La République du Kosovo est une démocratie parlementaire monocamérale. Les 120 membres du Parlement sont élus à la proportionnelle pour un mandat de quatre ans. Le scrutin se déroule dans une circonscription unique couvrant l’ensemble du territoire.
- Sur les 120 sièges, 100 sont ouverts à l’ensemble de la population, et 20 sont réservés aux communautés non majoritaires.
- Les sièges réservés assurent une représentation minimale garantie : 10 à la communauté serbe, 3 à la communauté bosniaque, 2 à la communauté turque, 1 à la communauté gorane, 1 aux Roms, 1 aux Ashkalis, 1 aux Égyptiens, plus 1 siège attribué à la communauté qui a recueilli le plus de voix (rom, ashkali ou égyptienne).
- La répartition des sièges s’effectue avec un seuil de 5 % des suffrages valides. Ce seuil conditionne l’accès aux sièges généraux, mais ne s’applique pas aux partis et initiatives représentant les minorités nationales pour les sièges réservés.
À l’aune du scrutin, la situation du Premier ministre sortant Albin Kurti était paradoxale.
- Sa position s’est renforcée continuellement depuis sa contre-performance de février 2025.
- Le populiste de gauche avait obtenu 42 % des suffrages, contre 50 % en 2021, pour un total de 48 sièges (-10).
Ce scrutin a rendu le pays ingouvernable : l’élection du président de l’Assemblée, jusque-là une formalité, n’a jamais abouti – malgré 57 tentatives 1.
- Le mouvement de Kurti, Vetëvendosje (LVV, gauche), a obtenu de meilleurs résultats lors des élections locales de novembre.
- LVV a ensuite gagné 9 sièges au Parlement en décembre, ramenant sa majorité à 57 sièges – à seulement 4 sièges de la majorité absolue.
- Cette trajectoire ascendante montre que les électeurs n’ont pas fait payer à Kurti le prix de l’instabilité politique jusqu’ici.
Néanmoins, cette tendance a été interrompue par l’incapacité du Parlement à élire un Président de la République, un rôle surtout protocolaire, suite à la fin du mandat de Vjosa Osmani, élue pour cinq ans en 2021. L’absence de majorité a permis aux oppositions de bloquer le processus institutionnel en boycottant, pour une partie d’entre eux, le vote. Cet énième épisode de tension a fragilisé LVV, qui n’a pas réussi à élire son candidat et a perdu son ancienne alliée Osmani, qui a depuis rejoint le parti d’opposition LDK (centre-droit).
Dans ce cadre complexe, les résultats des élections du 7 juin étaient peu prévisibles, entre montée en puissance continue de LVV et difficultés institutionnelles.
- Encore une fois, LVV (gauche) arrive clairement en tête avec 42,95 % des suffrages exprimés, même s’il recule par rapport à décembre (51,1 %, soit -8,15 pp).
- Derrière lui, le PDK (centre-droit) se maintient à 21,14 % (+0,95 pp), tandis que le LDK (centre-droit) progresse à 17,6 % (+4,36 pp).
- L’AAK (droite) gagne aussi du terrain, à 7,16 % (+1,66 pp).
Le scrutin est marqué par une forte abstention (37 % de participation), un taux beaucoup moins élevé qu’en décembre (48 %). Cette baisse peut se comprendre par la multiplication des échéances électorales ces derniers mois.
- Ces chiffres ne sont néanmoins pas définitifs. Si la Commission électorale centrale (KQZ) a compté les voix de tous les bureaux de vote, plus de 100 000 voix provenant de la diaspora n’ont pas encore été comptabilisées 2.
- La diaspora étant majoritairement partisane de LVV, ces chiffres sont amenés à évoluer dans les prochains jours.
Malgré le caractère partiel des résultats, on peut déjà commencer à dessiner le bilan du scrutin :
- Le mouvement d’Albin Kurti s’est affirmé, encore une fois, comme étant incontournable dans le jeu politique kosovar.
- Si le mouvement va perdre des sièges suite à ce nouveau scrutin, il reste dans une situation majoritaire incontestable, comme l’a souligné son leader dans sa prise de parole de dimanche 3.
- Cette victoire ne permet pas au mouvement de nommer seul le prochain président de la République et, a fortiori, de mener sa politique sans un dialogue avec les oppositions, et ce alors que les relations avec celles-ci se sont dégradées ces derniers mois 4.
- Le parti d’opposition LDK, figure historique de la politique kosovare – qui s’est résumé en un duel LDK-PDK avant l’arrivée de LVV –, a obtenu un meilleur score, après sa contre-performance de décembre.
- L’arrivée de Vjosa Osmani dans ses rangs a certainement participé à cette relative victoire. Le résultat reste, de toute évidence, incompatible avec son souhait d’être réélue Présidente de la République cette année 5.
Le scrutin a donné lieu à de nombreux commentaires internationaux :
- La Commissaire à l’Élargissement, Marta Kos, a félicité Albin Kurti pour sa victoire et l’a invité à entrer dans un dialogue constructif avec les oppositions.
- Kos rappelle que c’est la condition pour que le Kosovo poursuive son intégration européenne et touche les fonds qui lui sont alloués.
- L’instabilité a en effet coûté au pays, le rendant incapable d’avancer sur les réformes demandées par le plan de croissance de la Commission pour les Balkans occidentaux.
- Pour l’heure, le Kosovo a touché 62 millions d’euros sur les 980 millions mis à disposition par ce plan.
Le même jour, la haute représentante européenne, Kaja Kallas, a salué la bonne tenue des élections, et appelé Kurti à ouvrir une discussion constructive avec les oppositions pour mener à bien la normalisation des relations avec la Serbie – un prérequis pour la poursuite de son intégration.
Sources
- Perparim Isufi, « News Kosovo Elects Parliament Speaker, But Deadlock Continues », Balkan Insight, 26 août 2025.
- « How Kosovo’s Diaspora Is Reshaping the Country’s Elections », IBNA, 18 mai 2026.
- « Kurti shpall fitoren, thotë se është i gatshëm për bashkëpunim me partitë e tjera », KOHA, 8 juin 2026.
- « Fitoi zgjedhjet në Kosovë, por i duhet koalicion për të formuar qeverinë, Kurti : Bashkëpunim me gjithë partitë », Shqiptarja, 9 juin 2026.
- « Osmani : VV-ja s’ka arsye për të refuzuar emrin tim », KOHA, 7 juin 2026.