du cas chilien, elle ne tient pas compte de la réalité du pays ni des différents indicateurs. Il est vrai que, depuis son entrée en fonction en décembre 2023, l’inflation a considérablement diminué, l’équilibre budgétaire a été atteint et, après une chute brutale au cours des six premiers mois de son mandat, le PIB a augmenté. Cependant, le coût de la vie a augmenté de manière exponentielle, un effet amplifié par la suppression de nombreuses aides, et la consommation de produits alimentaires de base et dans le commerce de détail a baissé de près de 12 %, ce qui témoigne de la détérioration des conditions de vie des classes ouvrières et moyennes. De même, le salaire minimum a baissé de plus de 40 %, tandis que le chômage est passé de 5,7 % à 7,8 %, en raison des licenciements massifs dans la fonction publique et de la fermeture de 30 000 entreprises. Enfin, le dollar s’est considérablement apprécié et le pays s’est encore davantage endetté après avoir reçu 20 milliards de dollars du FMI. En résumé, si les principaux indicateurs macroéconomiques sont positifs, ils sont toutefois ambigus et masquent une nette augmentation des inégalités.
Et c’est ce qui encourage le reste du continent à franchir le pas. Cependant, ce n’est pas le cas de l’ensemble de l’Occident. Malheureusement, l’Europe, berceau de notre civilisation, est dirigée, tant au niveau national que supranational, par des bureaucrates déterminés à détruire tout ce que nous sommes. Une gauche radicale a pris le contrôle des institutions à travers tout le continent. L’Espagne en est un exemple flagrant. Pedro Sánchez et le PSOE facilitent d’une part l’immigration incontrôlée et, d’autre part, dégradent systématiquement l’identité espagnole.
À l’heure actuelle, les seuls gouvernements progressistes de l’Union européenne sont ceux de l’Espagne, du Danemark et de Malte, auxquels il faut ajouter le gouvernement travailliste britannique. Dans les autres pays du continent, ce sont soit des forces libérales de centre, comme en France et aux Pays-Bas, soit des forces de droite traditionnelle, comme au Portugal, en Suède, en Pologne, en Hongrie, en Grèce, en Allemagne et en Autriche (dans ces deux derniers cas, au sein de gouvernements de grande coalition), soit des forces d’extrême droite, généralement en coalition avec des partis de droite traditionnelle, comme en Italie, en Finlande, en Belgique, en République tchèque ou en Slovénie. De plus, si la Commission présidée par Ursula von der Leyen s’appuie théoriquement sur une majorité pro-européenne composée de conservateurs, de socialistes, de libéraux et de Verts, elle s’est appuyé aussi, depuis fin 2024, sur ce qu’on appelle la « majorité vénézuélienne », formée par les conservateurs et les trois groupes d’extrême droite.
En d’autres termes, on apprend aux Espagnols à se haïr et à avoir honte d’eux-mêmes, ouvrant ainsi la voie aux hordes étrangères qui finiront par les remplacer. Ce même fléau s’étend à l’ensemble du Vieux Continent, où toutes les nations dirigées par des gouvernements progressistes font tout leur possible pour éliminer toute trace de l’Occident de l’imaginaire collectif, en la remplaçant par un faux multiculturalisme. Et ceux qui ont le courage de dénoncer et de s’opposer à ce plan pervers sont délibérément associés aux pires régimes totalitaires que l’humanité ait connus, dans le but de faire taire leurs opinions.
Ici, Milei fait référence à la crise de Ceuta, en attribuant à tort au gouvernement progressiste de Pedro Sánchez la responsabilité de l’arrivée de près de 80 000 personnes dans l’exclave espagnole à la fin du mois de juillet 2026. Ceuta a été évoquée par presque tous les intervenants lors de la rencontre du Forum de Madrid à Santiago du Chili. Le plus intéressant est toutefois de voir comment Milei en vient à adhérer à une autre théorie du complot, celle du Grand Remplacement, en parlant de « hordes étrangères qui finiront par les remplacer » (les Espagnols). Selon cette théorie complotiste, dont le terme a été inventé par Renaud Camus, la population européenne serait en train d’être remplacée par des migrants venus d’Afrique et d’Asie, majoritairement de confession musulmane, poussés par un plan coordonné par les élites mondialistes, représentées par des personnalités telles que l’investisseur et philanthrope George Soros. Si ce type de discours est déjà courant chez l’extrême droite européenne et américaine, ce n’était pas le cas, jusqu’à récemment, chez l’extrême droite latino-américaine.
Depuis le premier jour de mon mandat, je n’ai cessé d’alerter le monde sur le fait que l’Occident est en danger ; je l’ai répété à de nombreuses reprises, et cela n’a pas changé, même si peu à peu nous nous réveillons : jour après jour, nous nous réveillons avec des informations qui nous rappellent les enjeux. Même dans ces territoires que nous pensions avoir conquis, le socialisme guette le moindre relâchement de notre part pour revenir au pouvoir. Sans aller plus loin, en 2025, en Argentine, une tentative de coup d’État a eu lieu : le Congrès a été utilisé pour tenter d’adopter des dizaines de lois visant à rompre l’équilibre économique et fiscal, auxquelles se sont ajoutées sept tentatives de destitution. De plus, ils ont également tenté de le faire depuis la rue. L’année dernière, nous avons dû déporter plus de 10 000 personnes, et 14 000 depuis le début de l’année.
Milei met ici en évidence deux éléments intéressants. D’une part, il montre comment la question de l’immigration devient un axe de plus en plus important des propositions de l’extrême droite en Amérique latine, alors que ce sujet était jusqu’à récemment absolument secondaire, voire inexistant, contrairement à ce que l’on observe en Europe et aux États-Unis. L’utilisation du terme « déporter » souligne la rapidité avec laquelle circulent les propositions, les idées et les slogans au sein de l’internationale réactionnaire. Ce terme, utilisé depuis longtemps par les groupes néofascistes, néonazis et identitaires, a été introduit à l’échelle mondiale principalement par Trump lors de la campagne électorale de 2024, avant de devenir, comme on le sait, une politique officielle de son administration.
D’autre part, Milei fait preuve de son mépris bien connu pour le modèle démocratique libéral et la séparation des pouvoirs en estimant que le Congrès, qu’il a qualifié de « nid de rats », menacerait son gouvernement et, par conséquent, l’Occident, simplement pour avoir présenté des propositions de loi et tenté de les faire adopter en suivant les procédures garanties par le modèle démocratique représentatif.
Mais heureusement, notre programme économique est si bien conçu qu’il a également résisté à toutes ses attaques. Ainsi, tout ce qu’ils ont tenté a échoué, mais cela a coûté à l’Argentine des mois de ralentissement de la croissance et une remontée de l’inflation que nous sommes à nouveau en train d’éradiquer. Mais au-delà de tout cela, ce qu’il faut retenir, c’est que c’est la preuve qu’il ne faut pas sous-estimer, de l’extérieur, leur malveillance et leur puissance de feu. En d’autres termes, ils ne peuvent pas permettre que les idées de liberté triomphent, car sinon leur mensonge s’effondrerait.
C’est pourquoi nous ne pouvons pas baisser la garde une seule seconde ni céder d’un millimètre. Nous savons comment ils opèrent, nous savons qu’ils mentent, qu’ils déforment la réalité, qu’ils manipulent, nous savons qu’ils ont acheté les médias pour exercer un terrorisme psychologique sur la population. Pire encore, ils vont jusqu’à financer des terroristes : ils leur fournissent de l’argent et, disons, lorsque vous vous rendez dans certaines régions du monde pour donner une conférence, les ennemis de la liberté financent des terroristes pour qu’ils viennent vous causer des problèmes en Argentine, ce que nous appellerions des piquets de grève lorsque vous assistez à une conférence. Récemment, par exemple, en Argentine, ils sont même allés jusqu’à inventer que j’avais un problème de santé. Plus récemment encore, ils ont même inventé que j’avais eu un infarctus après une conférence. Ils n’hésitent pas à inventer et à proférer n’importe quelle absurdité.
Je veux dire par là que ce n’est là qu’un exemple parmi les milliers d’opérations médiatiques auxquelles nous avons été soumis. Nous savons qu’ils sont prêts à toutes les bassesses pour atteindre leur objectif, qui n’est autre que de s’accaparer le pouvoir, car ils agissent ainsi pour le pouvoir ; c’est le pouvoir qui les intéresse et, bien sûr, l’argent aussi – ils sont toujours très généreux, mais avec l’argent des autres. C’est clair, n’est-ce pas ?
Mais au-delà de cela, nous avons démontré qu’il est possible de gagner, et pas seulement de gagner, mais aussi de gouverner. Dès le premier instant, nous avons éliminé le déficit du Trésor, qui représentait cinq points du PIB ; en six mois, nous avons éliminé le déficit quasi-budgétaire, qui représentait dix points du PIB. Autrement dit, en six mois, nous avons balayé un déficit budgétaire consolidé de 15 points du PIB. De plus, nous avons licencié plus de 70 000 fonctionnaires, mis en œuvre 17 000 mesures de déréglementation et nous connaissons une croissance ininterrompue depuis 27 mois. Par ailleurs, nous avons réduit la pauvreté de 25 points, la pauvreté infantile de 30 points et diminué l’extrême pauvreté d’un tiers.
Les exportations atteignent des niveaux records, la consommation bat des records historiques, et tout cela n’est que le début d’un modèle qui remet l’Argentine sur la voie de la grandeur. En d’autres termes, c’est en réalité assez curieux, car parfois, en Argentine, lorsqu’on allume la télévision, on a l’impression que tout va mal dans le pays ; mais si l’on analyse la situation avec un minimum d’honnêteté et que l’on se compare aux gouvernements précédents, il est clair que notre modèle a fonctionné et que nous sommes sur la bonne voie. En effet, écoutez… pour pouvoir comparer, si l’on prend la croissance enregistrée par l’Argentine au cours des quatre derniers mandats, par exemple, sous le gouvernement – le deuxième gouvernement – de Cristina Fernández de Kirchner, la détenue… elle s’élevait à 1,5 %. Sous le gouvernement de Macri, l’économie a reculé de 3,9 %. Tout cela en quatre ans. Sous le gouvernement d’Alberto Fernández, cette baisse a été rattrapée et, si les estimations pour cette année et l’année prochaine se confirment, après avoir connu une croissance de 6,7 % la première année et de 3,5 % la deuxième, l’Argentine aura enregistré une expansion de près de 20 % en quatre ans, alors que celle de l’OCDE s’élève à 6 %. Et nous y parvenons après 12 ans de stagnation sans croissance. De plus, si l’on fait une moyenne arithmétique simple, nous afficherons des taux de croissance compris entre 4 et 5 % en moyenne annuelle, alors que pendant les 100 années qui ont précédé notre arrivée, la croissance moyenne était de 1 %. Il ne fait aucun doute que nous faisons croître l’économie.
Et comme je l’avais anticipé concernant la pauvreté, même selon les chiffres trimestriels, lorsque les variables économiques ont été réévaluées, le taux avait grimpé à 53 %. Aujourd’hui, il est de 28 %. Cela signifie que nous avons sorti de la pauvreté plus de 14 millions d’Argentins. Par ailleurs, malgré les transformations considérables que nous mettons en œuvre, nous avons tout de même créé, sous ce gouvernement, plus de 500 000 emplois nets. Et si l’on tient également compte des fonctionnaires que nous avons licenciés, le nombre d’emplois créés depuis notre arrivée au pouvoir s’élève à 600 000 ; le marché génère bel et bien des emplois.
Comme je l’ai mentionné précédemment, nous avons équilibré les comptes publics dès le premier mois de notre mandat et nous en sommes à notre troisième année consécutive d’excédent budgétaire financier. C’est-à-dire un excédent après paiement des intérêts. En conséquence, la dette consolidée, qui avoisinait les 100 points de pourcentage du PIB, se situe aujourd’hui en dessous de 40 % ; le risque-pays, qui atteignait 3 000 points de base, est désormais d’environ 500, et si l’on considère le mandat de cette administration, le risque-pays a pratiquement été éliminé. Par ailleurs, les exportations ont progressé 12 fois plus vite que le PIB, 10 des 11 secteurs privés de l’économie dépassant aujourd’hui les niveaux que nous avions lors de notre arrivée au pouvoir. De plus, une autre analyse très précise, présentée par exemple dans un article récent de mon ministre chargé de la déréglementation, Federico Sturzenegger, porte sur le mode de fonctionnement de l’opposition. Il explique quelque chose que nous vivons au quotidien : ils n’ont pas de position sérieuse sur ce qu’il faut faire concernant aucune des variables centrales qu’ils critiquent, ni sur la croissance, ni sur la pauvreté, ni sur l’emploi, ni sur l’équilibre budgétaire, et comme ils n’en ont pas, ils font la seule chose qu’ils savent faire : passer d’un sujet à l’autre pour voir ce qui fait mouche. Un jour, ils affirment que le PIB progresse, mais que tous les secteurs ne connaissent pas la même croissance. Le lendemain, ils affirment que l’emploi progresse, mais que le nombre de salariés déclarés est en baisse. Puis ils affirment que les salaires augmentent, mais que cette hausse n’est pas la même pour tous. Il y a toujours une nouvelle excuse, car ce dont ils ont besoin, ce n’est pas la vérité, mais un récit, et chacune de ces excuses s’effondre d’elle-même lorsqu’on l’examine sérieusement, données à l’appui, car ils sont ainsi. Comme ils n’ont pas de programme un tant soit peu viable pour le pays, ils passent d’un sujet à l’autre dans le seul but d’imposer l’idée que tout va mal.
C’est très, très important pour savoir comment les affronter, pour connaître la stratégie qu’ils emploient. Ils s’appuient essentiellement sur deux sophismes : le sophisme du « cherry picking » et celui du « tout par la partie ». Par exemple, lorsque nous prenons l’Estimateur mensuel de l’activité économique, qui est un indicateur proxy du PIB, on compte 16 secteurs. Eh bien, il y en a un qui est lié, disons, au secteur public. Ce secteur est globalement en recul, mais cela relève de la politique de l’État. Ce n’est donc pas un problème ; mais parmi les 15 restants, 13 sont en expansion, c’est-à-dire que 13 sur 15 sont en expansion. Il y en a un qui est stable et un autre qui est en baisse. Que font-ils ? Ils se concentrent sur le secteur en baisse et, au sein de ce secteur, choisissent le pire de tous. C’est ce qu’on appelle le « cherry picking ». Et à partir de là, ils veulent faire croire que c’est là la situation générale de l’ensemble de l’économie. Par conséquent, le meilleur antidote contre ces gauchistes crasseux, qui nient la réalité, ce sont les données.
Au-delà de sa tendance à se victimiser, stratégie typique de l’extrême droite, Milei applique en réalité précisément les sophismes dont il accuse l’opposition. Si l’on examine la consommation, par exemple, on constate une dualité très marquée. La consommation de biens durables (voitures, biens importés) et le tourisme ont connu une hausse spectaculaire (environ 50 % au total), tandis que la consommation de produits de première nécessité (alimentation, produits pharmaceutiques, produits d’entretien) a baissé de manière soutenue et inquiétante (-12 %). Cela signifie notamment que les Argentins se rendent moins souvent au supermarché (-8,2 %). La consommation de viande bovine a chuté à des niveaux historiquement bas.
Car la réalité, c’est qu’ils ne cherchent pas à résoudre quoi que ce soit. Tout ce qui les intéresse, c’est de propager leur idéologie pour reprendre le contrôle des caisses publiques, qu’ils utilisent comme un butin de guerre tout en maintenant la société civile sous le joug fiscal. Sinon, regardez ce que fait Pedrito en Espagne, n’est-ce pas ? On est en train de le démasquer… il est plus sale qu’une pomme de terre, et il s’est bien offusqué quand je lui ai dit, à lui et à toute la racaille qui l’entoure, que c’était un gouvernement de voleurs, et il semble que les faits le confirment.
Milei profite de chaque occasion pour insulter Pedro Sánchez, qui est devenu la cible privilégiée de ses invectives et de ses attaques. Ce que Milei ne dit pas, c’est que sous l’impulsion du gouvernement progressiste de Sánchez, l’Espagne est devenue le moteur économique de l’Union, invalidant ainsi le discours idéologique du président argentin selon lequel le socialisme engendre pauvreté et misère.
Depuis juin 2018, l’économie espagnole a enregistré une croissance réelle nette comprise entre 14 et 15 %. Le chômage est également passé de 15,3 % à 9,9 % (le taux le plus bas depuis 2008), et 3,4 millions d’emplois nets ont été créés, permettant d’atteindre un nouveau record en termes de nombre de personnes en emploi (22,77 millions). Tout cela s’est accompagné d’une augmentation des dépenses sociales (passant de 196 milliards d’euros à autour de 260 milliards), d’une hausse de 66 % du salaire minimum interprofessionnel et d’une baisse de l’indice de Gini, qui est passé de 0,33 à 0,31 (alors qu’en Argentine, ce coefficient est passé de 0,43 à 0,44 entre 2023 et 2026).
Or, ces stratégies dont je vous parle, en réalité, elles ne sont pas nouvelles : c’est exactement ce qu’ils avaient fait avec le gouvernement de Mauricio Macri en 2017, alors que l’économie était en pleine croissance et que la pauvreté avait atteint son niveau le plus bas depuis des décennies, et pourtant, ils ont réussi à semer le chaos dans la rue jusqu’à lui faire perdre le cap. Le gouvernement de Cambiemos a succombé à la pression politique, tant de la part de l’opposition que du centre extrême. Il s’est laissé influencer par ceux qui lui ont lancé 14 tonnes de pierres et par ses prétendus alliés qui lui suggéraient de tirer le frein à main. Nous avons tiré les leçons de cette expérience. Nous ne nous laisserons pas dérailler par leur discours.Et nous ne le ferons pas car nous savons que, quel que soit le bruit qu’ils font en chemin, au-delà du bruit, il y a toujours la réalité, et que nous sommes sur la bonne voie. Le modèle fonctionne. Nous ne céderons pas d’un iota sur aucune de nos politiques. Car la réalité, c’est que les idées de liberté fonctionnent lorsqu’elles sont mises en œuvre et maintenues dans la durée, car ce sont des idées justes et ce sont celles dont tous nos pays ont besoin pour se développer. C’est pourquoi il suffit simplement de s’organiser et de montrer à la population qu’il existe une volonté politique pour mener à bien ce changement de cap que réclame la majorité silencieuse. Les gens ne veulent rien d’autre que vivre en paix, commercer librement et ne pas être soumis à la tyrannie d’une politique qui leur prend chaque jour du temps qu’ils pourraient consacrer à leurs proches. La plus grande arme de la gauche, c’est notre propre peur, notre propre timidité, notre propre réticence à leur dire « non » ; c’est pourquoi elle perd de sa force lorsque la population commence à lui dire : « Ça suffit, les gauchistes ». Nous sommes engagés dans une bataille qui dépasse chacun d’entre nous et nos nations. C’est une bataille mondiale entre le Bien et le Mal. Le Bien incarné par ceux qui partagent le respect de la vie, de la liberté et de la propriété, du Bien et du Beau, des acquis de notre passé et de la culture dans laquelle nous avons grandi et qui a fait la grandeur de l’Occident. Tandis que le Mal est mené par la gauche radicale et le terrorisme, dont l’objectif est de balayer notre mode de vie par la violence et la propagande. C’est une bataille existentielle qui est sur le point d’être tranchée. L’histoire jugera du camp que nous avons choisi, et que celui qui préfère rester indifférent sache que c’est exactement ce que recherche le camp du Mal. Pour ma part, je sais clairement pourquoi je me bats. Pour les idées de liberté, où que ce soit et contre qui que ce soit.
Et ne nous laissons pas décourager par l’idée que nous ne pouvons pas faire grand-chose, car la différence entre faire peu et ne rien faire est abyssale, et c’est en agissant un peu chaque jour que l’on finit par obtenir de nombreux résultats. Je crois que ce forum rassemble des personnes partageant les mêmes convictions et le même engagement pour sortir nos nations de la décadence dans laquelle elles ont été plongées. C’est pourquoi, aujourd’hui plus que jamais, nous devons rester fermes sur notre cap et dans nos convictions. Si nous maintenons notre volonté politique et ne nous laissons pas détourner par le chant des sirènes de l’étatisme et du communisme, nous triompherons, n’en doutez pas.
Une fois de plus, Milei insiste sur le caractère central de la bataille des idées, ainsi que sur l’existence d’une lutte morale et d’une guerre existentielle entre le « bien » et le « mal » à l’échelle mondiale. Cela renforce ce qu’il a affirmé précédemment concernant la nécessité de créer des liens étroits entre les forces d’extrême droite à l’échelle transnationale pour gagner cette bataille. Milei évoque le terrorisme en référence au « mal », en l’associant à la gauche radicale. En cela, il suit à la lettre les politiques de la Maison-Blanche qui a non seulement déclaré le mouvement Antifa et, plus récemment, le collectif numérique italien Autistici/Inventati comme des organisations terroristes, mais a également organisé un sommet à Washington en juillet dernier auquel ont participé plus de 60 pays afin de contrer la prétendue « résurgence internationale du terrorisme politique d’extrême gauche ». Lors de cette rencontre, Stephen Miller, conseiller à la sécurité intérieure des États-Unis, avait déclaré que l’extrême gauche « est un cancer mortel pour la civilisation » et que « le plus grand risque que nous courons est que nos institutions soient devenues trop molles et lâches pour se défendre face à une menace mortelle ». Le secrétaire d’État, Marco Rubio, hôte du sommet, avait lui aussi utilisé ce même langage de confrontation affirmant qu’« il est temps d’en finir avec ce mal une bonne fois pour toutes ».
Pour toutes ces raisons, que Dieu vous bénisse tous, que les forces du ciel nous accompagnent et vive la liberté, putain ; vive la liberté, putain ; vive la liberté, putain ! Un grand merci à tous.