Au premier trimestre 2026, près des deux tiers du gaz naturel liquéfié (GNL) importé en Europe provenaient des États-Unis 1.
- Depuis 2022, l’Union européenne semble ainsi avoir troqué une dépendance excessive au gaz de la Russie de Vladimir Poutine pour une dépendance tout aussi excessive au gaz des États-Unis de Donald Trump.
Contrairement à ce qui avait été prévu et décidé en 2022, la demande de gaz en Europe a légèrement augmenté en 2024 et 2025, après avoir chuté en 2022 et 2023.
- Elle était ainsi supérieure l’an dernier de 9 % à l’objectif fixé par le plan REPowerEU adopté dans la foulée de l’invasion de l’Ukraine par la Russie 2 et de 5 % à l’objectif fixé dans la stratégie Fit-for-55.
- Cette demande est désormais couverte à parts égales par du gaz acheminé en Europe par gazoduc et sous forme de GNL, qui représente désormais environ 47 % de l’approvisionnement, contre 22 % en 2021.
Concernant le gaz acheminé par gazoduc, la Norvège domine nettement les approvisionnements avec 55 % du total au premier trimestre 2026, suivie par l’Algérie avec 20 %.
- Cependant, avec 12 % du total, la Russie reste le troisième fournisseur principal de gaz par gazoduc, acheminé via la Turquie.
Concernant le GNL, les États-Unis représentent désormais l’écrasante majorité des approvisionnements, avec 63 % au premier trimestre 2026, contre 28 % en 2021.
- Mais la Russie elle-même est aujourd’hui encore le deuxième fournisseur de l’Europe en GNL, assurant 13 % des importations au début de l’année 2026.
- Ainsi, les trois quarts du GNL consommés en Europe sont désormais fournis par des régimes ouvertement hostiles à l’Europe.
- L’Europe est toutefois censée mettre fin aux importations de GNL russe à partir du 1er janvier 2027. Reste à savoir si cette décision résistera aux fortes tensions engendrées par la guerre contre l’Iran sur les marchés.
Le Qatar n’avait représenté que 7 % des importations des pays européens en 2025.
- Le blocage du détroit d’Ormuz fait certes fortement grimper les prix du GNL sur les marchés mondiaux, mais il ne menace directement qu’une faible part des approvisionnements de l’Europe.
Au total, les importations de gaz naturel par gazoduc et par GNL combinées, la Norvège et les États-Unis dominent largement, avec respectivement 30 % et 29 % du total au premier trimestre 2026.
- Il s’agit d’une hausse spectaculaire pour les exportations américaines, qui ne représentaient pourtant que 6 % du total en 2021. L’IEEFA estime d’ailleurs que les États-Unis dépasseront la Norvège pour devenir le premier fournisseur de gaz de l’Union en 2026.
- La Russie de Vladimir Poutine, qui fournissait à elle seule 44 % du gaz utilisé en Europe en 2021, en fournit toujours 15 %.
- Les pays européens continuent donc de financer de manière très significative la machine de guerre russe.
- L’Algérie est le quatrième fournisseur de gaz le plus important de l’Union, mais sa part n’a pas évolué depuis 2021.
Outre les risques géopolitiques majeurs liés à la politique erratique et hostile à l’Europe de Donald Trump, la forte dépendance de l’Union au gaz de schiste américain dégrade également sensiblement son bilan carbone.
- Le gaz de schiste américain est beaucoup plus générateur de gaz à effet de serre que le gaz provenant d’autres sources, en raison de ses méthodes de production qui engendrent d’importantes fuites de méthane lors des étapes de liquéfaction et de transport.
Sources
- EU Gas Flows Tracker, Institute for Energy Economics and Financial Analysis, mai 2026.
- REPowerEU Une énergie abordable, sûre et durable pour l’Europe, Commission européenne.