Hier, lundi 20 juillet dans la soirée, les Houthis ont annoncé la mise en place d’un embargo maritime sur les ports et les navires saoudiens de la mer Rouge. Plus tôt dans la journée, des équipages de navires ont déclaré avoir été menacés par les Houthis, qui leur ont ordonné de faire demi-tour 1.

  • Le groupe armé, soutenu par l’Iran, accuse Riyad d’imposer un siège à la capitale yéménite, Sanaa, qui est sous le contrôle des Houthis depuis 2014.
  • L’annonce fait suite à une montée des tensions entre le gouvernement yéménite et les Houthis, qui ont tiré la semaine dernière des missiles en direction de l’Arabie saoudite en réponse à une attaque contre l’aéroport de Sanaa menée par les forces gouvernementales.
  • L’intensité du conflit qui oppose les Houthis au gouvernement yéménite, soutenu par Riyad, a considérablement diminué depuis 2022, suite au cessez-le-feu négocié par l’ONU. Celui-ci a expiré en octobre 2022, mais continue d’être globalement respecté depuis.

Si ce blocus ne concerne a priori que les navires à destination des ports saoudiens, l’annonce devrait conduire à une hausse du coût de transit maritime via la mer Rouge et ainsi pousser les armateurs à passer par une autre route pour relier l’Asie à l’Europe.

  • Des trajets plus longs auront un impact sur les prix payés par les exportateurs, et donc sur le coût final des produits.
  • L’itinéraire maritime qui passe par le cap de Bonne-Espérance est presque 40 % plus long que celui empruntant le canal de Suez et la mer Rouge.

Un blocus imposé aux ports saoudiens aurait un coût considérable pour Riyad, qui avait réussi à maintenir des perspectives de croissance positives pour 2026 malgré la fermeture par Téhéran du détroit d’Ormuz. Les producteurs saoudiens ont redirigé depuis mars la majeure partie de leurs exportations de brut en provenance du golfe Persique vers le port de Yanbu, sur la mer Rouge.

  • Si rien ne permet à ce stade d’affirmer que cette annonce par les Houthis fait suite à une demande de Téhéran, la fermeture – même partielle – du détroit de Bab el-Mandeb contribuerait à accroître la pression sur les marchés, et sur les États-Unis.
  • La semaine dernière, des responsables iraniens avaient déclaré que l’Iran avait demandé aux Houthis « de se préparer » à fermer la voie maritime pétrolière de la mer Rouge si Washington frappait les infrastructures énergétiques iraniennes 2.

Depuis la semaine dernière, les États-Unis et l’Iran multiplient les frappes sur les infrastructures civiles et énergétiques.

  • L’armée américaine a notamment bombardé des ponts, des routes, des aéroports, et a été accusée par Téhéran d’avoir frappé un hôpital à Ahvaz, dans le sud-ouest du pays, et le site d’une centrale nucléaire en construction à Darkhovin.
  • De son côté, Téhéran a riposté en frappant une usine de dessalement d’eau et une centrale électrique au Koweït.
  • Depuis le 28 février, l’Iran a visé ou endommagé au moins 50 navires commerciaux autour du détroit d’Ormuz. 

Près de 10 % du trafic maritime mondial passait par le détroit de Bab el-Mandeb avant le début des attaques des Houthis en 2023 – un chiffre qui est tombé à 3 % l’an dernier. En raison de la hausse des exportations de pétrole via Yanbu, le détroit représente toutefois 7 % des approvisionnements mondiaux en pétrole, selon Kpler.

Sources
  1. Rakteem Katakey et Dana Khraiche, « Yemen’s Houthis to Impose Maritime Blockade on Saudi Arabia », Bloomberg, 20 juillet 2026.
  2. Parisa Hafezi, Samia Nakhoul et Jonathan Saul, « Iran tells Houthis to close Red Sea gateway if US hits power network, sources say », Reuters, 16 juillet 2026.