Tucker Carlson : « Il est temps de sauver l’Amérique » (discours intégral)
À quatre-vingt-dix jours des midterms, l’ancienne star de Fox News publie un décalogue pour donner une doctrine à l’après-Trump.
Nous traduisons et commentons son discours fleuve ligne à ligne.
- Auteur
- Le Grand Continent
Le 5 août 2026, à quatre-vingt-dix jours des élections de mi-mandat, Tucker Carlson a diffusé sur sa plateforme un monologue d’environ deux heures, intitulé sobrement : « It’s Time to Save America » (Il est temps de sauver l’Amérique), accompagnant la publication d’un manifeste en dix points.
Ce discours attendu avait été annoncé quatre jours plus tôt par l’ancienne représentante trumpiste Marjorie Taylor Greene, photographiée en réunion avec Carlson, le représentant du Kentucky Thomas Massie et Joe Kent, directeur démissionnaire du Centre national du contre-terrorisme.
« Nous avions dit : plus de guerres étrangères, et nous le pensions. Nous avons soutenu Donald Trump parce qu’il en avait fait la promesse. Mais il nous a tous trahis. Notre engagement, c’est l’Amérique d’abord, pour tous les Américains, à droite, à gauche et au centre. Le mouvement a commencé. »
Le discours vise à marquer la rupture avec la base national-populiste de Donald Trump et les grandes orientations de son second mandat.
À Washington, la riposte a été immédiate. La Maison-Blanche a moqué « une collection embarrassante de renégats geignards qui surestiment considérablement leur influence et leur pertinence » 1, en rappelant que Trump demeure le « chef incontesté » du Parti républicain. Le président lui-même répète depuis le printemps que Carlson « a perdu son chemin » et qu’il « n’est pas MAGA ». Ce dernier assume désormais ouvertement la rupture : « Nous avons besoin d’options… Je vais aider à construire un troisième parti. »
C’est autour de ce diagnostic que cette personnalité extrême cherche à faire converger plusieurs lignes critiques traversant la société américaine. Selon lui, ce système serait capturé par une « classe Epstein », dominée par deux partis « identiques » sur l’essentiel (la guerre, le budget et l’impôt), et incapable de répondre aux deux menaces qui pèsent sur l’humanité : une guerre nucléaire résultant de la fusion des conflits en Ukraine et en Iran, et l’explosion de l’intelligence artificielle. Il est également
Si l’impasse de la guerre en Iran est le symptôme d’une « trahison », c’est dans l’affaire Epstein et dans le rôle d’Israël dans la politique américaine que l’ancienne star de Fox News cherche à créer une division, sur fond de banalisation de l’antisémitisme dans une partie de la droite américaine abreuvée de contenus de Nick Fuentes et d’IA négationnistes.
L’objectif de Carlson est d’obtenir un changement systémique. Il s’agit d’un « changement de régime » intérieur, obtenu par la création d’un troisième parti qui, en divisant le vote conservateur, pourrait priver le président de sa majorité dès le mois de novembre, alors que 43 % des électeurs se disent insatisfaits des deux grands partis 2.
Le décalogue de Tucker Carlson vise à ouvrir une nouvelle phase du national-populisme aux États-Unis, en redéfinissant une doctrine trumpiste après l’ère Trump. Pour accompagner notre analyse de la recomposition de la scène politique américaine, nous traduisons et commentons ce discours important, souvent incohérent et brouillon, en le commentant presque ligne à ligne.
Le but de tout système est de protéger les intérêts des personnes qu’il sert et qu’il gouverne. C’est tout simplement dans sa nature. Ainsi, quel est le rôle d’un prédicateur ? C’est de s’occuper des âmes de ses fidèles. Quel est le rôle d’un président ? C’est de veiller aux intérêts de ses citoyens et de les protéger. C’est vraiment simple. C’est inhérent à la définition même de ces fonctions.
Il est donc évident, depuis un certain temps déjà, que notre système ne fonctionne pas comme prévu, car ceux qui en sont responsables semblent veiller principalement – pas exclusivement, mais principalement – à leurs propres intérêts. On le constate partout autour de soi : les fonctionnaires gagnent plus que l’Américain moyen. Cela en dit long. On le constate à tous les niveaux des institutions de la vie américaine : beaucoup d’entre elles semblent fonctionner avant tout au profit de ceux qui les dirigent. Et c’est grave. Et ils s’en cachent moins que jamais. Ils s’offrent des îles privées et se croient exempts des règles qui s’appliquent à vous. Cela a provoqué une énorme frustration et un profond ressentiment chez les gens ordinaires : « Attendez une seconde, vous ne respectez pas vos propres règles. Je dois rester chez moi pendant la pandémie de COVID, pendant que vous, vous allez au French Laundry… Vous vous prenez pour quoi exactement, un roi ? » Effectivement, la réponse est oui.
La construction de cet argument unit deux temporalités différentes. Le paradigme évoqué est le dîner de Gavin Newsom au restaurant trois étoiles French Laundry de la Napa Valley, le 6 novembre 2020, en pleine période de restrictions, qui est devenu le symbole de l’hypocrisie sanitaire des élites. En évoquant un événement vieux de six ans, plutôt que les affaires du second mandat de Trump, Carlson installe d’emblée la thèse du discours. La corruption serait celle d’un « système » bipartisan, et non d’un camp.
On assiste donc à une dégradation très évidente d’un système, qui devient de plus en plus corrompu avec le temps, et ceux qui détiennent le pouvoir l’utilisent à leur propre profit, ainsi qu’à celui de leur famille et de leurs amis. On a fini par appeler ça la « classe Epstein », parce que c’est exactement ce que c’est.
L’expression « classe Epstein » n’est pas de Carlson. Apparue à la fin de l’année 2025 dans le contexte de la bataille autour des Epstein Files, elle a été introduite dans le discours politique par le démocrate californien Ro Khanna, membre de la Chambre des représentants des États-Unis, puis reprise par le sénateur de Géorgie et ancien producteur de documentaires Jon Ossoff, ainsi que par la droite et l’extrême droite national-populiste. Elle désigne un réseau transpartisan d’élites jouissant d’une impunité de fait. L’affaire fournit un langage commun aux deux populismes, et c’est au cœur de ce clivage que Carlson cherche à se positionner.
C’est un groupe de personnes égoïstes agissant dans leur propre intérêt, au détriment du vôtre. C’est entendu. C’est certes extrêmement néfaste, mais ça peut perdurer pendant très longtemps parce que c’est tout simplement la nature même des systèmes. C’est comme l’Empire ottoman, qui avait conquis la moitié du monde et qui est passé à un état plutôt pathétique, en ne se concentrant plus que sur son harem. Pour, finalement, se dissoudre.
Quelque chose de différent est arrivé à notre système. C’est devenu évident ces derniers temps : c’est une chose d’avoir un système dirigé par des gens qui veillent à leurs propres intérêts et non aux vôtres — nous avons déjà connu cela ; c’en est une autre d’avoir un système totalement incapable de réagir à la réalité, pratiquement paralysé. Malheureusement, et de manière très inquiétante, c’est le système dont nous disposons aujourd’hui. Nous le savons parce que les deux plus grandes menaces, sans doute, de toute l’histoire connue, à savoir la guerre nucléaire et l’IA, se profilent juste devant nous.
Tout le discours repose sur cette prémisse catastrophiste ancrée dans l’imaginaire de la décadence et du déclin, qui est également central dans la construction de l’imaginaire d’extrême droite. Le procédé consiste à hisser l’intelligence artificielle au rang de la guerre nucléaire afin de rendre l’inaction des élites face aux menaces « existentielles » d’autant plus condamnable.
Et personne dans notre société occupant un poste d’autorité ne semble capable de réagir, ni même de reconnaître réellement que cela est en train de se produire. C’est comme s’ils étaient figés, les yeux rivés sur l’arbre qui fonce vers le pare-brise à 70 miles à l’heure. C’est vraiment l’impression que l’on a. Si vous écoutez attentivement, c’est exactement là où nous en sommes.
Nous nous dirigeons donc, si cette trajectoire se maintient, vers un conflit nucléaire, car deux conflits – l’un au Moyen-Orient et l’autre en Europe de l’Est, en Ukraine et en Iran – sont soudainement en train de se confondre d’une manière ou d’une autre.
Si les deux conflits sont pour l’instant connectés marginalement, aucun élément public ne laisse penser qu’un recours à l’arme nucléaire ait été envisagé par Washington contre l’Iran. Cette « prédiction » procède par extrapolation à partir de faits réels, comme l’enlisement du conflit, pour faire déduire une escalade « inévitable » vers l’arme atomique. Ce glissement du plausible au certain est l’un des ressorts rhétoriques du discours.
Qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie une guerre mondiale.
La Russie livre à l’Iran des drones Shahed améliorés, inversant ainsi la tendance de 2022, et lui fournirait également des renseignements satellitaires sur les forces américaines. Le 25 juillet, l’Ukraine a frappé un cargo iranien en mer Caspienne, accusé d’approvisionner la Russie, ce qui constitue le premier accrochage direct entre Kiev et Téhéran. Le saut de cette connexion réelle à « une guerre mondiale » entre deux camps constitués reste une interprétation typique de la rhétorique escalatoire de Carlson.
Et vous avez deux camps aux positions fondamentalement inflexibles. Sans entrer dans les détails, si vous suivez cette actualité, si vous faites partie du petit pourcentage d’Américains qui la suivent, vous savez déjà qu’il n’y a pas de résolution évidente à l’un ou l’autre de ces conflits dans un avenir proche, et que pourtant les enjeux ne pourraient pas être plus cruciaux. Bien sûr, les principaux acteurs de ces deux guerres, qui ne font désormais plus qu’une, sont dotés de l’arme nucléaire. Ils estiment que cela est, pour employer un terme très galvaudé, une question existentielle pour eux. Ainsi, à moins que l’angle d’attaque et la trajectoire sur laquelle nous sommes ne changent très rapidement, nous allons inévitablement aboutir à l’utilisation d’armes de destruction massive. L’un des protagonistes, le président des États-Unis, le menace déjà ouvertement sur Truth Social, sur Internet, aux yeux de tous : « Nous allons anéantir votre civilisation. » On ne peut pas faire cela avec des Tomahawks, c’est évident, mais on peut le faire avec des armes nucléaires. Le président des États-Unis, quoi qu’on vous dise, menace ouvertement de recourir aux armes nucléaires dans un conflit qui n’a pas de résolution immédiate ni évidente.
Dans un message publié sur Truth Social le 7 avril 2026, quelques heures avant un énième ultimatum concernant la réouverture du détroit d’Ormuz, il affirmait : « Une civilisation entière va mourir ce soir, pour ne jamais revenir. Je ne veux pas que cela arrive, mais cela arrivera probablement. » Ces menaces apocalyptiques ont pu suggérer un signal nucléaire, mais Trump n’a jamais mentionné l’arme atomique à ce sujet. La mise en cause frontale et explicite du président (que Carlson avait pourtant critiqué dans des messages privés révélés par la presse) témoigne de l’ampleur de la rupture.
Alors, où cela mène-t-il ? Vers une frappe nucléaire. Quant à ce qui se passera ensuite, Dieu seul le sait.
Mais si vous pouvez ne serait-ce que vivre avec ce fait, si vous pouvez ne serait-ce que dire ou simplement reconnaître sans le formuler que, oui, cela pourrait aboutir à ce que des gens lancent des armes nucléaires sur des populations civiles, vous avez déjà perdu la tête. Vous vous êtes déjà montré incapable d’exercer un leadership, car c’est de la folie. C’est bien plus qu’une imprudence. C’est… c’est littéralement… suicidaire et meurtrier. Et à tout le moins, vous êtes paralysé. Vous êtes incapable d’agir pour vous défendre, pas seulement pour défendre votre pays ou votre civilisation, mais même pour vous défendre vous-même. C’est là où nous en sommes.
Il en va de même pour l’IA. Bien sûr, on ne sait pas, tout comme pour les guerres en Ukraine et en Iran, où l’IA va nous mener. Peut-être s’agit-il simplement d’une énorme bulle. Vous savez, c’est la bulle technologique de 2000. C’est Pets.com multiplié par 100. Peut-être qu’à l’inverse, les prédictions de ceux qui développent cette technologie s’avéreront vraies, à savoir que ce sera la fin. Au mieux, nous abandonnons notre capacité à prendre des décisions importantes concernant notre vie au profit des machines ; nous confions nos vies à des machines. C’est le meilleur des cas. Dans le pire des cas, les machines décident de tous nous tuer et passent à l’acte, sans que nous puissions rien y faire. C’est ce qu’ils disent. Pas les prophètes de l’apocalypse sur Twitter, mais bien les individus qui développent cette technologie : « Oh, au fait, ce truc qu’on est en train de créer pourrait tuer tout le monde et, au minimum, il fera en sorte que vos enfants, vos petits-enfants et probablement vous-mêmes n’ayez plus d’emploi. »
En mai 2023, les dirigeants d’OpenAI, d’Anthropic et de Google DeepMind signaient une déclaration du Center for AI Safety dans laquelle ils plaçaient le « risque d’extinction » lié à l’IA au même niveau que les pandémies et la guerre nucléaire. En mai 2025, Dario Amodei prédisait la disparition de « la moitié de tous les emplois de cols blancs débutants dans les 1 à 5 prochaines années ». Il y a quelques jours a été publié un autre texte intitulé Pacing the Frontier et signé par plus d’un millier d’ingénieurs de laboratoires de pointe, dont Amodei et le directeur scientifique d’OpenAI, Jakub Pachocki, pour demander à Washington de se doter des moyens de « ralentir délibérément » la course à l’IA. L’originalité de Carlson consiste à retourner ce catastrophisme managérial, dont on peut également analyser la dimension marketing, en réquisitoire populiste contre ceux-là mêmes qui le professent.
On va, j’imagine, faire quelque chose pour y remédier. Mais on ne sait pas trop quoi, et ça va arriver d’ici un an environ. Ce qui est remarquable, ce n’est pas seulement que ceux qui s’en occupent l’admettent, ni qu’ils essaient vraiment d’attirer notre attention en nous disant : « C’est ce que nous sommes en train de faire. » Mais c’est que personne ne fasse quoi que ce soit. Tous paraissent simplement hypnotisés, le regard rivé sur cette chose qui pourrait bien signifier la fin de tout. Qui se comporte de cette façon ? Les gens normaux ne se comportent pas ainsi, et les systèmes fonctionnels, certainement pas non plus. Donc, sans m’étendre sur le sujet, qu’est-ce que cela nous dit ? Cela nous indique que le système a atteint ses limites. Ce n’est en réalité pas un système qui fonctionne dans l’intérêt de qui que ce soit. C’est un système voué à une destruction probablement assez imminente. Il est donc en train de disparaître. On savait sans doute déjà que tout système qui permet d’élire des octogénaires pour diriger le pays, des octogénaires cyniques, n’en a plus pour longtemps.
Trump vient de fêter ses 80 ans à la Maison-Blanche lors d’une soirée avec des combats MMA, tandis que Biden a quitté ses fonctions à l’âge de 82 ans. Carlson retourne ainsi contre Trump l’argument de l’âge et du déclin, que le camp MAGA avait utilisé contre Biden en 2024, l’un des tabous les plus stricts du trumpisme. Si les « octogénaires cyniques » visent les deux présidents sans les nommer, ils s’inscrivent dans une contestation de plus en plus forte de « l’oligarchie boomer » aux États-Unis, qui a ciblé des figures comme Nancy Pelosi (dont l’annonce du retrait, en novembre 2025 à 85 ans, a relancé la guerre générationnelle chez les démocrates) ou Mitch McConnell, 84 ans, qui ne briguera pas de nouveau mandat au Sénat après ses épisodes d’absence en public.
Un tel système ne peut pas se reproduire, de la même manière que les octogénaires ne se reproduisent pas. C’est la fin : c’est bien le cas et c’est triste. On a certainement passé beaucoup de temps à s’en plaindre. Mais, à ce stade, c’est tout simplement une évidence.
Il vaut donc la peine de réfléchir à ce qui va suivre, en supposant que nous soyons tous encore là — il faut partir de ce principe, car c’est certainement ce que vous souhaitez et, même si ce n’est pas le cas, il faut quand même s’y préparer, car on ne sait jamais. Quelque chose va se passer ensuite, quelque chose qui remplacera le système. On peut espérer que ce remplacement, quel qu’il soit, soit le résultat d’un processus progressif que les gens auront le temps d’assimiler, d’accepter et d’approuver, pour qu’on n’ait pas de changement brusque, car les changements brusques de direction politique sont… Eh bien, on les appelle des révolutions. Et elles ne constituent généralement pas une amélioration par rapport à ce qu’elles remplacent. Elles ont leurs propres inconvénients. On espère donc que cela évoluera d’une manière ou d’une autre vers quelque chose de moins fou, de moins éloigné de la mission première d’un système, qui est de servir les gens qui vivent ici, et de plus humain et de plus favorable à l’humain, etc. Que ce soit tout simplement mieux à tous égards. C’est ce qu’on espère. Mais quoi qu’il en soit, on va vers quelque chose de différent. La question est : qu’est-ce que ce sera ? On ne le sait pas.
On sait que les évolutions technologiques ou les changements de rapport de force à l’échelle mondiale, tous ces faits constatés sur le terrain, s’accompagnent et sont suivis de changements politiques.
Ici, le cadre évoqué par Carlson est matérialiste. La politique ne serait qu’une « réponse » aux basculements technologiques et géopolitiques. Cette vision permet de présenter la fin du système non pas comme un programme, mais comme une fatalité qu’il suffirait d’accompagner. Ironie du sort, l’expression « changement de régime », que Carlson abhorre en politique étrangère, devient sa prophétie en politique intérieure.
Les changements politiques découlent de ces évolutions. Ils ne les provoquent pas, mais ce sont des réponses à ces évolutions. Nous assistons donc à des changements politiques, appelés à trouver une expression politique. Sera-ce un troisième parti ? Probablement. Le constat le plus radical qu’on peut faire sur la politique américaine au cours du dernier siècle, et nous en avons eu la confirmation le 28 février, c’est que les partis ont des positionnements similaires sur les grandes questions.
Avec l’opération Epic Fury déclenchée le 28 février, les États-Unis et Israël ont franchi un seuil sans précédent. Des frappes massives et coordonnées contre l’Iran, un objectif de changement de régime assumé publiquement par Trump et l’élimination du Guide suprême, Ali Khamenei. Pour le mouvement MAGA construit en partie sur le rejet des « guerres sans fin », le désengagement du Moyen-Orient et la critique des politiques de « regime change », la date marque une rupture et forme un paradigme. Côté offre politique, la cassure est immédiate. Quelques jours après, Carlson a déclaré que « c’est la guerre d’Israël, pas celle des États-Unis », Marjorie Taylor Greene accuse l’« America First » d’avoir viré à l’« Israel First », Steve Bannon fustige le « cirque du changement de régime ». Côté demande, en revanche, la base a tenu dans les premiers mois : comme le montrait notre analyse, au mois de mars « près de huit électeurs républicains sur dix s’identifiant comme appartenant au mouvement MAGA disent soutenir la guerre contre l’Iran » avec un soutien net à la force militaire de +68 points chez les républicains MAGA, contre +11 chez les autres. Trump peut ainsi rappeler à ses dissidents, comme il l’a fait encore en juillet : « MAGA, c’est moi. »
Trump se lance dans la seule chose qu’il avait dit ne jamais vouloir faire : une guerre de changement de régime au Moyen-Orient visant l’Iran, un pays bien plus grand et plus puissant que lors de notre dernière tentative de changement de régime, qui avait échoué. Il n’y a eu aucune manifestation contre cette décision car, bien sûr, les dirigeants de l’autre parti, ses soi-disant ennemis, étaient entièrement d’accord avec lui, tout comme ils l’étaient sur l’essentiel de son budget, et certainement sur le code des impôts que le parti a approuvé. Qu’est-ce que cela nous apprend ? Une chose au moins : sur les questions qui comptent vraiment, les manifestations les plus évidentes et les plus significatives d’un point de vue historique de l’exercice du pouvoir — à savoir la politique étrangère, le budget et le code des impôts —, les partis sont alignés. Ils sont identiques. Ils ont le même programme, exactement le même programme. Ils nous servent tout ce cirque pour nous convaincre que non, nous sommes vraiment des ennemis jurés. Mais le sont-ils vraiment ? Non, ils ne le sont pas.
Juste pour réaffirmer une évidence — on ne la répète jamais assez —, si les opposants à Trump s’opposaient vraiment à ce qu’il fait, il y aurait des gens dans la rue, c’est bien connu. Le parti dont l’identité même repose sur le fait que les gens descendent dans la rue et manifestent pour telle ou telle cause, en particulier la paix, manifesterait pour la paix et contre cette guerre. Mais ce n’est pas le cas. Pourquoi ? Parce qu’ils ne s’y opposent pas.
En se contentant d’accuser les démocrates de ne pas s’opposer, Carlson cherche à valider la thèse du parti unique sans cibler particulièrement le camp républicain, pourtant au pouvoir. Cette affirmation est par ailleurs incorrecte. Si la mobilisation de masse n’a pas été comparable à celle de 2003, des manifestations ont eu lieu dans une quinzaine de villes dès le 28 février. Bernie Sanders a qualifié la guerre d’« inconstitutionnelle » et des dizaines de manifestants, puis de vétérans, ont été arrêtés à New York et au Capitole en avril. Toutefois, ces mobilisations sont restées ponctuelles, sans commune mesure avec 2003 et sans traduction politique au sein de la direction démocrate.
Voilà pourquoi. Non pas pour m’en plaindre, mais simplement pour poser les bases de la prochaine étape de nos vies en tant que citoyens américains. Nous savons que les partis sont alignés sur les questions qui comptent… contre la population. Comment savons-nous que c’est contre la population ? Parce que nous disposons de sondages d’opinion, et même s’ils ne sont peut-être pas tout à fait exacts, au fil du temps, ils nous donnent une image assez claire des priorités des gens. Les grandes mesures que le gouvernement américain, soutenu par les deux partis, met en œuvre, à savoir vous surveiller davantage, transférer une part toujours croissante du produit intérieur brut à un pourcentage de plus en plus restreint de la population, envahir des pays, dépenser 1 500 milliards de dollars par an pour une armée incapable de gagner une guerre, etc., etc., etc. Toutes ces mesures, les grandes mesures, la population n’en veut pas. Elle est préoccupée, malgré toutes les remontrances de ses dirigeants, par le prix des burritos.
« Le prix des burritos » fait référence à la polémique qui enflamme la droite américaine. La veille, un porte-parole de l’organisation conservatrice Turning Point USA relayait la plainte d’une étudiante (« un burrito ne devrait pas coûter 20 dollars »). Les répliques méprisantes d’une partie du camp conservateur (« arrêtez de geindre, trouvez un travail, mangez des ramen » de la part de Dan Crenshaw ou « retournez en cuisine » de Ben Shapiro) ont ouvert une guerre culturelle interne sur l’« affordability » comme angle mort du deuxième mandat trumpiste. L’aile populiste a averti : « si notre réponse à la crise des prix est de dire aux gens de manger moins bien, nous perdrons — et nous l’aurons mérité ». Le sarcasme que Carlson prête aux élites (« petit gamin prétentieux », « tu es étudiant ? ») reprend presque mot pour mot cette séquence. La question de l’« affordability » est au cœur de la politique américaine depuis la victoire de Zohran Mamdani à New York et le balayage démocrate de novembre 2025. Le chiffre avancé par Carlson (« 30 % de plus sur une année ») est toutefois très exagéré : les prix alimentaires n’ont augmenté que d’environ 2,3 % en 2025, mais de plus de 25 % depuis 2020, certaines taquerias californiennes affichant même une hausse de 60 % sur leurs burritos depuis la pandémie.
On pourrait lui dire : « C’est vraiment mesquin de votre part, vous ne devriez pas manger des burritos à 20 dollars. » Mais peut-être que les gens veulent choisir ce qu’ils mangent et qu’ils ne veulent pas payer 30 % de plus pour un burrito sur une année, ou un chiffre de cet ordre. C’est une forte hausse et si vous vous souciez vraiment de ce que veulent les gens, vous prendriez ça au sérieux. Mais comme on l’a noté, non seulement les responsables se moquent de ce que vous voulez, mais ils sont activement hostiles à ce que vous voulez. Et le fait que vous le voulez est pour eux la preuve que c’est illégitime. « Comment oses-tu demander ça, petit gamin prétentieux. » « Tu es étudiant ? De toute façon, ceux qui trouveront un emploi à l’ère de l’IA sont tous déjà dans le coup. » La déconnexion est trop grande pour que cela continue ainsi.
Carlson met ici des mots sur ce que Jasmine Sun appelle le « populisme IA » : une vision du monde dans laquelle l’IA n’est plus une technologie ordinaire mais un projet politique des élites, imposé par des milliardaires à une population qui n’a rien demandé. Conformément au diagnostic de Sun, Carlson ne discute pas les mérites de la technologie : il oppose les initiés qui verrouillent les emplois de l’ère de l’IA aux jeunes dont la colère même est jugée illégitime — transformant l’anxiété économique en grief populiste.
On va donc probablement se retrouver avec un troisième parti, voire plusieurs partis.
Selon un sondage Gallup réalisé il y a un an, 62 % des Américains souhaitent la création d’un troisième parti, mais seuls 15 % se disent très susceptibles de voter pour lui. Si Elon Musk avait annoncé en juillet 2025 son intention de lancer un parti, l’America Party, il a depuis décidé de financer les républicains pour les élections de mi-mandat. Ce revirement alimente bien sûr les spéculations, relancées par ce discours, sur un parti de Carlson qui pourrait représenter un risque substantiel pour le bloc trumpiste et le Parti républicain.
Est-ce le meilleur système ? Je ne sais pas. C’est mieux que celui que nous avons. La question est de savoir si cela suffira. La réponse — la réponse difficile — c’est non. Quand on entend les gens dire : « Il n’y a pas de solution politique à cela », cela ne veut pas dire qu’ils n’espèrent pas qu’il y ait une solution politique. L’alternative est quelque chose de « cinétique », comme on dit, et on ne veut pas de ça. On ne veut aucune forme de violence. Mais on sait aussi qu’il n’y a pas de solution politique à quoi que ce soit, en réalité, dans aucun système, car la société se comporte de manière cohérente au fil du temps, en fonction des valeurs et des préoccupations des personnes qui y vivent. Autrement dit, si vous voulez changer le comportement humain, adopter des lois contre ce comportement ne vous mènera pas au but. Ce qui vous y mènera, c’est de convaincre les gens que c’est la bonne chose à faire. Évidemment, il n’y a probablement pas de loi qui interdise de hurler le mot commençant par « F » à votre tout-petit chez Walmart, ou en tout cas sur le parking. On ne peut pas se faire arrêter pour ça. Aucune loi n’interdit d’utiliser un langage vulgaire avec ses enfants. Mais qui fait ça ? Très peu de gens. Vous pourriez essayer de faire un doigt d’honneur à une vieille dame sur un passage piéton – ce qui n’est probablement pas illégal –, mais personne ne le fait. Pourquoi ? Parce que si vous essayez, évidemment, les gens se diront : « Mais qu’est-ce que vous faites ? C’est dégoûtant. » Vous ne le faites donc pas.
L’écho, volontaire ou non, est difficile à manquer. Le 13 janvier 2026, à l’usine Ford Rouge de Dearborn, Trump a adressé un doigt d’honneur et une insulte muette à un ouvrier de l’UAW qui l’interpellait en criant « protecteur de pédophile ». La Maison-Blanche a assumé ce geste, le jugeant « approprié et sans ambiguïté ».
En d’autres termes, si vous voulez changer une société, vous avez absolument besoin de plus de choix sur les bulletins de vote. Vous avez absolument besoin de dirigeants qui veulent servir les citoyens de ce pays parce qu’ils se soucient d’eux. Le service rendu découle de cette sollicitude. Si vous aimez quelqu’un, vous voulez servir cette personne, c’est évident. Mais plus que tout, il faut une population qui ait des objectifs clairs et qui sache quel doit être le programme. Ne faites pas un doigt d’honneur aux vieilles dames sur un passage piéton. Ne faites tout simplement pas ça. Nous sommes tous d’accord là-dessus. Il faut un consensus sur ce que nous faisons ici. Quel est le but de tout ça ? C’est par là qu’il faut commencer. Il s’avère que si vous obtenez ce consensus, beaucoup de problèmes se résolvent avec le temps, pas immédiatement. Certains problèmes sont, sinon insolubles, du moins très complexes. Mais si l’on pose les bases correctement, ils ont tendance à s’améliorer avec le temps. Si ce n’est pas le cas, ils s’aggravent inexorablement. Ça, on le sait. Ainsi, toute tentative visant à résoudre les problèmes systémiques des États-Unis à l’aide de solutions technocratiques est, par définition, vouée à l’échec. Car elle ne s’attaque pas aux causes profondes qui nous ont menés là où nous en sommes.
Comment en sommes-nous arrivés à une dette de plusieurs milliers de milliards de dollars ? Des milliers et des milliers de milliards, une dette impossible à rembourser. Parce que nous n’avons cessé d’élire des personnes qui l’ont alourdie, y compris l’actuel occupant de la Maison-Blanche. Mais pourquoi avons-nous agi ainsi ? Parce que nous avons une conception assez faussée de ce qu’est la dette et de ses conséquences pour les individus et les nations. Nous ne nous fixons pas les bons objectifs. Nous ne pensons pas qu’il soit important d’éviter d’être endetté. Si nous y avions prêté attention, nous n’aurions probablement pas accumulé, au fil de nombreuses décennies, une dette impossible à rembourser et qui nous contrôle. Tout cela nous ramène donc à l’une de ces choses que personne en politique n’admet jamais à voix haute, mais qui est tout simplement vraie : la chose la plus importante que vous puissiez faire si vous voulez changer un monde, une région, une civilisation, une nation, un quartier, une personne, c’est de dire la vérité à voix haute. Toujours. Les mots sont la chose la plus importante. Ils ne constituent pas la solution à eux seuls, mais ils sont le début du changement. Dites la vérité à voix haute. Dites ce qui est vrai. Il existe de nombreuses façons de le prouver, mais les seuls vestiges significatifs que nous ayons de toute civilisation passée sont les idées qu’elle a défendues, les mots qu’elle a prononcés et, dans la mesure où ceux-ci ont survécu, ils ont marqué et influencé les générations suivantes. L’héritage le plus important de l’Empire romain n’est pas ses aqueducs, dont certains sont encore debout parce que leurs architectes géniaux et leurs grands bâtisseurs utilisaient de la pierre, et non du béton armé — tout cela est impressionnant. L’héritage le plus durable de Rome, néanmoins, c’est le christianisme, qui, sous Constantin, est devenu une religion d’État, et qui reste aujourd’hui la plus grande religion du monde.
Le christianisme a été légalisé par Constantin avec l’édit de Milan (313) mais n’est devenu religion d’État de l’Empire que sous Théodose avec l’édit de Thessalonique (380).
Ce sont donc les mots qui comptent par-dessus tout. C’est pourquoi les tyrans, comme on le sait, et tous les gouvernements, d’ailleurs, tentent de restreindre ce que vous pouvez dire. C’est la première chose qu’ils font avant d’essayer de vous désarmer. Ils essaient de vous dicter ce que vous pouvez dire. Nous avons donc pensé qu’il serait utile de simplement définir les objectifs de ce qui viendra ensuite, et cela prendra toutes sortes de formes. Espérons que ce soit mieux que ce que nous avons actuellement, mais nous savons que ce sera différent de ce que nous avons, car ce que nous avons ne fonctionne tout simplement pas. Cela ne peut pas nous protéger contre les plus grandes menaces de l’histoire de l’humanité.
Voici donc les dix principes auxquels l’Amérique devrait adhérer. Elle y a probablement adhéré par le passé, mais devrait certainement y adhérer de nouveau aujourd’hui. Si vous réussissez à les mettre en œuvre, si vous parvenez à y adhérer — ce qui ne devrait pas être difficile puisque presque tout le monde est d’accord avec ces principes —, alors on peut réellement espérer que le système sera plus réactif. Il ne sera certainement pas suicidaire, et le pays lui-même sera dynamique et vivant, et non en train de dépérir. Il ne vivra pas uniquement de son héritage culturel, ce qui est encore notre cas, qui commence à s’épuiser. Lorsque les plus belles réalisations de votre société, des textes fondateurs à l’architecture, sont toutes des œuvres antérieures à la naissance de vos grands-parents, c’est un problème. C’est la fin. Alors, qu’est-ce que la renaissance ? La renaissance commence par définir ce que l’on souhaite devenir. Que devrait être l’Amérique ? La traite des enfants fait partie de ces sujets dont personne ne veut parler, car c’est tout simplement horrible. Il y a beaucoup d’actualités sur le sujet, mais c’est tellement grave que certaines personnes décident de s’en détourner, y compris nous, honnêtement, pour être tout à fait transparents. C’est un sujet trop sordide, trop déprimant, mais c’est important et cela doit cesser. C’est pourquoi le documentaire Hidden War, désormais disponible en streaming sur Angel, vaut le détour. Ce film permet aux spectateurs de suivre des opérations d’infiltration qui débutent en Ukraine et qui s’étendent sur plusieurs continents. Vous verrez de véritables missions de sauvetage, des enquêtes, des trafiquants traduits heureusement en justice, ainsi que les risques extraordinaires que prennent des personnes bienveillantes pour sauver la vie de ces enfants. Ce documentaire n’est pas une fiction. C’est un véritable documentaire. C’est tout à fait réel et, même si le sujet est des plus sombres, le film est finalement porteur d’espoir : il montre que le mal ne l’emporte pas toujours. Des vies peuvent être sauvées. Les enfants peuvent survivre à la traite et, dans certains cas, s’épanouir par la suite. D’un point de vue global, c’est le genre d’histoire que peu de cinéastes auront envie de raconter. C’est pourquoi nous soutenons Angel. Ils n’ont jamais peur de traiter des sujets que Hollywood délaisse. Angel ne cherche pas le glamour. Ce qui compte, c’est la vérité. Rejoignez dès aujourd’hui l’Angel Guild pour visionner Hidden War en streaming et explorer la vaste filmothèque d’Angel, une collection de films et de documentaires en constante expansion qui abordent des sujets qui comptent vraiment. Rendez-vous sur angel.com/carlson pour vous inscrire.
Cette rupture de ton n’a rien d’accidentel. Depuis 2023, Carlson est privé de Fox News et vit de son propre écosystème, financé par des publicités lues par l’animateur lui-même. Le glissement sans façon de la jérémiade prophétique au bon de commande est constitutif de ce modèle où l’indignation sert d’inventaire publicitaire. Angel Studios est le studio chrétien à l’origine des succès Sound of Freedom (2023) et Hidden War (2025), porté par Tim Ballard, une figure controversée de la lutte contre la traite des êtres humains, visée depuis 2023 par des accusations d’inconduite sexuelle qu’il conteste.
1— L’Amérique doit être juste
La première chose que l’Amérique devrait être, c’est être juste. L’Amérique devrait être juste. Non seulement l’Amérique devrait être juste, mais elle a été créée pour l’être. C’est là tout le sens de l’Amérique. Bon, elle n’a jamais été juste. Oui, d’accord. Mais cela ne change rien au fait que cela a toujours été l’objectif. Quand on cesse d’essayer d’atteindre cet objectif, on n’a plus aucun espoir de l’atteindre un jour. Ce pays a donc besoin, avant tout, d’un engagement renouvelé en faveur de l’équité, qui, je vous le rappelle, est votre droit inaliénable. L’équité vous est promise par Dieu. Comment le savons-nous ? Parce que nous savons que Dieu a créé chaque personne. Les Pères fondateurs le savaient, qu’ils fussent chrétiens orthodoxes ou non. Pas un seul d’entre eux n’a douté que le but de ce projet était de garantir l’équité, qui découle de l’égalité inhérente de tous les peuples, car ils partagent une origine commune, à savoir Dieu. Cela signifie que vous avez le droit d’être traité selon des principes et des normes objectifs et immuables, des normes qui ne changent pas en fonction de la personne jugée. C’est la clef de tout. C’est bien sûr la clef de notre système judiciaire. Cela a également été, à un moment donné, un principe directeur de nos arrangements économiques : certaines personnes seraient mieux rémunérées, d’autres moins, en fonction de leurs capacités ou de leur travail. Tel a toujours été l’objectif. Mais en fin de compte, chacun était un être humain et méritait la dignité. Il y avait là une forme d’équité, et il était considéré comme totalement inacceptable de vivre dans un système où les résultats étaient déterminés par des accords passés en coulisses, par ses relations ou par son lieu de naissance. Bien sûr, cela a toujours existé dans une certaine mesure, les gens étant ce qu’ils sont, mais cela ne peut jamais être acceptable. L’équité doit être l’objectif. L’équité. Et l’équité, encore une fois, découle de la certitude que toutes les personnes sont, à un niveau fondamental, égales. Cela signifie que nous pouvons juger les actions de n’importe qui selon exactement les mêmes critères. Personne n’est épargné. Parce que personne n’est épargné, nous pouvons être unis malgré nos différences. Nous le savons parce que nous savons que le moyen le plus rapide de diviser les gens, que ce soit intentionnellement ou non, est de les traiter de manière inégale. Si vous voulez que vos enfants se détestent, pratiquez le favoritisme. Si vous voulez que vos enfants s’entendent bien et vous aiment après votre mort, traitez-les de manière égale. Traitez-les de la même façon, avec la même quantité d’amour. C’est la clef pour vous assurer que vos enfants s’aiment les uns les autres : les aimer de manière égale, en les traitant selon les mêmes critères. Et si vous y réfléchissez bien, le fait de ne pas le faire, voire de ne pas reconnaître que c’est là l’objectif de toute la société — l’équité —, est à l’origine de presque toutes nos frustrations.
Pourquoi Jeffrey Epstein est-il si exaspérant ? Pourquoi cette affaire est-elle capable de mettre toute une population en rage ? Bien sûr, il y a les crimes ou les crimes présumés : un pervers sexuel, peut-être un pédophile, clairement impliqué avec le Mossad et qui sait quelles autres agences de renseignement étrangères, et impliqué dans le trafic d’armes.
Un renversement rhétorique mérite d’être noté ici. Ce qui est établi judiciairement — plaider coupable en 2008 pour sollicitation de prostitution sur mineure et inculpation fédérale en 2019 pour trafic sexuel de mineures — est remis en question (« peut-être un pédophile »), tandis que ce qui n’a jamais été prouvé — le lien avec le Mossad et le trafic d’armes — devient « clair ». La thèse du renseignement repose essentiellement sur les déclarations d’un témoin contesté, Ari Ben-Menashe, et l’enquête interne du ministère de la Justice sur l’accord de 2008 n’a révélé aucune preuve d’un mobile de « renseignement ». Le premier ministre israélien Netanyahou a nié tout lien.
Il y avait beaucoup de choses, chez cet homme, qui en faisaient manifestement un criminel. Mais qu’est-ce qui irrite tant les gens dans l’affaire Epstein ? Ce n’est pas qu’il était mauvais. C’est qu’il a échappé à toute sanction en raison de qui il était. Les règles ne s’appliquaient pas à lui. Les gens ne peuvent pas tolérer cela. Ça les rend fous et c’est normal, car cela dément toute prétention selon laquelle nous vivons dans une société juste. Les gens, lorsqu’ils vivent dans des sociétés injustes, commencent à se comporter de manière très différente : si vous voulez pousser les gens non seulement à se haïr les uns les autres, mais aussi à devenir des criminels, à chercher à obtenir des traitements de faveur, à se livrer à la corruption, il suffit de ne pas punir Jeffrey Epstein et tous ceux qui lui ressemblent, ou de laisser les services des ressources humaines américains gérer le système d’admission à l’université ou le système de recrutement. C’est exactement la même chose que dans l’affaire Epstein. Certaines personnes bénéficient d’un traitement de faveur en raison de leurs origines ou de leurs relations. Cela rend tout le monde fou et discrédite le système judiciaire, mais pas seulement celui-ci : c’est tout le système qui en pâtit.
Il faut donc rappeler quotidiennement à l’ensemble de la population que nous sommes tous égaux au niveau le plus fondamental, non pas en termes de capacités, de revenus, d’apparence ou d’origine, mais en termes de valeur et de droits humains fondamentaux. C’est pour cela qu’on les appelle « droits de l’homme » : parce qu’ils vous reviennent en tant qu’être humain. Rappelons-le : vous êtes tout à fait l’égal d’un sénateur américain, par exemple, ou, lorsque le FBI se présente à votre porte, vous disposez exactement des mêmes droits que ces agents. Ils incarnent l’équité et la justice. Ils détiennent cette autorité, mais ils n’ont pas plus de droits que vous. Vous avez des droits identiques. Vous n’avez pas à vous recroqueviller devant l’autorité car, en fin de compte, vous lui êtes égal. C’est là toute la promesse du système. Quand cela disparaît, qu’est-ce que cela donne ? On se retrouve avec Epstein, on se retrouve avec des escroqueries aux cryptomonnaies qui ne sont jamais sanctionnées, on se retrouve avec une corruption endémique totale, on se retrouve avec l’effondrement de la société. C’est ce à quoi nous assistons. Pour rétablir cela, il ne suffit pas d’adopter des lois contre la corruption — on sait ce que cela donne : l’Ukraine a des lois contre la corruption.
Ce nouveau renversement rhétorique est d’autant plus remarquable que l’exemple ukrainien va à l’encontre de la démonstration. Les scandales de 2025-2026, comme l’opération « Midas » sur les 100 millions de dollars d’Energoatom, la fuite de Timur Mindich ou l’inculpation d’Andriy Yermak, ont été révélés par les institutions anticorruption ukrainiennes elles-mêmes (NABU, SAPO), dont l’indépendance avait été rétablie en juillet 2025 sous la pression de la rue. À l’inverse, les « escroqueries aux cryptomonnaies jamais sanctionnées » renvoient, sans le dire, au bilan de l’administration en place (abandon des poursuites de la SEC contre les plateformes et grâce accordée au fondateur de Binance en octobre 2025), et Trump n’est mentionné qu’incidemment.
Il faut un consensus selon lequel personne ne doit pouvoir bénéficier de droits spéciaux. Cela inclut le président des États-Unis jusqu’à, d’ailleurs, Jeffrey Epstein. L’équité. C’est l’héritage que l’Amérique a reçu du monde anglo-saxon. C’est ce qui distingue l’Occident de l’Orient. C’est pourquoi l’Orient est farouchement hiérarchisé et qu’il n’y a aucun espoir pour une personne pauvre de bénéficier un jour du même traitement ou de la même justice qu’une personne riche. Mais en Occident, cela a été le cas. C’est pour cela que les gens se sont installés ici. Nous devons d’abord rétablir cela : l’équité.
Le contraste essentialisé entre un Occident égalitaire et un « Orient farouchement hiérarchisé » est un lieu commun orientaliste. L’« héritage anglo-saxon » invoqué a par ailleurs coexisté avec l’esclavage, puis avec la ségrégation, comme le reconnaît le discours lui-même (« elle n’a jamais été juste »).
2— L’Amérique doit être souveraine
La deuxième chose dont l’Amérique a besoin, c’est d’être souveraine. Que signifie « souveraine » ? Être souverain, c’est être libre de toute influence extérieure, c’est avoir le droit de prendre des décisions au nom de sa nation ou en son propre nom sans qu’on lui dicte sa conduite. La souveraineté est synonyme de liberté. Le contraire de la souveraineté, c’est l’esclavage, où l’on n’a pas le choix. Ainsi, lorsque votre nation n’est pas souveraine, cela conduit bien sûr à des situations telles que la guerre contre l’Iran, menée sous l’effet de la corruption ou de la menace — voire les deux — de la part d’Israël, ce qui est exactement ce qui s’est passé.
Il est établi que Netanyahou a soumis un plan formel de frappes mi-janvier 2026, mais la décision finale revient à la Maison-Blanche de Donald Trump. C’est le point de fixation de la frange MAGA anti-interventionniste (Carlson, Bannon, Greene), et c’est aussi le point le plus contesté du discours. Depuis son entretien complaisant avec l’antisémite Nick Fuentes en octobre 2025, Carlson anticipe une accusation d’antisémitisme qu’il sait inévitable.
Tout le monde le sait. On n’est donc pas souverain dans ce cas-là. Mais plus encore, les gens perdent confiance en leur propre pays. Que vaut mon pays si nous ne pouvons même pas prendre nos propres décisions ? Bien sûr, cela dément l’idée même d’une démocratie représentative. Ils ne me représentent pas. Ils représentent les lobbyistes, et pas seulement ceux d’Israël, d’ailleurs, de tous les grands secteurs industriels aux États-Unis, de la technologie à l’industrie pharmaceutique en passant par les télécommunications, et tous les autres. C’est certainement le cas en Israël : cela se passe en temps réel. Vous crier dessus en vous traitant de nazi ou de mauvaise personne parce que vous le remarquez n’est pas vraiment la réponse adéquate. Mais cela ne répond pas à la question : pourquoi est-ce acceptable ? Parce que ce n’est pas acceptable, et tout le monde sait que ce n’est pas acceptable. La souveraineté est donc essentielle, sinon à quoi bon avoir un pays ? Même une monarchie, peut-être surtout une monarchie, est souveraine. En effet, le monarque est appelé « souverain », ce qui signifie qu’il peut prendre des décisions de son propre chef, en gardant à l’esprit, espérons-le, les intérêts de son peuple. Mais dans une démocratie, c’est assurément au cœur même du projet. Cela n’a pas seulement de l’importance pour l’État, cela en a aussi pour l’individu. En tant que personnes, nous disposons de souveraineté. Nous n’avons pas créé nos propres vies, mais nous en sommes responsables tant que nous sommes ici, malgré nos nombreux liens avec autrui. En fin de compte, la promesse est qu’un homme libre a le droit de prendre des décisions libres. On ne peut pas vous forcer, par exemple, à prendre un médicament expérimental que vous ne voulez pas. Personne ne peut vous y contraindre. Comment pourraient-ils vous y contraindre ? Cela signifierait que vous n’êtes pas maître de vous-même. Vous ne vous appartenez pas. Si vous ne vous appartenez pas, à qui appartenez-vous ? La souveraineté est donc au cœur du pays, de n’importe quel pays, mais particulièrement du nôtre.
L’allusion au « médicament expérimental » fait référence aux obligations vaccinales de la période de la pandémie de Covid-19, un thème central de l’audience de Carlson depuis son départ de Fox News. Le terme « expérimental » reprend le vocabulaire des antivax. Or, le vaccin de Pfizer-BioNTech disposait d’une autorisation complète de la FDA depuis août 2021. C’est l’un des rares moments où ce répertoire est mobilisé sans être nommé.
Ce n’est pas seulement une question de relation de l’individu avec le gouvernement. C’est la relation de l’individu avec les banques, par exemple. Comment une personne souveraine peut-elle être criblée de dettes ? Lorsque vous devez plus que ce que vous pouvez rembourser immédiatement, vous appartenez de fait à la personne à qui vous devez de l’argent. La dette est donc une atteinte à la souveraineté. Il est important de le souligner, car personne ne le fait jamais. On évolue donc dans cette société et on entend les gens parler de leur cote de crédit comme s’il s’agissait d’un indicateur significatif de quelque chose. « Il faut avoir une bonne cote de crédit. » Que voulez-vous vraiment dire par là ? Que vous devez être digne de perdre votre souveraineté au profit d’une banque, d’un prêteur. La dette est donc, bien sûr – et cela a été observé dans les sociétés précédentes depuis la nuit des temps –, une forme d’esclavage. Vous n’avez aucun contrôle sur votre vie lorsque vous devez de l’argent à quelqu’un. Or c’est inévitable aux États-Unis, à moins d’être très riche ou d’avoir une discipline extrême, bien au-delà de ce qu’on peut attendre d’une personne lambda. On va forcément s’endetter. Il est difficile de faire quoi que ce soit sans s’endetter. Mais est-ce une bonne chose ? Pourquoi y participons-nous ? Pourquoi acceptons-nous cela comme l’ordre naturel des choses ? C’est la chose la plus contre nature qui ait jamais été imaginée, et c’est mauvais. C’est pourquoi toutes les grandes religions reconnaissent que ce n’est pas seulement inutile, c’est un péché. Cela pourrait donc être un bon point de départ que de dire qu’une société organisée autour de la dette, tant au niveau souverain qu’au niveau national, mais aussi au niveau personnel, n’est pas une société saine, car elle asservit les gens. Il est intéressant de constater que, lorsque l’on dit cela, quand on ose utiliser le mot commençant par « U » – l’usure, c’est-à-dire le fait de prêter de l’argent avec des intérêts, ce qui est interdit et a été interdit dans de nombreux pays à travers l’histoire parce que c’est néfaste –, quand on se contente même simplement de le mentionner, on vous met sur une liste, du moins dans l’esprit de vos interlocuteurs, comme si vous étiez parmi les fous, voire les personnes dangereuses. C’est peut-être là le véritable « troisième rail » : la dette, se plaindre de la dette, souligner qu’un taux d’intérêt de 25 % est totalement immoral. D’ailleurs, pendant des générations, des membres de la mafia ont été emprisonnés pour avoir prêté de l’argent à ce taux. On appelle cela du « prêt usuraire » et c’était illégal, mais soudain, c’est devenu courant. Ce taux se rapproche du taux d’intérêt moyen des cartes de crédit. La carte de crédit est dans votre portefeuille. Si vous ne payez pas chaque mois, c’est ce taux qui vous sera facturé. Non seulement c’est légal, mais c’est plus que légal : c’est encouragé au nom de votre cote de crédit. D’ailleurs, notre système est tellement faussé que notre code d’impôt vous pénalise si vous n’avez pas de dettes.
Comment cela fonctionne-t-il ? Prenez l’exemple de votre prêt immobilier. Imaginons que vous ayez intégralement remboursé votre prêt immobilier. Vous devrez alors payer plus d’impôts chaque année, ce qui revient à dire que vous serez pénalisé par le gouvernement américain pour le « privilège » de ne plus être endetté auprès d’une banque. Qui a imaginé ce système ? Est-ce bien réel ? C’est bien réel. Non seulement c’est réel, mais c’est encore une fois une réalité dont presque personne ne parle, alors qu’il s’agit d’une forme d’esclavage. Au fil du temps, cela donne aux gens l’impression, malheureusement ancrée dans la réalité, qu’ils ne maîtrisent pas vraiment leur vie. Si vous appliquez cela à l’ensemble d’une population, cela peut vous être utile, parce que vous voulez contrôler ce qu’elle fait, mais c’est totalement dégradant pour elle. Il n’y a aucune raison que cela continue. Cela ne signifie pas que vous soyez contre le capitalisme. D’ailleurs, quel rôle jouent les prêts à taux d’intérêt élevés dans le capitalisme de libre marché ? Est-on communiste si l’on s’y oppose ? Non. La menace du communisme, bien sûr, ne réside pas dans le fait qu’il s’agisse d’un système économique inefficace. La menace du communisme, c’est le contrôle totalitaire. Or, si le pays tout entier et chacun de ses habitants sont tellement endettés qu’ils ne peuvent plus prendre de décisions libres, en quoi cela n’est-il pas un contrôle totalitaire ? Bien sûr que ça l’est. Alors, arrêtez avec ces discours communistes. La dette est une forme d’esclavage, et nos dirigeants y sont tellement impliqués qu’ils s’en prendront à vous si vous le faites remarquer. C’est vrai, et tout le monde sait que c’est vrai. Il est donc important de dire que l’objectif, c’est la souveraineté. Finis les lobbyistes étrangers. Aucun. Fin du contrôle des agences par l’industrie. Aucun. Et fin de la promotion par le gouvernement de l’endettement auprès de prêteurs à taux d’intérêt élevés. Tout cela va de pair.
Carlson vise ici la déduction fiscale des intérêts d’emprunt immobilier (mortgage interest deduction), qui allège l’impôt des ménages endettés et disparaît une fois le prêt remboursé. La présentation est trompeuse : il s’agit d’un avantage accordé aux emprunteurs, non d’une « pénalité » infligée aux autres et depuis la réforme fiscale de 2017, environ neuf foyers sur dix optent pour la déduction forfaitaire et n’en bénéficient donc plus.
3— L’Amérique doit être productive
Troisièmement, la productivité. Un pays digne de ce nom est productif. Être productif, c’est fabriquer des choses qui valent la peine d’être possédées, qui vous procurent de la joie, qui améliorent la vie d’autrui, ou qui sont tout simplement belles en elles-mêmes. Il existait autrefois une chose appelée « art », qui était apprécié parce qu’il était beau. C’était la seule raison pour laquelle on l’appréciait. Cela ne servait à rien, mais cela élevait l’esprit des gens. Cela était considéré comme une fin en soi. Toutes ces idées ont, en quelque sorte, été effacées par étapes au cours du siècle dernier. Probablement au cours des vingt dernières années, l’idée selon laquelle il est de votre devoir et que c’est aussi votre plaisir de produire quelque chose qui vaut la peine d’être possédé s’est perdue, et a été remplacée par l’idée que le but du travail est de gagner de l’argent pour payer les intérêts sur toutes ces choses. Cela fait partie du cycle de l’endettement, et c’est votre devoir d’y contribuer. Vous devriez même renoncer à vous marier et à avoir des enfants pour rembourser votre dette. On peut débattre de la perversité de tout cela. Évidemment, c’est très malsain, mais on ne peut pas éluder l’hypothèse fondamentale, à savoir que ce que vous fabriquez n’a pas d’importance. C’est un mensonge. Ce que vous fabriquez a une importance capitale. Si vous en doutez, pensez à la manière dont nous jugeons les civilisations du passé. Nous les jugeons à l’aune de ce qu’elles ont produit : il existe de nombreuses civilisations dont nous ne savons absolument rien, ni leur nom, ni leur langue, rien. Tout ce dont nous disposons, ce sont les vestiges, les traces matérielles des objets qu’elles ont fabriqués, et c’est d’après cela que nous nommons ces civilisations : d’après les pointes de couteaux en pierre ou les bols qu’elles ont fabriqués. Pour les archéologues, toute une civilisation se résume à ses produits, aux fruits de son labeur, au travail de ses mains. Mais cela vaut pour toutes les civilisations, et nous les jugeons – à juste titre – sur la qualité, l’ingéniosité et, oui, la beauté des objets qu’elles ont créés.
Si vous vous réveillez un matin et que votre pays ne produit en réalité que des systèmes d’armement et des technologies de surveillance – deux domaines probablement mis au service du mal –… Voilà où nous en sommes. Mais ces deux domaines ne peuvent perdurer sur le long terme.
Selon un sondage publié en 2025 par le Wall Street Journal, 70 % des Américains jugent que le rêve américain « ne vaut plus » ou « n’a jamais valu », et selon un sondage conduit par Gallup à la veille du 250e anniversaire du pays, la fierté nationale est tombée à 53 %, son plus bas niveau en un quart de siècle. Le populisme anti-IA prospère sur ce terreau. 49 % des Américains soutiennent un moratoire sur les centres de données et l’année 2026 a vu les premières violences, avec notamment un cocktail Molotov lancé sur le domicile de Sam Altman en avril et le domicile d’un élu d’Indianapolis criblé de balles avec un mot : « No Data Centers ».
La technologie militaire est, par définition, consommable. La technologie de surveillance n’est qu’une succession de uns et de zéros. Vous êtes mal parti si les principaux moteurs de votre économie sont ces deux éléments-là, auxquels s’ajoutent l’immobilier – qui consiste à revendre sans cesse les mêmes terrains – et la finance, qui prête de l’argent à intérêt. Finalement, qu’est-ce que cela donne ? Rien dont on puisse se vanter. Les gens le sentent bien. Il y a eu ce long débat sur le secteur manufacturier. Ce n’était pas vraiment un débat, mais il y avait quelques excentriques comme Ross Perot et Pat Buchanan qui disaient : « Attendez, on doit fabriquer des choses. » « Oh, taisez-vous. Vous ne comprenez rien au capitalisme », répondaient les parents de Ben Shapiro ou ceux qui prenaient part aux discussions à l’époque. Non, c’est vous qui ne comprenez pas le capitalisme. Tout est une question d’efficacité, et ça revient moins cher de fabriquer là-bas. Ensuite, on en récolte les bénéfices. Buchanan et ceux de son genre répondaient : « Mais est-ce qu’on ne perd pas quelque chose ? On ne fabrique plus rien. » « Oh, taisez-vous. Vous ne comprenez rien à l’économie. » Mais pas besoin de comprendre l’économie pour savoir qu’ils avaient tout à fait raison : on vous juge à l’aune de ce que vous fabriquez, mais vous vous jugez aussi vous-même à l’aune de ce que vous fabriquez. Autrement dit, votre dignité et votre estime de soi découlent du fait de faire quelque chose d’utile et/ou de beau, quelque chose qui vaut la peine d’être possédé.
C’est le diagnostic que Dan Wang formule en opposant l’« État d’ingénieurs » chinois à la « société de juristes » américaine. Sa notion de « process knowledge » éclaire précisément la disparition d’un savoir-faire industriel tacite avec la fermeture des usines : « Vous pouvez donner à quelqu’un une cuisine parfaitement équipée et une recette extraordinairement détaillée ; sans expérience de cuisinier, n’attendez pas de lui un grand plat. » Lorsque la production part, la capacité même de produire se perd, ce qui explique, selon Wang, l’impuissance américaine à concurrencer aujourd’hui le Japon ou l’Allemagne dans le secteur des machines-outils.
Au plus fort de la Guerre froide, disons dans les années 1970, pourquoi l’Union soviétique était-elle célèbre ? Elle disposait, certes, d’un arsenal nucléaire plus important que le nôtre. Elle contrôlait un territoire plus vaste que le nôtre. C’était gigantesque. Mais la seule chose qu’ils ne faisaient pas et que nous faisions, c’était de produire des objets beaux, utiles et bien faits. L’artisanat américain était probablement proche de son apogée, en tout cas sa réputation en matière d’artisanat l’était. L’artisanat était à son apogée. L’Union soviétique, quant à elle, produisait de la camelote à la chaîne. Personne ne voulait d’une voiture soviétique qui roulait au kérosène et tombait en panne aux feux rouges. C’était une véritable farce, parce que le système lui-même était une farce. Nous savions que le système était une farce à cause de ce qu’ils fabriquaient. Alors, que dire d’un système qui tire ses profits des prêts, de la spéculation immobilière, des caméras de surveillance et des missiles Tomahawk ? C’est tout ? C’est ça, ce que produit une grande nation ? C’est honteux et très difficile à corriger par ailleurs. Il y a eu des efforts bien intentionnés pour y remédier, mais le problème est qu’ils partaient d’une solution technocratique plutôt que d’un principe sous-jacent. Le principe fondamental, c’est qu’il faut fabriquer des choses belles, durables et de bonne facture pour se respecter soi-même et avoir une nation qui vaille la peine d’être défendue. C’est un fait.
Partons de là. Que faire à ce sujet ? La réindustrialisation est difficile. On pourrait commencer par nos ressources naturelles, dont la plus importante est ce qu’on appelle les terres agricoles. Les États-Unis possèdent les terres agricoles les plus vastes et les plus productives au monde. Que produisent-elles ? De la nourriture. Pourquoi avons-nous besoin de nourriture ? Pour survivre. Ce n’est pas une mince affaire. Ce n’est pas un fait accessoire concernant les États-Unis. C’est le fait essentiel concernant les États-Unis. « America the Beautiful » évoque nos plaines fruitières. Qu’est-ce que cela signifie ? Des terres qui produisent des fruits. C’était considéré comme vraiment important. C’est quelque chose dont on peut se vanter. À tel point que cette chanson a failli remplacer l’hymne national. Le fait de posséder des plaines fruitières était une source de grande fierté pour les gens. Aujourd’hui, ces plaines fruitières ne sont plus qu’un lieu où installer des centres de données et des éoliennes, et où produire de l’éthanol. En d’autres termes, ce n’est plus qu’une ferme où le reste du monde puise ses ressources.
L’image d’une Amérique « pillée par le reste du monde » est une nouvelle inversion rhétorique. Les data centers qui se construisent sur des terres agricoles sont portés par des grandes entreprises américaines, la production d’éthanol, qui représente plus d’un tiers de la récolte de maïs, est une politique fédérale née en 2005 ; la propriété étrangère ne représente que 3,6 % des terres agricoles privées, détenues en premier lieu par le Canada. Quant aux éoliennes, plus de 90 % des terres concernées restent cultivées et les baux versés aux agriculteurs par les exploitants d’éoliennes sont régis par l’USDA.
C’est ça que l’Amérique est en train de devenir. Nos ressources servent de garantie à notre dette. D’ailleurs, si jamais nous faisons défaut, nous verrons si nous pouvons conserver les Grands Lacs, la plus grande réserve d’eau douce au monde, ou si ceux-ci font partie des garanties. C’est vers là que nous nous dirigeons, à moins que les Américains ne se recentrent sur ce qui compte réellement, en se basant sur ce qui nous a été donné. Ce qui nous a été donné avant tout, c’est l’Amérique, le paysage, et non pas l’Amérique, l’idée abstraite, la théorie, le capitalisme de libre marché, la défense de la démocratie. Non, les montagnes, Big Sur, ces plaines fertiles et tout le reste, le continent qui nous a été donné. C’est la plus belle et la plus productive des terres au monde.
On pourrait donc commencer par les fermes. On pourrait commencer par cultiver les meilleurs produits alimentaires du monde, ce que nous ne faisons plus dans l’ensemble, du moins pour le marché de masse. Mais on le pourrait. Ce ne serait pas si difficile. Ce serait socialiste si l’on disposait d’une politique agricole fédérale. Mais c’est déjà le cas, et ce depuis près de 100 ans à grande échelle. Presque aucun grand agriculteur ne pourrait exister sans le ministère de l’Agriculture. Mais que fait ce ministère ? Il les encourage à faire des choses qui sont totalement déconnectées de sa mission première, qui est de cultiver des aliments excellents et sains. Ce n’est pas une sorte de priorité « MAHA » pour les mamans adeptes du yoga du comté de Marin.
Make America Healthy Again (MAHA), le mouvement de Robert F. Kennedy Jr., secrétaire à la Santé depuis février 2025. Le geste rhétorique de Carlson consiste à retourner le stigmate social qui colle à ce mouvement. L’alimentation saine est traditionnellement associée aux élites du bien-être (les « mamans yoga » du comté de Marin, banlieue aisée de la baie de San Francisco devenue le symbole à la fois du consumérisme bio et de l’hésitation vaccinale des riches Californiens). En affirmant que vouloir une nourriture qui ne rend pas malade est une revendication populaire élémentaire, et non une lubie de privilégiés, Carlson tente d’ancrer MAHA dans l’imaginaire de la classe ouvrière américaine dont il prétend devenir le héraut.
Ce n’est pas un truc ésotérique réservé aux riches. C’est l’alimentation. C’est un besoin fondamental qui, avec l’eau et l’énergie, constitue l’un des trois piliers indispensables à toute société pour exister. Ainsi, si vous réorientez votre réflexion vers la réalité, vous concluez que les Grandes Plaines sont bien plus importantes que BlackRock. BlackRock ne devrait pas être propriétaire des Grandes Plaines. À un niveau fondamental, elles sont plus importantes. On ne peut pas vivre sans elles, et elles pourraient être formidables. Pourquoi est-il si difficile d’être fier des fermes ? Pourquoi cela devrait-il être considéré comme le travail de la main-d’œuvre immigrée ? On peut mécaniser les fermes, on peut les rendre efficaces, mais pourquoi ne pas y cultiver de bons produits ? Pourquoi ne pas en être fier ? Pourquoi ne pas en parler sans sentimentalisme ? Pas comme ce fier agriculteur américain fuyant le Dust Bowl pour la Californie, ni comme un voyage nostalgique à la John Steinbeck, mais de manière concrète. C’est incroyable. Personne n’a ce que nous avons. Et qu’en faisons-nous ? Nous cultivons de l’éthanol ? Nous installons des éoliennes qui ne fonctionnent pas ? Vous plaisantez ? Honte à vous. Vous profanez ce que nous avons de plus précieux, à savoir notre terre. Pourquoi agissons-nous ainsi ? Parce que ceux qui agissent ainsi ne sont en aucune façon attachés à la terre, ni même à la nation. Ils la considèrent, une fois de plus, non pas comme une exploitation agricole, mais comme une exploitation de ressources. Nous autres, on se laisse faire, alors qu’on ne devrait pas. Et ça commence simplement par le dire haut et fort. Non, on ne peut pas faire ça à une ferme, à un ranch. On ne peut pas faire ça à la plus belle chose que nous ayons, à savoir ce que Dieu a créé, notre environnement naturel. C’est interdit.
L’accession à la propriété a toujours été au cœur du rêve américain. C’est un véritable actif, un lieu que les gens s’efforcent de construire toute leur vie, un havre de stabilité, de sécurité et de valeur réelle. À l’heure actuelle, cependant, trop de propriétaires sont contraints de recourir à leur carte de crédit pour payer leurs courses. Il s’agit en fait d’une « taxe de survie » à un taux d’intérêt de 20 % ou plus. Alors pourquoi continuer à donner votre argent aux banques alors que vous pourriez le garder pour votre famille ? Ce sont les intérêts qui vous ruinent. Nos amis d’American Financing proposent une meilleure solution. Ils aident les propriétaires à tirer parti de leur capital immobilier durement gagné, et ils soutiennent les Américains qui souhaitent réaliser leur rêve d’accéder à la propriété grâce à des taux hypothécaires se situant actuellement autour de 5 %. American Financing permet à ses clients d’économiser en moyenne 800 dollars par mois. Cela représente environ 10 000 dollars par an. Ce n’est pas seulement un prêt, c’est un véritable nouveau départ financier. Nous recommandons American Financing. Ce n’est pas pour rien qu’on les surnomme « America’s Home for Home Loans » (le spécialiste américain des prêts immobiliers). Alors, débarrassez-vous de vos dettes accumulées avec votre carte de crédit. Franchement, c’est complètement fou d’emprunter de l’argent. Sans vouloir porter de jugement, ça n’a aucun sens d’emprunter à ce taux. Si vous voulez vous en sortir, appelez le 800-685-5696, 800-685-5696, ou rendez-vous sur americanfinancing.net/tucker.
Le deuxième encart publicitaire est le plus dissonant : après avoir qualifié la dette d’« esclavage » et l’usure de « péché », Carlson vante un produit de refinancement hypothécaire, c’est-à-dire un nouvel endettement gagé sur le logement, « autour de 5 % ».
4— L’Amérique doit renouer avec la beauté
Cela nous amène à la prochaine chose qui caractérise l’Amérique, qui a toujours été ainsi et qui devrait continuer à l’être : sa beauté. Si vous aviez quitté les États-Unis il y a 40 ans, en 1986, et que vous étiez parti quelque part très loin, comme en Ouzbékistan, et que vous reveniez, la première chose que vous remarqueriez sans doute, outre le fait qu’il y a beaucoup plus de monde qu’il y a 40 ans, c’est que le pays est moins attrayant qu’il y a 40 ans. C’était là, si vous êtes assez âgé pour vous en souvenir, l’un des grands attraits de ce pays. Peu importait le système politique ou qui le dirigeait à l’époque, car l’Amérique était fondamentalement un endroit magnifique, peuplé de gens séduisants. Mais c’était aussi de charmantes petites villes, de jolis petits bâtiments, des toits en pente. Les gens faisaient des efforts. C’était propre. Je me souviens d’être allé dans les années 1980 dans une ville appelée D’Lo, dans le Mississippi, qui devait être l’une des villes les plus pauvres par habitant des États-Unis — je n’ai pas vérifié car Wikipédia n’existait pas à l’époque. D’Lo, dans le Mississippi. Qui sait même ce que ça veut dire ? Mais j’y ai passé une bonne partie de l’été. La première chose que j’ai remarquée, c’est que les gens pauvres de D’Lo, dans le Mississippi — ce n’est pas de la condescendance, c’est juste un fait — se donnaient énormément de mal pour que leurs petites maisons restent propres et jolies. Et elles l’étaient, avec des jardins devant et des pneus usagés peints en blanc pour tracer des allées. C’était vraiment assez incroyable. C’est là que j’ai réalisé pour la première fois qu’il suffisait d’un peu d’amour-propre et de détermination pour préserver la beauté de cet environnement qui nous entoure, notre droit de naissance, parce que c’est ce qui compte vraiment.
D’Lo est un village de moins de 400 habitants (376 au recensement de 2020) situé dans le comté de Simpson, au Mississippi, l’État le plus pauvre de l’Union. Le détail des pneus peints en blanc et transformés en jardinières devant des maisons modestes relève du genre pastoral. La thèse que développe le chapitre est que la laideur serait une question de volonté et non de moyens, ce qui permet d’écarter toute interprétation matérielle du déclin des paysages américains.
Pourquoi est-ce important ? La chose est assez difficile à quantifier. Je ne suis pas sûr que le ministère des Finances puisse vous donner une réponse claire sur l’importance de la beauté, mais je vais vous dire ce que vous savez déjà : la beauté ennoblit. Être entouré de belles choses vous rend meilleur. Être entouré de choses laides, être bombardé d’objets laids, d’un paysage dépouillé d’arbres, rempli de magasins « tout à un dollar », de mauvaise architecture, de bric-à-brac jetable partout dans votre maison, votre vie et votre bureau, ne vous rend pas meilleur. Cela vous démoralise. Cela vous coupe de ce qui est vrai, car la beauté est vérité.
C’est un manque de respect total envers ce dont nous avons hérité, envers ce qui nous a été donné, et cela n’a aucune raison d’être. Bien sûr, pas besoin d’être adepte des théories du complot pour se demander pourquoi certains des plus beaux bâtiments d’Amérique ont été démolis à travers tout le pays en l’espace de dix ans dans les années 1960, puis remplacés par certains des bâtiments les plus laids, dans cette architecture brutaliste en béton ?
Cherchez l’ancienne Penn Station ou le Madison Square Garden sur Internet. Vous serez choqués d’apprendre que quelqu’un a décidé de les démolir et de les remplacer par ce que vous voyez là aujourd’hui, mais cela s’est produit dans toutes les villes des États-Unis.
L’ancienne Pennsylvania Station, conçue par le cabinet McKim, Mead & White et inaugurée en 1910, a été démolie à partir d’octobre 1963 pour laisser place au Madison Square Garden, dans le cadre d’un projet immobilier d’une compagnie ferroviaire en déclin. Le choc fut tel qu’il donna naissance au mouvement de préservation du patrimoine américain, avec l’adoption de la loi Landmarks de New York en 1965, puis de la loi fédérale en 1966. En insinuant un dessein caché, Carlson fait basculer l’histoire urbaine dans la théorie du complot, tout en s’inscrivant dans la politique trumpiste identifiée au décret d’août 2025, « Redonner sa beauté à l’architecture fédérale », qui fait du style classique le style officiel de l’État fédéral, en opposition au style brutaliste.
Cela s’appelait le « renouvellement urbain », mais en réalité, il s’agissait d’un « enlaidissement » du pays.
« Uglification » en anglais.
Là encore, il y avait clairement une intention derrière tout cela. Les urbanistes et les architectes ne se sont pas réveillés un matin en se disant : « Un bâtiment du FBI en béton est tout simplement plus joli que celui qu’il a remplacé. » Non, bien sûr que non. Ils savaient que c’était laid. C’était justement le but.
Qui sait quel était ce but ? Ça ne vaut probablement même pas la peine d’émettre des hypothèses. Tout ce qu’il y a à dire, c’est qu’être entouré de belles choses fait de vous une meilleure personne, et que cela dépend de vous. Cela fait certainement figurer en tête de votre liste d’exigences. Cela inclut, d’ailleurs, la propreté. Il y a quelque chose dans les appels à la propreté qui met certaines personnes sur les nerfs. Comme si l’on disait : « Il n’y a que les nazis qui se soucient de la propreté. » Vraiment ? Voyagez à travers le monde. Autrefois, quand on se rendait dans un pays comme le Pakistan, par exemple, les gens disaient : « Je veux aller aux États-Unis. » Pourquoi ? Parce que c’est propre. Les gens comprennent que la propreté vaut mieux que la saleté. Si vous laissez votre ville se couvrir de graffitis, si vous laissez les gens faire leurs besoins sur le trottoir ou si vous ne ramassez pas les déchets, c’est mauvais. C’est même le signe que tout part à vau-l’eau, et c’est peut-être le message que vous voulez faire passer. Je ne comprends pas bien pourquoi vous voudriez faire passer ce message, mais c’est mauvais pour les gens qui y vivent, pas seulement pour des raisons de santé publique, pas seulement parce que cela propage des maladies, mais parce que c’est mauvais pour leur âme. C’est pour ça qu’on fait son lit le matin. Et non seulement il n’y a rien de mal à cela, mais il est important de le dire.
Non, vous n’êtes pas Albert Speer parce que vous vous souciez d’une belle architecture et de rues propres. Pourquoi ne le feriez-vous pas ? Si vous aimez votre pays, votre voisin et vous-même, la toute première chose que vous feriez serait de nettoyer tout ça. Ce serait même le premier geste à accomplir.
Albert Speer, architecte en chef de Hitler puis ministre de l’Armement, condamné à vingt ans de prison à Nuremberg, sert de reductio ad hitlerum.
Cela vaut aussi pour la criminalité, qui est quelque chose de facultatif. Nous vivons dans un panoptique, un État de surveillance totalement omniprésent. Rien de ce que vous dites n’est caché. Si vous avez un téléphone dans la pièce, vous pouvez être surveillé, et vous l’êtes probablement. Vous ne pouvez aller nulle part sans être suivi. Votre visage figure dans toutes les bases de données fédérales. La biométrie est bien réelle. Si vous n’avez pas pris l’avion récemment, laissez-moi vous rassurer : il n’y a rien que vous fassiez dont les autorités ne puissent pas avoir connaissance, jamais.
Cela soulève la question évidente. Pourquoi y a-t-il encore des viols ? Pourquoi des gens se font-ils agresser dans la rue ? Pourquoi y a-t-il tout simplement de la criminalité ? Puisque vous vivez dans une Allemagne de l’Est en plus efficace, pourquoi ne pas éliminer la criminalité ? Ça porte le nom « Flock Safety » alors pourquoi n’est-ce pas sûr ? Bonne question. Nous ne faisons que spéculer, mais nous pouvons certainement l’observer.
Flock Safety est le nom de l’entreprise d’Atlanta (2017) dont les caméras-lecteurs de plaques équipent plus de 5 000 communes américaines et scannent des milliards de véhicules chaque mois. Carlson joue sur le mot « flock », qui signifie « troupeau » en anglais. L’entreprise, valorisée à 7,5 milliards de dollars, est au cœur de controverses concernant l’accès de la police fédérale et d’ICE à ses données. Carlson lui a consacré une émission le 16 juillet 2026.
Le fait est que tout cela est facultatif. Tous les pays n’ont pas des villes insalubres. Tous les pays n’ont pas des gens qui vivent sur les trottoirs ou qui se droguent dans les cours de récréation. Vous n’êtes pas obligés de vivre ainsi. Vous pourriez régler cela en une journée. Il y a beaucoup de problèmes complexes. Comment rendre la Sécurité sociale solvable ? Je ne sais pas. C’est une question difficile. Ce serait probablement possible si on essayait. Mais on peut être absolument certain qu’on n’a pas besoin d’avoir tant de viols, de meurtres, de vols à main armée, de vols de voitures, de carjackings ou de toxicomanes vivant dans la rue. Ce n’est pas bon pour les toxicomanes, ni pour personne d’autre. Et vous n’avez certainement pas besoin de graffitis sur vos immeubles. Non, ce n’est pas de l’art, c’est une profanation de l’art. C’est fait exprès, et quiconque le tolère fait partie du problème.
C’est une exigence élémentaire. Si vous alliez chez quelqu’un et qu’il y avait un tas d’excréments par terre, vous partiriez. Je ne mangerais pas chez quelqu’un dans un état pareil, c’est dégoûtant. Pourtant on le supporte, on intimide quiconque s’en plaint en le traitant de suprémaciste blanc, sans qu’on ne comprenne bien pourquoi. En quoi est-ce mal d’exiger de l’ordre ? Ce n’est pas du fascisme, c’est le contraire du fascisme. L’ordre, et la propreté. Pas de criminalité.
Le reste du monde observe tout cela avec une totale incompréhension. Pourquoi tolérons-nous cela ? Pourquoi nos dirigeants tolèrent-ils cela ? Nous ne devrions pas, et nous devrions le dire haut et fort, sans gêne. Ça ne veut pas dire qu’il faille se comporter comme un fasciste avec la population. En réalité, tolérer le désordre, les viols, les meurtres et les détournements de voiture est en soi une forme de fascisme. C’est de l’oppression de la population. Qu’est-ce que c’est que laisser vos transports en commun, vos métros, se remplir d’urine et de graffitis sinon une attaque contre votre population. Appeler à remédier à cela, c’est donc se libérer de ce que nos dirigeants nous ont infligé, et cela devrait être un principe fondamental, une exigence de base.
Ne construisez plus aucun bâtiment public laid, point final. N’utilisez plus jamais de matériaux jetables pour encombrer notre paysage de cette camelote qui détruit l’âme, car nous sommes des êtres humains qui avons besoin de beauté. Elle nourrit notre âme. Pas besoin d’être diplômé en arts libéraux de Bennington pour y croire. C’est vrai pour chaque être humain, à tout moment. La beauté est essentielle, et une société qui ne produit pas de beauté ne survivra probablement pas, or nous voulons que la nôtre perdure.
Bennington est un petit collège d’arts libéraux à pédagogie expérimentale du Vermont, l’un des plus chers des États-Unis (environ 90 000 dollars par an tout compris). C’est l’alma mater de Donna Tartt et de Bret Easton Ellis, deux auteurs souvent cités comme clichés commodes de l’élite lettrée progressiste dans la rhétorique conservatrice.
5— L’Amérique doit être en bonne santé
La prochaine chose dont l’Amérique a besoin, et cela vaut la peine de le dire haut et fort, c’est d’être en bonne santé. Et cela signifie que nous soyons en bonne santé physique, mais aussi en bonne santé spirituelle, lucides et vifs d’esprit. Il n’y a aucune honte à vouloir cela. Il fut un temps où la santé était considérée comme un objectif allant de soi, où l’on s’attendait en quelque sorte à ce que l’on soit physiquement robuste et mentalement alerte. Bien sûr, tout le monde ne répondait pas vraiment à ces critères, moi y compris, mais c’étaient bien là les critères. Or, à un certain moment, dans le cadre du déclin général et de la perversion de la société, la santé a été redéfinie en quelque chose qui ne ressemble plus à la santé. Et les objectifs ont changé. Il est donc important de les réaffirmer.
Que signifie la santé ? Cela signifie être physiquement robuste, capable d’être actif dans la mesure de ses moyens, et cela signifie avoir l’esprit clair. Cela signifie en fait être sobre. Et nous sommes très loin de ces deux choses, car personne ne semble avoir le courage de le dire tout haut. Qu’est-ce que la santé ? La santé, c’est en fait la sobriété et la vigueur physique. On peut donc commencer — et Bobby Kennedy, à son grand mérite, l’a bien exprimé — par une meilleure alimentation.
C’est le seul éloge d’un membre de l’administration dans ce discours. Robert F. Kennedy Jr., secrétaire à la Santé, avec qui Carlson entretient une longue relation. Le bilan revendiqué coexiste avec un lourd passif. Voir notre dernière analyse : la rougeole explose aux États-Unis de Donald Trump.
Nous ne devrions pas avoir à manger du poison. Il faut savoir ce que contiennent les aliments. Le gouvernement a bien sûr un rôle à jouer dans la réglementation alimentaire, et ce depuis 1912, mais il n’a pas fait du très bon travail ces dernières décennies. On pourrait facilement y remédier. Bien sûr, toutes sortes de fabricants d’aliments toxiques s’y opposent, mais pourquoi devrions-nous les écouter ? Nous devrions le dénoncer encore et encore et encore et encore.
Les lois fondatrices de la réglementation alimentaire fédérale, le Pure Food and Drug Act et le Meat Inspection Act, ont été adoptées en 1906 à la suite du scandale de La Jungle d’Upton Sinclair. En 1912, seul le Sherley Amendment est adopté, interdisant les allégations thérapeutiques frauduleuses sur les étiquettes.
Cependant il est trop réducteur de dire que la santé se résume à cela. La santé, c’est bien plus que ça. La santé, c’est la joie de vivre, le bonheur d’être ici, et encore une fois, par-dessus tout, la clarté d’esprit. C’est-à-dire que l’on est heureux d’être là parce qu’on comprend ce qui se passe. Il existe une pression sociale énorme pour qu’on ne s’en rende pas compte et que l’on cède à l’idée selon laquelle certaines choses sont tout simplement très difficiles, tellement difficiles qu’il faut être en quelque sorte « embrouillé » par un produit pharmaceutique.
Avec le cannabis, on prétend se détendre ; il en va de même de l’alcool et d’autres substances, mais ce ne sont pas les plus insidieux, justement parce qu’ils sont les plus évidents. On repère facilement les gens ivres. Le cannabis sent fort. Les benzodiazépines, en revanche, se dissimulent totalement, et leurs effets ne sont pas évidents non plus, et elles sont prescrites à tout va pour tout et n’importe quoi : prendre l’avion, assister à des réunions.
12,6 % des adultes américains ont pris une benzodiazépine au cours de l’année écoulée, 11,4 % un antidépresseur (CDC), et les prescriptions de stimulants ont augmenté de plus de 10 % par an depuis le début de la pandémie de Covid-19. L’« écrasante majorité » ne vaut que pour l’ensemble des ordonnances — 60 à 66 % des adultes par an, antibiotiques et statines compris. L’espérance de vie a de son côté atteint un record historique d’environ 79 ans en 2024, mais reste inférieure de quatre ans à la moyenne des pays comparables.
Il en va de même pour les amphétamines, pour passer des examens. Il n’y a pratiquement aucune activité humaine naturelle aux États-Unis qui ne semble pas nécessiter un produit pharmaceutique, qu’il s’agisse d’avoir des relations sexuelles ou de s’endormir. Les fonctions les plus élémentaires qui soient nécessitent toutes des produits pharmaceutiques. Bien sûr, le résultat est que l’écrasante majorité des Américains prend quelque chose. Est-ce un bénéfice net ? Évidemment que non. Cela se mesure à l’espérance de vie, aux séjours à l’hôpital, au coût de la sécurité sociale, à tous les indicateurs habituels. Mais cela se mesure aussi à la manière dont on interagit avec les autres. Si quelqu’un prend des ISRS, des benzodiazépines, du Valium, du Xanax, des amphétamines, de l’Adderall, cette personne est-elle pleinement elle-même ? Non, évidemment, pas plus que quelqu’un qui a bu dix verres de vodka n’est la même personne que celle que vous avez vue ce matin au petit-déjeuner. Non, c’est une personne différente. Donc, si toute une société est sous l’emprise de substances, si tout le monde prend quelque chose, qu’est-ce que cela donne ? Eh bien, ce n’est plus tout à fait le pays que vous connaissiez auparavant, et c’est un pays moins humain, car la vérité, c’est que certaines choses sont désagréables et que nous sommes censés les endurer pour apprendre quelque chose, grandir, devenir meilleurs et, espérons-le, survivre. La souffrance fait partie de tout cela, et personne ne veut l’admettre, mais c’est un fait.
Les gens ne sont pas prêts à admettre que la sobriété n’est plus l’objectif, alors qu’elle devrait l’être. Ce n’est pas ésotérique, ce n’est pas bizarre, ce n’est pas comme si le désir d’être sobre relevait d’une excentricité. Tout le monde devrait être sobre en permanence, il n’y a rien de mal à cela. Ce qui ne va pas, c’est la situation actuelle, où tout le monde est à moitié dans le brouillard. Lorsque l’on parle à son patron au travail, et cela m’est arrivé, on voit ce regard vide, semblable à celui d’un requin, qui ne trahit aucune véritable émotion humaine. Qu’est-ce donc ? Ça s’appelait du Xanax. Cela crée aussi une dépendance physique et on peut mourir en arrêtant de le prendre. Cependant les médecins le prescrivent depuis des années. Pareil avec l’Adderall. Ça rend fou, ça provoque des troubles mentaux si on en prend assez longtemps, mais les gens en prennent quand même. Pourquoi est-ce que c’est acceptable ? Et pourquoi y a-t-il une sanction sociale à le dire haut et fort ? Encore une fois, vous pouvez y voir vos propres motivations. Il se passe clairement quelque chose ici, on ne peut même pas deviner de quoi il s’agit. On dirait presque une tentative délibérée de détruire une population. Le fait est qu’on y participe et qu’on ne devrait pas. Ça ne fait pas de vous un type bizarre, un fanatique de la santé qui mange des graines de chia, de ne pas prendre de médicaments, y compris ceux prescrits pour des maladies graves. Peut-être que tout ça n’est pas nécessaire, je ne sais pas, discutons-en.
Ce glissement est caractéristique de la rhétorique de Carlson. Le point de départ, à savoir la surprescription, est documenté, mais l’attribution d’une intention cachée relève du complotisme. La crise des opioïdes, qui a fait plus de 700 000 morts par overdose depuis 1999, et les condamnations de Purdue Pharma fournissent à ce soupçon un contexte matériel, sans qu’aucun élément ne vienne étayer l’idée d’un plan concerté de destruction de la population.
Alors, comment y remédier ? Encore une fois, en répétant que ce n’est pas bon. La santé est l’objectif. Plus on se rapproche de la conception naturelle, plus on se rapproche de la santé. Nous ne sommes pas faits pour ces produits, et ce n’est pas parce que quelqu’un vous dit qu’il existe ce nouveau produit censé améliorer la vie qu’il améliore réellement la vie. C’est peut-être nouveau, mais ça ne veut certainement pas dire que c’est mieux.
Cet argument repose sur le sophisme classique de l’appel à la nature. Ce qui est naturel n’est pas gage d’innocuité, et ce qui est artificiel n’est pas synonyme de nocivité.
En y réfléchissant et en évaluant la situation, et tout cela est évident, on commence à se rendre compte qu’on a été manipulés en tant que citoyens, mais surtout en tant que consommateurs. Si vous vous réveillez et que votre rôle principal dans la société est celui de consommateur, c’est un problème, car vous êtes rabaissé par nature. Les citoyens ont des droits et sont traités avec respect. Les consommateurs, quant à eux, sont des pions destinés à être manipulés. Il est donc important de noter que nous avons été manipulés et que la santé est l’objectif. Une société en bonne santé est un objectif. Vous allez à l’aéroport ou à Walmart, et vous voyez beaucoup de gens en surpoids, tatoués et à l’air un peu déprimés. Et vous vous demandez : « Qu’est-ce qui est venu en premier ? Êtes-vous en surpoids et tatoué parce que vous êtes déprimé, ou est-ce que vous êtes déprimé parce que vous êtes en surpoids et tatoué ? » Il est possible que ce soit la deuxième option.
Vivre avec de l’amour-propre vous améliore, vous et tous ceux qui vous entourent, et personne ne nous aime assez pour nous dire ça. Au lieu de ça, on nous dit : « Sois toi-même. » Vous vous promenez en pyjama, le visage tatoué, chez Walmart, et cela n’a pas d’importance. Mais cela importe. Et vous savez bien que cela importe. Personne ne pense vraiment que c’est acceptable, et ceux qui vous disent que ça l’est ne vous aiment pas. En fait, c’est probablement tout le contraire.
6— L’Amérique doit être honnête
Une autre qualité que vous aimeriez voir chez les Américains, c’est l’honnêteté. Mentir fait partie de la condition humaine — bien sûr, nous mentons, espérons-le moins que nous ne le voudrions — mais mentir, c’est mal, et c’est toujours mal. C’est l’un de ces principes universels que nous évoquions plus tôt qui ne changent jamais. Mentir, c’est toujours mal. Vous pouvez avoir des excuses pour le faire, et celles-ci peuvent être valables ou paraître valables, mais ce n’est jamais une bonne chose. Vous ne pouvez jamais le tolérer, du moins officiellement. Nous devons toujours affirmer qu’il est mal de mentir, et cela doit d’ailleurs être inscrit dans le code pénal. Ainsi, s’il est criminel de mentir au gouvernement – ce qui est le cas, vous ne pouvez pas mentir à un agent fédéral et beaucoup de gens ont fini en prison pour cela, Martha Stewart, par exemple, dont le cas est célèbre – Il faudrait donc que ce soit un délit pour le gouvernement fédéral de vous mentir.
En 2004, la personnalité de la télévision et femme d’affaires américaine Martha Stewart a été condamnée non pas pour délit d’initié (le chef d’accusation a été écarté au pénal), mais pour entrave et fausses déclarations aux enquêteurs fédéraux, ce qui lui a valu cinq mois de prison. C’est l’exemple parfait de l’article 1001 du titre 18 du Code des États-Unis, qui fait de tout mensonge matériel à un agent fédéral un crime.
Mais est-ce un délit pour le gouvernement fédéral de vous mentir ? Non, c’est même encouragé. Chaque opération d’infiltration, chaque stratagème élaboré du FBI repose sur le mensonge. Est-ce un pays sûr ? Vous sentez-vous en sécurité ? Y a-t-il moins de fraudes ? Bien sûr que non. Ça ne marche pas, ça n’a jamais marché, mais c’est la loi. La loi reflète la réalité telle qu’elle est aujourd’hui, à savoir qu’il est tout à fait acceptable que vos dirigeants vous mentent. En revanche, c’est un crime pour vous de mentir à vos dirigeants.
Le § 1001 punit de cinq ans de prison le fait de mentir au gouvernement, tandis que la Cour suprême (Frazier v. Cupp, 1969) autorise la police à mentir lors d’un interrogatoire et que le FBI a recours à la tromperie dans le cadre de ses opérations. Cette situation suscite des critiques transpartisanes chez les juristes. La solution esquissée par Carlson — criminaliser le mensonge gouvernemental — poserait toutefois de redoutables problèmes d’application.
Il faut corriger cela afin de rétablir l’équilibre, car c’est insensé et cela envoie exactement le mauvais message, à savoir que c’est leur pays, pas le vôtre. Eh bien, bien sûr, que c’est le nôtre.
Mentir, c’est mal, c’est un péché inacceptable et rédhibitoire chez un dirigeant. Si vous découvriez que votre conjoint vous mentait en vous disant être en voyage d’affaires alors qu’elle est en réalité à la Barbade, cela affectera considérablement votre relation. Or, pour une raison quelconque, lorsque nos dirigeants nous racontent des mensonges évidents — « c’est à cause du programme nucléaire iranien. Non, vraiment, c’est le programme nucléaire iranien. »
En juin 2025, après l’opération Midnight Hammer contre les sites de Fordow, Natanz et Ispahan, Trump affirmait avoir « oblitéré » le programme nucléaire iranien, une évaluation contredite par l’AIEA qui n’estimait le retard qu’à quelques mois. Huit mois plus tard, le même programme servait à justifier la guerre du 28 février. Les deux affirmations ne peuvent être vraies en même temps, c’est là le levier de l’argument.
Ça n’a rien à voir avec le programme nucléaire iranien, que vous nous aviez dit avoir éliminé l’été dernier, il est donc clair que vous mentez — c’est à ce moment-là que nous devrions nous arrêter et dire que nous n’acceptons pas cela. Nous ne poursuivrons pas cette conversation tant que vous n’aurez pas admis que vous mentiez et que vous ne m’aurez pas expliqué pourquoi. De la même manière, si vous surpreniez votre conjoint en train de mentir en prétendant être à Scottsdale alors qu’il se trouvait en réalité à la Barbade, vous diriez : « Je ne vais pas laisser passer ça. Qu’est-ce que tu faisais à la Barbade ? » Nous n’adoptons pas cette attitude avec nos dirigeants. Nous leur permettons de mentir et de nous sanctionner pour avoir menti. Et c’est vraiment là le fondement d’une grande partie des injustices et de la corruption que nous subissons, et qui ont sapé la confiance de la plupart des gens dans leur gouvernement, voire dans leur nation.
Encore une fois, il est réaliste d’accepter que les gens mentent lorsqu’ils sont mis sous pression. Ils ont tendance à mentir, et ça ne changera jamais. C’est notre acceptation de ce mensonge qui doit changer, et c’est possible. Le principal domaine de notre relation avec le gouvernement fédéral et les gouvernements des États où cela peut changer, c’est la classification. Alors, qu’est-ce que la classification ? La classification, c’est le mensonge selon lequel la majorité des grandes actions menées par le gouvernement sont trop importantes pour qu’on vous en parle. Vous n’avez pas le droit de savoir, car si vous saviez, d’une manière ou d’une autre, nous serions tous moins en sécurité. C’est un mensonge.
Cette affirmation est étayée par les organes officiels eux-mêmes. Il n’existe aucun décompte du stock de documents classifiés ; les audits parlementaires évoquent des « milliards » de documents, jusqu’à 50 millions de nouvelles classifications par an, pour un coût de gestion pouvant atteindre 18 milliards de dollars. Le Public Interest Declassification Board estime le système « insoutenable ». L’attribution d’un mobile unique (permettre la corruption) est en revanche une interprétation de Carlson. Concernant JFK, l’essentiel des dossiers classifiés a été publié en mars 2025 sur ordre de Trump ; ce qui reste classifié l’est surtout pour des raisons judiciaires et fiscales, et non pour des raisons liées aux « sources et méthodes ».
Bien sûr, la principale raison pour laquelle plus d’un milliard de documents fédéraux sont classifiés est de donner aux dirigeants du gouvernement la possibilité de faire tout ce qu’ils veulent, y compris s’enrichir, voler, détourner votre argent et vous priver du droit de réagir, car vous ne savez pas ce qui se passe. C’est donc un fait que toutes les personnes sensées constatent en permanence. Le mal prospère dans l’obscurité, et la lumière du soleil est, comme on le sait, le meilleur désinfectant. Mais aucun effort n’est fait pour « désinfecter » nos dirigeants. Au contraire, ils ont mis en place, et ce n’est pas exagéré de le dire, un système byzantin de règles de classification avec pour seul objectif en tête non pas d’assurer notre sécurité, ni de mettre fin au programme nucléaire iranien, ni de lutter contre le Hamas, mais de leur permettre de se livrer à une corruption éhontée en profitant du double standard que leur confère le secret. Telle est la vérité. C’est pourquoi, 63 ans après l’assassinat de notre président à Dallas, nous ne pouvons pas connaître tous les faits disponibles concernant cet assassinat. Pour quelle raison ne pouvons-nous pas connaître ces faits ? Les sources et méthodes de la sécurité nationale. Tout cela n’est qu’un mensonge, et la situation ne s’améliorera pas tant que les gens n’auront pas cessé de mentir, et la seule façon pour eux d’arrêter de mentir, c’est de nous révéler la vérité.
Cela pourrait bien être une sorte de piège dans lequel nous risquons tous de tomber. S’il se passe quelque chose, un événement qui change le cours de l’histoire comme le 11 septembre, et certains aspects de cet événement semblent aller de soi, comme ce qui s’est passé : des avions se sont écrasés contre des immeubles. Mais d’autres aspects, comme le bâtiment 7, qui s’est effondré sans qu’on en connaisse toujours la raison, restent totalement déroutants 25 ans plus tard.
Le discours bascule ici dans le complotisme documenté : l’effondrement du bâtiment 7 n’a rien de « déroutant » pour l’enquête officielle. Le rapport final du NIST (2008) l’explique par des incendies incontrôlés ayant fait céder la colonne 79, ce qui a provoqué le premier effondrement d’un immeuble de grande hauteur principalement causé par le feu. La thèse de la démolition est explicitement écartée. La seule étude concluant l’inverse (université d’Alaska, 2020) a été financée par le groupe militant Architects & Engineers for 9/11 Truth et n’a pas été publiée dans une revue à comité de lecture. Présenter la question comme étant toujours ouverte relève de la stratégie du « on ne fait que poser des questions ».
Qu’est-ce que c’était que ça ? Les gens posent donc ces questions, car pourquoi ne le feraient-ils pas ? Quiconque a les yeux ouverts regarde ça et se dit que quelque chose est bizarre. Et puis, cette personne est traitée de « théoricien du complot », de « cinglé », d’« antisémite », « tu dois être nazi si tu poses des questions sur le bâtiment 7 ». Il existe un moyen très rapide de régler ce débat : déclassifier les documents susceptibles d’apporter des éclaircissements, des faits concrets, sur ce qui s’est réellement passé, mais cela ne vient jamais à l’esprit d’aucune des deux parties. Les gens qui posent des questions, calomniés en tant que « théoriciens du complot », se contentent de râler en silence, tandis que ceux qui continuent de cacher la vérité, en supposant qu’il y en ait une autre, continuent simplement à le faire.
Pour rétablir l’honnêteté – et il le faut vraiment, car beaucoup de choses que l’on observe aujourd’hui ne pourraient pas se produire dans un système honnête ; la corruption, en tout cas, serait impossible –, la première chose à faire est de revendiquer la propriété de ce qui vous appartient déjà constitutionnellement, à savoir les résultats du travail du gouvernement. Ceux qui dissimulent ces informations n’ont aucun droit légal de le faire, si ce n’est des droits qu’ils ont eux-mêmes inventés mais qui sont en réalité faux. Comment pouvez-vous, en tant que fonctionnaire fédéral, avoir le droit de me mentir ? Sur quelle base agissez-vous ainsi ? Personne ne leur a jamais posé la question, alors ils continuent à le faire. Et ce n’est pas tout : toute la corruption que nous observons et la frustration que vous ressentez en la voyant découlent de cela. Ce qu’ils font est dissimulé sous le prétexte de « la sécurité nationale », mais demandez à n’importe qui ayant vécu à Washington ou travaillé au sein du gouvernement, tout cela n’est qu’un mensonge. Il existe certainement un infime pourcentage d’activités gouvernementales qui, en théorie, doivent rester dissimulées au regard du public parce qu’il y a des sources et des méthodes, ou parce qu’une opération est en cours. D’accord, c’est légitime, mais cela représente à peine 1/100e de 1 % de ce que le gouvernement fait et a fait au cours des 100 dernières années qui reste encore classé secret. Mettons-y un terme. On pourrait y mettre fin dès demain, mais ils ne le feront pas, or nous devrions exiger qu’ils le fassent.
7— L’Amérique doit être optimiste
La prochaine chose que vous aimeriez que l’Amérique soit, et que nous devrions exiger qu’elle soit, c’est qu’elle soit optimiste. Mais pourquoi optimiste ? Les gens se méprennent sur ce terme. L’optimisme n’est pas simplement le fruit d’un acte de volonté, où quelqu’un choisit d’être de bonne humeur quoi qu’il arrive. Vous pouvez faire cela, et vous devriez le faire si vous le pouvez, mais l’optimisme est aussi le fruit de systèmes. La manière dont les choses sont structurées encourage soit l’optimisme, soit garantit le pessimisme. Pourquoi les gens sont-ils optimistes ? C’est évidemment parce qu’ils espèrent un avenir meilleur. Mais pourquoi pensent-ils à l’avenir ? Cela les placerait en contraste flagrant avec nos dirigeants qui, compte tenu de leur âge, n’ont pas vraiment d’avenir d’un point de vue chronologique. Les gens pensent à l’avenir, font des projets pour l’avenir, espèrent quelque chose de mieux à venir, se prémunissent contre la possibilité que l’avenir leur réserve quelque chose de pire. Ils vivent en avance sur eux-mêmes, et pensent à une époque où ils ne seront plus là. Pourquoi agissent-ils ainsi ? C’est très simple, c’est parce qu’ils ont des enfants.
La fécondité américaine est tombée à 1,6 enfant par femme en 2024, soit le niveau le plus bas jamais enregistré, bien en deçà du seuil de remplacement de 2,1. Pour autant, cet argument naturalise une disposition psychologique en impératif biologique, rejoignant ainsi le natalisme devenu central dans la droite américaine, avec des personnalités telles que J. D. Vance et ses « childless cat ladies », ou encore Elon Musk et sa « crise de natalité ».
Les pays qui accordent de la valeur aux enfants, et pas seulement aux petits qui courent et jouent, mais qui envisagent les générations futures en se demandant ce qui pourrait exister après leur départ, qui s’inscrivent dans une sorte de continuité historique – « je viens d’ici, mes descendants seront là » — les gens qui pensent en ces termes sont, par définition, optimistes.
La première chose que l’on remarque chez ceux qui dirigent notre pays, et de plus en plus chez certaines personnes occupant des postes à responsabilité à travers le pays, notamment dans le domaine économique, c’est qu’ils n’ont aucune vision à long terme. Tout tourne autour du prochain trimestre. Ce sont essentiellement des day traders. Et il y a beaucoup de choses dans l’économie financière qui encouragent ce genre de réflexion, cette façon de penser d’un rapport de résultats à l’autre, car c’est une réflexion fondée sur ce que reflète le cours de l’action. Cela ne veut pas dire que ce n’est pas important, cela l’est dans une certaine mesure, mais ce n’est pas la base sur laquelle on construit une société, car c’est trop limité. C’est trop centré sur l’ici et maintenant. Si suffisamment de personnes occupant des postes à responsabilité commencent à penser ainsi, qu’obtient-on ? On obtient ce que l’on a actuellement. On assiste à un pillage, car les gens ne croient tout simplement pas que tout cela existera encore demain. Ils obtiennent donc un passeport néo-zélandais et tentent de s’accaparer autant qu’ils le peuvent tant qu’ils le peuvent. C’est littéralement ce qui se passe en ce moment même, malheureusement.
La véritable promesse de la cryptomonnaie a été détournée dans une certaine mesure par des gens de ce genre.
Notons que cette dénonciation ne vise personne en particulier. Le cas d’école du « pump-and-dump » est le memecoin $TRUMP, lancé trois jours avant l’investiture et ayant causé environ 2 milliards de dollars de pertes cumulées pour les petits porteurs, ainsi que des centaines de millions de dollars de frais pour les entités Trump. La déclaration patrimoniale publiée en juillet 2026 fait état de plus de 1,4 milliard de dollars de revenus crypto pour la famille en 2025. La grâce accordée au fondateur de Binance en octobre 2025 est intervenue après un investissement de 2 milliards d’Émirats arabes unis, transitant par le stablecoin familial.
C’est un stratagème de pump-and-dump, bien sûr :on en vante les mérites, on empoche l’argent et on s’enfuit. On se comporte ainsi non pas simplement parce qu’on est une mauvaise personne, mais parce que notre horizon temporel est extrêmement court. Peu importe ce qui se passera demain. Vous ne joueriez pas avec la guerre nucléaire si vous n’aviez pas 80 ans. Est-ce qu’un quadragénaire avec quatre enfants pousserait son pays jusqu’à un point où il y aurait un risque plausible de frappe nucléaire, où tout le monde serait incinéré dans une boule de feu ? Vous n’envisageriez même pas de faire une chose pareille si vous aviez de jeunes enfants à la maison, parce que vous avez de jeunes enfants à la maison et que vous tenez à eux, ce qui revient à dire que vous vous souciez d’autre chose que de vous-même.
Ainsi, bon nombre de débats sur le taux de natalité et la famille deviennent soit désespérément abstraits, comme s’il fallait atteindre le taux de remplacement sous peine de ne pas exister, ce qui est trop difficile à imaginer, ou bien ils sont trop teintés d’un code moral spécifique. C’est quelque chose que je ressens certainement en tant que chrétien. En tant que chrétien, j’ai toutes sortes de points de vue sur la famille qui me tiennent vraiment à cœur, mais qui ne s’appliquent pas nécessairement à tout le monde, car tout le monde ne partage pas mes convictions religieuses. Ce qui s’applique à tout le monde, c’est la façon dont on se perçoit par rapport à ce qui a précédé et à ce qui viendra après soi, et la seule chose qui vous ancre dans ce type de réflexion, c’est d’avoir des enfants. Cela n’a jamais vraiment été évident jusqu’à ce que bon nombre de responsables cessent d’avoir des enfants ou deviennent si âgés que ce que font leurs enfants n’a plus d’importance, car ceux-ci ont la cinquantaine. C’est leur absence qui a rendu cela évident.
Un pays qui ne place pas les enfants au centre de ses préoccupations ignore l’avenir. Un pays qui ne se soucie pas des enfants ne se soucie pas de l’avenir. Et à tous les égards, ce pays, aussi douloureux que cela soit à dire, se fiche des enfants. Vous pouvez le mesurer comme bon vous semble : le nombre d’enfants qui auraient été enlevés, violés ou victimes d’abus sexuels, l’affaire Epstein, pour ne citer qu’un exemple parmi tant d’autres, l’état de notre système éducatif, le fait que l’IA va anéantir toute perspective d’avenir pour toute une génération de jeunes, tandis que les baby-boomers continuent de réfléchir à la manière de refaire la toiture de leur maison à Sea Island. Cette génération a une mentalité, sans vouloir être méchant, qui considère qu’ils sont la seule chose qui compte et que les enfants n’ont aucune importance.
Ici, Carlson reprend l’un des thèmes du populisme générationnel : le « baby-boomer » est présenté comme l’ennemi de classe de substitution. La station balnéaire exclusive de Géorgie, Sea Island, sert de décor.
Cette mentalité est non seulement répugnante et probablement immorale, mais elle conduit également à une situation où tout dans votre société est faussé, car les gens ne vivent que pour eux-mêmes, ici et maintenant, et non pour demain. Pas étonnant donc que personne ne construise de beaux bâtiments. Pas étonnant que les gens ne prennent pas le temps de réfléchir à la dimension esthétique de quoi que ce soit, car est-ce que ça a vraiment de l’importance ? Bien sûr que non. À ce stade, tout n’est que fast-food.
Il est donc important de savoir qu’il n’y a pas eu beaucoup de sociétés comme la nôtre à cet égard. Même aujourd’hui, dès que l’on s’aventure hors de nos frontières, l’une des premières choses que l’on remarque, c’est qu’il y a des petits enfants partout, car dans une société saine, les gens ont des enfants, non pas par obligation religieuse ou par attachement sentimental aux enfants, mais parce que c’est l’impératif biologique de chaque personne. Se reproduire est quelque part la principale occupation lorsqu’on est en vie. Ce n’est vraiment qu’aux États-Unis, en Europe occidentale, au Canada et en Australie qu’il est en quelque sorte obscène de le dire à voix haute. C’est considéré comme bizarre ou vulgaire, comme si vous étiez un Amish ou que vous vouliez priver les femmes de leurs droits. « Vous êtes un monstre si vous pensez cela ». Non, partout dans le monde, les gens normaux accordent la plus grande importance à leurs enfants. Ils en ont autant qu’ils le peuvent et tirent une immense joie de leur présence, car ils savent ce que tout le monde a toujours su : c’est la principale source de plaisir, d’épanouissement et de joie dans cette vie, et au final, ce sont les liens les plus forts que vous aurez en tant qu’être humain. Vos enfants sont bien plus susceptibles de se soucier de vous que votre employeur, le gouvernement fédéral ou le sénateur Tom Cotton de l’Arkansas, qui tente de vous sauver du djihad islamique. Vos enfants sont probablement un peu plus importants.
Tom Cotton est sénateur de l’Arkansas et président de la Commission du renseignement. Faucon assumé, il soutenait dès 2015 que bombarder l’Iran ne prendrait que « quelques jours » et a défendu les frappes de 2025, il s’est publiquement accroché avec Carlson en 2025 au sujet de l’assassinat de JFK. Il incarne, au sein même du camp trumpiste, le néoconservatisme que ce discours entend écarter.
Il est donc important de le dire sans honte, sans avoir l’impression d’être un fanatique religieux, un juif orthodoxe, un Amish ou un membre d’une minorité religieuse qui a beaucoup trop d’enfants qui pleure sans cesse dans les avions. Il n’y a absolument rien d’embarrassant là-dedans, cela devrait être le cas pour nous tous. Pourquoi n’en serait-il pas ainsi ? Tout système économique qui rend cela plus difficile est, par définition, malfaisant. Si vous privez les gens de leur principale source de joie et de satisfaction, de leur héritage génétique, de leur capacité à transmettre leurs gènes à une autre personne, êtes-vous leur ami ? Êtes-vous leur bienfaiteur ou leur ennemi juré ? Vous êtes la dernière de ces choses, vous êtes leur ennemi juré, il est important de le dire. Pas besoin d’être mennonite pour le faire. Nous prions pour que la guerre avec l’Iran prenne fin immédiatement, mais la vérité, c’est que cela ne semble pas être le cas. Si vous êtes chef de famille, vous devez réfléchir à ce que cela pourrait signifier pour vous et pour les personnes dont vous avez la charge. N’attendez pas qu’une catastrophe frappe pour vous assurer d’avoir l’essentiel : de la nourriture, de l’eau, de la lumière, de l’énergie.
C’est exactement pour cette raison que nous avons créé une entreprise appelée Last Country Supply. C’est notre boutique. Elle propose les mêmes produits de préparation aux situations d’urgence que ceux que nous avons, par exemple, dans cette grange. Des produits qui apportent la tranquillité d’esprit à tout chef de famille, en lui garantissant qu’en cas de grave événement, il pourra prendre soin des personnes dont il a la responsabilité. Alors continuez à prier pour que la guerre et la violence cessent, mais assurez-vous en même temps que votre famille soit prête. Faites le plein de produits auxquels nous faisons confiance sur lastcountrysupply.com/tucker.
La prière se termine sans transition par un conseil d’achat. Le survivalisme, longtemps cantonné aux marges miliciennes, s’est banalisé à droite comme pratique de « souveraineté » du foyer.
8— L’Amérique doit être sage
Maintenant, si vous deviez placer les enfants au centre de votre réflexion, c’est-à-dire placer l’avenir au centre de votre réflexion sur le présent comme vous devriez toujours faire, en gardant à l’esprit le passé, en étant conscient du présent, mais en pensant à l’avenir, c’est-à-dire aux conséquences, l’une des premières choses que vous voudriez faire serait d’enseigner à vos enfants quelque chose d’utile afin qu’ils puissent participer de manière significative à l’avenir, afin de les aider. Que voudriez-vous faire pour vos enfants ? Les éduquer ? Évidemment que non. Vous voudriez les rendre sages. La sagesse est donc l’objectif. Vivre dans un pays sage est l’objectif. En quoi cela diffère-t-il de l’éducation ? Nous avons déjà l’éducation, un système de certification par lequel une institution exonérée d’impôts vous délivre un document attestant que vous avez été, je cite, « éduqué ». Ce processus ne permet plus de vérifier réellement si vous avez reçu une éducation, si vous savez quoi que ce soit ou si vous comprenez quoi que ce soit de grande valeur.
De plus en plus, à quelques exceptions près, il est évident pour tout le monde que ce système est complètement défaillant. Il produit des personnes sans compétences, sans compréhension du fonctionnement des choses, et sans capacité à prendre des décisions sensées, ce qu’on appelle aussi la sagesse.
La confiance des républicains dans l’enseignement supérieur est ainsi passée de 56 % en 2015 à 23 % en 2026 (selon le Gallup), et l’administration en a fait un sujet politique central, avec notamment le gel de 2,2 milliards de dollars de subventions à Harvard (jugé illégal en septembre 2025) et l’imposition d’un accord de 221 millions à Columbia. Carlson radicalise la critique. Au lieu de réformer l’université, il faut la disqualifier en tant que simple « système de certification ».
Ça ne fonctionne tout simplement pas. Or, cela serait considéré comme une situation d’urgence dans une société normale, car, bien sûr, la seule façon de faire perdurer ce système est d’enseigner à la prochaine génération. Excusez-moi pour ces banalités, mais on explique trop rarement aujourd’hui comment les choses fonctionnent, et pas seulement comment les systèmes fonctionnent, bien que cela soit très important pour inculquer aux enfants le sens de la réalité physique. Comment obtenons-nous de l’énergie ? Qu’est-ce que l’énergie ? D’où vient-elle ? Quand on allume la lumière, quel est le processus qui fait s’allumer l’ampoule ? Comment allume-t-on un feu ? Comment prépare-t-on un repas ? D’où vient l’eau ? Personne n’apprend rien de tout cela. Au lieu de cela, ces connaissances sont confiées à une classe spécialisée, qui constitue en réalité une caste à ce stade, un mélange de travailleurs blancs issus de la classe ouvrière et de sous-traitants d’Amérique centrale qui répondent à toutes ces questions pour vous, en anglais ou dans une autre langue. Mais cela a pour conséquence que la plupart des Américains de la classe moyenne et des classes supérieures n’ont aucune idée de la façon dont les choses fonctionnent réellement. Et cela a des implications à long terme, car par exemple, si nous voulons étendre le réseau électrique, qui va s’en charger ? Qui comprend l’électricité ? Les gens vont dans des écoles professionnelles, mais ce n’est pas suffisant.
Les gens doivent comprendre ce qui les entoure, cette réalité physique qui ne se déroule pas sur un écran, mais qui repose sur des faits immuables, comme le besoin d’eau, de nourriture et d’électricité. Mais ce qu’il faut avant tout enseigner à la prochaine génération, ce sont les choses qui ne changent pas. Vous le savez bien, car toute tentative de suivre une mode technologique s’est révélée être un échec à la fois hilarant et désastreux. Il y a eu une vague il y a 15 ans, lorsque la tablette est apparue, l’iPad, où chaque enfant devait avoir un iPad pour apprendre sur l’iPad. Bien sûr, les résultats sont tombés en l’espace d’une décennie et ils étaient tout à fait prévisibles : les enfants qui passaient trop de temps sur leur iPad sont en réalité bien moins intelligents et moins informés que ceux qui lisent des livres. Mais aucun des « educrats » qui ont poussé dans ce sens et exigé des fonds pour le faire n’a jamais présenté d’excuses ni même reconnu qu’ils avaient eu tort. Chaque mode éducative — comme les « nouvelles mathématiques » il y a 60 ans — promet d’une manière totalement différente et révolutionnaire de faire, et vos enfants, sans vraiment travailler dur, vont apprendre énormément. Évidemment, chaque génération successive est devenue de plus en plus ignorante, et Internet n’a fait qu’accélérer ce phénomène.
Quel est l’antidote à cela ? Comment y remédier ? Si ce sont vos enfants, alors c’est un sujet vraiment important, même si pratiquement aucune personnalité influente au Congrès, par exemple, ou à la Maison-Blanche ne parle plus jamais d’éducation, sauf en termes de financement et pour savoir qui va contrôler ce financement. Le processus réel qui consiste à prendre un enfant et à en faire un adulte, à le guider vers une vie productive et heureuse, est complètement abandonné, parce qu’on pourrait simplement faire venir des gens de l’étranger pour faire ce travail, ou parce qu’on n’a pas besoin de ces emplois à cause de l’IA ou autre, ou encore parce que c’est tout simplement trop compliqué. Ce qu’on a essayé n’a pas marché. Nos hypothèses étaient erronées, et ils ne veulent pas l’admettre. Donc, aucun effort n’est fait pour éduquer la prochaine génération, sauf peut-être dans l’ingénierie ou la programmation informatique. Oh, mais attendez, ces domaines sont désormais dépassés à cause de l’IA. Cela montre bien les limites de la tentative de déterminer quelle sera la prochaine grande tendance. On se trompe presque toujours. En fait, il est difficile de trouver un exemple d’Américains, disons des administrateurs universitaires, qui aient correctement anticipé la prochaine grande tendance.
Il vaudrait donc peut-être mieux revenir à l’objectif éternel plutôt que d’acquérir une sagesse éphémère — ou plutôt, des connaissances éphémères. Au lieu d’essayer de comprendre comment programmer, il vaudrait peut-être mieux enseigner à vos enfants les choses qui ne changent pas, comme la nature humaine. La nature humaine est immuable. Le comportement des personnes décrit, par exemple, dans le Livre des Chroniques, rédigé il y a 3 000 ans, nous est tout à fait familier. Le Code d’Hammurabi, la première loi écrite, traite du comportement des gens en se basant sur la façon dont ils se comportent encore aujourd’hui, des milliers d’années plus tard, ce qui revient à dire que, malgré ce qu’on a pu vous dire, que ce sont là des réalités humaines qui n’ont pas changé depuis des milliers d’années, et même avec Neuralink, ne devraient pas changer à l’avenir.
Deux imprécisions factuelles : le code d’Hammurabi (vers 1750 av. J.-C.) n’est pas « la première loi écrite ». Le code d’Ur-Nammu lui est antérieur d’environ trois siècles. Et la rédaction du Livre des Chroniques date du IVe siècle av. J.-C., soit environ 2 400 ans, et non 3 000.
Alors pourquoi ne pas les expliquer aux enfants afin qu’ils puissent bénéficier de cette sagesse, afin qu’ils puissent comprendre le monde qui les entoure et prendre de bonnes décisions en fonction de ce qu’ils voient ? N’est-ce pas là tout l’intérêt de l’exercice ? Parce qu’il existe tout un lobby, un lobby bien financé, vieux de 60 ans, conçu pour empêcher quiconque d’entre nous de dire la vérité aux enfants sur la nature humaine. Je ne veux pas semer la discorde en le nommant, mais en gros, l’ensemble du système éducatif, l’un des systèmes les mieux financés d’Amérique, existe pour mentir à vos enfants, à ses élèves, sur la nature des êtres humains, et part du principe que tout le monde naît comme une « page blanche » et que nous sommes tous le produit des influences de notre société ou de nos systèmes qui s’impriment dans nos esprits.
Procédé classique d’insinuation : face à un ennemi innommé (« un lobby bien financé, vieux de 60 ans »), chacun peut y loger son suspect (les syndicats d’enseignants, le département de l’Éducation, les programmes de la Great Society), voire des lectures plus sombres.
C’est un sacré mensonge, et si vous croyez vraiment cela, si vous croyez, par exemple, que les hommes et les femmes sont identiques et qu’on les appelle simplement « hommes » ou « femmes » parce que leurs parents ont décidé de les nommer ainsi trois semaines après leur naissance, en fonction de leur humeur du moment, vous n’aurez pas un mariage heureux. Vous ne réussirez pas dans votre vie professionnelle. Vous ne serez pas heureux, car ce n’est pas vrai.
On trouve ici un point central de fixation des guerres culturelles, tranché par décret dès le premier jour du nouveau mandat de Trump, qui affirme : « deux sexes, non modifiables ».
Si vous passez votre vie en guerre contre la réalité, en guerre contre la nature, vous ne gagnerez pas, car cela ne dépend pas de vous.
Il vaudrait donc peut-être la peine de réorienter tout ce projet vers la réalité. Tout ceci est d’ailleurs mesurable, rien de tout cela n’est un mystère. Nous savons comment sont les hommes. Nous savons comment sont les femmes. De nombreuses études ont été menées à ce sujet, et quiconque a vécu dans ce monde pendant plus de dix minutes peut vous le confirmer. Et nous pouvons débattre pour savoir si ces caractérisations sont justes ou fausses, mais ce sur quoi nous ne devrions jamais mentir, et ce que nous devrions dire à nos enfants dès le premier jour, c’est qu’il existe des faits que nous ne pouvons pas contrôler. Il existe des réalités préexistantes concernant les gens et le monde sur lesquelles nous n’avons aucune influence, et soit on s’y adapte, soit on ne le fait pas. On les accepte ou on les combat, mais on ne peut pas les changer. C’est là le fondement de la sagesse. Il n’y a aucun effort organisé pour enseigner cela au niveau primaire, secondaire ou universitaire. Or il devrait y en avoir un. La sagesse. Nous voulons que nos dirigeants sages soient remplacés par la prochaine génération d’enfants sages.
9— L’Amérique doit être décente
L’avant-dernière chose que l’Amérique devrait être, c’est d’être décente. Décente, pro-humaine, en faveur des gens, faisant passer les besoins des autres avant ceux, disons, des systèmes, des machines ou des concepts abstraits. La décence, c’est le souci des individus. Il a toujours été évident que les États-Unis étaient un pays décent. Il n’y a aucun autre pays au monde où l’on peut s’arrêter en pleine route pour demander son chemin et obtenir plus rapidement des indications d’un groupe plus important d’inconnus désireux d’aider. Il n’y a aucun pays qui aime davantage les chiens. Il n’y a aucun pays qui soit, à certains égards, plus attachant que les États-Unis. Mais ces dernières années, la décence a été mise à mal. Et pas seulement la décence sexuelle, la « police de la décence », mais la décence humaine, la gentillesse, le respect d’autrui. Quand vous voyez votre ministre de la Guerre sauter dans tous les sens comme un singe dérangé et sanguinaire, appelant au meurtre d’innocents, et que personne ne dit rien à ce sujet, alors, vous savez, nous avons pris une voie dont personne ne peut être fier. L’idée même qu’il existe un ministère de la Guerre est en soi une atteinte à la décence, car à quoi sert la guerre ? À se défendre. Seul un pays indécent mène des guerres sans y être contraint.
Au cœur du paléoconservatisme se trouve une conception de la guerre juste réduite à la seule défense. Voir les commentaires précédents sur le sentiment de trahison du camp MAGA.
La seule raison valable de faire la guerre, de tuer des gens, c’est de se défendre. C’est pourquoi on l’a toujours appelé le ministère de la Défense, du moins ces 80 dernières années. Le ministère de la Défense : nous nous défendons. Si nous ne pouvons pas dire que nous nous défendons, c’est que nous ne le faisons pas parce que nous sommes décents. Et si, au cours de cette défense, nous assassinons des personnes — et c’est bien un assassinat — qui n’ont commis aucun crime, ne représentaient aucune menace pour nous, qui sont des non-combattants, des femmes, des enfants, nous allons nous en excuser et nous allons appeler cela par son nom, à savoir un crime contre le droit international, mais plus important encore, c’est une question de décence.
Lorsqu’un autre pays commet un génocide contre une population, tue des dizaines de milliers d’enfants, comme l’a fait notre plus proche allié, comme les pays ont tendance à le faire, — c’est un thème récurrent de l’histoire, Israël n’est pas le seul pays à avoir commis un génocide, pas plus que l’Allemagne nazie, cela s’est produit à maintes reprises —, nous n’allons pas en assumer la responsabilité parce que c’est révoltant.
Carlson affirme le génocide tout en le banalisant (« comme les pays ont tendance à le faire »). Il assimile ainsi Israël à l’Allemagne nazie, un double mouvement qui, dans la même phrase, porte contre Israël l’accusation la plus grave qui soit et relativise le génocide en le présentant comme une pratique ordinaire des États.
Ce n’est pas difficile à dire. C’est un soulagement de le dire, car tout le monde le sait. Si vous faites exploser une école de filles, vous irez vous excuser, et verserez même des dommages et intérêts, car aucun enfant, aucune écolière ne mérite d’être pulvérisé par un missile Tomahawk ou d’être abattu de deux balles. Que ce soit nous qui l’ayons fait, ou les Iraniens, ou Israël, ou le Sri Lanka, cela n’a aucune importance, c’est toujours inacceptable. Nous défendons ce principe non seulement parce que nous nous soucions des élèves d’une école de filles en Iran, mais parce que nous sommes au-dessus de ce genre de comportement. Nous ne tolérerons pas un ministre de la Guerre, et si nous avons un ministre de la Guerre, nous n’allons certainement pas tolérer qu’il s’agite comme une hyène, ou qu’il parle d’assassiner des gens, non pas parce que nous ne l’aimons pas, ce n’est pas le cas, mais parce que c’est notre pays et que nous valons mieux que ça. D’autres peuvent se comporter ainsi, mais ce sont des sauvages, et c’est pour ça qu’ils ne sont pas comme nous.
Quand on tolère ce genre de comportement, on perd son amour-propre, sa capacité à se respecter soi-même, et on risque aussi de subir une sorte de châtiment éternel quand on tolère ce genre de comportement. Peut-être que certaines de ces notions métaphysiques sont réelles, et peut-être qu’il existe un châtiment pour ceux qui font exploser des écoles de filles. Ce n’est qu’une supposition. Mais s’il y en avait un, voulez-vous prendre ce risque ? Même si vous ne croyez en rien de tout cela, vous pourriez avoir une vision du monde entièrement matérialiste et savoir malgré tout, au plus profond de vous-même, qu’il est mal de tuer des enfants. Ils n’ont rien fait de mal. Si l’on peut tuer des gens qui n’ont rien fait de mal, alors qu’est-ce que notre système judiciaire ? Celui-ci repose sur l’idée que l’on ne punit que les coupables. Si l’on punit des innocents, ce n’est, par définition, pas de la justice. Donc, si nous participons à quelque chose de ce genre, nous risquons tout. À long terme, pourquoi se battre pour cela ? La seule raison, à part la conscription sous la menace des armes à la manière ukrainienne, pour laquelle les gens partent à la guerre, en particulier en Occident, dans des pays sans conscription, c’est parce qu’ils croient en cette cause. Mais qui pourrait croire en cela ? La décence compte donc vraiment, et elle ne s’exprime pas seulement en temps de guerre, mais dans chaque fonction du gouvernement et dans chaque aspect de nos vies.
Ainsi, si vous avez un code fiscal, pour ne citer qu’un exemple, qui impose les salariés à un taux plus de deux fois supérieur à celui appliqué aux investisseurs, que dites-vous ? Vous dites qu’il est deux fois plus vertueux d’investir de l’argent ou d’hériter d’argent et de le laisser sur les marchés que d’aller travailler le matin. C’est ce que vous dites, car tout code fiscal pénalise les actes impies, les mauvaises actions, les vices. Les cigarettes coûtent 18 dollars le paquet parce que nous sommes contre le tabagisme. Donc, si un simple salarié qui fait la navette depuis la banlieue pour gagner 80 000 dollars par an est imposé deux fois plus lourdement qu’un magnat du capital-investissement, que sommes-nous en train de dire ? Qu’il est deux fois plus vertueux d’être un magnat du capital-investissement, d’hériter d’argent ou d’investir ? Ce n’est pas seulement une vision déformée, c’est indécent. C’est révoltant. Et pourquoi est-ce révoltant ? Parce que cela ne tient aucun compte du bien-être de vos propres citoyens. C’est littéralement indécent, et si vous continuez ainsi, même s’il n’y a pas de révolution, même s’ils ne prennent pas d’assaut la Bastille pour cette raison – ce qu’ils ne feront probablement pas, car la plupart des gens ignorent même que cela se produit, bien qu’ils aient le sentiment que quelque chose ne tourne pas rond — personne ne croira plus en ce projet. On ne peut pas croire en quelque chose pour lequel on n’a aucun respect. Ce n’est donc pas seulement que vous ne mènerez pas de guerres, c’est que vous ne ferez rien pour améliorer le pays, et il cessera d’être un pays. Il est donc absolument essentiel d’exiger que nos dirigeants et nous-mêmes agissions avec décence envers les autres. Ce n’est pas simplement un discours creux que l’on tient en chemin vers la richesse. C’est le cœur de tout. C’est la seule raison pour laquelle, en fin de compte, on peut être fier de dire que l’on est américain. Nous sommes fiers d’être américains parce que nous avons une économie plus efficace, plus de chaînes de restauration rapide que n’importe quel autre pays. Quelle est la raison d’être fier d’être américain ? C’est un beau pays et c’est un pays qui fait preuve de décence, et c’est en quelque sorte tout ce qui compte, car les économies connaissent des hauts et des bas — les cycles économiques sont bien réels — on perd des guerres — beaucoup de choses se passeront d’ici 500 ans — mais les choses que nous pouvons contrôler, la beauté et la décence, celles-là sont durables et comptent plus que tout le reste. Donc, si nous renonçons à cela, nous avons tout abandonné.
10— L’Amérique doit être unie
La dernière chose, peut-être la plus importante, dont ce pays a besoin, c’est d’être uni. Il doit constituer une nation, et les Américains doivent former un peuple par définition. Le pays ne peut perdurer sans cela. Il est trop grand. Aucun pays ne peut perdurer sans avoir le sentiment d’être une nation, et les pays qui se sont effondrés n’en avaient pas, et c’est pourquoi ils se sont effondrés. Ce n’est pas facile, car cette nation ne dispose d’une majorité cohésive sur pratiquement rien — ni sur la race, ni sur la religion, ni sur l’origine ethnique, ni sur l’histoire, ni sur la culture. Si elle continue sur cette voie, il est évident qu’elle finira par se désagréger. Vous constaterez que certaines régions du pays n’ont tout simplement rien en commun avec d’autres. Alors pourquoi le réseau autoroutier inter-États continuerait-il d’exister ? Pourquoi pourriez-vous prendre l’avion d’une ville à une autre sans visa ? Vous pouvez bien vous moquer de l’idée que cela puisse arriver ici, mais c’est déjà arrivé dans bien d’autres endroits. Alors pourquoi cela n’arriverait-il pas ici ?
Mais cela n’est pas une fatalité. Une grande partie de la désunion américaine est déjà inscrite dans les gènes de la nation. Ainsi, les débats sur l’immigration, bien que pertinents, ne changeront pas la composition de l’Amérique, qui est, je le répète, un pays sans majorité écrasante dans aucun domaine. En l’absence de cela, en l’absence d’une identité organique et évidente, il faudra en créer une afin de préserver la cohésion du pays. Cela vaut la peine d’être fait. Il y a plusieurs mesures que l’on peut prendre pour y parvenir.
Aveu constructiviste étonnant. En affirmant qu’une identité est à la fois « organique », « évidente » et « à créer », Carlson décrit la mécanique que son discours naturalise partout ailleurs, et que la recherche sur les nationalismes a mise en lumière depuis les travaux de Benedict Anderson sur les « communautés imaginées » et d’Eric Hobsbawm sur l’« invention de la tradition ». Toute identité nationale présentée comme naturelle est le produit d’une fabrication.
La toute première consiste à mettre un terme à l’immigration massive vers les États-Unis car, à ce stade, rien ne la justifie. Non, ce n’est pas une position raciste. C’est la position de nombreux électeurs non blancs aux États-Unis. Mais c’est aussi une position de bon sens, pour deux raisons. Premièrement, cela a été excessif. Cela n’a pas été justifié par nos besoins économiques. En réalité, il n’y a pas eu de besoin désespéré de main-d’œuvre, et ce n’est pas pour cela que nous avons fait venir 50 millions de personnes d’autres pays. Ce n’est pas vrai. Un très grand nombre d’Américains vont bientôt se retrouver à la recherche d’un emploi. Ce n’est donc pas la réalité. D’autre part, cela s’est fait trop vite. Même si chaque personne arrivée aux États-Unis au cours des soixante dernières années s’était révélée extraordinaire – et beaucoup d’entre elles le sont –, cela resterait un changement à un rythme que les gens ne sont pas capables de soutenir. Les gens ne peuvent pas faire face à ce rythme de changement ; cela les rend fous et les déracine.
Glissement étonnant de l’économie à la psychiatrie.
Le chiffre de « 50 millions de personnes » correspond approximativement à l’ensemble de la population née à l’étranger vivant aux États-Unis, toutes catégories confondues (citoyens naturalisés et résidents de longue date compris), soit environ 53 millions de personnes début 2025, un record représentant près de 16 % de la population. Le présenter comme le résultat d’une décision (« nous les avons fait venir ») réactive, sous une forme euphémisée, la logique du « grand remplacement » que Carlson avait reprise à son compte en 2021.
Cela leur fait perdre tout sentiment d’appartenance vis-à-vis de leurs voisins ou de leur nation, ce qui n’est pas une mince affaire, car lorsque le pays est sous pression – s’il se trouve en défaut de paiement, par exemple – et qu’il n’y a rien pour souder la population, celle-ci se désagrège. C’est donc véritablement une question de sécurité nationale que de disposer d’une certaine cohésion nationale, d’une sorte de culture commune. La culture, ce n’est pas la race. Elle peut parfois découler de l’identité raciale, mais ce n’est pas une nécessité. La culture est un ensemble partagé de valeurs qui soude un grand groupe de personnes.
La deuxième raison pour laquelle on ne peut plus accepter aucune forme d’immigration, c’est l’IA.
Ce raccord est idéologiquement novateur. L’IA fournit à la restriction migratoire son troisième argument, après la concurrence salariale et la cohésion culturelle : la fin du travail. L’association de la peur de la machine et de la peur de l’étranger dans un même récit de dépossession constitue la trouvaille rhétorique de ce passage.
On ne peut donc pas affirmer à la fois qu’on va supprimer un tiers de tous les emplois américains au cours des cinq prochaines années, tout en affirmant qu’il faut que beaucoup plus de personnes viennent dans ce pays pour travailler. Cela n’a absolument aucun sens. Ce n’est donc pas une attaque contre un autre pays ou un autre groupe que de dire : « Je suis désolé, nous ne savons pas ce qui va se passer dans ce pays. Nous allons avoir 100 millions de personnes sans emploi. Ce n’est probablement pas le moment idéal pour accueillir de nouveaux arrivants. En fait, ce serait de la folie d’accueillir de nouveaux arrivants, et ce ne serait pas bon pour ces personnes non plus. » Mais là n’est pas la question. Diriger une nation veut dire la protéger, ainsi que les personnes qui y vivent. Il n’y a donc aucune justification à l’immigration aux États-Unis, quelle qu’en soit la forme, jusqu’à ce que nous comprenions les effets de l’IA.
Aucune projection sérieuse ne vient étayer ces ordres de grandeur. Le scénario le plus pessimiste avancé par Dario Amodei prévoit la perte de la moitié des emplois de bureau pour les débutants, ainsi qu’un taux de chômage de 10 à 20 % dans les cinq ans. Selon ce scénario, « 100 millions de personnes sans emploi » représenteraient près de 60 % de la population active américaine. L’énormité du chiffre vise à rendre toute immigration impensable.
Alors, comment réformer le système d’immigration dès maintenant ? Une chose que personne n’a encore essayée consiste simplement à prendre l’argent des impôts et à le verser aux citoyens américains plutôt qu’à des personnes qui ne sont pas citoyennes américaines. C’est vraiment, vraiment simple. Ce n’est ni raciste ni méchant de dire aux gens : « Si vous venez dans notre pays pour une vie meilleure, pour des promesses ou quoi que ce soit d’autre, quelle que soit la raison que vous invoquez pour votre présence ici – et peut-être êtes-vous effectivement là pour ces raisons –, nous n’allons pas vous subventionner pendant que vous êtes ici. » Pourquoi le ferions-nous ? Les États-Unis ont-ils l’obligation de verser des prestations sociales au reste du monde ? Et si oui, d’où vient cette obligation ? Bien sûr, la réponse est non. La situation était un peu plus confuse il y a dix ans, lorsque la plupart des Américains avaient le sentiment de vivre dans le pays le plus riche de l’histoire du monde et que cette prospérité ne prendrait jamais fin. Mais maintenant qu’il est très évident que les États-Unis ont atteint leur limite absolue en matière de dépenses, qu’ils ont en gros dépensé tout leur argent en semant le chaos aux quatre coins du monde, rien ne justifie de dépenser ne serait-ce qu’un dollar pour quiconque entre illégalement dans ce pays, pas un seul.
Ainsi, s’il suffisait de supprimer les prestations sociales et de vérifier les numéros de Sécurité sociale, il ne serait probablement pas nécessaire de procéder à des rafles ni de tirer sur qui que ce soit. Simplement : « On ne vous paie pas pour être ici illégalement. » Ce n’est pas compliqué. En fait, c’est la solution la plus simple qui soit, ce qui amène à se demander pourquoi personne n’y a pensé. D’ailleurs, certaines personnes resteraient quand même et se débrouilleraient par elles-mêmes, et elles pourraient même constituer un atout pour votre pays. On ne sait jamais. Mais vous ne feriez jamais, à moins d’être fou ou de vous détester vous-même ou de détester votre nation, vous ne paierez jamais des gens pour qu’ils viennent ici illégalement, vous ne feriez jamais ça. Quiconque n’est pas d’accord pourrait expliquer pourquoi vous feriez cela, et personne ne le peut, bien sûr, alors on vous traite de raciste. Mais ce n’est pas du racisme. C’est tout simplement évident.
Le terme « raciste » n’apparaît que pour être réfuté. Il s’agit d’une technique de rhétorique appelée « inoculation ». En disqualifiant d’emblée l’accusation, on évite d’y répondre. Si restreindre l’immigration n’est pas en soi raciste, l’insistance de Carlson s’explique également par son passé. En avril 2021, il avait en effet repris à son compte la théorie du « grand remplacement » électoral, ce qui avait provoqué une demande de licenciement de la part de l’Anti-Defamation League. La définition qu’il esquisse — le racisme ne serait que la haine explicite — exclut par construction toute forme structurelle ou indirecte de racisme.
La deuxième chose que vous feriez si vous vouliez véritablement unir le pays serait de choisir une langue, et cette langue, c’est l’anglais. Il n’y a pas d’élément culturel plus important que la langue que parlent les gens. D’une certaine manière, la langue, c’est la culture. C’est ce que partagent les personnes d’horizons différents et de religions et de races différentes. Elles sont unies par une langue. Elles lisent les mêmes livres. La langue façonne la façon dont on pense. Ainsi, les gens qui pensent dans une langue pensent d’une certaine manière. Si vous n’avez pas beaucoup voyagé, vous ne le savez peut-être pas. Mais lorsque vous vous rendez dans certains pays — si vous allez en Finlande ou en Hongrie, des pays dont la population totale, à eux deux, s’élève à 15 millions de personnes —, vous remarquerez que les gens pensent un peu différemment. La langue unit donc.
Mais une chose est sûre : les différentes langues divisent considérablement.
Une lecture inversée du récit de la tour de Babel. Le chapitre 11 de la Genèse montre que la confusion des langues est un châtiment divin infligé à une humanité unie et monolingue, et non le constat d’un échec de la société plurilingue. Par ailleurs cette thèse est fragile sur le plan empirique : la Suisse compte quatre langues nationales, l’Inde en a vingt-deux. De plus, de nombreuses guerres civiles ont déchiré des pays monolingues. La langue unique est un choix politique et non une loi de survie des nations.
Cela a toujours été vrai. C’était vrai sous l’Empire romain, et c’est vrai aujourd’hui. C’est vrai au Canada. C’est vrai en Belgique. C’est vrai partout. Si vous voulez vraiment maintenir la cohésion de votre pays — et gardez à l’esprit que si le pays ne reste pas uni, il se désagrège, ce qui implique de la violence, autrement dit une guerre civile, donc les enjeux sont très élevés — vous vous devez vous attacher avant tout à faire en sorte que tout le monde parle la même langue. Pourquoi ne le feriez-vous pas ? Parce que vous vous êtes laissé intimider parce que quelqu’un vous a traité de raciste ? Vraiment ? Si cela vous effraie, vous n’êtes pas fait pour diriger. Je ne sais pas exactement à quoi vous êtes fait, mais vous n’êtes certainement pas fait pour diriger une nation si vous vous laissez dissuader de faire ce qui est juste par une fausse accusation selon laquelle vous seriez raciste parce que vous aimez l’anglais. Soit dit en passant, il y a plus de personnes qui parlent anglais au Nigeria qu’à Miami. Cela n’a donc rien à voir avec la race, évidemment, mais cela est directement lié à la survie d’un pays.
Il y a de nombreuses raisons d’interdire l’impression de tout document fédéral ou bulletin de vote dans une langue autre que l’anglais. Il y a également de nombreuses raisons de s’opposer aux annonces multilingues, aux panneaux routiers ou aux panneaux dans les avions rédigés dans d’autres langues.
Qu’en est-il des personnes qui ne parlent pas anglais ? Cela pourrait constituer un projet national louable. Tout citoyen américain qui ne parle pas anglais pourrait se voir proposer des cours d’anglais gratuits par le gouvernement fédéral, les gouvernements des États ou des associations caritatives auxquelles la plupart des gens honnêtes apporteraient leur contribution. Si vous voulez apprendre l’anglais, nous vous aiderons à l’apprendre. Dans la majeure partie du monde, dans le monde des affaires, dans le monde de l’aviation et de la science, tout le monde parle anglais. Il est donc difficile de croire que le fait qu’il y ait des personnes aux États-Unis qui ne parlent pas anglais ne soit pas un choix volontaire. Mais quelle qu’en soit la cause, nous pouvons y remédier, tout comme nous pouvons fournir des pièces d’identité à tout le monde. Le fait est que, si nous ne le faisons pas, la tendance actuelle se poursuivra. Et si la tendance actuelle est claire – qu’il s’agisse d’une guerre nucléaire, du remplacement par des machines dans le cadre du développement de l’IA, ou de l’éclatement des États-Unis en plusieurs entités –, cette tendance, si on ne s’y attaque pas, est évidente. C’est vers là que nous nous dirigeons.
Il faut donc que quelqu’un se penche immédiatement sur une question : qu’est-ce qui nous unit tous ? Ce ne sera probablement pas si difficile, car la plupart des divisions que nous croyons irréparables ne sont pas, en réalité, de véritables gouffres. « Il est impossible que j’aie quoi que ce soit en commun avec cette personne. Si ma fille l’épousait, je paniquerais. » La plupart de ces divisions sont artificielles. Elles nous ont en réalité été imposées par nos dirigeants, dont l’incompétence et la corruption avaient besoin d’une couverture. Il y a des gens intelligents qui le disent depuis longtemps. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de différences naturelles entre les gens. Bien sûr qu’il y en a, y compris entre les races. Bien sûr qu’il y en a. Mais sont-elles plus importantes que ce que nous avons en commun ? Non, elles ne le sont pas. Mais elles ont été exacerbées, attisées et délibérément mises en avant dans le cadre d’un projet à long terme visant à détourner notre attention de ce qui est désormais une évidence.
À savoir que les deux partis se sont entendus contre la population pour améliorer leur sort et aggraver le nôtre. On ne peut guère contester que c’est un fait à ce stade. Et malheureusement, ils ont extrêmement bien réussi. Donc, si vous voulez remédier à cette situation, reconstruire ce pays et en faire un endroit dont les petits-enfants que vous aurez, espérons-le, pourront hériter et où ils pourront s’épanouir, vous devrez vous pencher sur la question urgente de l’identité américaine.
Que signifie être américain ? On peut y remédier. Il suffit d’essayer et nous allons essayer. Nous vous tiendrons au courant au fur et à mesure que nous poursuivrons cette démarche.
Après dix principes formulés dans un langage universel (l’équité, les droits, la décence), le discours aborde « l’identité américaine » comme une « question urgente » et un programme (« nous allons essayer »). C’est la clef de voûte d’un texte que la presse américaine lit comme le manifeste d’une recomposition à venir : un troisième parti ou une refondation du national-populisme qu’a été le trumpisme, sans Trump ou après lui.
Merci de votre écoute.
Sources
- Davis Ingle, porte-parole de la Maison-Blanche, déclaration à la presse du 6 août 2026.
- New York Times/Siena College, réalisé en mai 2026 auprès des électeurs inscrits et publié le 29 mai 2026.