Aujourd’hui, mercredi 15, le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, s’est rendu à Pékin. Au cours de la rencontre, Xi a souligné l’importance de « la stabilité et la sécurité des relations sino-russes face aux turbulences de la situation internationale ».
- Sa visite intervient alors que, selon le Financial Times, les Gardiens de la révolution ont eu recours à un satellite espion chinois pour cibler des bases américaines au Moyen-Orient, et potentiellement d’autres cibles 1.
- La semaine dernière, selon des sources américaines, la Chine s’apprêtait à livrer de nouveaux systèmes de défense aérienne à l’Iran 2 — aujourd’hui, Donald Trump a affirmé que Xi Jinping lui avait assuré que Pékin ne fournissait pas d’armes à l’armée iranienne.
- La Russie et la Chine ont opposé leur veto à une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies qui aurait exhorté les pays à coordonner leurs efforts de défense en vue de la réouverture du détroit d’Ormuz.
- Xi Jinping devrait recevoir Vladimir Poutine à Pékin dans la seconde moitié du mois de mai.
Si la Chine s’est tenue jusqu’ici relativement en retrait du conflit en Iran — Pékin ayant condamné la guerre sans aller beaucoup plus loin —, l’instauration du blocus américain et l’enlisement progressif de la guerre pourraient l’inciter à adopter une posture plus active.
- Hier, mardi 14, Xi Jinping a dénoncé un ordre international qui « s’effondre dans le chaos ».
- S’exprimant pour la première fois sur la guerre en Iran — sans toutefois la nommer explicitement —, il a affirmé que Pékin continuerait de jouer un « rôle constructif » pour mettre fin à la guerre.
- En début de semaine, le ministre des Affaires étrangères chinois, Wang Yi, avait exhorté la communauté internationale à « s’opposer sans équivoque à toute action susceptible de compromettre le cessez-le-feu ou d’aggraver la confrontation » 3.
La guerre en Iran pose plusieurs questions clefs à Pékin.
- Si, à moyen-long terme, un enlisement américain au Moyen-Orient détournerait des ressources militaires de la région indo-pacifique, offrant à Pékin une marge de manœuvre accrue à Taïwan ou en mer de Chine méridionale, à court terme, Pékin risque, selon l’issue du conflit, de voir une partie importante de ses acquis diplomatiques remise en cause.
- En l’absence d’un soutien plus affirmé à Téhéran, l’intégration de l’Iran dans des cadres multilatéraux soutenus par la Chine, comme les BRICS ou l’Organisation de coopération de Shanghai, pourrait être fragilisée, tout comme la crédibilité de Pékin auprès des pays du Sud global.
D’un côté, d’un point de vue énergétique, la Chine se trouve dans une position singulière : bien qu’elle soit le plus grand importateur mondial de pétrole brut et le principal acheteur de pétrole iranien, elle demeure l’économie d’Asie de l’Est la mieux protégée contre le choc immédiat.
- Grâce à la diversification de ses ressources énergétiques et à sa transition écologique, le pétrole et le gaz naturel importés restent importants, sans être dominants.
- En 2025, le charbon représentait 51 % de la consommation totale d’énergie de la Chine, et son taux global d’autosuffisance énergétique atteignait 85 %.
- En interdisant aux navires transportant le pétrole iranien de sortir du détroit, les États-Unis cherchent à accroître le coût de la guerre pour l’Iran — mais aussi pour la Chine.
- Avant la guerre, Pékin dépendait de Téhéran pour 11 % de ses approvisionnements en pétrole, qui avait jusqu’à présent continué de transiter vers les ports chinois.
- Toutefois, Washington pourrait ne pas être en mesure de mettre en place un blocus si Pékin le testait, ce qui pourrait également remettre en cause la relative détente dans les relations sino-américaines, qui devrait être renforcée par la visite de Trump en mai.
De l’autre côté, la guerre en Iran pose un problème économique immédiat à la Chine : un ralentissement de la demande mondiale affecterait directement ses exportations. Cela pourrait avoir un impact direct sur l’objectif de croissance du pays pour cette année, fixé aux alentours de 4,5 à 5 %.
- En mars, les exportations chinoises n’ont augmenté que de 2,5 % par rapport à l’année précédente, tandis que les importations ont atteint un niveau record.
- Si cette tendance se confirme, la question de la surcapacité industrielle se posera avec davantage d’urgence pour Pékin.
- La hausse du coût des matières premières provoquée par la fermeture de facto du détroit exerce aussi une pression considérable sur les usines chinoises, qui voient leurs bénéfices diminuer 4.
Sources
- Miles Johnson, Peter Andringa, Alison Killing, Charles Clover et Demetri Sevastopulo, « Iran used Chinese spy satellite to target US bases », Financial Times, 15 avril 2026.
- « US intelligence indicates China preparing weapons shipment to Iran, CNN reports », Reuters, 11 avril 2026.
- « China calls US-Iran ceasefire ‘very fragile’, urges unified opposition to escalation », Reuters, 13 avril 2026.
- « China’s Official Calm Belies a War Battering Small Factories », Bloomberg, 26 mars 2026.